Chapitre 8

par Nodie

Harry: Merci de m'avoir raconté ton histoire. On se découvre l'un l'autre petit à petit, on avance ensemble au même rythme et je crois que c'est ce dont j'avais besoin. On a beaucoup parlé et beaucoup appris aujourd'hui. J'ai désormais besoin d'être un peu seul pour affronter les souvenirs qui ont rejailli. À une prochaine fois.

 

J'avais l'impression de revenir de l'une de mes séances de psy, celles qui avaient eu lieu les premiers mois, avant que je ne parte. Je me sentais lessivé et avais besoin d'une bonne douche bien chaude ainsi que d'une longue nuit de sommeil.

 

Je vis alors un message d'Anna que je n'avais pas remarqué plus tôt, bien trop absorbé par ma conversation avec Louis.

 

Anna: Salut Harry. Je suis contente que tu m'ais envoyé ce message. Je dois avouer que je n'y croyais pas trop. Ça serait sympa qu'on se voit un de ces jours en dehors du lycée. Je sais que tu es quelqu'un de plutôt solitaire mais je pense que ça te ferait du bien de sortir un peu au lieu de passer ta vie à réviser. Tu réussiras haut la main, tu es très doué et tes notes le prouvent. Tiens-moi au courant. #Anna

 

Harry: Salut Anna. Je sais, ça ne me ressemble pas. Je m'étonne moi-même. Mais le changement à parfois du bon. Non ? Je suis d'accord, on pourrait se voir si tu veux. Vendredi soir ? Quelque chose de simple: on pourrait manger un morceau dans un fast-food quelconque et aller au cinéma, s'il y a un film qui te tente. Dis-moi ce qui te plairait. # Harry

 

Anna: Le changement a parfois du bon, en effet. Je ne sais pas qui te change mais remercie cette personne. Je n'aurais pas pu t'approcher sans elle. Et, pour le ciné de vendredi, je suis d'accord. On se retrouve devant le cinéma vers vingt heures et on choisira le film une fois sur place.

 

Harry: Ça me va. À vendredi soir alors.

 

Anna: On ne se voit pas avant ? J'ai hâte d'y être !

 

Harry: Nous serons sûrement amenés à nous voir. Mais je ne préfère pas qu'on se voit délibérément. Je suis le mec solitaire que personne n'ose approcher. Je ne veux pas changer ça. J'aime ma solitude et je ne veux alimenter aucune rumeur. Je voudrais garder ma tranquillité pour ma dernière année ici. Mais on peut se voir à l'extérieur. Je suis désolé si ça te déçoit.

 

Anna: Ne t'en fais pas, je comprends. Tu ne changeras pas du jour au lendemain. Tu as déjà beaucoup changé. Il te faudra sûrement plus de temps avant d'accepter de t'ouvrir vraiment aux autres. J'ai hâte de me retrouver face au vrai Harry. Je suis sûre que sous la carapace se cache une personnalité extraordinaire.

 

Qu'avaient-ils tous à me croire si génial au fond de moi ? Ils s'étaient passé le mot ou quoi ? C'était un canular ? Je respirai calmement. Je devais avoir confiance. Accorder sa confiance est difficile mais nécessaire dans toute relation.

*

Le reste de la semaine se déroula sereinement. Je n’avais pas tellement changé ma manière de vivre : je continuai à aller en cours seul, à passer ma journée seul, à manger seul, à rentrer chez moi seul, à aller au travail seul. Là-bas, il m’arrivait de discuter avec des collègues quand il n’y avait pas trop de monde. C’était les seules personnes avec lesquelles je n’avais jamais eu de mal à parler.

 

Je continuai à discuter avec Louis. Je ne lui répondais pas tous les jours, gardant parfois mon téléphone éteint pour pouvoir travailler tranquillement, mais il avait fini par le comprendre et ne s’inquiétait plus de mes silences.

 

Quant à Anna, je la voyais me sourire lorsqu’on se croisait et je lui répondais d’un discret sourire. Je ne recevais plus de messages de sa part car nous n’avions pas tant de choses à nous raconter, je crois. À moins qu’elle ne veuille tout simplement pas me déranger, ou me brusquer. J’avais cru comprendre qu’elle était très prévenante et elle souhaitait s’en doute aller doucement pour que je ne me braque pas.

 

Je continuais de me demander pourquoi ces deux individus s’étaient rapprochés de moi presque en même temps alors que j’étais si solitaire. Qu’est-ce qui avait bien pu les attirer chez moi ? Qu’est-ce qui les incitait à rester à mes côtés ? Je ne me pensais pas d’agréable compagnie : j’étais souvent grincheux et j’avais la fâcheuse habitude de fuir au moindre problème.

 

Je me sentais changer. Il m’arrivait de sourire, plus fréquemment que je ne le faisais ces trois dernières années. Je ne me focalisais plus entièrement sur mon travail, prenant du temps pour discuter avec...mes amis ? Si tant est que je puisse les qualifier d’amis. Et là, en cet instant, je cherchais dans mon placard la tenue adéquate pour ma soirée avec Anna. Ma première soirée depuis presque trois ans.

 

Mon téléphone vibra et je jetai un rapide coup d’œil au message que je venais de recevoir, au cas où Anna aurait eu un empêchement.

 

Louis : Bonsoir, Harry.

 

Je souris légèrement, et je me rendis compte que je le faisais de plus en plus fréquemment lorsque je recevais ses messages.

 

Harry : Bonsoir, Louis. Je suis désolé mais je ne pourrai pas répondre à tes messages avant demain. Je sors avec Anna, ce soir.

 

J’étais tout fier de lui rappeler que j’étais de sortie.

 

Louis : Ah oui. J’avais oublié.

 

Je fronçais légèrement les sourcils. J’avais l’impression qu’il n’était pas très heureux que je sorte. Je me faisais peut-être des idées.

 

Harry : Grâce à toi, je sors pour la première fois depuis bien longtemps. Et je t’en remercie.

 

Louis : À ton service, tombeur !

 

Harry : Tombeur ?

 

Louis : Cette Anna craque pour toi. ;)

 

Je perdis légèrement mon sourire, pris d’un doute, et voulus clarifier les choses.

 

Harry : Oh... C’est juste une amie...

 

Harry : Tu crois que je lui donne de faux espoirs ? Je ne voudrais pas la blesser, tu comprends. Mais il n’y aura jamais rien entre elle et moi. Je suis gay.

 

Louis : Ne t’inquiète pas. Profite à fond de ta soirée. Je pense que tu as été suffisamment clair avec elle, dès le début. Et, si tu vois qu’elle tente de se rapprocher, remet les choses au clair, en douceur. Ça se passera très bien.

 

Harry : Merci Louis. Je te laisse maintenant. Je vais être en retard ! Je te raconterai !

 

Harry : Enfin... Si tu veux, hein.

 

Louis : Ahah ! Bien sûr que oui ! Bonne soirée, Hazza !

 

Et mon cœur se serra. Hazza... Ma mère m’appelait ainsi. Seulement ma mère. Je fermai les yeux, inspirai profondément, et expirai lentement. Je devais rester calme et ne pas penser au passé. Pas maintenant.

Je retournai me préparer en vitesse, puis quittai la maison pour être à l’heure au rendez-vous.