Prologue

par Blossom

Les rêves. Tout le monde en a. Un ou plusieurs. Ce sont leur essence même qui nous pousse à avancer, toujours plus loin, toujours plus vite. Ils nous entrainent à leur suite, à leur poursuite, et on les course jusqu’à l’épuisement. La vie se résume à cela. Une course-poursuite après ses rêves. Jusqu’au jour où on n’ plus la force de ne serait-ce que marcher derrière eux.

C’est quoi… La vie ?

C’est quoi… Les rêves ?

Tout le monde en a.

C’est quoi… Tout le monde ?

La fulgurance de la douleur, les flashs de lumières, les klaxons des voitures, l’odeur de l’essence… Son passé ne se résumait plus qu’à cela.

C’est quoi… Le passé ?

Son nom. Son nom. Il ne lui restait plus que ces quelques secondes de souvenirs et son nom.

C’est quoi… Un souvenir ?

C’est quoi… Un nom ?

Lui restait-il vraiment quelque chose ? Il en doutait. Il n’avait plus rien.

Il se demandait vaguement si il n’avait pas perdu du poids. Ça doit peser lourd, la mémoire, non ? 18 ans c’est bien cela ? 18 ans de mémoire, ce n’est sûrement pas tout léger. Peut être qu’il pouvait voler maintenant. Aussi léger qu’un oiseau, il pouvait se laisser errer dans les nuages.

Ses pensées n’étaient plus cohérentes. Des mots s’alignaient dans son esprit, des mots dont il ne saisissait même plus le sens.

Le trouble, la confusion, la peur. Qu’allait-il advenir de lui ? Mais cette question ne trouvait aucun écho en lui. Encore aurait-il fallu qu’il se la pose. Mais il n’avait plus rien, il n’avait plus la curiosité, il se retrouvait à nu, comme un enfant qui vient de naître. Tout ce qui le constituait n’était que ce qu’il avait reçu après son réveil. Quelques sentiments contradictoires, étranges, étrangers.

Et il attendait.

C’est quoi… l’attente ?

Il ne savait pas, il ne savait plus, mais c’est ce qu’il faisait.

 

 

~ ° ~

 

 

Un jour, j’ai entendu que le monde est comme une bulle. Je me suis dit que ça dépendait de la définition qu’on se fait du monde. Je pense que chaque personne à son propre monde. Chaque personne a sa propre bulle. Ça fait beaucoup de bulle.

C’est pratique, cette image. Par exemple, la bulle c’est transparent, donc ça montre que même si chacun est dans sa bulle, on peut interagir avec les autres.

Et puis aussi, c’est fragile. Ça démontre la vulnérabilité de la vie. Ça flotte au gré des éléments. On est balloté, mais on n’y peut rien.

Et puis c’est tellement fragile qu’il peut tout arriver.

Toi, ta bulle, elle a éclaté. Je ne sais pas trop quand. Peut être ce jour, où dans une autre vie, j’aurais déjà été avec toi. Ou peut être pas. C’est peut être grâce à ce jour que l’on s’est connu. Oui, sûrement. Car ce jour, ta bulle a éclaté, et tu es tombé. Tu es tombé, tombé, tombé, tu aurais dû t’écraser…  Mais non. Dessous, il y avait mon monde à moi. Tu es tombé dedans, tu es entré dans ma vie. Désorienté, tu n’as plus trouvé la sortie, alors je t’ai pris la main, et j’ai décidé de te guider. Finalement, je ne t’ai pas laissé partir. D’ailleurs, je crois que toi non plus, tu ne voulais pas partir.

Mais oui. Ce jour-là, ta bulle a éclaté, tu es tombé, et tu es tombé dans la mienne. Ce jour-là, si j’avais su, déjà j’aurais souris et me serais écrié : « Quelle chance ! »