CHAPITRE 9 : AFFLICTIS LENTAE

par Gaïa-sama

CHAPITRE 9 : AFFLICTIS LENTAE



Séoul, Novembre 2013



Je partais donc avec Kai, Lay et Jun Myeon. Repousser nos limites… Qu’est-ce que Kris entendait par là ? J’étais d’autant plus inquiet que Kai semblait vouloir éviter cette partie-là de l’entrainement… Et on continuait d’avancer, toujours plus loin, toujours plus profondément dans la forêt.

Je me demande pourquoi j’ai accepté de venir ici. Moi qui évite au maximum les contacts avec les gens depuis tout petit, j’avais accepté de venir habiter avec onze personnes que je ne connais pas. J’avais accepté de partager une chambre avec quelqu’un, j’avais accepté de laisser ma mère pour venir ici. Ma mère… Tellement contente de voir que j’avais enfin réussi à me faire des amis m’avait laissé partir avec une facilité déconcertante ! Je sais que ma solitude l’a toujours inquiétée… Mais elle aurait pu résister un peu quand même !

Kai s’arrêta en soupirant.

Il soupira encore une fois et se tourna vers moi.

Il avait agrippé mes épaules et me regardait d’un air mauvais. Je sentais encore une fois ce malaise. Les vertiges, les mains moites, la difficulté à respirer… Je me sens oppressé et en colère. Je pensais que Kai avait compris que je n’aimais pas ça, que je n’arrivais pas à le supporter. Je pensais que c’était le premier à l’avoir compris, que c’était le premier qui y faisait attention.

Il rigolait. Pourquoi est-ce qu’il rigole ? Qu’est-ce qu’il y a de drôle ? Il se moque de moi ? Il se moque de ma phobie ? Il ne comprend pas ? Il m’énerve. Et je m’énerve. D’avoir cru qu’il serait différent des autres, qu’il me comprendrait et qu’il éviterait de me mettre mal à l’aise.

Je sentais des larmes couler de mes yeux, je sentais mon corps me faire de plus en plus mal. J’enfonçais mes ongles dans les bras de Kai pour qu’il les retire mais il n’en fit rien. La douleur était de plus en plus présente, de plus en plus forte… Je tombais à genou, mais Kai continuait de me tenir…

Je me concentrais, essayant d’oublier la douleur qui me lancinait partout dans le corps et enleva mes doigts de la peau de Kai pour dévier mes mains sur son torse. Je sentais toute cette force monter en moi… Il fallait que je l’utilise, il faut que Kai me lâche. Je me concentre et ne pense qu’à mes mains. Je les pose sur le torse de Kai et le pousse de toutes mes forces.

Je ne pris conscience de la force avec laquelle je l’avais repoussé quand j’entendis un craquement un peu plus loin et constatait que Kai avait reculé sur au moins cinq mètres et qu’il avait atterrit contre un arbre. Je regardais mes mains, effrayé par ce que je venais de faire… Mais la douleur se fit encore plus violente. Je m’allongeais au sol, essayant de respirer comme je pouvais. J’avais envie de me laisser faire, de laisser toute cette rage atteindre mon corps entier… Mais je ne devais pas. Il ne faut pas que je me transforme.

Le temps passait au ralenti. Tout ce qui se passait autour de moi était lent. J’avais l’impression que l’air avait disparu. Je voyais flou et sentais les pas désordonnés et lents de Kai à travers le sol… Calmer ma colère ? Comment alors que la seule personne en qui je commençais à avoir confiance venait de me trahir ?

Un tremblement plus fort que les autres me fit rouvrir les yeux et je vis que Kai était à genou devant moi. Je ne voyais pas très bien son visage…

Obligé ? Obligé de me toucher ? Obligé de rigoler de ma phobie ? Alors c’était ça, repousser les limites ? C’était pire que repoussé là. C’était les franchir ! J’essayais de calmer ma respiration, de me remémorer les moments joyeux depuis que j’avais franchi la porte de cette vieille maison… Calme-toi Kyungsoo… Calme-toi…

♦♦♦♦

J’ouvre les yeux brusquement. Où est-ce que je suis ? C’est déjà la nuit ? Je suis toujours allongé par terre…

Se soigné ? Ah oui… Je l’avais vraiment poussé violemment tout à l’heure… Est-ce qu’il va bien au moins ?

C’était la première fois que j’avais une discussion avec Jun Myeon… D’habitude il est plutôt silencieux.

Un silence s’installa. Pas un silence pesant, un silence qui me remplissait de bien-être. J’avais l’impression que des gens en avaient quelque chose à faire de moi… Que ces gens essayaient de comprendre ma phobie plutôt que de s’en moquer. Et c’est… Tellement nouveau.

Nouveau silence. C’est vrai qu’ici on est libre… C’est comme si on était dans un autre monde. Notre monde c’est cette forêt, notre maison à tous est au milieu de ce gigantesque monde fait d’arbre… Pas de parents, pas de police, pas non plus de contraintes. Les seuls qui existent sont celles que l’on se pose.

Il se leva et j’essayais de faire de même, mais mon corps ne répondait plus. J’avais beau forcer comme un dingue, mes jambes ne voulaient plus me porter. J’avais forcé à ce point-là ?

Kyung ? Mais il a raison… Je ne peux pas rester indéfiniment ici, il faut que je rentre, que je mange, que je revois Kai, que je me repose… Mais je ne peux pas me lever, et encore moins marcher… Alors la seule solution c’est que Jun Myeon me prenne sur son dos…

Il s’accroupit devant moi, et je mis toute ma volonté pour me relever et agripper ses épaules. Une fois dessus, il se leva et attrapa mes jambes qu’il serra contre lui. J’avais de petits vertiges, et du mal à respirer… Mais il fallait que je résiste.



On était arrivé à la maison plus vite que je ne l’aurai pensé. Il courait vraiment très, TRES vite. Tao vint nous accueillir à la porte, comme d’habitude et fut surpris de me voir sur le dos de Jun Myeon. Il lui expliqua vite fait, et alla directement me poser sur le canapé.

Je vis Chen arriver avec un plateau remplis de nourriture, qu’il posa sur mes jambes en souriant.

Ils m’avaient même gardé une part ? Non, définitivement. Ils ne sont définitivement pas comme tous les autres que j’ai rencontrés avant. Je commençais à manger, j’avais vraiment énormément faim après cette journée… Et ce qu’ils avaient fait était vraiment bon.

Je finissais de manger en silence. Ça avait beau être de petites blessures sans gravité, je ne pouvais pas m’empêcher de m’inquiéter et surtout, de m’en vouloir. Il devait le faire, c’était son boulot pour la journée et moi je l’ai attaqué. Je l’ai pensé mauvais…

Non bien-sûr que non je ne lui en veux pas… Pourquoi je lui en voudrais ? Pour essayer de m’aider ? Non. Après avoir terminé mon repas, je demandais à Jun Myeon de m’aider encore une fois à aller jusqu’à ma chambre. Je prenais une longue inspiration et il se dépêcha de m’amener dans mon lit.

Il sortit de la chambre et je ne pouvais m’empêcher de me retourner vers le lit de Kai. Est-ce qu’il dormait vraiment ? Il est étalé comme une étoile de mer, sa jambe gauche sortant du lit et la tête sous son bras droit. Un bandage recouvrait sa cheville gauche tandis qu’un autre faisait tout le tour de sa tête… C’est ma faute. C’est moi, moi qui lui ai infligé ces choses… Je soupirais.

Je l’entendis bouger, puis lentement, je le vis se redresser. Il me faisait un petit sourire.

Mon pouvoir spécial ? Ah oui, Kris avait dit qu’on en avait chacun un… Mais je ne comprends pas. C’est censé être quoi ?

Il rigolait. Moi je ne trouvais pas ça très drôle… A cause de ce « pouvoir » il était dans un sale état…

Un pouvoir de guérison maintenant ? J’ai vraiment atterris dans une maison bizarre… Je suis fatigué. Physiquement, mon corps ne répond même plus à ce que je lui demande… Et moralement, toutes les nouvelles choses que j’apprends en ce moment m’épuisent. J’entends la voix lointaine de Kai qui me dit bonne nuit… Et je me laisse tomber dans les bras de Morhée.