A l'ombre dans nos rêves

par Chô

-Sous l’ombre de l’arbre protecteur-

 

Je me suis toujours demandé pourquoi les gens appréciaient tellement le printemps. C’est la saison des amours et de la renaissance. Mais moi, je n’ai ni connu l’amour, ni constaté une quelconque renaissance lors de cette saison. Je suis toujours resté la même alors que je rêve d’être quelqu’un d’autre, d’être un autre. D’être mon opposé physique. Je ne suis pas né dans le bon corps et il me semble bien que personne ne daigne le comprendre. Je suis seul dans mon ambition, seul dans mon désir, seul dans mon monde. Je n’ai aucun soutien.

 

Allongé contre l’herbe des champs, le corps positionné telle une étoile échouée sur une plage de désespoir, le blond humait l’odeur douce et florale que dévoilait la brise du printemps. Il faisait doux ce jour là, il faisait beau et les cœurs se gonflaient, les amours se déclaraient, la joie voletait dans l’air et les rires s’engageaient dans l’atmosphère. L’ombre du saule pleurait son bonheur sur un homme, endormi contre son tronc, le sourire apaisé dû à un rêve charmant que Morphée avait bien voulu lui donné. Le blond lui, malgré le fait que ses yeux soient eux aussi fermés, n’arrivait à plonger dans cet univers de songes et de magie qui sûrement, lui feraient un très grand bien.  Mais depuis quelques semaines, la rumination était son seul passe-temps. Et il avait de quoi faire, tout un champ l’entourait après tout. Il souffla, complètement agacé par ses états d’âme futiles et stupides. Il se redressa, repliant ses genoux contre sa poitrine féminine et les entoura de ses fins bras.

-JongHyun… JongHyun ?

Il se retourna et constata que son ami était plongé dans un profond sommeil. Le blond ravala donc sa salive, un gros sanglot venant lui obstrué la gorge. Il se leva alors pour aller se positionné aux côtés de son compère ou plutôt pour se blottir contre lui. Il huma ce parfum qu’il aimait tant, un parfum d’homme, d’un vrai homme.

-JongHyun… Réponds-moi.

Le brun grogna soudainement, sentant une présence s’installer sur son corps alors qu’il ne l’avait pas désirer. Seulement, en entendant le son de la voix qui le hélât, il ne put s’empêcher de s’apaiser et de sourire.

-Répondre à quoi petit ?

Le « petit » releva le visage tout en offrant au plus âgé une mine des plus adorables.

-Je voulais juste entendre ton timbre masculin.

JongHyun ne trouva rien à répondre et leva son visage vers les rares nuages blancs qui faisaient concurrence au soleil éclatant et chaleureux. Finalement, il préféra déclarer afin de rassurer le petit poussin qui tremblât contre lui :

-Ne t’en fais pas, tu peux aussi l’avoir. Il suffit d’y croire.

Le printemps n’a rien d’extraordinaire. Il a ses choses qui font de lui une saison particulière et différente des autres. Mais en cela, il ne se différencie ni de l’été, ni de l’hiver ou même de l’automne. Mon avis est simple, il nous est indispensable pour nous éviter de nous perdre dans l’ennui d’une seule saison indivisée et monotone. Là non plus, il n’a rien de singulier par rapport aux autres. Mais au final, c’est peut-être moi qui suis las de cette vie misérable que je subis.

 

 

La nuit tomba tardivement et finalement, les deux jeunes personnes n’avaient rien fait de leur journée. Il l’avait passé à observer le ciel, le blé doré qui parsemait le sol, à sentir l’odeur floral qui se dégageait de ce champ sauvage et frivole. Que très peu de paroles furent prononcées, beaucoup plus de souffles s’échappèrent de leurs lèvres interdites et troublées.

 

-Envahi par le cruel céleste-

 

J’en souffre encore énormément. Je vais finir par haïr le printemps. L’aura de sa déesse est perfide et sournoise. Elle m’enivre d’un poison indétectable qui déchire mes veines, qui laisse mon sang couler à travers ma peau, qui au final, me rappelle la réalité du corps que j’habite. Il n’est pas le mien. Je suis un autre. Elle ne le comprend pas cette déesse. Et pourtant, les déesses ne sont-elles pas censées être la bonté incarnée, la compréhension dans son état le plus pure, la clarté même de la pureté ? En elle je n’y vois aucune de ces qualités. Et pourtant, elle a toujours été ma déesse.

Le brun s’avança vers la beauté divine qui s’afférait à retourner les aliments qui cuisirent sur le grill afin de la saluer. Celle-ci le réceptionna par une embrassade amicale des plus innocentes. Du moins, c’est ce qu’elle semblait faire croire au meilleur ami du blond. Puis la divine s’avança vers le blond et lui offrit un sourire des plus crus. Elle l’écarta afin de se retrouver loin du brouhaha enjoué des vacanciers et de l’animation pittoresque qui déferlait au bord de l’eau. Elle le plaqua contre le mur et déposa froidement ses lèvres sur la bouche attristée de l’autre.

-Krystal arrête. On est plus ensemble. Alors arrête de te foutre de moi.

-Tu sais très bien ce qu’il faut pour que l’on puisse se remettre en couple.

-Hors de question !

-Mais Amber ! Tu es vraiment malade ! Tu es une femme et jamais personne ne te verras autrement !

Le blond maintenant démasqué baissa le regard embué de grosses larmes pleines d’effroi et de chagrin avant de commencer à prendre la fuite.

-Preuve : Tu chiales comme une gonzesse !

Mais de quelle cruelle parole faisait preuve la divinité ! Elle riait aux éclats, fière de sa médisance, arrogante dans son cœur, sadique dans son âme, insensible au monde qui l’entourât. Peut-être ne fut-elle capable de ressentir de sentiments humains, peut-être ne connaissait-elle pas le respect, qu’il n’existât jamais de là d’où elle venait. Sûrement que dans les cieux, les règles et les opinions fussent différentes et que les êtres n’avaient d’humain seulement que l’apparence. Seulement, il fallait que le blond se stoppât de lui trouver des excuses, qu’il s’arrêtât dans la vénération de cette être venimeux. 

Je pense qu’au final, je haïrai le printemps jusqu’à mon dernier souffle. Je me demande d’ailleurs si je ne veux pas le rendre dès maintenant. Subir cette existence dans ce corps que je ne juge aucunement le mien me devient insupportable. Si seulement quelqu’un acceptait ce que je suis réellement et qu’il m’aide dans mon projet. Je ne serais sûrement pas là, sous l’ombre de ce saule, à me protéger derrière la seule aura que je juge de protectrice. JongHyun ne m’aide pas. La beauté de la divinité pècheresse l’a lui aussi envoûté. Tout en elle était l’éclat de magie et prosternation. Son regard nous guide vers la soumission, sa voix nous tend à nous rendre ses esclaves. Je l’aime. Mais une déesse ne peut accorder son cœur seulement à la perfection et moi, je suis une erreur.

 

-L’ombre a perçut le profond mal-

 

Je t’ai vu ce soir là, perdu dans les ténèbres chaleureuses que t’offrait ce magnifique et paternel arbre. La sagesse qui émanait du vert précieux de ses feuilles t’apparaissait tel l’ange divin dont je rêvais chaque nuit. Celui qui comblerait le trou béant de mon âme. Celui qui la remplirait même de sa passion. Il me semble que tu ne m’as jamais regardé avec cette intensité que je pouvais percevoir lorsque tu observais la venimeuse. Je n’ai jamais été jalouse d’elle puisqu’après tout, j’ai changé ton printemps. Maintenant, nous vivons heureux, tous les deux. N’est-ce pas ? Même si tu ne vis pas réellement pour moi, je le ferai pour nous deux.

Elle ne vivait pour personne. Sa vie était constituée que d’une seule corde dont la sonorité monocorde démontrait une vie plate et sans éclats. Un destin creux et sans péripéties. La brune observait l’histoire d’autrui pour se bâtir la sienne. Elle pleura le long de sa ballade nocturne. Tout, dans ce champ lui rappelait à quel point son être n’était pas attractif, que ses cheveux ne brillaient pas comme l’or de ce blé, que sa voix n’était pas aussi douce que la brise qui chuchotait sur sa peau des incantations inaudibles mais pourtant si plaisantes, que son derme n’était pas aussi doux que le feuillages de ce centenaire à l’aura protectrice, que son cœur n’était pas aussi gonflé et pimpant que l’imposant tronc qui poussait au respect du vieil arbre.

En face de cet être vaillant, elle vit une âme errante, perdue dans l’oubli nocturne. Lui aussi pleurait. Etaient-ils tous deux destinés à se rencontrer sous ce saule ? Elle s’assit à ses côtés, ne le lâchant pas du regard.

-Je m’appelle Sulli.

-J’aurais aimé ne jamais m’appeler Amber.

-Pourquoi ?

-Je ne suis pas une femme. Je n’ai pas à porter ce prénom.

-Alors ne le porte pas.

-Hein ?

La brune ne répondit pas, préférant se caler contre le tronc ferme et confortable de son nouveau père. Elle se sentit papillon dans sa chrysalide, prête à en ressortir, seulement avec une particularité que ces petites merveilles n’ont pas : une âme sœur venue du même cocon. Et pour la première fois depuis qu’elle est prit conscience de son effacement, elle sourit, elle sourit faisant ainsi ressortir toute sa joie : sentiment qu’elle n’avait alors jusque là jamais reconnue, l’ayant perdue il y a des lustres.

-Tu es vraiment bel homme. Tout à fait mon genre.

Il y a de ces jours que l’ont bénirait éternellement. Et celui-ci demeurera, même après ma mort, dans ma mémoire, au sein de mon être, au creux de mon ventre, dans l’antre de mon cœur. Il paraît que depuis que nous nous sommes rencontrés, nous sommes devenus ce que nous voulions être. Ou plutôt, nous avons réussis à être nous-mêmes. J’ai trouvé qui je suis : je crois en toi. Je suis le pont entre le monde et toi. Entre ton enveloppe charnelle et toi. Et toi, tu es l’homme que j’aime. Alors, n’est-ce pas que j’ai changé ton printemps ?

 

-Sauvé par la foi et fusionné avec la beauté-

Mais qui es-tu, jeune femme pour t’insinuer ainsi dans ma vie et me sauver de mes pensées mortelles ? Es-tu réelle ? Es-tu ma destinée ? Depuis, je ne suis pas prêt à te laisser partir. Je suis devenu dépendant d’une illusion de l’obscure qui ne peut s’acheminer vers la lumière. M’as-tu dupé ? Pourquoi ne vis-tu que par moi ? Suis-je le seul transitoire entre la réalité et toi ? Entre l’obscurité et la clarté ? Sulli, prouve-moi que je ne suis pas sorti de ce cocon sans toi. J’ai vraiment peur, tu sais, d’avoir rêvé cette nuit. Seulement, la douceur de ta peau est bien réelle, l’odeur fruitée de tes cheveux enchante vraiment mes sens, ton sourire m’envoûte toujours et ton regard me donne toujours autant de courage. Le sais-tu ça, que tu as changé toute ma conception du printemps ? Que cette saison est désormais pour mois l’instant de la vie le plus précieux à mes yeux ? Que chaque année je renais et revis cette soirée sans jamais m’en lasser. Que toi, à mes côtés, c’est la preuve que nous existons tous deux. Que tu es le papillon qui m’a guidé vers mon vrai moi, qui a osé dépouiller mon chemin de tous les obstacles qui l’obstruaient. La venimeuse n’existe plus. Ton poison à toi est bien plus merveilleux.

Finalement, j’ai vécu les pires sentiments et les meilleures visions lors de la même saison et tout cela grâce à toi. La beauté du paysage printanier à fusionnée avec la tienne et moi je suis l’homme que j’ai toujours rêvé d’être. J’ai trouvé la personne qui m’a permit d’être moi-même le jour où je pensais creuser ma tombe.

-Dis Sulli, le printemps, n’est-ce pas la saison la plus étrange ?

-Tu penses ?

-Je me demande. Après tout, je t’ai rencontrée toi. L’incarnation même de cette saison. Tu m’as fait renaître en même temps que ces bourgeons là, qu’on peut voir sur ces branches. Et notre père, le saule, renaît chaque année depuis plusieurs centaines d’années ! Avec toi, je me sens capable de faire la même chose.

-Ca fait huit ans maintenant que ce saule est devenu notre maison.

-Ne le quittons jamais.

-Jamais.