Dreaming Morning

par Hyo-Shin

Chapitre 1
Il y avait un certain temps que le groupe ne fonctionnait plus comme avant. En fait, il y a de bonnes raisons. Depuis l’entrée de la 6e génération, Tsunku savait que nous allions continuer à faire un tabac à l’Oricon. Il n’avait pas tort. Seulement, ça ne justifiait pas pourquoi sa réunion matinale et son discours « paternel » ne me revenaient pas, aujourd'hui.

La lumière ne fait que traverser le vitrail, ne fait que me faire perdurer dans ce monde imaginaire où les sens se perdent, où le monde n’existe plus, où seul son sourire persiste entre mes lèvres.

- Hitomi… Yoshizawa Hitomi !, hurle-t-on.

Est-ce qu’on aurait pas d’autre chose à faire que de me déranger ? Ce son sournois s’annonce comme un reproche, mais en fait, au bout de ce bruit, ce crie assourdissant, j’y retrouve Tsunku, qui me foudroie d’un regard attentif, choqué et plein de verve. Je ne sais pas trop quelles paroles vont suivre…

- Tu es la leader du groupe. Celle qui doit les mener vers le succès et puis t’as rien d’autre à faire que d’écrire des conneries sur un bout de papier ?, reprit-il de plus belle, furieux.

Il s’approche de moi en vain mais je recule imaginairement, pour échapper à la découverte de ce secret qui brimerait l’image vierge de ce groupe de vierges où l’on ne parle que de demeurer vierges. Mais il est trop tard, Tsunku m’arrache le papier des mains et me regarde encore et toujours de ses yeux profonds et lisses, voyant des rides réprimées de force par ces nombreuses chirurgies esthétiques. Sa bouche s’ouvre tranquillement sous les mots qui lui livrent un scandale. Perdrai-je mon titre ? Perdrai-je ma vie ? Perdrai-je ma place ? En fait, je m’en fou : tout ce que je veux et tout ce que j’ai toujours voulu, c’est elle. C’est de cette manière que le début de la fin s’est fait sentir, et même sans la regarder, j’ai su à ce moment que sa tête s’enfouissait à travers ses épaules.

***
Les tonnes de lumières me bondirent à la figure. Je n’avais pas le cœur à répéter aujourd’hui, mais étant la chef de fil de cette business nippone, il m’était impossible de me retirer. Alors je dansai. Je dansai jusqu’à ce que mes jambes n’en puissent plus, mais encore là, elles ne cessaient de s’agiter. Mon souffle suivait la cadence d’un épuisement formel, jusqu’à ce que le réalisateur de scène nous crie de prendre une pause.

Je me dirigeai donc vers les loges où toutes les autres filles sautillaient de joie à l’idée de ce nouveau concert et de la sortie du nouveau single. Les plus jeunes se serraient dans leurs bras en guise de félicitations, d’excitation et les benjamines riaient devant ce magnifique flot de naïveté enfantine. Ai-Chan riait encore quand les plus jeunes retournèrent s’étendre sur la scène pour se remettre de cette intense joie. Risa, Miki et les autres se mirent à boire, et depuis mes yeux ne pouvait se détacher de celle qui se situait plus à gauche, qui saisissait une bouteille d’eau, dévissant délicatement ce petit bouchon de plastique blanc, et le déposa sur le dessus de la glacière. Ma gorge s’assécha contrairement à mes mains qui devenaient progressivement moites. Je serrai tranquillement ma gourde qui glissa entre mes doigts et s’écrasa silencieusement sur le sol, son bruit étant effacé par les autres mosumus qui quittaient la loge. Mes yeux s’arrondir lorsqu’elle porta le goulot à sa fine bouche pour en boire son contenu tout aussi délicatement. Je m’approchai tranquillement d’elle et, ne pouvant résister à la tentation de la toucher, posai doucement ma main contre son épaule à moitié nue… suite à quoi elle hurla mon nom, ce qui me fit reculer d’un pas.

- Hitomi-san !, cria-t-elle, échappant l’équivalent de la moitié de sa bouteille sur sa poitrine.

Les goûts roulèrent tranquillement jusqu’à l’orée de son décolleté, laissant une trace de leur passage qui commençait de sa clavicule saillante et se terminant au dessus de ses seins. Je lui souris promptement en reprenant sur moi, sachant pertinemment que mes joues étaient en train de virer à l’écarlate. J’arrachai quelques mouchoirs qui dépassaient de la boîte et essuya son cou, puis ses clavicules sous le regard subtil et douteux de Risa et Miki.

- Tu es une boule de nerfs, lui dis-je. Il faudra les contrôler si tu ne veux pas exploser avant un concert.
- Mais je.. je me contrôle très bien ! Ce n’est pas encore arriver en un an de carrière, affirma-t-elle en levant son menton de manière hautaine.
- Et je t’en félicite, rajoutai-je.

Lorsque mes mains arrivèrent à sa poitrine, je me retirai, reprenant familièrement cet air formel.

- Retournes rejoindre les autres, on va bientôt recommencer, repris-je d’un ton plus sévère. Toi aussi, Risa.

Je jetai un regard à Miki qui laissa les deux jeunes sottes partir. Je me retournai pour les regarder débouler dans le couloir à la manière de deux vrais enfants, en s’éclatant de rire, en se poussant amicalement contre les murs. Je soupirai et senti la sub-leader qui se positionna derrière moi, imitant mon propre regard.

- La discipline… ce n’est pas leur fort, me dit-elle.
- Je sais.

Mon interlocutrice soupira grandement et posa sa main sur mon visage fatigué, comme si elle aspirait à en retirer toute la tristesse et la mélancolie qui en dégageait.

- Qu’est-ce qui ne va pas… Hitomi-san ?
- Retournes répéter avec les autres. Je vous rejoindrai sous peu.

Fujimoto eu un mouvement de recul. Elle hésitait : elle ne savait pas si elle devait obéir à la leader à titre de respect, ou désobéir à une copine à titre de sincère amitié.