Chapitre I- Récit d'une banale existence

par RihoDuu



Chapitre I- Récit d'une banale existence

Accroupie à même le sol, Riho fouillait les étagères de ce débaras poussiéreux. La pièce sombre était seulement éclairée d'un mince filet de lumière encadrée par une petite lucarne. C'était un après-midi, le ciel était clair et propice à sortir. Enfin,il l'était certainement. Mais Riho n'était pas exactement comme toutes les jeunes filles de son âge. Non, elle était définitivement à part. D'où elle se trouvait la jeune fille pouvait entendre les voix de ses camarades, rires, s'exclaffer et parler d'une voix à tout rompre. Cela ne semblait pas la perturber et elle reprenait son occupation première, farfouiller dans ces fameuses étagères. Si elle se trouvait à cet endroit, c'est parce que la jeune brune s'était porté volontaire pour ranger ce débarras poussiéreux à la place d'une de ses camarades réprimandée.

Cette fameuse camarade aux cheveux de jais et à la peau pâle se nommait Masaki. La jeune niponne était bien connue pour ne pas savoir se tenir en place. En classe sa voix criarde s'était un peu trop faîte entendre au goût du vieux bonhomme acariâtre qui leur servait de professeur. En fin de d'heure celui-ci lui avait ordonné en guise de punition de nettoyer ce débaras situé au plus haut étage de l'immeuble. Masaki avait eu beau supplier le vieux bonhomme il resta ferme sur sa décision. Le fillette avait longuement soupiré, jettant un coup d'oeil désespéré aux alentours comme si une quelconque puissance divine aurait pu l'aider. Et son moyen de salvation elle venait de le trouver. Son regard s'était porté sur Riho toujours assise au fond, à sa place et rangeant soigneusement ses cahiers. Un mince sourire avait étiré les fines lèvres de Masaki et sans hésiter elle avait prétexté un problème familial de la plus grande urgence demandant à la brune de ranger cette fameuse remise à sa place.

Riho n'était pas dupe, elle se doutait bien que c'était une banale excuse, mal trouvée de surcroît. Cependant elle n'avait rien de très intéressant à faire, et si elle pouvait aider un camarade alors elle le ferait. Car, oui. Riho était comme ça. Une fille simple, sans arrières pensées ne rechignant jamais à aider quiconque aurait besoin d'elle.

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Riho se retrouvait donc là, dans cette lugubre pièce par un temps des plus ensoleillés. De prime abord elle avait commencé à ranger, mais au fur et à mesure sa curiosité grandissante l'avait poussé à fouiller étagères et cartons. Il en trouvait des choses amusantes. De vieux cahiers, des gadgets confisqués datant d'on ne sait quelle époque. Riho souriait, d'un sourire enfantin ravi de découvrir toutes ces choses amusantes quoique inutiles.

Après un petit moment elle était tombée sur un livre différent des autres de part sa couverture. Une couverture d'un cuir bleu recouvert de poussière. Intrigué la japonaise frotta du bout de sa manche le petit carnet. elle découvrit avec ravissement une ravissante fleure bleue dessinée sur le carnet. Riho jetta un coup d'oeil à son portable. Trop occupée à découvrir les moindres recoins de ce vieux débaras poussiéreux le temps avait filé à une vitesse trop grande pour elle. Avec précaution elle rangea le carnet dans son sac et elle se dépêcha de sortir de l'établissement pour rentrer chez elle.

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Riho marchait rapidement pour arriver jusqu'à chez elle. Elle ne devait pas arriver en retard. Surtout pas. Faisant de grandes enjambées pour sa petite taille, elle trottinait rapidement. Ne surtout pas arriver en retard se répétait-il sans relâche.

Devant elle dressait cet immeuble miteux. Mais c'était définitivement son chez elle.

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- Bonsoir papa.

Riho avait glissé ces quelques mots d'un mince filet de voix. Aucune réponse ne lui parvient. Son père n'était définitivement pas là.

La jeune fille vivait seule avec son paternel dans ce petit studio sordide. Une simple pièce en guise d'habitat. Des ordures traînaient un peu partout et une odeur nauséabonde se faisait sentir. Riho souriait, on ne sait pourquoi. Sûrement elle -même ne le savait pas.

De ses mains blafardes elle ramassait les paquets de chips et autres cochonneries sur le sol. Elle n'avait que cela à faire après tout, ramasser les ordures laissés par son père.

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Si la jeune fille aurait pu se décrire en quelques termes bref et concis elle dirait d'elle, que Sayashi Riho cette fille n'a pas confiance en elle, qu'elle est timide, se sent nulle, inadéquate, incompétente. Elle est epuisée aussi de toujours douter d'elle, d'hésiter devant la moindre décision à prendre, de tout remettre en question, de chercher sans cesse l'approbation des autres, de se sentir constamment insatisfaite, vulnérable, coupable. Elle est faible, sans défense, maigrichonne, petite,elle n'a pas de répartie et même si elle en avait eu dieu seul sait si elle oserait hausser le ton sur autrui. Elle ne se sent aimée nul part pour ce qu'elle est, elle n'est ni encouragée, ni félicitée. Riho ne doit rien essayer de ce qui sort de ses habitudes puisque de toute manière, elle n'y arrivera jamais.

Riho cette fille qui vit seule avec son père. Elle doit trier les boîtes de conserves par ordre alphabétique. Ranger les habits de son père par couleurs : Les t shirts rouges bien pliés entassé sur les pulls verts bien pliés, les chemises blanches bien repassées au dessus des t shirts blanc bien pliés, les pantalons jeans seuls, jamais rangé avec autre choses. Les cravates déjà nouées, accrochées sur le porte manteaux et surtout pas de manteaux, sur le porte manteaux. Elle doit repasser les draps les laver puis les repasser. Ne surtout pas mettre les coudes sur la table, ne pas couper la salade avec son couteau, ne pas manger et boire en faisant du bruit. Les assiettes et les couverts sur la table, doivent être à une distance d'un pouce du bord de la table. Le verre doit être à gauche de l'assiette, le couteau à droite de celle ci, la fourchette à gauche. La salle de bain se nettoie à l'eau froide, la cuisine à l'eau chaude.

Pas de bonbons, ni de gâteaux. Ici on ne fête pas d'anniversaire, on invite personne que ce soit pour la nuit ou juste pour quatre heure.

Un bien piètre tableau d'elle-même. Mais de son existence même tout compte fait.

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La jeune brune après ces fastidieuses tâches domestiques s'était allongée sur son lit. Ce fameux lit n'était autre qu'un vieux tas de ferailles censé être un lit superposé qu'elle partageait avec son paternel. Elle grimpa. Sa place était celle du haut. Riho ferma ses yeux. Elle aimait ces instants, où elle pouvait rêver. S'évader, penser à une autre vie que la sienne. Soudain elle repensa à ce petit carnet qu'elle avait trouvé tantôt. Attrapant son sac elle en sorti le vieux livre. Parcourant les pages vides et jaunies elle demeura pensive jusqu'à trouver en dernière page cette petite note.

《La légende du Mysotis》

Un long texte suivait cette note, la jeune brune s'apprêtait à la lire quand des bruits se firent entendre à l'extérieur. La porte s'ouvrit l'instant d'après à la volée.

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C'était lui. Il avait bu comme tous les soirs.

Mais comme tous les soirs Riho savait qu'elle aurait préféré ne pas être de ce monde.....

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Riho était assise à sa fameuse place au fond de la classe. Ses joues étaient rosies, elle avait chaud. Ce matin, elle portait un col roulé vert en laine. Elle porta la main à son cou instinctivement. La douleur était encore présente. Son cher papa n'y était pas allé de main morte , hier soir. Mais Riho lui avait déjà pardonné, car c'est son père elle l'aime, peu importe combien de fois il peut l'etrangler. Son père aussi doit l'aimer, c'est sûr. Il l'aurait déjà abandonné s'il ne l'aimait pas, non ?

Riho avait les yeux rivés sur une fenêtre donnant sur la cour à sa droite. Elle était plutôt éloignée de sa place, mais de là où elle était, elle pouvait voir un pauvre cerisier mal entretenu, c'etait le seul de toute la cour. Il etait éloigné des autres arbres qui encadraient l'ecole. Cet arbre l'inspirait beaucoup, elle le trouvait comme lui : Seul, triste, sans fleur, mince, fragile,mal entretenu, un être dont personne ne prête attention.

Une voix la sortie de sa contemplation,c'était une voix très aigue, désagréable à entendre : celle de Masaki. Elle était là, elle et sa face de fouine, en face de Riho.

《C'est à cause de la poussière des livres d'hier, que tu portes cette merde ? 》

Riho avait l'habitude de ce genre de remarques, mais elle n'etait pas une fille forte, chaque remarque peu importe laquelle lui faisait mal. Elle ne dit rien et se contenta d'éviter le regard fourbe de sa camarade de classe.

Soudainement un rire plus que familier se fit entendre. Riho suposa que cette personne avait rit à la remarque de Masaki. c'était un rire d'une voix grave et rauque : celui de Kudo Haruka. Riho se sentie très mal d'un coup, un peu comme si son coeur allait fondre de tristesse. Était elle si pitoyable que ça, pour qu'Haruka puisse rire de si bon coeur à la remarque de Masaki ?

Haruka était l'amour secret de Riho. Elle avait tout ce que Riho n'avait pas. Elle était jolie, sûre d'elle, elle avait d'excellentes notes, des tonnes d'amis, une mère, elle était capitaine de l'équipe de volley-ball lycée. Dès qu'elle le croisait Riho faisait mine de l'ignorer, elle regardait dans une direction totalement opposée, mais son cœur bat tellement fort lorsqu'elle la croise. Elle s'etait déjà surprise à s'imaginer recevoir un baiser d'Haruka, passer des moments avec comme aller à la plage ou au parc entre amoureux. Elle s'imaginait être sa plus grand confidante, sa source de motivation. Riho avait déjà pleuré en rêvant que Haruka voulait l'épouser. Mais elle savait que cela était impossible, elle n'était pas assez bien pour Haruka. Riho ne peut avoir personne car elle ne plaît à personne. Alors elle rêve. elle rêve juste d'être aimée, d'avoir la fille qu'elle aime tant. Car Riho est pitoyable et personne ne l'aime.