Farm Boy & City Boy

par DreamBIG

#Countryside#

 

-          Donghae, viens m’aider s’il-te-plaît !

-          J’arrive grand-mère, j’arrive ! cria le jeune homme à l’étage, enfilant une veste avant de rejoindre sa grand-mère qui, il se doutait après avoir entendu la porte claquer, se trouvait déjà à l’extérieur pour s’occuper de ses bêtes.

Il se dépêcha et descendit les escaliers sans faire attention, sautant deux marches à la fois. Un jeu d’enfant, un peu comme il le faisait lorsqu’il était tout petit. Arrivée dans l’entrée, il prit soin de mettre ses chaussures et d’enfiler des gants, histoire de lutter contre le froid hivernal qui commençait d’ors et déjà à s’installer dans le petit village.
Le ciel annonçait des flocons à n’importe quel moment, la brise matinale venait caressait de sa froideur quiconque aurait le courage de sortir, et la rosée était dès à présent recouverte d’une fine couche de givre.
Donghae souffla un bon coup pour se donner du courage pour la nouvelle journée, faisant ainsi apparaître une fumée opaque qu’il trouvait toujours aussi fascinante, et tapa dans ses mains avant de se mettre au boulot. Il trottina jusqu’à la petite grange au fond du terrain, veillant tout de même à ne pas se casser la figure sur le sol. Non seulement il se trouverait bête d’avoir été aussi maladroit, mais il serait aussi très mal à l’aise de devoir laisser toutes les corvées, comme il aimait les appeler, à sa grand-mère. Elle était assez âgée désormais, il ne pouvait donc pas se permettre de lésiner sur ses efforts afin de laisser plus de temps de repos à celle qui l’avait élevé. Il n’aimait pas particulièrement faire toutes ces tâches, comme l’entretien des lieux ou même s’occuper des animaux, mais il avait fini par s’habituer à sa vie ici et pour rien au monde il ne l’échangerait. Sa famille était plus importante que tout à ses yeux, quitte à devoir rester éloigner un peu de tout, il préférait de loin rester à vivre sa vie dans la tranquillité et la sérénité plutôt que de vivre en plein centre ville, au milieu de toute cette pollution ambiante et de tous ces gens mal élevés. Fut un temps où il était presque forcé à s’y rendre, pour les études principalement, ou pour le nécessaire pour vivre n’était pas à la campagne. Mais durant cette époque, il avait toujours trouvé un moyen pour revenir le soir, même s’il était très tard, ou la fin de semaine. Il avait alors la possibilité d’aider ses grands-parents à s’occuper du terrain. Ces études étant terminées, il passait tout son temps avec sa grand-mère, son grand-père ayant quitté ce monde deux ans auparavant. Ça avait été très dur dans un premier temps, se renfermant un peu sur lui-même après avoir perdu celui qu’il considérait comme son père, puis finalement, il s’était rendu compte qu’agir comme ça n’aidait en rien la femme qui l’avait éduqué. Il se devait au moins pour elle d’être fort. Et pour lui-même aussi. Il avait parfaitement conscience qu’elle non plus, elle n’était pas éternelle. Surtout avec les temps durs de ces jours-ci, il savait particulièrement qu’il pouvait la perdre à tout moment. Alors il profitait simplement du temps qu’il avait pour l’aider un maximum, et peut-être lui épargner des mois, voire des années, par la même occasion.

En ouvrant la grande porte de la grange, il regarda tout autour de lui en s’engouffrant dans la petite chaleur illusoire de l’endroit. Il remarqua sa grand-mère déjà affairée à laver ses bêtes, puis se dirigea vers elle pour lui donner un coup de mains.

-          Oh Donghae, tu m’as fait peur ! Je ne t’avais pas vu arriver ! sursauta la petite vieille.

-          Pardon grand-mère, s’excusa Donghae avec une petite moue adorable sur le visage qui fit grandement sourire sa grand-mère.

Il attrapa un seau et alla le remplir avec de l’eau. Il enleva ses gants en les mettant dans la poche de son gros manteau et trempa ses mains dans l’eau quasi brulante qui s’échappait du robinet. Un gémissement de pure satisfaction s’échappa d’entre ses lèvres tellement la sensation de cette chaleur était agréable pour lui. Il fut cependant reprit par sa grand-mère qu’il lui demanda de se dépêcher au lieu de rêver, et c’est alors qu’il entreprit de savonner une des nombreuses petites biquettes qui se pavanaient dans l’enclot. Il la mit à l’écart, histoire de ne pas être gêné par les autres, un peu trop curieuses, et commença à lui étaler un savon sur les poils. Il frotta avec conviction – peut-être un peu trop – avant qu’il se souvienne de garder sa force et son enthousiasme pour le reste des bêtes. Il savonna, frottant encore et encore, s’amusant par la même occasion des réactions de la biquette. Parfois, il retournait en enfance et s’amusait à reproduire leur bruit, plaçant son visage en face de celui de la petite bête. Sa grand-mère soupirait parfois, étonnée de le voir agir ainsi, mais tout aussi amusée de voir qu’il n’avait pas perdu son âme de petit enfant, malgré les évènements passés. Elle l’avait vu grandir, et elle savait ô combien il aurait été fatal si Donghae n’avait pas gardé cette part d’enfance en lui. Que serait-il devenu, s’il n’avait pas continué de faire l’imbécile en face d’une pauvre petite biquette sans défense ? Ah, bien des malheurs, pensa-t-elle.

-          Sept ! J’en ai fait sept ! J’ai bientôt fini grand-mère ! Plus que quatre et on pourra faire une pause pour aller manger ! s’exclama-t-il, content malgré ses efforts qui l’épuisaient.

-     Ne pense pas que ce soit terminé mon petit, il faut leur donner à manger après ! le démoralisa-t-elle.

Il avait parfois l’impression de travailler comme un bœuf, à l’image de la quasi-totalité des habitants de ce village. Seulement lui, il était un des rares jeunes, ou plus précisément, l’un des rares qui s’acharnait autant pour aider ce qu’il lui restait de sa famille. La plupart des autres jeunes étaient soit des enfants dans la dizaine, qui allaient alors à l’école toute la journée et ne revenait qu’en fin d’après-midi, soit des jeunes de son âge environ qui avaient préféré continuer leurs études en mettant de côté ce que Donghae appelait le « devoir familial ». Il comprenait le fait que ces jeunes aient eu envie de poursuivre leurs études, mais d’après lui, ils auraient dû penser d’abord à l’entretien de leur famille. Encore, pensait-il, ils travailleraient pour subvenir aux besoins familiaux, Donghae aurait été en total accord avec eux, mais de ce qu’il savait, pas un seul d’entre eux ne le faisait pour cette raison. Il les trouvait tellement égoïstes et cupides d’agir ainsi, dans leur propre intérêt. C’était en partie pour cette raison qu’il méprisait les gens de la ville. Il ne les considérait que comme des gens individuels, dénués de tout bon sens et qui ne s’occupaient que de leur propre bien être alors que des dizaines de milliers d’autres personnes n’avaient – et n’auraient – probablement jamais ne serait-ce qu’un quart de leur confort matériel. Dans un sens, Donghae les méprisait, les trouvant bien trop narcissique, tous à se croire supérieurs et puissants. Bien sûr, il lui était déjà arrivé de penser à ce genre de vie, à comment il aurait pu vivre jusqu’à maintenant s’il avait vécu en plein centre ville. Il aurait aimé faire tellement de choses, découvrir comment vivre dans la société moderne. Evidemment qu’il connaissait tout ça, mais seulement en partie. Il ne passait que très peu de temps dans ce genre de lieu, un peu comme s’il les exécrait. C’était plus fort que lui, il n’arrivait vraiment pas à les supporter.

Après avoir nettoyé chaque petites biquettes, il se dépêcha de rincer les seaux pour pouvoir aller les ranger dans la grande armoire. Il se mit ensuite en quête de nourrir les bêtes avec du foin, des céréales mélangés avec quelques petits légumes, puis entreprit de leur donner de l’eau avec le jet. C’était ça, sa partie de plaisir. Il adorait leur donner à manger, soit pour le fait de les voir accourir sans réellement savoir pourquoi, beaucoup trop attirées par l’odeur de la nourriture, soit pour le fait de voir toute l’énergie dont elles faisaient preuve pour venir se rassasier. Et puis, il devait bien l’avouer, il adorait se servir du jet d’eau depuis qu’il était tout petit. Il en profitait toujours pour les arroser un peu, s’amusant à les faire courir dans diverses directions alors qu’elles voulaient simplement aller manger.

Sa grand-mère le reprit bien vite pour qu’il vienne manger à son tour. Il sautilla presque en stoppant son petit jeu, trop impatient de retrouver la chaleur de la cheminée. Il adorait ça, pouvoir se mettre au chaud tout en dégustant un plat maison de sa grand-mère. Généralement, c’était lui qui cuisinait, mais cette fois-ci, la maîtresse de maison avait décidé de le laisser profiter d’un peu de repos avant de se mettre à table, il avait fait du bon boulot ce matin. Elle était toujours étonnée de le voir faire ainsi, sans broncher alors que la majorité des jeunes de son âge auraient refusé de travailler ainsi. Elle lui donnait toujours la pièce à la fin du mois, mais rien de bien exceptionnel comparé à ce que les autres pouvaient recevoir en ville pour des services biens moindres. Mais Donghae semblait faire abstraction de ça, comme s’il n’était pas vraiment intéressé par l’argent. Elle avait souvent l’impression de l’étouffer, de trop lui en demander. Après tout, lui aussi aimerait surement se faire des amis, rencontrer de nouvelles personnes, se trouver quelqu’un même, ou simplement sortir de temps en temps pour se défouler, mais jamais il n’avait omis l’idée. Si bien que des fois, sa grand-mère se demandait si elle ne l’empêchait pas de vivre sa vie.

Elle l’appela pour se mettre à table après avoir déposé tout un tas de nourriture sur la table. C’était rare de voir autant de diversité dans les plats, mais la rentrée avait été bonne, et elle se devait de féliciter son petit-fils qui travaillait merveilleusement bien pour elle sans recevoir grand-chose en retour.

-          Waouh ! s’exclama Donghae en sautant presque sur sa chaise, les yeux pétillants. En quel honneur t’as préparé tout ça ? Ca a l’air trop bon !

-          Dis-moi Donghae, reprit-elle en ignorant l’enthousiasme du brun, tout en gardant un petit sourire attendri sur les lèvres, j’ai l’impression que j’accapare beaucoup trop de ton temps, tu devrais sortir et profiter plus.

-          Pourquoi tu dis ça ? Je suis très bien ici, et puis tu sais très bien que je ne supporte pas la ville.

Donghae était étonné qu’elle lui parle de ça. Elle savait pertinemment qu’il tenait presqu’en horreur la ville, alors ils évitaient de parler du sujet en temps normal.

-          Bon, j’aurai besoin de deux-trois trucs, tu pourrais aller me les chercher en ville cet après-midi ?

Parfois, il avait fortement l’impression qu’elle se fichait de lui. Il lui venait tout juste de lui dire qu’il n’aimait pas la ville, qu’il préférait largement rester ici à la campagne, rester avec elle, et elle, elle lui disait carrément de se rendre en ville pour lui faire des courses. Il la soupçonnait de se faire du souci pour lui, il avait l’impression qu’elle faisait tout pour l’emmener là-bas, histoire qu’il se fasse des amis ou alors tout simplement des connaissances. Ou peut-être, cela était-il… ?

-          Tu veux te débarrasser de moi ? lança-t-il, méfiant, tout en écarquillant les yeux.

-          Mais bien sûr que non mon petit Donghae ! J’ai simplement besoin d’ingrédients spéciaux pour une nouvelle recette, souffla-t-elle, exaspéré par les réactions démesurées de son petit fils.

-          Une nouvelle recette ?

-          Oui, tu sauras ça ce soir, c’est une surprise. Allez, dépêche-toi donc d’y aller pendant qu’il ne fait pas trop mauvais !

Il trouvait ça décidemment trop bizarre. Premièrement, elle semblait s’inquiéter pour lui. Deuxièmement, elle avait besoin de lui pour aller en ville. Et ensuite, elle le faisait tourner en bourrique. Depuis quand faisait-elle des recettes spéciales ? Elle ne cuisinait que rarement, à part si ce n’était pour le féliciter, alors pourquoi aurait-elle besoin de tels ingrédients ? Quelque chose clochait ici, Donghae en était persuadé. Peut-être aurait-elle rencontré quelqu’un…quelqu’un qui remplacerait son grand-père… ? Sans réellement savoir pourquoi, cette idée ne lui plut pas vraiment. A cette pensée, son cœur se serra dans sa cage thoracique. C’était la première fois qu’elle lui cachait quelque chose, et si jamais cette hypothèse s’avérait être vraie, Donghae ne savait pas encore comment il allait réagir. Bien sûr, il se devait d’être heureux pour sa grand-mère, il devrait évidemment l’encourager à tourner la page pour commencer à vivre de nouveau heureuse auprès d’un autre homme. Mais lui, en était-il capable ? Il avait toujours vécu aux côtés de son grand-père, il l’avait toujours considéré comme son propre père, comme le seul avec qui il avait une relation père-fils qui était belle et bien réelle. Il avait pris exemple sur lui, construit sa vie autour de la sienne, suivit ses pas. Qu’allait-il se passer si sa grand-mère avait rencontré un autre homme ? Il ne pouvait tout de même pas le remplacer, faire comme si cet homme était son vrai grand-père…

La vieille femme lui fit signe, l’arrachant à ses pensées. Il tiqua légèrement, puis en remarquant le visage inquiet de la maîtresse du foyer, il sourit avant de débarrasser la table. Pourtant, lui-même savait que son sourire était quelque peu faux. Il devait digérer l’idée avant de l’accepter, et mine de rien, sa virée en ville de cet après-midi allait surement l’aider à réfléchir un peu plus à la situation.

Il monta à l’étage en direction de la salle pour aller prendre une bonne douche chaude. Il savait que cette étape allait l’aider également, et puis autant profiter d’un peu de chaleur avant de s’engouffrer dans l’air frais de la civilité. Prenant avec lui des affaires, un simple jean bleu clair avec un pull noir, il prépara son entrée dans la douche. L’eau lui fit énormément de bien, malgré la cheminée, l’air restant frais à l’intérieur. Il ne prit pas trop son temps tout de même, se rappelant du conseil de sa grand-mère ; le temps risquait de changer du tout au tout, surtout pendant l’hiver.

 

 

 

#City#

 

Il cherchait dans les rayons, encore et encore. Décidemment, même les magasins des villes, Donghae n’aimait pas ça. C’était comme si tous les ingrédients jouaient à cache-cache avec lui. Seulement, lui, cela l’énervait plus qu’autre chose. Alors tant pis, il savait qu’on le prendrait surement pour un fou – surtout car le magasin, ou plutôt la supérette, n’était vraiment pas très spacieux – mais il allait prendre son courage à deux mains et allait demander au vendeur où se trouvait ce qu’il cherchait en vain depuis son arrivée.
En même pas deux minutes, le vendeur lui avait apporté tout ce qui était marqué sur la petite liste, un sourire en coin que Donghae analysa comme méprisant. Tous pareils, pensa-t-il.

Il sortit finalement de la supérette au bout d’une demi-heure, regardant aux alentours. Puis il jeta un coup d’œil rapide au ciel quasiment dénué de nuages, il avait l’air de faire plutôt bon. Il prit son téléphone portable pour appeler sa grand-mère sur le téléphone fixe de la maison, la prévenant qu’il passerait un peu plus de temps que prévu en ville, voulant se promener un peu. En réalité, il avait surtout besoin de repenser à ce qu’elle lui avait dit un peu plus tôt pendant le repas. Il n’avait toujours pas réussi à y penser raisonnablement, et peut-être que l’air de la ville n’était pas si mauvais que ça pour se changer les idées. Alors il décida de déambuler un peu au hasard dans les rues, son sac de courses à la main.

A plusieurs reprises, il dut se faire violence pour ne pas crier sur les automobilistes soi-disant irresponsables qui ne faisaient pas attention aux piétons, ou encore sur les passants malpolis qui lui fonçaient dedans sans s’excuser. Sans plus tarder, il remarqua un petit parc qui semblait calme et s’engouffra dedans. Après avoir aperçu un banc libre, il se dirigea vers lui afin de se reposer un peu, et histoire de dire, observer quelque peu les environs. Il devait bien avouer que le coin était plutôt calme, peut-être agréable aussi, mais ça il préférait le garder pour lui.

Cependant, son illusion devait bien se briser à un moment ou à un autre. A peine commençait-il à apprécier cet endroit qu’un groupe d’amis plutôt bruyant traversait le parc. Il ne distinguait pas chacun d’entre eux, pourtant, l’un d’eux attira particulièrement son attention. Ses cheveux argentés, à la limite du blanc, son corps fin mais qui semblait tout de même avoir de la force, ses doigts longs et fins, qui étaient pourtant refermés en poings, ses jointures blanchissant à vue d’œil. Mais ce qui choqua le plus Donghae était certainement son visage. Bien que ce jeune homme avait une grosse écharpe autour du cou, il put parfaitement discerner ses traits crispés, comme sous le coup de la colère – d’où ses poings serrés, surement. Il était intriguant à ses yeux, autant par sa manière de se détacher des autres que par sa prestance.

-          Je n’irai pas un point c’est tout ! Arrêtez de me faire chi*r avec ça put*in!

-          Mais t’as pas le choix, ton père te l’a bien fait comprendre ! Il fait ça pour corriger ton comportement, et tu sais très bien que sans ça, il ne te laissera pas continuer ! lança l’un des autres jeunes, rappelant le premier à l’ordre.

Donghae ne savait pas pourquoi, mais il se prit à regarder la scène comme celle d’un film, presque comme s’il était immergé dedans – ce qui était en fait la réalité. Il vit celui aux cheveux argentés s’arrêter en serrant fortement la mâchoire, se retournant ensuite face à son ami.

-          Ecoute-moi bien, son avis ne m’intéresse pas ! Le tien, non le votre, je m’en contrefous aussi d’ailleurs ! cria-t-il presque, son regard se plantant dans chacun des trois autres personnes qui se tenaient face à lui.

Pendant un instant, Donghae avait arrêté de respirer sans s’en rendre compte, certainement trop pris par le feu de l’action. Au final, il ne savait que décider : la ville offrait-elle de telle scène spectaculaire au point que Donghae en devienne presque curieux, ou alors cela augmentait-il le mépris qu’il leur tenait déjà en rigueur ?
Il rit doucement face à sa propre remarque intérieure, se disant qu’au final, toutes ces personnes n’étaient que superficielles et qu’il ne le reverrait probablement jamais de toute sa vie. Et bien heureusement d’ailleurs, pensa-t-il en se remémorant la scène. Un drôle de personnage, comique à ses yeux. Un gars arrogant, très certainement malpoli et sans manières. Enfin, qu’importe, il n’aurait plus jamais à faire à eux de toute façon.

Le groupe passa juste devant lui, sans lui adresser un seul regard – bien qu’au fond ça ne le dérangea pas du tout, il se dit que la politesse ne faisait pas partie de leur quotidien, ne prenant même pas le temps de saluer les autres.

-          Fais pas le con, tu sais très bien que c’est pour ton bien Hyuk-

Il n’eut pas le temps d’entendre la fin de la conversation que le groupe s’éloignait de plus en plus de lui. Dommage, il aurait bien aimé connaître le fin mot de l’histoire. Cela aura au moins eu le mérite de le divertir pendant l’espace d’un instant, peut-être que cela lui aura permit d’oublier sa principale préoccupation de la journée. Mais il n’avait toujours pas la foi de rentrer pourtant, le vent n’étant pas gelé et le ciel étant encore assez dégagé, il se dit qu’il pouvait bien encore profiter d’un petit instant pour se reposer. Et puis, il n’avait rien à faire de la soirée, sa grand-mère lui ayant gentiment proposé de se promener un peu. Il avait pensé dans un premier temps qu’elle ne voulait pas le voir de bonne heure, histoire qu’elle puisse voir l’homme qu’elle voudrait surement lui présenter le soir même, mais il était pourtant persuadé qu’elle serait en train de s’occuper de ses légumes dans son jardin.
C’est sur cette idée qu’il se contenta de fermer les yeux un petit moment.

 

 

#City#              #Countryside#

 

Quelque chose de mouillé lui fit ouvrir les yeux soudainement, le faisant grimacer par la même occasion.

-          Qu’est-ce…

Il se releva rapidement en quête d’un abri lorsque la pluie s’abattit sur lui de plus en plus fort. Le temps avait sacrément eu le temps de changer, il n’avait même pas fait attention à l’heure. Il s’était assoupi une bonne heure sur le banc de ce parc, il devait manquer de sommeil ces derniers temps.
Il remarqua au loin un abri bus et décida d’aller s’y réfugier. Mais en courant dans cette direction, il vit qu’une personne était assisse sur le trottoir, sous la pluie battante. La capuche rabattue sur sa tête, elle-même baissée entre ses bras, ses coudes posés vulgairement sur ses genoux légèrement écartés. Un pose typique du mec, ironisa Donghae. Il fit quand même un détour afin de le prévenir de se mettre à l’abri pour ne pas attrapé froid. Une fois à sa hauteur, il se pencha quelque peu en se protégeant de la pluie en plaçant sa main au dessus de sa propre tête.

-          Hey ! Vous devriez aller vous mettre à l’abri, vous risquez de tomber-

Il ne finit pas sa phrase que l’inconnu releva son visage, dévoilant à Donghae des traits durs et des cheveux quasi blancs. Il reconnut aussitôt le jeune homme arrogant, celui croisé un peu plus tôt dans le parc.

-          Qu’est-ce que tu m’veux toi ? Casse-toi ! lui cracha-t-il au visage.

-          L’amabilité, tu connais ? Tu devrais essayer ! lui lança Donghae en recommençant à courir vers l’abri bus.

-          J’t’emme*de pauvre co* !

A peine Donghae arriva-t-il dessous que son bus pour rentrer chez lui arriva, alors il s’engouffra à l’intérieur sans perdre de temps, s’installant confortablement sur une place libre.
Pendant tout le trajet, il ne put s’empêcher de repenser au visage de ce jeune homme. Oui, oui, bien sûr, Donghae l’avait en horreur. Non seulement parce qu’il habitait en ville, mais aussi parce qu’il était tout ce qu’il détestait : arrogant, impoli et vulgaire. Mais son visage tourmenté l’avait troublé l’espace d’un instant. Peut-être aurait-il dû insister pour l’aider à se mettre à l’abri au lieu de partir lui aussi au quart de tour. Sur ce coup, il ne s’était pas montré beaucoup plus intelligent, ni beaucoup plus mature, que cet inconnu. Il avait horreur d’avouer ce genre de chose, mais aussi de s’être abaissé à ce genre de comportement. Il n’avait jamais été élevé comme ça, seulement, certaines personnes telles que ce gars aux cheveux blancs avaient le don de l’énerver au plus haut point sans raison spécifique.

L’arrêt de bus étant à cinq minutes environs de chez lui, Donghae dû courir pour atteindre la porte en minimisant un maximum l’impact de l’eau sur son corps, ce qui bien évidemment, ne marchait pas. Il entra alors trempé de la tête au pied, se trouvant soudainement bête de s’être endormi en plein air en sachant très bien que le temps changeait très vite en hiver. Avec tout ce froid et cette pluie, cela relèverait du miracle s’il n’attrapait pas froid.

Il se contentant d’enlever ses chaussures très vite et de déposer son sac de course dans la cuisine tout en lançant à sa grand-mère qu’il courrait prendre une douche pour ne pas attraper froid. Et aussitôt dit, aussitôt fait, il se retrouvait déjà à s’extasier de bonheur sous l’eau brulante qui coulait délicieusement sur son corps nu. Sa grand-mère étant exigeante afin qu’il ne prenne pas froid, il prit ses conseils à la lettre et profita d’un peu plus de temps pour apprécier ce moment de douce chaleur.

Une fois propre et bien réchauffé, il descendit une nouvelle fois les escaliers pour rejoindre sa grand-mère, celle-ci étant déjà aux fourneaux.

-          Attends grand-mère, tu veux de l’aide ? demanda-t-il, en bon petit fils aimable.

Elle lui sourit tendrement en lui intimant de seulement prendre place sur une des chaises.

-          On a un invité ce soir, dit-elle calmement, d’un air presque maternel qui fit un peu peur à Donghae.

Il opina simplement, intensifiant son combat intérieur. Maintenant, c’était certain ; sa grand-mère allait recommencer sa vie avec un autre homme, tournant officiellement la page sur son amour perdu. Mais tandis qu’il avait réussit à se faire une raison, l’heure sonna où Donghae se rendit compte qu’il n’était pas prêt du tout à abandonner l’image de son grand-père.

Alors que la maîtresse des lieux termina la préparation des plats, la sonnette retentit. Elle demanda gentiment à son petit-fils d’aller ouvrir la porte tandis qu’elle commençait d’ors et déjà à servir dans les assiettes.

La boule au ventre et l’envie de courir se réfugier dans sa chambre, Donghae se dirigea tout de même dans le couloir de l’entrée.
Il posa délicatement une main sur la poignée, son cœur refusant d’ouvrir cette satanée porte. Le rappel à l’ordre de sa grand-mère le fit revenir à lui, et tandis que la porte s’ouvrit sur l’invité, son visage et celui de son vis-à-vis se décomposa complètement.