CHAPITRE 7 : SI VIS PACEM, PARA BELLUM

par Gaïa-sama

CHAPITRE 7 : SI VIS PACEM, PARA BELLUM



Séoul, Octobre 2013



«  Xiurista Coffee dans une heure »

Encore une fois, j’entendais les pensées de Sehun. Depuis ce soir-là, dans la forêt je ne l’avais plus revu. J’avais eu du mal à croire à ce qu’il s’était passé dans ma soirée. J’étais sous l’effet du mauvais mélange alcool/drogue et je pensais que j’avais juste halluciné… Mais j’ai bien été obligé de voir la vérité en face. J’entendais les pensées de Sehun, tous les jours. Enfin, pas vraiment les pensées en fait… C’est comme si… Il pouvait me parler.

Quand je buvais mes bouteilles seul, quand je ressassais toutes mes pensées, quand je me construisais pour la énième fois mes idéaux ridicules… Il me parlait. Une voix douce se répendait dans mon crâne. Cette voix me détendais, j’écoutais avec attention ce qu’elle me disait en espérant que ce soit un jour vrai… Et je m’endormais.

« Tu n’es pas seul… », « Tu auras bientôt une vraie famille… » « Je suis avec toi, tout le temps… » J’en étais rendu à espérer que toutes ces choses deviennent vraies, à espérer que cette personne, dans ma tête, soit bien là. Malgré qu’un coin de ma tête pense sérieusement que Sehun me parle, une bonne partie pense seulement que je pète une durite à entendre des voix.

Je me levais de mon lit ou je comatais depuis bien trois heures et fila à la douche. Une heure… Je ne sais même pas où est ce putain de café. Une fois douché, habillé et coiffé je jetais un coup d’œil à l’état de mon appart et soupirais. Bien qu’il ne soit pas spécialement grand, le bordel s’était étalé partout. Des fringues, des bouteilles, des mégots… Tout était partout par terre. La vaisselle était pas faite depuis des lustres et je ne sais pas depuis combien de temps je n’ai pas nettoyé…

J’allais partir quand mon téléphone sonna. Je décrochais, qui pouvais bien m’appeler ?

Elle avait raccroché. En fait, je ne sais même pas pourquoi je demande… Si elle voulait bien que je vienne, elle me l’aura proposé. Emmener mes amis à la maison ? Elle est drôle, elle. Si elle savait que j’étais totalement seul… Bref. Il faut que je me dépêche sinon je ne serais jamais à l’heure là-bas.

Ca faisait bien vingt minutes que je tournais dans les petites rues à l’écart du centre-ville et je ne trouvais pas ce satané bar. Comment un bar pouvait bien marcher dans ce genre de rues d’ailleurs ? Qui se promenait dans ces rues paumées et effrayantes ?

« Tu devrais te dépêcher, tout le monde t’attend… »

Voilà que je me met à parler tout seul maintenant…

« Tout droit »

Quoi ? Parce-qu’en plus de me parler, il peut me voir sans être à côté de moi ? C’est quoi encore ce bordel. Sérieux, il m’arrive que des choses étranges en ce moment. De pire en pire ! Je décidais d’avancer rapidement tout droit.

« Maintenant va à gauche ! »

Je tournais à gauche, et vu une enseigne rouge bordeaux. Je m’approchais rapidement.

« Lève la tête et lis ! »

Je levais la tête devant l’enseigne rouge et lu « Xiurista Coffee ». Quoi ? Il était si près et je n’ai même pas réussi à le trouver ? Pfff… C’est en soupirant que je rentrais dans le bar et vis 11 personnes assises autour d’une grande table qui me fixaient.

J’allais m’asseoir et regardais autour de moi… C’est quoi ces gens ? Entre les six qui étaient sur le même banc qui portaient des habits noirs, mi coton, mi cuir et ceux qui était maquillé à fond et les cinq à côté de moi tous aussi bizarre que les autres, entre un blond qui portait un bonnet en forme de grenouille, un mec qui faisait gros riche sérieux, un petit qui ressemblait à un gosse et qui s’était éloigné le plus possible des autres, tellement qu’il était à deux doigts de se casser la gueule du banc… Le grand qui m’avait dit bonjour avait l’air assez normal, tandis qu’un autre avec un tablier noir avait des cernes de dix pieds de long et paraissait déprimé…

Wouah. C’est quoi le problème avec lui ? Il regarde tout le monde avec un air méchant…

Le gosse du fond nous regardait, il paraissait totalement paralysé. On faisait si peur que ça ? Pourtant, même si ceux d’en face était un peu… Imposant, ceux assis sur le même banc que moi paraissaient inoffensifs…

On se regardait tous, un peu choqué par ce qu’on venait d’entendre. On se faisait suivre et espionner depuis presque deux mois… Ils sont sérieux là ?

Trop de choses. Je suis censé être un loup ? Un loup avec une force, une vue et une ouïe plus élevée, avec un rythme de course soutenu et qui peut entendre les pensées de tout le monde et leur répondre ? Ils se foutent de moi là, sérieusement ? En plus je dois les suivre dans une baraque au fin fond de la forêt pour qu’ils m’entraînent ? Donc ce que j’ai vu la nuit dernière… C’était pas à cause de l’alcool ?

« Rassure-toi Luhan… On ne vous veut vraiment aucun mal, au contraire… »

Les autres me regardèrent bizarrement. J’avais oublié qu’il n’y avait que moi qui pouvais entendre ce que Sehun me disait…

J’étais scié. Ces mecs en noirs débarquent comme ça pour nous annoncer d’arrêter tout ce qu’on fait dans notre vie, de quitter notre appartement et nos familles pour venir avec eux dans une maison dans une forêt pour apprendre à contrôler « le loup qui est en nous ». Ca ressemble plus à une grosse blague.

Mais, en y réfléchissant je n’ai pas grand-chose à perdre dans cette histoire. Je n’ai ni travail, ni études, ni famille, ni amis. Clairement, je n’ai pas vraiment de vie. Alors aller dans une maison avec des gens qui me considère comme leur famille, avoir un but dans la vie, toutes ces choses… C’est censé être une bonne chose, non ?

Jun Myeon et Kyungsoo ne disaient rien… Il fallait que je dise si je voulais venir avec eux ou non… Mais je n’arrive pas à me décider putain ! Ma vie d’en ce moment est loin de me plaire, je la déteste même… Mais dans quoi je me lance en allant là-bas ?!

« Tu me fais confiance ? »

Je levais les yeux vers Sehun. Il souriait. Lui faire confiance… Etonnement oui. Je ne le connais pas, mais il était présent, dans mon esprit, pendant que je faisais mes Bad trips… Et ça suffisait pour que je lui fasse confiance. Et puis je n’avais personne à qui faire confiance, personne d’autre n’avait pris la peine de faire attention à ce que je ressentais avant lui. J’acquiesçais alors que je le regardais toujours.

« Alors viens. Je te promets que je serais toujours là, avec toi. »

Je soupirais. Au fond de moi, je le savais. Je prendrais n’importe quelle sortie pour me barrer de cet enfer.

Et lui il se prend pour qui ? Le petit bourge et fils à papa… J’ai pas de vie, mais au moins je la vie comme je l’entends… Pas comme mes parents l’ont décidé.

Il ne restait plus que Kyungsoo. J’avais beau l’avoir regardé un certain nombre de fois, je ne comprenais toujours pas son comportement. Même si ils ne me rassurent pas spécialement non plus, je le trouve un peu… Excessif.

Alors il a peur du contact ? Je comprends un peu mieux son comportement du coup… C’est à garder dans un coin de ma tête. Je vais éviter de le rendre encore plus mal à l’aise en le touchant sans vraiment faire attention…

Tout le monde se levais, et les gens « normaux » partaient tous un par un avec les hommes « loups » qui les avaient accompagnés et surveillés en silence jusqu’à maintenant.

On arrivait en bas de mon immeuble. C’était un immeuble récent, plutôt moderne et assez imposant, ce qui fit ouvrir de grands yeux émerveillés à Sehun.

On rentrait dans l’ascenseur en silence. Mais une question me brulait les lèvres.

L’ascenseur s’ouvrit sur le couloir menant directement à mon appartement. Merde… En y repensant c’est le gros bordel là-dedans… J’avais pas prévu que quelqu’un allait venir chez moi. Je m’arrêtais devant, gêné.

Je poussais la porte et le fit entrer dans mon « antre ». Sans oser regarder sa tête, je partais directement vers mon lit prendre mes habits. Je fis un rapide tour de l’appart… Je ne pouvais pas laisser toute ma came ici quand même…

Mouais. On verra ça un peu plus tard. C’est cette chose qui m’avait permis de tenir jusqu’à maintenant, et je pense qu’elle m’aidera encore un peu…

Je jetais un dernier coup d’œil à mon appart avant de fermer la porte. Adieu vie solitaire et triste. Maintenant je vais tout faire pour garder ma seconde famille près de moi.



♦♦♦♦



J’arrivais devant une énorme maison. Rien n’était autour, pas de route, pas de chemin non plus. On était définitivement seul au milieu de cette forêt. La maison était d’un style assez ancien, on pouvait facilement la comparer à un manoir. J’avançais doucement, regardant tout ce qu’il y avait autour de moi. Sehun ouvrit la porte et mon cœur accéléra.

Une odeur délicieuse atteignit mes narines. Quelqu’un faisait à manger. La maison était un peu plus moderne l’intérieur et était assez chaleureuse. Je pense que je vais me plaire ici. Tao accouru à la porte en sautant partout.

Sehun me tapa l’épaule pour que je me retourne.

Il rigolait. Je ne l’avais encore pas vu rire. Ses yeux se plissent beaucoup mais il reste toujours aussi chou. J’avançais sans trop savoir où j’allais, je me contentais de suivre Sehun. On arrivait dans un salon assez grand, à peu près tout le monde était affalé sur les canapés ou par terre, c’était drôlement plaisant d’arriver dans une maison remplie…

Une fois Kyungsoo assis un peu plus loin, le débat commença pour les chambres. Kris pensait que c’était mieux que les paires changent un peu et voulait donc mélanger un peu tout le monde alors que Kai disait que c’était mieux qu’un « débutant » reste avec un « avancé ». Tao, Min Seok et Chanyeol prenait vivement part au débat tandis que Kyungsoo, Jun Myeon et moi restions discret.

Je me dirigeais vers ma chambre accompagné de Tao et défis mes affaires… Enfin mes habits quoi. Je rangeai tout dans la grande armoire du fond, sans vraiment prêter attention à ce que faisais Tao, mais quand je me suis retourné…

Tout, il y avait des trucs grenouilles partout. Sa couette, sa taie d’oreiller, des peluches, son bonnet qu’il avait sur la tête, des cahiers… Partout.

Je souris. Il avait bien raison de préférer ses peluches. C’était beaucoup moins grave d’être accro à un morceau de coton qu’à l’alcool ou à la drogue… Je m’affalais sur le lit en réfléchissant. Tao avait l’air d’être quelqu’un de plutôt gentil, bien qu’assez étrange… Je pense que je vais apprécier ma vie ici…

L’odeur de nourriture, des gens qui attendent que vous rentrez, des gens qui vous accueille à la porte. Des gens qui se soucient de vous, qui vous parlent… Toutes ces choses que j’attendais de mes parents, je les retrouve ici.

Oui définitivement, je vais m’y plaire.