Slow burn

par Evil_Keshi

Chapitre dix-huit: Slow burn

Un étrange mélange de trépidation et d'appréhension nageaient dans le sang de Kibum tandis que le jeune homme se dirigeait vers la maison de Jonghyun. Franchement, il n'était pas certain de ce qu'il se passerait une fois qu'ils se retrouveraient face à face, il ne savait pas comment tous deux allaient réagir l'un envers l'autre mais... En dépit de sa crainte de tout foutre en l'air plus encore qu'il ne l'avait déjà fait, Kibum ne pouvait s'empêcher de se sentir quelque peu extatique à la pensée qu'enfin, il parlerait à Jonghyun.

Il était le premier à blâmer pour leur manque d'interactions amicales de ces derniers temps et il avait conscience de ce fait, merci bien, mais il était aussi l'une des deux seules personnes qui avaient la possibilité d'améliorer les choses et cela, bien que lourd fardeau sur ses épaules, était aussi un réconfort. Vu que lui-même voulait arranger les choses, alors il pouvait au moins tenter sa chance et si Jonghyun vivait la situation de la même façon, peut-être qu'il réussirait.

Il espérait seulement que l'humanoïde accepterait de l'écouter et comprendrait que s'il avait fait de mauvais choix, c'était pour les bonnes raisons. Il n'était pas sûr que Jonghyun serait d'accord avec lui sur ce point mais il se devait d'essayer, de lui faire voir la situation à travers ses propres yeux et de son point de vue; peut-être que son vieil ami ne comprendrait pas, ne voudrait pas, mais c'était lui qui avait appelé et avait dit au jeune humain de passer... Cela devait bien signifier quelque chose, non ?

Lorsque Kibum arriva en face du complexe d'appartements de Jonghyun, il avait réussi à dominer son excitation, de peur de paraître trop pressant et pas suffisamment désolé, alors qu'il savait que c'était par cela qu'il devait commencer: des excuses sincères. Il ne lui était pas tellement difficile de contenir sa joie d'être réuni avec Jonghyun car sa peur de déchirer plus encore les lambeaux de leur relation était réelle; néanmoins, lorsqu'il appuya fermement sur la sonnette, Kibum avait plus d'espoirs que de craintes.

- Kibum ? résonna la voix de Jonghyun, étrangement déformée par l'interphone à côté de la porte.

- Hey ! s'exclama le blond, soudain nerveux. Heu, coucou. Salut. Oui, c'est moi.

- Entre. Quatrième étage, appartement 4C, dit l'humanoïde.

Un bourdonnement bruyant lui indiqua que la porte était ouverte et il la poussa précipitamment. Il ne s'autorisa pas beaucoup de temps pour observer de plus près le hall d'entrée, ne remarquant que les escaliers et décidant plutôt de prendre l'ascenseur, qui l'amènerait plus vite à Jonghyun (mais non, il n'était pas désespéré.)

Il ne s'attendait pas à ce que Jonghyun l'attende sur le seuil de son appartement mais il était bien là, souriant avec hésitation tout en tenant la porte ouverte; il lui fit signe d'entrer, ce que Kibum fit à petits pas, son assurance soudain disparue, oubliée.

Ils y étaient, songea-t-il alors que l'humanoïde fermait la porte derrière lui, il était enfin temps de jouer cartes sur table et d'essayer d'arranger les problèmes. Sans crises de larmes, avec un peu de chance.

- Salut. Encore une fois, dit-il en faisant face à Jonghyun.

- Hey, répondit l'humanoïde avec le même sourire que lui, pas assez large et plutôt nerveux, bien que sincère. Viens, assieds-toi.

Kibum fit ce qu'il lui disait et se traita mentalement d'idiot quand il s'aperçut que son corps tout entier était tendu et qu'il était assis tout au bord du canapé. Il était déjà fatigué d'avoir l'impression de marcher sur des œufs dès qu'il se retrouvait à proximité directe de Jonghyun alors qu'il ne s'était jamais senti mal à l'aise de sa vie dans le périmètre de l'humanoïde - enfin, pas jusqu'au fiasco de son anniversaire, en tous cas.

- Alors... commença Jonghyun en s'asseyant à l'autre bout du canapé, tu veux boire quelque chose ? Je peux faire du café ou bien... du thé ? Je crois que j'ai encore du jus de fruit dans le réfrigérateur si tu veux... Ou des cookies ?

- Ah, non, merci, répondit Kibum en secouant la tête, ça va comme ça.

Il noierait son chagrin dans un pot de crème glacée sur le lit de Taemin plus tard s'il le fallait, à savoir, si Jonghyun refusait de l'écouter, mais en cet instant son appréhension était si forte qu'il se rendrait probablement malade s'il essayait d'avaler ne serait-ce qu'une gorgée d'eau.

- D'a... d'accord.

Ce triste exemple de conversation mourut entre eux et Kibum se retrouva soudain très intéressé par l'appartement lui-même - tout sauf regarder Jonghyun en cet instant. Il n'y avait pas encore grand-chose, il était clair que l'humanoïde essayait encore de trouver son propre style de décoration et les endroits exacts où il souhaitait placer les meubles, mais il y avait déjà une impression de... chez-soi. Principalement grâce aux photos accrochées au mur, qui semblaient être les seuls éléments que Jonghyun ait trouvés dignes d'être exposés dans cette pièce, qui aurait presque pu être signalée par un panneau travaux en cours.

Kibum le remarqua avec un coup au cœur: malgré tout ce qu'il s'était passé, c'était lui qui avait été précautionneusement placé dans de magnifiques cadres sur les murs. Apparemment, Jonghyun avait une copie des photographies que Kibum avait reçues dans un album pour son anniversaire, parce que le blond en reconnut certaines de celles qu'il avait passé la semaine précédente à observer avec nostalgie (même s'il ne l'admettrait jamais.)

Et c'était... horrible. Il était horrible de penser que Kibum, malgré toute la souffrance qu'il avait infligée à l'humanoïde, était encore celui qu'appelait le cœur de Jonghyun.

- Hé, c'est... c'est un chouette endroit, dit-il enfin.

- Oui... Ton père et monsieur Park, le propriétaire, ont m'aidé à apporter mes affaires. Les meubles étaient déjà là par contre, étant donné que le fils de monsieur Park ne les a pas emmenés avec lui aux Etats-Unis... C'est bien de... d'enfin avoir un chez-soi, je suppose.

- Tu étais déjà chez toi avec nous, murmura faiblement Kibum.

- Oui. Je sais.

Jonghyun n'avait rien à ajouter à cela mais il fit voyager son regard avec gêne, et c'était tout aussi triste que rassurant de savoir que l'humanoïde ne savait pas non plus quoi faire de lui-même. Hé bien, hé bien... Ils formaient une belle paire d'idiots tous les deux, n'est-ce pas ? Kibum était sur le point de le dire à voix haute lorsque Jonghyun prit soudain la parole:

- Je suis désolé...

- Hein ? demanda le blond sans élégance. Pourquoi ?

- Parce que je t'ai dit de venir pour qu'on puisse discuter mais... Je suis en train de faire l'exact opposé et j'imagine que je suis loin d'être la meilleure compagnie en cet instant. Tu ne crois pas ?

- Ce n'est... pas tout à fait faux, répondit précautionneusement Kibum, mais nous sommes deux, dans ce cas: après tout, il faut être deux pour discuter, à moins que tu ne te parles à toi-même - et c'est pas grave, tu sais, du moment que ce n'est pas pathologique mais... Heu, d'accord, je vais la fermer maintenant.

Le jeune homme cessa de déblatérer ses paroles sans queue ni tête et, timidement, regarda Jonghyun qui avait quant à lui le sourire aux lèvres. Derrière ce sourire, Kibum pouvait néanmoins voir la laide souffrance dans le cœur de l'humanoïde et le sien se mit à battre plus rapidement lorsqu'il réalisa combien Jonghyun semblait terriblement humain, dans sa tentative de ne pas montrer à quel point il avait été et était encore blessé. Il pouvait comprendre cela, au moins partiellement: c'était difficile, d'être assis à quelques centimètres de la personne qu'on aimait, sans pouvoir la toucher, sans être aussi proche d'elle qu'on le désirait. Kibum le savait. Il le ressentait.

Mais il ne pouvait qu'imaginer ce que cela devait être pour Jonghyun, dont les émotions étaient sans doute aussi intenses que nouvelles, alors qu'il avait été rejeté, et de façon violente pour couronner le tout. De ce qu'il savait actuellement, Kibum ne l'aimait pas, fin de l'histoire, ce qui était un malentendu que le jeune homme se devait de corriger dès que possible. Mais par où commencer ?

- Moi aussi, je suis désolé, murmura-t-il après quelques secondes de silence gêné.

C'était effectivement un bon début. Les excuses qu'il avait voulu présenter depuis un bon moment... L'humanoïde les accepterait-il ?

- Pourquoi ? demanda Jonghyun avec légèreté, bien que son corps se soit tendu et que la ligne de ses épaules se soit raidie.

- Pour... tout, je pense.

- Tout... répéta amèrement l'humanoïde, comme si les mots laissaient un goût âcre dans sa bouche. Donc, pour m'avoir blessé ? Et m'avoir ignoré ?

Kibum gigota sur le canapé, se sentant un peu mal à l'aise devant ses propres erreurs qui lui étaient lancées au visage de la sorte, mais il se força à prendre une grande inspiration et à répondre calmement:

- Oui. Pour commencer.

Jonghyun hocha la tête, apparemment perdu dans ses pensées, mais ensuite il regarda le blond droit dans les yeux et dit avec l'ombre d'un sourire triste:

- Alors moi aussi je suis désolé, je suis désolé de t'avoir embrassé sans prévenir et de ne pas t'avoir demandé la permission.

Jonghyun fit une brève pause, comme s'il réfléchissait et pesait les mots qui allaient suivre, puis ils sortirent de sa bouche d'une seule traite, de peur que s'il y songeait trop longtemps, il hésiterait et n'oserait plus les prononcer.

- Mais je ne regrette pas, et ne regretterai jamais, de t'avoir embrassé, ajouta-t-il dans un souffle.

Kibum ouvrit la bouche mais la referma de suite, à court de mots. Il ne... il ne savait que dire. Qu'il ne regrettait pas non plus ? Ce serait mentir: il aurait souhaité pouvoir effacer tout ce qu'il s'était passé ce jour-là, du baiser à la gifle, en passant par les tristes circonstances dans lesquelles Jonghyun lui avait avoué son amour. Il n'avait pas été préparé à cela et honnêtement, peut-être ne l'était-il toujours pas, mais cette fois il voulait essayer et il n'avait plus peur. Ou du moins, ses sentiments pour Jonghyun étaient plus forts que sa peur de souffrir dans une relation qui s'achèverait trop tôt ou bien qui n'impliquerait pas de véritable amour.

Mais Taemin avait raison: il se devait de faire un effort pour que ça marche, il fallait que ça marche.

- Est-ce que tu... commença Kibum avec hésitation, sans oser croiser les yeux de Jonghyun alors qu'il parlait avec douceur. Est-ce que tu m'embrasserais encore ? Là, tout de suite ?

- Quoi ? demanda Jonghyun avec surprise. Qu'est-ce que tu... Est-ce que tu te moques de moi ?

Le visage de l'humanoïde se crispa et ses sourcils se froncèrent, apportant une certaine froideur à son expression et, pire encore, il sembla soudain déçu de Kibum. Le jeune homme secoua rapidement la tête et leva une main apaisante, essayant de montrer à Jonghyun qu'il voulait réellement arranger tout leur (son ?) bazar, mais son ami ne lui laissa pas du tout le temps de parler.

- Ne joue pas à ce jeu, Kibum, dit-il sombrement. Tu sais que j'ai des sentiments pour toi et je suis conscient que ce n'est pas ton cas mais ce n'est pas une raison pour me tendre un piège, pour me faire croire que... Que quelque chose serait possible... Ne fais pas ça.

- Non, Jonghyun, ce n'est pas... Ecoute, je...

Le blond n'y arrivait pas. Il se leva, seulement pour être repoussé sur le canapé lorsque l'humanoïde martela sa poitrine de son index.

- Non, toi, écoute ! s'exclama-t-il, cette fois clairement en colère. Tu es un putain d'hypocrite, tu le sais, ça ? Tu as été le premier à te montrer amical envers moi, tu... Tu m'admirais, tu pensais... Tu me considérais comme ton ami, pas comme un robot, même quand je l'étais ! Et quand tu as su que je ne l'étais pas, que je ne l'étais plus, tu n'as jamais changé mais tu m'as aidé à mieux me comprendre moi-même, tu m'as tenu la main à travers ce processus et je... J'étais heureux, Kibum.

Jonghyun respira profondément et se pinça l'arête du nez, fermant les yeux alors qu'il tentait de se calmer. Finalement, il ajouta tout doucement, en contraste total avec son éclat de colère précédent:

- Et ensuite, tu m'as anéanti. Toi, alors que je pensais que tu comprendrais, tu m'as dit que je ne pouvais pas aimer. Que je ne savais pas ce que c'était. Toi, entre tous.

Face à lui, Kibum était... pétrifié. Il réalisait à quel point Jonghyun était déçu et blessé, ce qu'il avait bien le droit d'être, et il se sentait tellement honteux d'être responsable d'un si grand ressentiment qu'il ne put empêcher une larme solitaire de couler rapidement le long de sa joue. Mais...

- Je comprends, murmura-t-il. Vraiment, Jonghyun, et je suis tellement désolé de t'avoir traité comme je l'ai fait, mais... Tu n'es pas le seul à avoir des problèmes.

Il sentit plus qu'il ne vit l'humanoïde le regarder avec attention, étant donné qu'il avait gardé les yeux rivés sur ses chaussures plutôt que de jeter un coup d'œil du côté de Jonghyun, mais il lui semblait plus facile de partager ses peurs et pensées les plus secrètes comme cela, sans devoir affronter le regard de son ami. A dire vrai, il craignait ce qu'il y trouverait: pitié ? Sympathie ? Compréhension ? Jugement ?

- Je... croassa-t-il de façon pathétique, je suis désolé pour tout ce que j'ai dit. Je ne le pensais pas, pas entièrement. Je comprends ce que tu ressens et je te crois, je sais que tu es capable d'aimer. Mais combien de temps vais-je t'intéresser ? Combien de temps m'aimeras-tu avant de réaliser que je ne te suffis pas ou que nous allons mieux ensemble comme amis ou frères qu'en tant que couple ?

L'humanoïde l'observa sans mot dire mais Kibum pouvait presque voir les rouages tourner dans son cerveau alors qu'il assimilait ce que tout cela signifiait exactement, puis Jonghyun s'enquit:

- Est-ce que ça veut dire que tu as envisagé... de dire oui ? D'être avec moi ?

- C'est tout ce que tu as retenu ? répondit Kibum, incrédule, en vérité moins ennuyé que soulagé de constater que l'humanoïde semblait soudain moins énervé.

Peut-être qu'avoir dit ce qu'il avait sur le cœur avait permis à Jonghyun d'évacuer sa nervosité ou peut-être que sa surprise aux mots du blond avait aidé sa colère à s'estomper, car l'humanoïde lui adressa un petit sourire d'excuse et maintenant qu'ils étaient tous les deux plus calmes, Kibum était persuadé qu'ils allaient finalement arriver à quelque chose avec cette conversation.

Jonghyun était apparemment du même avis car son corps se détendit tout d'un coup et ses traits s'adoucirent alors qu'il s'approchait tout doucement du blond. Sa main droite tressaillit, comme si l'humanoïde voulait tendre le bras et toucher Kibum, lui tenir la main ou simplement poser ses doigts sur son poignet, établir un certain contact pour réparer les liens qui avaient été brisés entre eux, mais il combattit cette envie et garda ses mains sur ses genoux. Il ouvrit la bouche et hésita, puis il soupira et envoya toute prudence par la fenêtre:

- Kibum, j'ai besoin... Je veux que tu saches que je ne suis pas Mir. Ou Woohyun, ou Minho. Je n'ai jamais voulu te faire du mal exprès et je ne le voudrai jamais. Tu mérites... Tu mérites le meilleur et j'aimerais pouvoir être une petite partie de ce meilleur. Est-ce que tu voudrais cela ? Est-ce que tu me donnerais une chance de te montrer que je ne suis pas comme ça, que je pourrais t'aimer comme il faut ?

Kibum se mordilla la lèvre, titillant la chair gonflée tout en hésitant. C'était ce qu'il voulait, oui. Et pourtant, il ne pouvait se forcer à le dire car... Car...

- Jonghyun, je suis un humain et tu es un humanoïde. Nous ne sommes pas faits pour être ensemble.

- Ne dis pas ça, asséna l'autre avec une grimace, croisant les bras sur son torse. Ne t'avise pas de dire qu'on ne peut pas être ensemble à cause de ce que je suis, pas quand nous avons été amis, même avec tout ça ! Je ne peux pas croire qu'être... plus qu'amis... ferait une grande différence. Et même si c'est le cas, je m'en fous.

Kibum renifla et cette fois, ce ne fut pas seulement une larme qui tomba accidentellement du coin de sa paupière mais plusieurs, coulant le long de ses joues dans un flot continu.

- Tu ne comprends pas ! sanglota-t-il, essayant de dissimuler sa détresse en enfouissant son visage dans ses mains. Tu... Regarde-toi ! Tu ne changes pas, tu es comme ça depuis plus de dix ans alors que je... Je vieillis et j'ai peur qu'un jour, j'aurai cinquante ans et tu seras toujours pareil et parfait comme maintenant et tu... Tu vas te lasser de moi et tu voudras quelqu'un d'autre ! Ou bien je mourrai et tu seras là, à souffrir tout seul ! Même si tu dis que tu m'aimeras comme il faut, on finira quand même séparés !

Deux secondes plus tard et Jonghyun s'était agenouillé en face de Kibum, tenant ses deux mains dans les siennes et essayant d'apaiser le jeune homme avec des mots tendres et les douces caresses de son pouce sur sa peau. Il n'avait jamais réalisé que son ami avait si peur, qu'il était terrifié à l'idée de souffrir dans une relation et surtout, qu'on le laisse seul. Le blond avait raison: tous deux connaissaient leurs craintes propres. Mais peut-être pouvaient-ils quand même se construire ensemble ?

- Kibum, Kibum, regarde-moi... murmura-t-il. Allez, regarde-moi...

Le blond obéit, lentement, et le cœur de Jonghyun se brisa encore un peu plus lorsque l'humanoïde aperçut les reflets rouges dans les beaux yeux de Kibum; il ne put s'empêcher de caresser la joue douce de son ami avec le dos de sa main, repoussant délicatement les larmes. Le blond frissonna, non que ce fut mauvais signe, au contraire: la peau de Jonghyun contre la sienne était un délice. Dommage qu'il lui ait fallu autant de temps et un cœur brisé pour s'en apercevoir.

- Ecoute-moi, dit fermement l'humanoïde, pour s'assurer d'avoir l'attention totale du garçon. Cela n'a pas d'importance pour le moment, nous trouverons une solution quand nous rencontrerons ce problème. Hé, peut-être que je finirai aussi par vieillir, qui sait ? Ce dont je suis certain, c'est que je t'aime, que tu m'aimes au moins un peu et que nous sommes deux imbéciles en train de gaspiller le temps qu'on pourrait avoir ensemble.

Kibum émit un petit son mouillé ressemblant à un rire, s'étouffant avec ses propres sanglots au passage, et la main de Jonghyun glissa sur son épaule, qu'il pressa doucement.

- Alors, quoi ? demanda Kibum, essayant de parler sur un ton léger mais ayant l'air bien trop sérieux et même un peu effrayé de la réponse. Est-ce que c'est le moment où tu m'embrasses et où tu reviens à la maison ?

Jonghyun ne répondit d'abord pas, se contentant de se redresser pour rejoindre Kibum sur le canapé, cette fois bien plus proche de lui mais encore trop loin pour quelqu'un qui venait de dire qu'il l'aimait.

- Je ne rentrerai pas à la maison, expliqua-t-il enfin en jetant un coup d'œil à la pièce, j'aime cet endroit, tu sais ? J'ai un toit, un boulot, des gens avec lesquels j'aime bosser... Des amis. Je ne veux pas laisser tomber tout ça, même si tes parents et toi me manquez. Mais ça, ici, c'est ma vie désormais.

Kibum acquiesça à regret. Bien qu'il eût préféré que Jonghyun puisse rentrer, il se devait de respecter ses décisions. Il lui devait bien ça.

- Et à propos du baiser ? demanda-t-il.

Pour être honnête, il avait un peu peur que Jonghyun lui dise oui sur ce point et qu'il se penche simplement pour capturer ses lèvres; leur premier et dernier baiser n'avait été rien de plus qu'une catastrophe - ce qui était de sa faute, certes - et il ne voulait pas que celui-ci ne semble pas naturel ou les mette mal à l'aise. Il voulait que Jonghyun l'embrasse et en même temps, il ne le voulait pas. Pourquoi tout devait-il être si compliqué ? Pourquoi ne pouvaient-ils pas s'embrasser et chevaucher joyeusement sous un merveilleux coucher de soleil ?

- Je ne t'embrasserai pas, répondit Jonghyun, l'ancrant dans la réalité.

Oh. Bon, le problème était donc réglé.

- Est-ce que cela signifie que tu ne veux plus être avec moi ? demanda-t-il, se haïssant pour son manque d'assurance et se désespérant déjà à cette idée.

- Ce n'est pas ça, lui assura l'humanoïde. Mais... Je ne crois pas que ce serait une bonne idée de sortir ensemble dès maintenant, même si j'en ai envie.

Le blond fronça les sourcils, pas certain de bien comprendre, mais Jonghyun posa lentement une main sur son genou.

- Tu as présenté tes excuses, moi aussi, ajouta-t-il avec un petit sourire. Je suis... faible, quand tu es concerné, du coup j'accepte tes excuses et j'espère que tu en fais de même avec les miennes, peu importe à quel point nous nous sommes blessés l'un l'autre. Pourtant, je pense que nous avons besoin de temps pour... nous faire confiance à nouveau et redevenir à l'aise l'un avec l'autre.

Kibum fixa Jonghyun, la bouche entrouverte. C'était... vrai. Il pouvait faire bon usage de ce temps, saisir cette opportunité afin d'embrasser réellement ses sentiments pour l'humanoïde et les accepter plus qu'il ne l'avait précédemment fait grâce à Taemin. Mir n'avait pas été facile à oublier et à vrai dire, il représentait encore une blessure fraiche dans son cœur, un souvenir trop présent, et il ne pouvait utiliser Jonghyun pour combler la brèche. Il voulait Jonghyun mais pour l'humanoïde lui-même et non pour le confort et la paix qu'il pourrait lui apporter et pour cela, Kibum devait faire de la place dans son cœur. Enfin, non. Jonghyun y avait toujours eu une place spéciale, à présent il ne lui restait plus qu'à la rendre plus grande et à l'ajuster à l'intensité de leurs sentiments. Oui, se donner du temps était une bonne idée.

Et il pouvait voir dans les yeux de l'humanoïde qu'il avait vraiment besoin de ce temps également: la vie toute entière de Jonghyun, celle-ci du moins, était une combinaison d'erreurs et d'apprentissages. Cette fois-ci n'y faisait pas exception: il avait fait une erreur avec ce baiser et il avait appris de cela. Il avait été blessé et il s'était protégé, décidant de s'éloigner pour ne plus souffrir autant. Il serait difficile de défaire cela, de faire en sorte qu'il fasse de nouveau confiance au blond. Jonghyun prendrait son temps pour retourner vers Kibum.

C'était certainement mieux de faire les choses lentement, le blond pouvait facilement l'admettre: peut-être seraient-ils déçus ou qu'ils se feraient plus de mal encore s'ils hâtaient les choses et c'était bien le dernier résultat qu'il cherchait à obtenir. Comment savoir si leur relation survivrait à un second coup comme celui-là ?

- D'accord, acquiesça finalement Kibum. Avançons par petites étapes, dans ce cas. Ca pourrait marcher.

- Il le faut, dit Jonghyun, presque sur un ton désespéré et avec tant de bonne volonté que le blond sourit doucement.

Il avait raison: ils pouvaient faire en sorte que cela fonctionne, avec de la patience et du dévouement, car tous les deux le voulaient.

- Qu'est-ce que tu proposes ? demanda-t-il.

- Peut-être qu'on devrait sortir, répondit Jonghyun, comme amis d'abord, pour que nous puissions rattraper les quelques dernières semaines pendant lesquelles nous n'étions pas ensemble.

- Ca me semble bien, approuva Kibum, où et quand ?

Jonghyun baissa les yeux et lâcha un petit rire avec gêne.

- Je n'en ai pas la moindre idée... Je n'ai pas réfléchi si loin, tu sais ? Honnêtement, je ne pensais pas que cette rencontre donnerait de tels résultats... Mais je ne m'en plains pas, ajouta-t-il rapidement, comme s'il avait peur que Kibum ne soit offensé (oh oui, ils allaient devoir travailler leur relation et leur confiance en l'autre.)

- Moi non plus, dit le blond avec un sourire, espérant ainsi apaiser la peur que semblait avoir Jonghyun à l'idée de dire quelque chose de mal. Et samedi prochain ? On pourrait... Je ne sais pas, aller jusqu'à Namsan ? Ca fait un moment qu'on n'a plus été de ce côté-là de la ville.

Jonghyun sembla y réfléchir un moment puis il hocha la tête avec un grand sourire - le premier sourire sincère et large que Kibum ait vu sur son visage depuis ce week-end à la mer et juste comme cela, il se sentit soudain plus léger, comme si voir Jonghyun réellement heureux avait ôté un lourd fardeau de ses épaules. Allons, soyons honnête: c'était le cas. A se demander comment il avait pu être si aveugle par rapport à Jonghyun, sans remarquer qu'il voulait faire son bonheur - en faire partie. Ils avaient perdu tellement de temps à cause de sa stupidité... Leur stupidité, suppléa une petite voix dans sa tête. Il fallait au moins deux personnes pour jouer à cache-cache, pas vrai ?

- Je travaille du matin, ajouta Jonghyun en tapant son doigt contre sa lèvre inférieure. On pourrait se retrouver vers treize heures et aller manger un morceau... Pour commencer.

- Ca marche ! conclut Kibum, se sentant extatique à la perspective de ce rencard.

Sauf que ce n'en était pas un, pas vraiment, mais il ne pouvait s'en soucier outre mesure. Si tout se passait bien - et cela se passerait bien, Kibum s'en assurerait - alors ils auraient de vrais rendez-vous par la suite et ils ne marcheraient plus sur des œufs en la présence de l'autre. La situation ne pouvait qu'aller de mieux en mieux. Alors, peut-être qu'il ressemblait à un crétin en cet instant, avec son sourire idiot qui lui bouffait la moitié du visage, mais il ne pouvait s'en empêcher: cela faisait un moment que le futur n'avait plus semblé aussi brillant.