Apologize 2

par Nobody_Else

Apologize

Partie 2

 

 

Tom aimait son frère. Vraiment. Inconditionnellement même, mais à cet instant, le seul sentiment qu’il ressentait à son égard était une profonde irritation, un agacement certain ou tout autre adjectif s’en rapprochant. Il n’arrivait toujours pas à comprendre comment il pouvait être si faible face à lui. Et plus encore, il ne comprenait pas pourquoi cette situation le mettait dans un tel état de nerf.  Le brun lui avait demandé un service, un simple petit service, tout à fait anodin, mais qui ne manquerait pas de coûter beaucoup au blond et ça, Bill le savait. C’était peut-être ce point qui énervait le plus Tom. Il avait pour simple tâche de remettre une enveloppe à Lena, rien de plus. Cette dernière n’était pas revenue chercher ses photos au labo et Bill pensait qu’elle aurait peut-être apprécié les avoir avant le début du week-end. Son frère avait bien sûr protesté faiblement, argumentant que Bill était de toute façon bien plus proche d’elle que lui et qu’il pouvait très bien s’en charger lui-même. Ce à quoi son jumeau avait répliqué qu’étant dans sa classe, Tom en était le plus proche physiquement et qu’il aurait été ridicule que de le forcer à courir dans les couloirs du lycée entre deux cours pour tenter d’intercepter la brune alors qu’il l’avait à portée de main. Ajoutez à ça un regard suppliant et une litanie de « steuplé » tout ce qu’il y a de plus enfantin, comment pouvait-il le lui refuser ? Impossible. Bill le savait. Tom avait cédé.

 

Ce n’est pas qu’il avait quelque chose en particulier contre sa camarade, juste que d’être confronté à des inconnus le mettait mal à l’aise, à l’opposé de son frère qui serait bien capable de parler à une porte, si celle-ci pouvait lui répondre. À ça s’ajoutait la gêne qui le saisissait au souvenir de l’épisode du labo photo. Il avait bien conscience de l’image que la jeune femme devait avoir retenue de lui : quelqu’un de faible, de maladroit, et cette idée ne faisait que renforcer son sentiment de honte. Malheureusement, il ne put approfondir ses sombres pensées, car la sonnerie signalant la fin de leur dernière heure de cours de la matinée retentissait avec force, déclenchant par la même occasion l’accélération de son rythme cardiaque. Il rangea ses affaires aussi vite que possible tout en tentant de se raisonner. Cela ne servait à rien de stresser pour si peu, il était franchement ridicule. Il avait juste à lui donner l’enveloppe, ce n’était pas non plus la mer à boire... si ? Une fois sorti, il se posta contre le mur en face, guettant la sortie de sa camarade. Celle-ci ne mit pas longtemps à faire son apparition, la démarche rapide, sans un regard pour quiconque, comme à son habitude.

 

-        Lena…

 

La jeune femme se retourna, surprise de se voir adresser la parole, mais sourit lorsqu’elle vit la personne qui l’avait interpelé.

 

-        Oh, salut Tom !

-        Salut. J’ai un truc pour toi de la part de Bill.

 

Et il lui tendit l’enveloppe dans la foulée. Il en était arrivé à la conclusion que s’il allait droit au but, il n’aurait ni le temps de se sentir gêné, ni le temps de faire ou dire une connerie. Lena se saisit du paquet en fronçant les sourcils, c’est pourquoi il se racla la gorge, précisant timidement :

 

-        Ce sont tes photos. Bill pensait que ça serait mieux que tu les aies avant ce week-end…

 

À ces mots, elle tiqua, mais Tom ne sembla pas s’en apercevoir, trop concentré à essayer de paraitre décontracté. Elle jura intérieurement, mais ne pouvait s’en prendre qu’à elle. Elle avait repoussé au maximum le moment de retourner au bâtiment des sciences pour récupérer ses clichés et voilà ce qui en résultait. Ce n’était pas tant l’idée que Bill ait pu manipuler son travail qui la dérangeait, mais plus le fait qu’il ait vu leur contenu. Immanquablement, l’adolescent lui poserait à coup sûr des questions tout à fait innocentes, mais auxquelles elle n’avait pas spécialement envie de répondre… Elle les fourra sans plus de cérémonie dans son sac.

 

-        Merci, c’est gentil, mais tu lui diras que ce n’était pas la peine qu’il se donne tant de mal… et à toi aussi par la même occasion.

-        Oh ! C’est pas bien grave, tu sais… ça ne m’a pas dérangé. répondit-il en se passant la main sur la nuque, rougissant légèrement.

 

Détail qui n’échappa pas à la jeune femme. Celle-ci eut un sourire en coin. En temps normal, elle aurait trouvé ça agaçant, mais elle ne pouvait s’empêcher de trouver cette manie de rougir à tout va totalement adorable chez ce garçon.

 

-        Et bien merci à toi, alors. dit-elle ponctuant sa phrase d’un clin d’œil.

 

Et ça ne loupa pas ! La rougeur des joues du dreadé s’était accentuée alors qu’il murmurait un faible « de rien ». S’en suivit un silence qui parut assourdissant aux oreilles du blond. Le couloir dans lequel ils se trouvaient était à présent entièrement vide et le manque de bruit ne fit que lui renvoyer avec force cette étrange vérité en pleine figure : il discutait avec la nouvelle. « Discuter » était un bien grand mot, mais la situation était tellement improbable qu’elle en était marquante. Le silence persista encore quelques secondes, chacun ne sachant s’il fallait rajouter quelque chose ou bien alors partir et dans ce cas dernier, comment mettre fin à leur entrevue ?

 

-        Bon et bien … à plus ! lâcha maladroitement Tom.

-        A plus ! répondit sa camarade avec un petit sourire.

 

Il s’apprêtait à partir lorsqu’elle le rappela. Elle sembla hésiter une fraction de seconde puis lui demanda, la tête légèrement penchée sur le côté :

 

-        Je n’ai pas le temps de rentrer chez moi aujourd’hui et je ne suis pas spécialement fan du thon/mayo de la superette du coin… Tu ne connaîtrais pas un endroit sympa ? Si tu n’as rien de prévu bien sûr …

 

La surprise fut totale pour l’adolescent. Est-ce que l’insaisissable créature dont tout le monde se plaisait à dire qu’elle paraissait d’une arrogance et d’une froideur sans égal venait implicitement de lui proposer de déjeuner, avec elle ? Avec le sourire en plus. Et quel sourire… Se rendant compte que Lena attendait patiemment une réponse de sa part, il se reprit, secouant légèrement la tête avant d’acquiescer.

 

-        Non c’est bon. Je veux bien te montrer si tu veux.

 

Il lui sourit discrètement et ils prirent la direction de la sortie du lycée. Et c’est en engageant tout doucement la conversation qu’ils quittèrent l’établissement sous l’œil inquisiteur d’une autre jeune fille qui voyait ce fait d’un très mauvais œil.

 

[…] 

 

-        J’avoue, c’est bien meilleur qu’un thon/mayo !

 

La jeune femme venait de mordre avidement dans un kebab dégoulinant de ketchup et fermer les yeux de contentement. Tom l’avait conduit au lieu que ses amis et lui  affectionnaient le plus lorsqu’il s’agissait de manger sur le pouce. Ils étaient maintenant attablés à une petite table pour deux dans un coin du petit snack, savourant leurs énormes sandwichs. Tom quant à lui était un peu nerveux. Il appréhendait un peu ce tête à tête improvisé, ne sachant pas vraiment quelle attitude adopter ou de ce qui découlerait de cette situation, mais au final, il était agréablement surpris. Lena était loin d’être aussi froide et hautaine que l’on pouvait le penser et s’avérait être une personne très sympathique. Cette dernière ne savait pas vraiment ce qui l’avait poussé à inviter son camarade pour déjeuner. Elle avait obéi à une pulsion du moment. Il faut dire que ce jeune homme l’intriguait. Son côté timide et maladroit agissait sur elle comme une véritable attraction, comme une gamine s’émerveillerait devant un petit chaton à peine né, encore pataud et plein d’innocence. C’est ainsi qu’ils se sont retrouvés à discuter de tout et de rien, apprenant à se connaitre un peu plus. Tom parla peu et Lena ne s’étala pas sur sa vie, mais il s’installa une conversation plutôt animée et chaleureuse entre eux. Et durant les légers blancs qui pouvaient survenir, Tom se surprit à ne pas se sentir trop timide, appréciant ce léger silence et souriant à la jeune femme. Leur repas fini, ils prirent tout naturellement le chemin du retour vers le lycée. Marchant à une allure plutôt lente, Lena ne put manquer le fait que son compagnon était à nouveau dans la lune. Elle ne put s’empêcher de rire discrètement.

 

-        Quoi ?

-        Non, rien, dit-elle secouant la tête en souriant, en tout cas, ça m’a fait plaisir de parler avec toi. Tu es aussi adorable que ton frère. Tu ne parles pas autant que lui, mais ce repas était agréable.

 

S’il avait en premier lieu rougi face au compliment, il ne put s’empêcher de se sentir piqué au vif par la suite, comme à chaque fois qu’on s’amusait à le comparer à son jumeau.

 

-        Je suis moins sociable que Bill, c’est sûr… dit-il, d’un ton un peu amer.

-        Mais c’est pas plus mal de pouvoir en placer une de temps en temps. lui sourit la brune qui avait noté la pointe d’amertume dans sa voix.

 

Il lui sourit doucement, rougissant encore.

 

-        Mais c’est aussi un peu de ta faute, tu sais… se risqua-t-il de rajouter.

-        Moi ? demanda-t-elle dans un haussement de sourcils, surprise.

 

Il hocha la tête, enfonçant ses mains encore plus profondément dans ses poches avant de poursuivre, légèrement nerveux de s’être lancé sur ce terrain.

 

-        Disons que tu inspires plus le respect que la sympathie, au premier abord en tout cas ! se précipita-t-il de rajouter.

 

Il se maudit intérieurement d’avoir lâché une telle chose. Il venait de passer un moment super en sa compagnie et il avait sans doute, en à peine quelques mots, tout gâché. Il se doutait bien qu’il venait immanquablement de jeter un certain froid… Mais lorsqu’elle lui répondit, son ton était plus proche de l’amusement que de la contrariété.

 

-        Sérieux ?

 

Elle marqua une pause, songeuse. Est-ce que cela la dérangeait au final ? Pas vraiment.

 

-        Tu sais, pour moi, ça n’a pas vraiment d’importance, ajouta-t-elle, haussant les épaules, je suis juste ici pour obtenir mon diplôme et non pas pour me faire des amis.

 

« À quelques exemptions près. » pensa-t-elle.

 

-        Ah…

-        À la fin de l’année, je retournerai sûrement à Berlin de toute façon.

 

Il lui posa alors la question évidente :

 

-        Pourquoi tu es venue ici au lieu d’y rester alors ?

 

Ce fut infime, mais Tom remarqua clairement que son visage s’était fermé.

 

-        T’es pas obligée de répondre, hein… Puis c’est pas mais affaires après tout.

 

Elle lui sourit, mais lui répondit quand même.

 

-        Disons que c’est compliqué. Ne le prends pas mal, mais j’ai pas trop envie d’en parler…

-        Je comprends t’inquiète, s’empressa-t-il d’ajouter, dans un sourire confus, désolé d’avoir posé la question.

-        Pas grave ! dit-elle balaya sa phrase d’un geste de la main.

 

Ils étaient enfin arrivés à destination. Lena se retourna pour se retrouver face au blond. Elle n’avait encore jamais remarqué à quel point il était grand, sûrement autant que son frère, pensa-t-elle. Elle se permit de le détailler, une fraction de seconde. Elle n’avait jamais vraiment prêté attention à certains détails, comme la lumière du soleil qui l’obligeait à plisser adorablement les yeux, ne cachant pourtant pas cet éclat doré que révélaient les rayons. Ni cette petite fossette qui apparaissait au niveau de sa joue lorsqu’il souriait ou encore la manière dont sa pomme d’Adam bougeait lorsqu’il déglutissait. Tout un tas de petites choses insignifiantes qui pourtant l’attirait à cette seconde. Attirance inexplicable qui ne pourrait pas se calmer s’il continuait à la regarder ainsi

 

-        Merci encore pour ce midi. dit-elle, cachant son trouble derrière un sourire éclatant.

-        Pas de quoi ! répondit-il en le lui rendant.

 

Et plus que tout, ce qu’elle aimait c’était cette voix grave et douce qui pour une raison encore inconnue, tordait son ventre d’une agréable manière…

 

[…] 

 

 

Le premier et dernier cours de l’après-midi allait débuter dans une dizaine de minutes. Suivant ses camarades de classe, Lena entra dans le gymnase, annexe du lycée. Elle fut immédiatement agressée par cette éternelle odeur de renfermé et de transpiration rance semblable à tous les gymnases scolaire. Alors que les autres étudiants se dirigeaient vers les vestiaires, elle se dirigea vers les gradins prenant place au dernier rang, tout en haut. Dieu merci, elle avait réussi à se faire exempter de l’éducation physique, mais les règles étaient strictes, elle devait quand même faire acte de présence. Maintenant qu’elle était installée, elle se demanda comment elle pourrait faire passer ces deux prochaines heures de cours plus vite. Puis lui revint en mémoire l’enveloppe que Tom lui avait donnée plus tôt… Les regarder ou pas ? En avait-elle seulement le courage ? Elle en venait à se demander si les avoir développés étaient une bonne idée… Machinalement, elle saisit le petit paquet et sortit les photos. Ses mains tremblaient légèrement alors que son regard se porta enfin sur la première image. Son cœur se serra à la vue de la jolie blonde dont le sourire fatigué était immortalisé sur le papier. Et malgré toute la multitude de sentiments douloureux qu’elle ressentit dans la seconde, elle ne put s’empêcher de sourire. Elle aurait pu pleurer, mais elle l’avait déjà tellement fait qu’au final aujourd’hui, il ne restait qu’une profonde nostalgie douce-amère. Elle lui manquait tant… Revoir son visage, ces moments partagés sur papier étaient tant un supplice qu’un bienfait. L’être humain pouvait être si compliqué à ressentir tant de choses si contradictoires en une même fraction de seconde…

 

-        Tu regardes quoi ?

 

Elle sursauta, plaquant les photos contre son cœur. Elle ne l’avait pas entendu arriver.

 

-        Bon Dieu ! C’est une manie chez les Kaulitz de me faire peur ? lâcha-t-elle encore sous le choc.

 

Bill ne prit même pas la peine de relever, se contentant de sourire de manière espiègle, se penchant déjà sur son épaule pour regarder la photo, mais il n’eut pas le temps de voir grand-chose avant que Lena ne les range précipitamment dans son sac.

 

-        Ok, je n’insiste pas. dit-il levant les mains en gage de bonne foi.

-        Bien ! rétorqua Lena, un sourire en coin.

-        Je vois que tu as bien récupéré tes photos. constata-t-il.

-        Hum… Merci au fait.

 

Elle le regarda en coin et aurait juré voir les yeux de son ami briller véritablement tant la curiosité qui l’habitait, le titillait. Mais lorsque le regard charbonneux du jeune homme rencontra celui si triste de la brune, cette lueur s’éteignit. Elle lui sourit, le remerciant muettement, comprenant qu’il ne lui poserait aucune question. Ils reportèrent simultanément leur regard sur le terrain en contrebas.

 

-        Et je peux savoir pourquoi tu n’es pas en bas avec les autres ?  s’enquit-il, plus désireux de détourner le sujet qu’autre chose.

-        C’est un des avantages d’avoir déjà passé une partie des épreuves à Berlin. Et toi, je vais finir par croire que tu me suis. T’as pas cours ?

-        Les cours de sport mélangent toujours deux classes, bécasse ! dit-il, lui assénant une tape sur la tête. Et disons que tu n’es pas la seule à avoir « tes magouilles » pour les éviter.

 

Ils se sourirent, complices. En bas, les élèves déjà en place s’étaient chacun armés d’un ballon de basket et s’entrainaient à faire quelques tirs en suspension ou bien driblaient machinalement tout en discutant avec animation avec leurs amis. Et, parmi eux, se trouvait Tom. Il s’était empressé de s’isoler avec quelques-uns de ses amis au panier se trouvant pratiquement en face d’eux et ils s’amusaient à tour de rôle à faire quelques dunks, certains étaient même assez impressionnants. Lena fut étonnée. Elle était loin d’imaginer que sous ces vêtements si amples, le blond pouvait cacher un véritable corps d’athlète.  Elle voyait sans mal chaque muscle de ses bras rouler sous la peau à chacun de ses mouvements et devinait sans peine un dos tout aussi musclé, caché sous le tissu fin de son large débardeur de basketteur. Le trouble qui l’habitait depuis qu’elle l’avait quitté plus tôt ne fit que s’accroitre. Un clic caractéristique d’un appareil photo se fit entendre alors que la voix de son ami, taquine,  la fit redescendre sur terre

 

-        Tu pourrais au moins fermer la bouche, je sais que mon frère est canon, mais quand même !

 

Elle tourna vivement la tête vers lui, rouge de honte.

 

-        N’importe quoi ! Ça m’a surprise, c’est tout, se justifia-t-elle. Il ne m’a rien dit à ce sujet.

 

Vu le spectacle qu’elle avait sous les yeux, elle se doutait bien que Tom n’était pas juste un amateur, s’amusant à dribler à ses heures perdues.

 

-        Comment ça, « il ne m’a rien dit à ce sujet » ? demanda son ami, surpris, délaissant son objectif pour la regarder, un sourcil levé. Vous avez discuté ?

 

Elle reporta son attention sur le brun, et répondit, distraite :

 

-        On a mangé ensemble ce midi, on a parlé un moment.

 

Bill eut un temps de réaction avant de refaire jouer le cliquetis de son appareil photo un sourire en coin.

 

-        Ah ouais ? ajouta-t-il d’un – faux – air absent.

 

Il connaissait la nature timide de son frère et jamais il n’aurait pu imaginer que ce dernier puisse un jour faire un pas vers quelqu’un, surtout une personne comme Lena. Et que l’initiative vienne d’elle ou de lui importait peu. Il remit son objectif à hauteur de visage avant de le baisser bien vite.

 

-        Putain ! Elle ne peut pas le lâcher cinq minutes?

 

Effectivement, sur le terrain, Vanessa avait profité que le cours n’avait pas encore commencé pour se rapprocher de son petit-ami.

 

-        Tom, je peux te parler ?

 

Il acquiesça et ils s’éloignèrent de quelques pas du reste des joueurs. Tom continuait machinalement à faire rebondir le ballon sur le sol, évitant son regard, attendant qu’elle parle. Exaspérée, elle posa ses mains sur celles de Tom, stoppant ainsi les dribles. Il releva enfin les yeux vers elle et tressaillit face au regard si douloureux qui lui faisait face.

 

-        Je… Je voulais m’excuser pour la dernière fois, dit-elle laissant tomber le ballon, puis baissant sa tête tout en se rapprochant un peu. C’est juste que j’aurais aimé passer le week-end avec toi… me changer les idées.

 

Il fronça les sourcils, maintenant inquiet. Vanessa s’excusait rarement. Mais, surtout, elle ne lui avait jamais paru si triste. Et il était persuadé que leur petite dispute ne pouvait pas en être la cause.

 

-        J’ai, juste, besoin… de toi. dit-elle, posant une main sur le torse de l’adolescent.

 

La fin de sa phrase n’avait été qu’un murmure qu’elle avait étouffé tout contre son ami. Surpris par la fragilité soudaine dont elle faisait preuve, Tom resta en premier lieu interdit, peu habitué à un tel comportement de sa part. Puis, la prise de la jeune fille se faisant plus forte sur le tissu, il referma ses bras autour de son corps.

 

-        C’est pas grave, c’est oublié. lui dit-il, resserrant son étreinte avant de lui embrasser les cheveux.

-        Je suis désolée… répéta-t-elle.

 

Il se recula légèrement afin de pouvoir la regarder.

 

-        Eh… Qu’est-ce qu’il y a ?

 

Elle releva la tête vers son visage - elle était décidément bien trop petite comparée à lui - et secoua la tête, souriant tristement.

 

-        Rien, je ne voulais juste pas que tu partes fâché. Je t’aime, tu sais …

-        Moi aussi.

 

Et délicatement, il se pencha pour l’embrasser.

 

[…]

 

Affalé sur le lit de son jumeau, Tom s’amusait à lancer un ballon de basket miniature dans les airs alors que Bill s’évertuait à faire le tri dans le bordel que composait son armoire. Il était vingt-deux heures et il n’avait pas encore fait sa valise, contrairement au blond.

 

-        Alors, ça y est, c’est reparti entre vous deux ?

-        Tu sais très bien qu’on ne se fait jamais la tête très longtemps. Mais, j’sais pas… elle avait l’air bizarre.

 

Bill, toujours le nez dans son armoire, réprima l’envie de lancer une phrase bien sentie à l’encontre de la petite amie de son frère et se contenta de marmonner un faible « ah ouais » alors qu’il balançait T-shirt et jeans un peu partout autour de lui. Tom se redressa et lui envoya la balle en mousse dans le dos.

 

-        Si au moins tu faisais l’effort de la connaitre un peu, je suis sûr que tu l’apprécierais ! Elle n’est pas toujours, « capricieuse et mesquine » comme tu dis, rajouta-t-il dans une grimace, elle a ses bons côtés, elle peut être douce et attentionnée…

-        Je t’en prie ! Évite-moi ce genre de détail, tu veux?

-        Pff ! T’es con ! lâcha le blond dans un demi-sourire, se redressant totalement sur le lit.  C’est une fille bien, mais t’es juste trop buté pour l’admettre.

-        Si tu veux…

 

Bill se retourna, tenant une pile de vêtements dans les bras qu’il balança négligemment dans sa valise étalée au sol avant de sauter sur le lit. En tailleur face à son frère, il lui sourit et dit :

 

-        Mais si elle te rend heureux, je n’ai rien à redire.

 

Il fit mine de verrouiller sa bouche et de jeter la clef par-dessus son épaule. Tom laissa échapper un petit rire alors que le sourire de Bill grandissait.

 

-        Mais, et il leva la main pour empêcher son frère de l’interrompre, je pense que tu mérites mieux, c’est tout.

-        Je suis juste bien avec elle. Je l’aime …

-        Vraiment ? dit le brun, levant un sourcil.

 

Tom lui envoya un regard noir et il n’insista pas, sachant la conversation close. Ils connaissaient ce dialogue par cœur. Dès que le sujet était abordé, ils en arrivaient à la même conclusion. Bill ne semblait toujours pas convaincu, mais pour Tom, c’était logique. Quoi de plus normal que d’être amoureux de la fille avec qui on sort ? La question ne se pose même pas… si ? Elle était belle et désirable et il appréciait les moments passés avec elle, la voir rire et heureuse, tout simplement. Bien sûr, comme tout à chacun, elle avait ses mauvais côtés. Elle piquait souvent des colères pour des choses futiles et se montrait extrêmement jalouse. Mais ce n’était que parce qu’elle aimait qu’il s’occupe d’elle et qu’elle tenait à lui… Rien de plus ? Il ne pouvait pas lui en vouloir pour ça, à la place, il avait juste appris à composer avec. Quant à savoir s’il était vraiment heureux comme cela, si cette situation le satisfaisait pleinement… Tom préférait juste ne pas se poser la question. Il s’évitait ainsi pas mal de prise de tête, mais surtout la possible rupture d’une routine dans laquelle il se complaisait. Au final, répondre « oui » était facile et rassurait tout le monde. Tout le monde sauf Bill… Désireux de changer de sujet, Bill lança la première chose qui lui traversa l’esprit.

 

-        Alors comme ça, tu as mangé avec Lena ce midi ?

 

Le blond acquiesça et sourit en repensant au moment passé avec elle. Le temps avait passé tellement vite, qu’il avait été déçu de devoir la quitter. Puis il se remémora le moment où il l’avait aperçu dans les gradins en compagnie de son frère. Pour une raison inconnue, une sorte de malaise lui tordit désagréablement le ventre à ce souvenir.

 

-        D’ailleurs, il se passe quoi exactement entre vous ? Vous avez l’air plutôt proche …

 

Il essayait de paraitre plus détaché qu’il ne l’était réellement, mais au fond de lui, il ne savait pourquoi il appréhendait la réponse. Bizarrement, l’hypothèse que Bill et Lena puissent sortir ensemble ne lui plaisait que moyennement…

 

-        Ah ! Lena … Entre elle et moi, c’est… intense, tu vois ? récita Bill d’un air théâtral.

 

Tom déglutit difficilement en regardant son frère se lever pour boucler sa valise.

 

-        Ah… c’est cool pour vous.

 

Il avait essayé de paraitre content, mais n’avait pu empêcher sa voix de s’étrangler légèrement sur la fin. Bill releva la tête de sa valise et le regarda, son sourcil encore une fois levé.

 

-        C’est surtout une blague, Tom. On est juste amis et je ne pense pas que ça puisse changer un jour.

 

Tom piqua un fard monstrueux alors qu’il sentait bien que Bill faisait tout pour se retenir de rire. Il leva les yeux au ciel alors qu’il se levait pour quitter la chambre, vexé.

 

-        P’tit con ! marmonna-t-il.

 

Et Bill éclata de rire à moitié affalé sur sa grande valise.

 

-        Bonne nuit frérot !

-        C’est ça !

 

Et la porte claqua. Il sourit, amusé. Il aimait taquiner son frère, c’était une habitude chez eux. Il pensait que Tom avait tout simplement été irrité de s’être fait avoir, une fois de plus. Jamais l’idée qu’il ait pu être tout simplement jaloux ne lui effleura l’esprit. Après tout, il aimait Vanessa… non ?

 

[…]

 

Et justement, à un bon quart d’heure de l’habitation des Kaulitz, brisant le calme ambiant de cette petite rue de quartier, une porte claqua avec fracas alors qu’une fine silhouette s’enfonçait dans la nuit.  Capuche rabattue sur la tête, Vanessa avançait d’un pas décidé vers un lieu qu’elle-même ignorait. Juste de l’air, c’est tout ce qu’elle voulait. Personne ne lui courrait après pour la forcer à rentrer, la chose étant devenue habituelle. Ses parents savaient qu’elle serait de retour au bout d’une ou deux heures tout au plus. Puis, ils ne pouvaient pas se hurler dessus et en plus s’occuper d’elle ! Cela faisait dix minutes qu’elle marchait, la tête bourdonnante des cris qu’elle avait laissés derrière elle, lorsqu’elle finit par arriver à une impasse. Elle se figea immédiatement, regardant d’un air presque ahuri le bout de cette rue condamnée. La situation qu’elle vivait en ce moment était comme cette rue : sans issue. Ou peut-être une, mais rien que le fait d’y songer lui brisait le cœur.

 

Prise d’une angoisse soudaine, elle regarda autour d’elle pour s’apercevoir qu’elle était seule. Totalement seule.  Et une larme roula. Puis une autre et ainsi de suite. Rien n’aurait pu à cet instant arrêter le chagrin qui lui prenait aux tripes. Elle avait désespérément besoin d’aide, mais ne savait tout bonnement pas vers qui se tourner. Elle avait pourtant de la famille, des amis, un petit-ami, mais elle se savait incapable de leur en parler. Parler pour dire quoi ? Pour s’entendre répondre quel genre de banalité ? Pour susciter quoi d’autre que de la pitié ? Résignée, elle rebroussa chemin et reprit sa route dans les rues hambourgeoises…