Lies

par Evil_Keshi

Chapitre onze: Lies

Cela faisait neuf ans que Jonghyun connaissait Kibum et jamais il n'avait vu le jeune garçon ranger sa chambre; par conséquent, ses yeux s'agrandirent de façon comique lorsque l'adolescent suggéra qu'ils rangent ensemble la maison entière.

- Peut-être que ça mettra maman de bonne humeur, dit-il en haussant les épaules avant de faire déguerpir du canapé un chat très ennuyé. Et papa est incapable de lui résister.

Oh, songea Jonghyun en haussant les sourcils. Etait-ce une façon de marchander avec Na Yung et Chin Hae pour qu'ils autorisent l'humanoïde à rester avec eux ? Probablement pas la meilleure technique du monde.

Ou peut-être était-ce la façon qu'avait Kibum de s'occuper afin de se débarrasser du stress qu'il ressentait concernant la décision de ses parents ? Mais alors, Jonghyun ne savait pas du tout comment il était censé se sentir: devait-il paniquer parce que son ami était nerveux, ce qui signifiait donc qu'il y avait un risque que Na Yung et Chin Hae le mettent à la porte ? Ou devait-il plutôt se sentir soulagé que Kibum l'aime suffisamment pour se soucier de son futur incertain ?

La seconde solution semblait bien meilleure à ses oreilles, pour être honnête. Mais il n'était pas impossible que Kibum veuille également garder son esprit à l'écart du sujet Minho, ce que Jonghyun pouvait bien comprendre.

Comme c'était ironique qu'ils se retrouvent tous deux dans la même situation, avec les mêmes sentiments non réciproques, mais non l'un envers l'autre ! Comme cela aurait été plus facile si Kibum était tombé amoureux de lui au lieu de Minho...

Plus facile en effet, si Jonghyun n'avait pas aimé son jeune maître... Mais au fil des années et au fur et à mesure que son corps et ses émotions s'éveillaient, l'humanoïde avait appris qu'être en vie, être humain, n'était définitivement pas chose aisée et qu'il ne pouvait rien faire hormis l'accepter.

Quand Na Yung et Chin Hae rentrèrent chez eux, les deux garçons avaient à peine fini de ranger le salon et Jonghyun avait décidé qu'il n'accepterait plus jamais de faire une chose de ce genre avec Kibum: l'ado ne savait même pas comment fonctionnait un aspirateur. Sérieusement. Bien sûr, c'était toujours Jonghyun qui s'était chargé de faire le ménage et les corvées, ce qui ne le dérangeait pas du tout puisque c'était sa fonction première, mais quand même... Un aspirateur !

- Kibum, nettoyer ? demanda Chin Hae, les sourcils froncés et les yeux brillant d'amusement à peine dissimulé alors qu'il enlevait son manteau. Est-ce que tu vas bien ?

- Je suis vexé, bougonna le blond, récoltant un reniflement de son père ainsi qu'une main douce lui ébouriffant les cheveux.

- Je plaisante, fiston, je plaisante.

- Mais tu as quelque chose à demander, pas vrai ? dit Na Yung avec un sourire. Qu'est-ce que c'est, cette fois ? Tu veux inviter Taemin pour la nuit ?

Le visage de Kibum se décomposa et Jonghyun se tendit imperceptiblement à ses côtés; il lui jeta un regard d'inquiétude alors qu'il se doutait que des images de Taemin et Minho ensemble devait probablement s'être imprimées derrière ses paupières et dans son esprit.

- Ce n'est pas à propos de Taemin... murmura-t-il doucement, d'un ton si triste que le cœur de Jonghyun se brisa un peu plus.

Il n'aimait pas entendre la tension dans les mots de Kibum, ni voir l'expression chagrinée sur son visage pâle. Il n'aimait pas ça, pas quand cela lui rappelait à quel point il était inutile lorsqu'il s'agissait d'apaiser la douleur de son ami.

La tristesse soudaine de l'adolescent n'échappa pas à ses parents mais il ne leur donna pas le temps de réagir puisqu'il leur dit rapidement d'aller s'asseoir dans le salon. Confus mais certains que leur fils leur parlerait tôt ou tard de son problème, ils s'assirent tous deux sur le canapé tandis que Jonghyun choisissait de s'adosser au mur le plus proche, essayant de se calmer.

Quelques secondes plus tard, Kibum fut à ses côtés et lui prit la main, la pressant gentiment entre ses doigts délicats, et Jonghyun sentit son corps se détendre un petit peu: Kibum était là. Il ne l'abandonnerait pas facilement et l'humanoïde était presque certain qu'il ne ferait pas marche arrière, pas même s'il devait se disputer avec ses parents, alors peut-être... Peut-être y avait-il toujours une chance pour qu'il puisse rester.

Kibum lança un regard à l'humanoïde, se demandant si Jonghyun voulait expliquer lui-même la situation à Chin Hae et Na Yung, mais dès que ses yeux plongèrent dans ceux de son ami, il comprit que Jonghyun préférait plutôt le laisser parler à sa place.

En réalité, Jonghyun ne savait pas vraiment quoi dire: il ne pouvait pas juste dire hé les gars, je ressens des émotions ! Ce serait trop... direct. Et trop simple, en comparaison avec la complexité du problème.

De plus, il était très nerveux et incertain quant à l'issue de cette conversation et il n'était pas vraiment prêt à faire face à un rejet pour le moment, bien que la partie optimiste de son esprit soit en train d'essayer de le calmer en murmurant doucement à l'arrière de son esprit que si les Kim l'avaient accepté quelques années auparavant, quand ils avaient entendu parler de son programme et des changements qui se produiraient, il n'y avait pas de raison qu'ils le rejettent aujourd'hui. Après tout, il s'était bien comporté pendant les dernières années, pas vrai ? Il avait été un gentil garçon. Les bons garçons n'étaient pas méprisés, n'est-ce pas ?

De toute façon, il faisait confiance à Kibum. L'adolescent trouverait certainement les bons mots pour tout expliquer et convaincre ses parent de...

- Jonghyun nous a menti, dit soudain Kibum, aussi nonchalant que jamais.

L'humanoïde tressaillit et se tourna vers le blond avec de grands yeux remplis de peur. Quoi ?! Qu'est-ce qu'il lui prenait ? Il n'était pas censé dire ça aussi directement, parler de mensonges était la façon la plus rapide et efficace de mettre les parents du jeune garçon en colère !

- Kibum ! gémit-il, sa respiration déjà irrégulière devenant de plus en plus laborieuse alors que sa peur l'emportait. Ce n'est pas comme ça que tu étais censé l'expliquer !

- Alors comment ? demanda l'adolescent avec un haussement d'épaules insouciant.

- Je ne sais pas ! s'exclama Jonghyun en se tirant les cheveux. Peut-être que tu aurais pu dire que je ne suis pas aussi insensible que j'en ai l'air ? Ou que je me soucie de toi et de tes parents ? Oui, ça aurait pu être un bon départ !

A la plus grande surprise de Jonghyun, Kibum se mit à sourire à l'entente de ces reproches et il murmura doucement:

- Ce n'était pas si difficile à dire, n'est-ce pas ?

L'humanoïde se figea et cligna lentement des yeux, avant qu'il ne réalise la portée de ses mots: il venait de vendre la mèche et de révéler l'information même qu'il avait eu peur de laisser échapper en face des parents de Kibum. Jonghyun se tourna vers eux, pour se retrouver face à des expressions jumelles d'incrédulité et de choc.

- Quoi ? fut tout ce que Na Yung put dire, rendue ahurie par cette information inattendue.

- Est-ce que nous avons bien compris ? ajouta Chin Hae, sidéré. Jonghyun, tu... Vraiment ?

L'humanoïde observa ses maîtres, sans avoir conscience de l'hésitation claire qui brillait dans les profondeurs de ses yeux.

- O... oui ? répondit-il, même si cela sonnait plus comme une question qu'autre chose. Je suis désolé, je vous en prie, ne me rejetez pas !

Jonghyun n'attendit même pas de réponse, la tension qu'il pouvait sentir dans chaque fibre de son corps le transformait en boule de nerfs toute agitée et il fixa Kibum avec des yeux suppliants, demandant une explication pour ce qu'il pouvait seulement appeler une trahison sournoise.

- Tu étais censé m'aider, pas faire en sorte que tes parents me haïssent, marmonna-t-il, blessé par l'aveu insouciant du jeune garçon.

- Hé, hé... fit immédiatement Kibum en plaçant ses deux mains sur les épaules de Jonghyun, les massant gentiment dans l'espoir d'apaiser quelque peu l'humanoïde.

Il essaya de rencontrer les yeux de son ami mais celui-ci évitait son regard, fixant avec entêtement le sol entre leurs pieds, jusqu'à ce que Kibum ne soupire et n'attrape son menton, forçant l'autre garçon à le regarder.

- Je n'ai jamais voulu qu'ils te détestent, dit-il lentement, s'assurant que chaque syllabe rentre bien dans le crâne de Jonghyun. Mais il fallait que tu le dises toi-même. Tu dois accepter ce qu'il t'arrive, tu dois arrêter d'avoir peur de notre réaction et plus important encore, tu dois nous faire confiance tout comme on te fait confiance.

Pendant une seconde qui lui parut durer une éternité, Jonghyun se perdit dans les si beaux yeux de Kibum qui n'exprimaient rien que de la tendresse et il aurait été reconnaissant si quelqu'un, n'importe qui, avait arrêté le temps à cet instant précis. Mais alors, Kibum cligna des yeux, l'intensité de son regard s'éteignit soudain et il ne remarqua pas le voile de tristesse qui cacha brièvement la lumière ténue brillant dans les yeux de Jonghyun.

- Tu le savais ?

L'humanoïde jeta un coup d'œil à Chin Hae, dont il avait presque oublié la présence à cause de Kibum alors que c'était sa réaction qu'il craignait le plus. La sienne et celle de Na Yung. Mais pour le moment, le père de l'adolescent avait été le seul à dire quelque chose, étant donné que sa femme semblait trop sidérée pour réagir, mais il ne faisait même pas attention à Jonghyun: les yeux de l'homme étaient fixés sur son fils et l'humanoïde n'était pas sûr que ce soit une bonne chose qu'il soit ignoré de la sorte pour le moment.

- Tu étais au courant pour les émotions de Jonghyun et tu ne nous as rien dit ? répéta Chin Hae.

- Ce n'est pas ça, répondit Kibum en secouant légèrement la tête. Je ne l'ai réalisé que cet après-midi mais Jjong m'a dit que c'était comme ça depuis plus d'un an.

Jonghyun mordilla sa lèvre inférieure lorsque trois paires d'yeux se tournèrent vers lui et il souhaita vraiment, vraiment qu'il soit capable de sourire, capable d'apaiser la tension qu'il sentait dans l'air... Finalement, il dit à voix basse:

- Je peux me contrôler. Enfin, la plupart du temps, ajouta-t-il, décidant que se montrer honnête était probablement la meilleure chose à faire en cet instant. Mais quand je ne peux pas, je m'enferme dans ma chambre et j'attends jusqu'à ce que je me sois calmé, donc je... je ne suis pas dangereux, maitres. Je vous promets que je ne le suis pas. Je vous en prie, permettez-moi de rester à vos côtés ! Je ferais n'importe quoi, ce que vous voulez, je veux juste...

- Jonghyun, le coupa gentiment Chin Hae. Je suis sûr que tu te souviens du jour où nous t'avons ramené de la Compagnie Kang, n'est-ce pas ? Le PDG nous a dit qu'il y avait un risque... Que tu pouvais être dangereux pour nous. Et pourtant tu es là, avec nous. Alors, qu'est-ce que cela signifie ?

L'humanoïde pencha sa tête sur le côté en fixant son maître, priant pour qu'il ne soit pas en train de se faire de faux espoirs et qu'il ait bien compris ce que voulait dire Chin Hae.

- Que vous en êtes conscients et que ce n'est pas grave tant que je peux me contrôler ? Vous voulez dire que je peux rester ?

Un vif hochement de tête suffit à effacer la peur de Jonghyun; le soulagement l'envahit et parcourut tout son corps, chacun des doutes qu'il avait eus disparaissant tandis qu'il laissait échapper un souffle tremblant qu'il n'avait pas eu conscience de retenir.

Soudain, il fut attiré dans une étreinte étroite lorsque Na Yung se leva et se précipita vers lui, enroulant ses bras autour de son torse pour l'amener aussi près d'elle que possible.

- M... miss Na Yung... haleta-t-il. Je... je ne peux pas r... respirer !

- Je sais, Jonghyun... répondit-elle, un peu confuse - après tout, elle savait déjà que les humanoïdes ne pouvaient pas respirer, elle l'avait su avant même qu'ils n'achètent le leur, alors pourquoi avait-il besoin de le lui rappeler à présent ?

- N... non, je veux dire, v... vraiment...

- Maman ! s'exclama Kibum. Lâche-le !

Fronçant les sourcils, Na Yung recula enfin et ses bras relâchèrent leur prise sur le jeune homme, qui prit aussitôt une grande goulée d'air, ses doigts se crispant sur sa poitrine à travers le tissu de sa chemise tandis qu'il essayait de reprendre son souffle.

Comme c'était drôle... Il n'avait jamais eu besoin de respirer auparavant et il s'en était toujours bien tiré sans l'oxygène dont les vrais humains ne pouvaient se passer, alors que c'était seulement après avoir obtenu la capacité de remplir ses poumons du précieux air qu'il avait l'impression de mourir s'il en était privé.

Jonghyun entendit presque les engrenages se mettre en place dans son cerveau alors qu'une question soudaine lui venait à l'esprit: pouvait-il mourir ? Il... Il n'était plus totalement humain mais il n'était pas non plus complètement un humanoïde, alors... Quel serait son destin, après des années et des années de vie et d'équilibrisme sur la fine ligne entre la mortalité d'un humain et l'immortalité d'une machine ?

C'était une question à laquelle il n'avait pas de réponse. Quelqu'un en avait-il une ? Probablement pas ses maîtres. Les scientifiques de la Compagnie Kang ? Avaient-ils seulement pensé à ça ?

L'humanoïde dut retenir un reniflement dédaigneux. Bien sûr que non, cette pensée ne leur avait sûrement pas effleuré l'esprit; après tout, un robot comme lui n'était pas censé exister. Et ce qui n'existait pas ne mourait pas non plus.

- Je suis désolée ! s'exclama Na Yung avec inquiétude, sortant Jonghyun de sa transe à l'entente de sa voix. Je ne savais pas, je... Est-ce que ça va ? Est-ce que je t'ai fait mal ?

L'humanoïde secoua frénétiquement la tête et répondit rapidement:

- Ca va, vraiment. Vous ne saviez pas...

Na Yung prit de nouveau le jeune homme dans ses bras, faisant attention à ne pas l'enlacer trop étroitement cette fois-ci, et elle posa son menton sur l'épaule de Jonghyun.

- Ne nous cache plus rien, Jonghyun, lui dit-elle à l'oreille, la voix rauque d'émotion. Tu peux nous parler et compter sur nous pour t'aider... Peu importe ce dont tu as besoin, dis-le-nous. Nous pouvons t'aider à comprendre tes émotions, les nommer et peut-être t'aider à te contrôler encore mieux... Nous t'aimons, Jonghyun. Tu peux t'appuyer sur nous, tu n'es pas seul pour faire face à tout cela.

L'humanoïde était prêt à jurer que son cœur avait loupé un battement à l'entente de ces mots, et il repoussa soudain Na Yung, tout en douceur, pour la regarder.

- V... Vraiment ? demanda-t-il en sentant une vague de chaleur délicieuse courir à travers chaque nerf de son corps. Vous m'aimez ?

Etrangement, ce fut Chin Hae qui répondit à cette question, avec un petit sourire aux lèvres qui réchauffa Jonghyun jusqu'aux tréfonds de son être.

- Bien sûr que nous t'aimons, idiot.

Chin Hae n'était pas du genre à exprimer ni montrer ses sentiments, sauf envers Na Yung, dont il était fou d'amour, et envers Kibum; ils faisaient partie de sa famille et il n'avait aucun problème à dire qu'il les aimait. Et bien qu'ils aient dit plusieurs fois à Jonghyun qu'il faisait également partie de la famille, c'était la première fois qu'il avait réellement l'impression que c'était vrai, grâce à ces mots d'amour. Il n'avait jamais imaginé que ce serait si bon d'entendre ces paroles au sens si important et il ne pouvait s'empêcher de se demander ce que ça ferait si un jour, quelqu'un - de préférence Kibum, pour être honnête - lui avouait son amour. Un amour vrai, romantique, plus fort que tout autre type d'amour. Etait-ce trop demander ?

Jonghyun releva la tête lorsque Na Yung - qui ne pouvait passer au-dessus du fait que l'humanoïde éprouve réellement des émotions, à en juger par ses yeux trop larges et son grand sourire heureux, ainsi que ses prunelles légèrement larmoyantes et rouges - repoussa gentiment ses cheveux sur le côté et dit tendrement:

- Tu appartiens à cette famille depuis toujours, Jonghyun. Je... Je t'ai considéré comme mon second fils depuis le jour où on nous a annoncé que tu étais hum...

- Na Yung ! s'exclama Chin Hae, interrompant rapidement sa femme avant qu'elle n'ait le temps de finir sa phrase.

Ses yeux s'agrandirent quand elle réalisa qu'elle avait presque avoué que Jonghyun avait été humain de nombreuses années auparavant et qu'elle avait, de justesse, évité un désastre: elle se souvenait très bien de Kang Jungwan lui disant qu'il ne serait pas sûr ni sage de mentionner le passé de l'humanoïde... Le soulagement effaça la tension soudaine dans ses muscles et elle rit nerveusement, ignorant que l'humanoïde était déjà au courant.

Il savait qu'il avait été un humain, une éternité auparavant... Il avait entendu Kibum en parler. Mais il ne comprenait plus: il avait cru qu'ils ne lui disaient pas la vérité pour que rien ne change dans leur relation mais à présent, puisque le fait que Jonghyun éprouve des émotions et des changements physiques depuis un moment était avéré, et vu que Na Yung et Chin Hae en semblaient plutôt heureux, pourquoi sa vraie nature lui était-elle dissimulée ?

- Je veux dire... réessaya Na Yung en choisissant soigneusement ses mots. Depuis le jour où on nous a dit que tu étais un humanoïde spécial...

Elle jeta un coup d'œil à son mari qui acquiesça discrètement, l'autorisant sans un mot à continuer; il avait déjà une idée de ce qu'elle comptait dire à l'humanoïde de toute façon... Quelques jours après l'avoir ramené chez eux, ils avaient décidé de se préparer pour le moment où ils devraient faire face à Jonghyun et ses émotions, aussi avaient-ils prévu une explication à lui donner sans non plus révéler la vérité complète.

Pour être honnête, après deux ans d'attente vaine pour le moindre signe de comportement humain, ils avaient cru qu'ils n'auraient jamais besoin d'avoir cette conversation... Mais finalement, cette fausse explication semblait venir à point.

- En fait, tu es spécial, Jonghyun, dit Na Yung avec un petit sourire, soudain un peu incertaine de ce que serait la réaction de l'humanoïde, même avec une vérité censurée. Tu es le produit d'un projet expérimental et... Ton programme se développe et évolue avec les années, d'une façon différente des autres humanoïdes. C'est pourquoi tu as soudain commencé à éprouver des émotions. Tu comprends ?

Jonghyun hocha simplement la tête - que pouvait-il faire d'autre ? - et il ne manqua pas l'éclat de soulagement dans les yeux de Na Yung, et il ne manqua pas non plus de remarquer le sourire sur les lèvres de Kibum et de son père.

Mais ça... Ce n'était rien qu'un mensonge. Ou du moins, un demi-mensonge. Alors que c'était vrai qu'il avait été utilisé par les scientifiques pour leur projet et les expériences, il savait bien qu'il y avait plus là-derrière, il avait conscience de ce qu'il était, au plus profond de lui-même.

Ils lui mentaient et ce qui l'ennuyait le plus, c'était le fait que ce soit mal. C'était l'une des rares distinctions entre bien et mal qu'il était capable de faire, grâce à son programme qui, bien que de plus en plus affaibli jour après jour, était toujours quelque peu efficace; il s'était même senti coupable de mentir à Kibum à propos du changement de ses émotions, tout récemment...

Mais si c'était si mal, pourquoi donc ses maîtres lui mentaient-ils ? A moins que mentir ne soit en fait autorisé, même à quelqu'un qu'on était censé aimer ? Ou bien était-ce justement parce qu'on aimait quelqu'un qu'on pouvait lui mentir de temps en temps ?

Cela voulait-il dire qu'il lui était permis de mentir également ? Pouvait-il continuer à prétendre qu'il n'était pas au courant pour son humanité passé, ses sentiments amoureux pour Kibum ?

- Merci, dit-il finalement, toujours confus mais ayant décidé de réfléchir à ça plus tard. Merci de me garder et... de m'aimer, je suppose. Je vous en suis reconnaissant, je le pense vraiment.

Na Yung cligna rapidement des yeux pour éloigner ses larmes quand elle entendit ces mots, réellement émue par la tendresse sincère dans la voix de Jonghyun et la façon dont ses yeux brillèrent un peu plus que d'habitude en les prononçant; elle avait attendu pendant deux ans, priant pour que l'humanoïde s'exprime enfin, et maintenant que son rêve devenait réalité, elle n'aurait pu être plus heureuse. Elle était réellement contente et non seulement pour Jonghyun, puisque c'était une seconde chance pour lui de vivre sa vie comme il aurait dû le faire, mais aussi pour Kibum. Son fils considérait l'humanoïde comme son ami depuis le jour où il avait ouvert les yeux dans cette maison, ce n'était que justice que son amitié fidèle lui soit rendue. En parlant de Kibum...

- A ton tour, dit-elle en se tournant vers l'adolescent, les sourcils froncés d'inquiétude. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- C'est pas important, grommela le garçon blond. On parle de Jonghyun, pas de moi.

- Mais c'est arrangé, ajouta Chin Hae. Jonghyun reste avec nous et n'a pas à cacher ses émotions plus longtemps... Ni toi. Nous pouvons voir que quelque chose ne va pas... Tu sais que tu peux tout nous dire, n'est-ce pas ?

- Oui, murmura Kibum avant de s'affaler sur le canapé.

Il fixa le sol pendant un moment, si long que Jonghyun crut qu'il ne dirait rien à ses parents. Cependant, après avoir poussé un profond soupir qui lui brisa le cœur, il grogna:

- Je viens de réaliser que la personne que j'aime sort avec quelqu'un d'autre et... ça fait mal.

Quelques secondes plus tard, Kibum pleurait de nouveau, cette fois dans les bras chaleureux de sa mère, tandis que son père passait gentiment sa main dans la tignasse blonde. La tristesse envahit les yeux de Jonghyun tandis qu'il regardait la scène qui se déroulait devant lui, une fois de plus inutile et incapable de faire quoi que ce soit afin de repousser la douleur de son ami.

- Chuuuuut, chéri... murmura Na Yung à l'oreille de son fils. Ne pleure pas, mon cœur...

Elle continua à murmurer des mots doux, bien qu'elle eût conscience que rien d'autre que le temps ne serait capable de guérir un cœur brisé, mais que pouvait-elle tenter d'autre ? Heureusement, les jeunes cœurs comme Kibum guérissaient plus vite et avaient toujours une chance de trouver quelqu'un d'autre pour les aimer.

- Alors, qui est le garçon que je vais devoir frapper pour avoir fait du mal à mon précieux bébé ? demanda sévèrement Chin Hae, ce qui lui valut un mélange étrange entre un sanglot et un rire de la part de Kibum.

- Tu... Tu savais ? hoqueta-t-il en tournant de grands yeux vers son père. Tu savais que je... j'aime un garçon ?

- Pas exactement, répondit Chin Hae, essuyant quelques larmes en passant son pouce sur la joue rosée de Kibum. Mais je... Nous étions presque sûrs que tu préférais les garçons. Depuis le jour où Jonghyun nous a demandé ce que nous pensions du fait d'être gay, en réalité. Nous savions que ça venait de toi.

L'adolescent tourna un regard accusateur vers Jonghyun, qui leva rapidement ses mains et les secoua vigoureusement.

- Je n'ai rien dit à ton sujet ! protesta-t-il.

- En effet, confirma Na Yung avec un hochement de tête. Mais c'était plutôt facile à deviner, de toute façon.

- Oh.

Kibum garda le silence mais de nouvelles larmes coulèrent le long de ses joues, et Jonghyun ne put plus le supporter: il s'accroupit soudain en face du garçon assis et plaça gentiment ses mains sur ses genoux.

- Ca va aller, Kibum, dit-il en espérant parvenir à transmettre sa sincérité par sa voix. Peut-être que ça va prendre du temps mais je te promets que tu trouveras un jour un garçon sympa, quelqu'un qui t'aimera intensément et qui te rendra heureux. Alors ne pleure pas, Bummie... Attends simplement que la bonne personne arrive. Ne pleure pas...

L'humanoïde tomba presque à la renverse lorsque le jeune garçon sauta dans ses bras et l'enlaça très étroitement, mais Jonghyun parvint à garder son équilibre juste à temps et il lui rendit alors son étreinte, autorisant Kibum à enfouir son visage dans le creux de son cou.

Tandis qu'il laissait l'adolescent renifler et se calmer lentement contre lui, Jonghyun leva la tête et aperçut les parents attristés et soucieux du jeune garçon. Mais alors, ses yeux croisèrent le regard qui s'adoucissait de Chin Hae, dans lequel une lueur d'approbation commençait à briller.