Lettre 3

par Katsu

28 Mai 2008



Matthias était calmement assis sur l’un de ses poufs dans sa chambre. Il était penché sur la petite table basse jonchée de crayons de couleur ainsi qu’une bonne vingtaine de feuilles papier dont la moitié était coloriée.


Le logo de Tokio Hotel. Voilà ce qu’il était en train de dessiner tant bien mal dans un petit soleil de la même couleur, noir. Seul l’aura rouge qui l’entourait permettait de distinguer les deux formes. Cela faisait une bonne quinzaine de minutes qu’il s’affairait sur ce dessin et maintenant qu’il l’avait presque terminé, il était plutôt satisfait du résultat. Peut-être qu’il pourrait l’envoyer au groupe. Peut-être qu’ils l’aimeraient.


Juste à côté de Matthias se trouvait aussi une petite pile de dessins qu’il avait considérés comme « bien » : un de chaque membre du groupe et d’autres qui n’avaient totalement aucun rapport avec Tokio Hotel.


« Mein kleine prinz, tu as une lettre. »


Un large sourire illumina le visage de l’enfant alors qu’il laissait tomber son crayon contre le sol et abandonnait son dessin. Il se releva prestement et accouru à la porte de sa chambre au moment où sa mère entrait dans la pièce.


« Tu devrais retourner dans ton lit, mein kleine prinz, » le sermonna la jeune femme en le voyant s’exciter beaucoup trop à son goût.


Matthias ronchonna un moment, mais obtempéra tout de même. Il fit demi-tour et alla grimper dans son lit. Il ramena la planche qui était rattachée à son lit vers lui et attendit patiemment que sa mère pose la lettre sur ladite planche. Puis, il leva son regard vers sa mère de petites étoiles brillant dans son regard.


Elle sourit avant de lui donner la lettre tant désirée. Matthias ne fit aucune manière et s’en empara. Il l’ouvrit alors en déchirant l’enveloppe, n’ayant pas remarqué qu’elle avait préalablement été ouverte par sa mère qui voulait lui éviter cette tâche. Celle-ci ne put donc que s’amuser devant l’enthousiasme de son fils tandis qu’elle posait sur lui un regard attendri.


C’est avec le même empressement que Matthias parcouru de ses yeux bleus cristallins sur la feuille. Il dû cependant freiner son ardeur et la relire la lettre puisqu’il ne la comprit pas totalement à la première lecture.


Une fois sa lecture terminée, il posa ensuite tranquillement la feuille sur sa planche. Il réfléchit un instant. Puis, attrapa la tablette d’écriture et le crayon qui étaient posés sur son lit et qu’il avait utilisés pour sa dernière lettre. Sortant sa petite langue par réflexe et sans s’en apercevoir, il se lança aussitôt dans l’écriture de sa réponse.


« Cher messieurs de Tokio Hotel (Je peux vous appeler comme ça maintenant? Vu qu’on se connaît un peu...),


C’est gentil d’avoir répondu à ma lettre. Et surtout d’avoir prit le temps de la lire. Je pensais pas que vous alliez la lire. Il faut dire que vous êtes sûrement très occupés! Vu le nombre de fois que je vous ai vus à la télévision ou dans les revues, ça doit vous prendre vraiment beaucoup de temps, non?


Je crois que je vais peut-être essayer... Pour la musique, je veux dire. Peut-être que j’arriverais à jouer une de vos chansons si je travaille très fort. Ça serait génial, mais j’aurai certainement beaucoup de travail à faire.


Mais je crois pas que c’est ma passion. Ça serait bien, oui. J’aime beaucoup la musique et ça serait cool de jouer d’un instrument. Mais ça ne passionne pas vraiment, je crois. En tout cas, pas au point de devenir un musicien ou un chanteur.


Moi, je préfère le dessin. Je sais pas si j’ai vraiment du talent, mais j’adore ça. Je sais qu’il y en a qui disent que c’est pas vraiment une passion. Ils disent que c’est juste pour s’amuser et passer le temps. Ils disent que tous les garçons de neuf ans font ça, mais c’est pas vrai, parce que les garçons de mon âge, ils aiment surtout jouer aux bonhommes et à ces trucs-là. Pas moi. Moi, c’est juste dessiner que j’aime.


Si vous avez encore une ou deux minutes, peut-être que vous pourriez me dire comment vous les trouvez? Mais c’est pas obligé, hein. Si vous avez pas le temps, c’est pas grave. Je continuerai à dessiner encore.



Gros bisous et câlins


Matt


P.S. : Je vais essayer de convaincre maman pour la guitare alors. »


Matthias relu quelques fois sa lettre. Il voulait être certain d’y avoir mit tout ce qu’il voulait et d’avoir bien écrit, de façon poliment. Après tout, il s’adressait tout de même au groupe duquel il était fan. Non, il n’aimait pas le mot « fan ». Il trouvait que ça faisait trop obsédé. En fait, il préférait juste dire qu’il les aimait beaucoup.


Une fois satisfait, il sauta de son lit. Il allait se mettre à courir pour rejoindre sa mère, mais il s’arrêta dès que ses pieds touchèrent le sol froid. Il tourna la tête et posa son regard sur sa mère. Il se souvenait très bien qu’elle ne voulait pas qu’il s’excite trop dans sa chambre s’il ne voulait pas se blesser. Il avait donc eu peur qu’elle le gronde encore une fois. Pourtant, celle-ci ne le regardait pas. Son regard était rivé vers l’extérieur, par la fenêtre. Il en profita donc pour attraper les dessins qu’il avait fait, les considéra du regard pour s’assurer qu’ils étaient à la hauteur et les glissa finalement dans l’enveloppe avec sa lettre.


« Maman! » appela le garçon.


Elle dévia son regard de la fenêtre, sursautant légèrement de surprise. Son sourire tendre reprit cependant sa place lorsqu’elle regarda Matthias qui s’était dressé sur la pointe de ses pieds, devant elle, en lui mettant sous le nez la lettre qu’il venait de faire, tout souriant.


« Je t’avais dit de rester un peu tranquille, » le reprit doucement la jeune femme.


Il afficha une petite moue boudeuse, prenant un air tout piteux dans le but d’attendrir sa mère pour éviter un nouveau sermon. Il n’avait cependant pas besoin de ce genre de petits trucs avec sa mère. Elle lui ébouriffa doucement les cheveux, ce qui le fit rigoler. Puis, elle prit la lettre avant de quitter la pièce sous le regard attentif de Matthias qui s’assurait qu’elle allait bien la poster.