Un crayon sur la peau

par sungra


ft – Byun Baekhyun and Park Chanyeol




Toute façon, Chanyeol était bien trop beau. Baekhyun estimait que ce genre de connerie, autrement dit ce genre de beauté, ne devait pas être légal. Depuis quand un être humain avait des grands yeux taquins, des petites joues rebondies qui menaient à deux grandes – bien trop grandes oreilles – de Dumbo. Avec un sourire denté, blanc ; Baekhyun appelait ça un sourire dentifrice. Un rire de gamin, des yeux d'enfants, un visage rond. Un visage de gosse heureux sur un corps de géant d'un mètre quatre vingt cinq, franchement, c'était du foutage de gueule.


Baekhyun levait le regard, sonda la forme arrondie de ses yeux ennuyés de la longue séance. Il percevait qu'il retombait très peu, que leur forme était encore et toujours parfaite. Arrondie, grand et vif. Profond, d'où surgissait une malice adorable. Il se dit que ses petits yeux bridés tenaient la route ; autrement dit, la double paupière ne retombait pas tel un chien battu. Baekhyun sentit Chanyeol frémir sur sa chaise, se retenir de bouger. Il grimaça, de ce genre de grimace qui dit « Bouge pas crétin. ». Il figea le garçon devant lui, et reprit son travail de longue haleine. Il gratta le critérium 2H sur la feuille, affina son crobard – oui Baekhyun utilise le langage artiste – et s'enquit de réajuster la forme des yeux. Plus beau encore, se disait-il. Oh que ça m'insupporte. Il sembla s'énerver, son crayon gratta plus fort la feuille pour en terminer rageusement cet oeil qui nom d'un Dumbo, ressemblait bien trop au géant devant lui. Aussi saisissant et profonds avec cette petite étincelle de rire. Baekhyun en fut énervé.


- Ca se finit quand ? Grogna le garçon devant lui, qui était assis sagement et sans bouger depuis peut-être une bonne heure.

- Déjà que voire ta sale gueule ne m'est pas franchement agréable, si tu ne fais pas d'effort pour te taire, je risque de déchirer ton dessin. Cingla-t-il en cessant d'appuyer sur le crayon tel un enragé.


Le trait était épais, il n'avait pas intérêt à le gommer au risque de faire une trace grise indélébile. J'espère que je pourrais effacer, ce gars va me faire rater, pesta-t-il.


- Et ma tune ? S'offusqua Chanyeol, qui fit rosir ses oreilles trop grandes.


Baekhyun pensa qu'il pourrait voler avec lorsqu'il leva le regard. Il retenait un rire intérieur en réponse à sa blague et posa le crayon et la gomme sur son calepin.


- Je te la rendrai, j'ai d'autres gens à faire le portrait. T'es pas le seule gars trop imbu de sa personne à me demander ça.

- Je. Ne. Suis. Pas. Un. Petit. Péteux. C'est mon père qui le veut. Siffla-t-il, le regard vivement traversé par une vague de déception et de colère.


Baekhyun haussa les épaules avec nonchalance, laissa ses outils d'artistes sur la table, et balada l'air de sa main. « Pour moi c'est pareil, ton père veut, tu consens. Conclusion : petit péteux. C'es tout, c'est tout. Maintenant dégage de ma maison. » Il était soudainement vivement irrité. Parler à ce presque inconnu le mettait hors de lui, sans raison apparente, sans quoi que ce soit de rationnel. C'était comme enfoui dans lui, ce genre de sentiment viscéral qui vous prend aux tripes. Sans cause et sans raison ; ça vient comme ça. Vous le détestez, et puis c'est tout. Chanyeol soupira, ne fit aucune résistance. Il devait partir, c'était tel que le demandait Byun Baekhyun, son dessinateur. Quelque part, il en était quelque peu attristé. Il aimait bien ce garçon, il n'était pas bien méchant dans le fond, mais apparemment, il refusait d'être agréable avec lui. Il suffisait d'un mot, d'une phrase, d'un petit rien et BIM, il se prenait comme une violente claque dans la gueule. Il ne savait pas pourquoi, c'était stupide de haïr quelqu'un parce que c'était comme ça. Chanyeol en bon vivant, se posait certaines questions ; personne ne le détestait d'habitude.


Il toucha ses oreilles quand Baekhyun rangea tout son toin-toin dans sa malette, sa chemise à dessin, ses poches, et planqua son crayon sur son oreille. Artiste éperdu qui se donne un fameux style. Il avait l'air mignon et doux, mais pourtant, il détestait Chanyeol. Etaient-ce ses oreilles ? Il plaqua ses mains dessous pour les aplatir. Ses yeux ? Il les ferma. Son trop présent sourire ? Il l'effaça. Oh, non, sa taille, se devait être ça. Mais il ne pouvait pas s'applatir. C'était physique. Et cela serra le coeur de Chanyeol, il en éprouva une profonde tristesse.


Baekhyun se retourna, foudroya son modèle du regard. « Je t'ai pas dit de te casser ? Un coup de pied au cul t'aiderait ? » Chanyeol se cloua sur place. Il baissa le regard. Il s'en alla en prenant sa veste à la hâte.


Baekhyun grimaça. Chanyeol était bon, et drôle, et gentil, et peut-être parfait quelque part, mais qu'est-ce qu'il ne l'aimait pas. Il est trop parfait, songea-t-il en comprenant que c'était cela qui devait l'irriter. C'était hors de contrôle, viscérale, essoufflant, perturbant. C'était... Comme ça.


Lorsque le géant claqua la porte, Baekhyun se laissa retomber aussitôt sur son fauteuil. Sa tête tournait, elle quitta la terre, il semblait autre part.

Il ferma les yeux, les traits crispés, le regard hagard derrière ses paupières. Il s'endormit. Il rêva de Chanyeol. Il rêva qu'il l'aimait bien et que c'était sympa. Mais intérieurement, ça lui foutait un haut-le-coeur extrême.




° ° ° °



Sur la feuille se dessinait lentement un portrait gracieux et réaliste du modèle Park Chanyeol. Il semblait que malgré le trouble qu'éprouvait vaguement Baekhyun en regardant son acolyte, il élaborait un dessin d'une grande qualité ; ça lui vaudrait bien des éloges, et bien de l'argent. Il lui semblait même que tout était trop ressemblant. Il en viendrait à détester son dessin avec ses lèvres charnues et douces, ses traits qui se lient ici et là, fins et délicats. Peu à peu, parmi ce mélange de gris nuancés, de grandes oreilles apparaissaient, et il se dégageait lentement un visage enjoué de gamin fou. Oh, putain, ce qu'il est beau, pensait incessamment Byun Baekhyun en grimaçant.

Il était certain que ses cheveux noirs de jaies et magistralement désordonnés le rendaient terriblement attirant. Bien plus que lui, et ses cheveux en bataille avec ses cernes de dessinateur, qui éclatent parmi son teint blanc aspirine. Et son corps quelque peu flasque et mou, qui finissait par des doigts longs et fins. Des beaux et jolis doigts d'artistes. C'était tout ce qu'il avait de beau.

Doigts-d'Artistes, l'avait-on appelé, avant la solitude de l'art.


- Baekhyun. Tu vas le... Enfin, dessiner ça ? Grimaça Chanyeol, d'un ton inquiet.


Baekhyun ne leva même pas le regard.


- Si tu parles de ton beau gros bleu sur la joue, et de ta lèvre gonflée et encore un peu rouge de sang... J'sais pas. Si tu veux j'le fais, mais tu seras encore plus moche qu'avant c'est con un peu quand même.

A cet instant, il lança au géant un regard mauvais, suivit d'un rictus dément. Puis, il se cala au fond de sa chaise en croisant les jambes sous la table. Il leva son crayon, l'air contenté de sa réplique cinglante. Il attendait une réponse, les yeux ravageurs plantés dans ceux de son interlocuteur.


- Non... Je. Non. Chanyeol secoua la tête, attristé.


Il perdit son sourire, un peu de sa joie de vivre, un peu de son innocence gamin ; il éclata sur son visage un drôle d'air brisé, cassé dans la douleur et la souffrance. Ouh, que ça fit mal à Baekhyun. Comme si on venait de lui planter un critérium dans le coeur. Il ne comprit pas ; ce que c'était con de ressentir cela... il ne l'aimait pas. Il le détestait, et donc, de par nature, ce sentiment viscéral ne pouvait éprouver de pitié.


Or, Chanyeol partait bout à bout, il éclata vers une sorte de Chanyeol sombre et noir. Cela troubla Baekhyun. Il ignora ce sentiment qui s'était immiscé en lui, qui montait, montait, montait jusqu'à sa gorge serrée. Ce sentiment étrange, qui l'éprenait soudainement ; loin de la haine habituelle. Quelque chose de différent, nouveau. « Bien Chanyeol. » Son ton s'était radouci. Il voulut se donner mille et une claques pour réveiller ses instincts de bête féroce et sans coeur. « Je continue. Bouge pas où je te lance un crayon aiguisé 5B dans les yeux. » Il se retrouvait enfin dans ce ton dur et froid. Chanyeol souria soudainement à sa plaisanterie. Il aimait bien retrouver le Byun Baekhyun quelque peu cinglant. Carrément insupportable. Voir méchant.


Il se disait que rien n'avait de raison de déconner dans sa vie ; parce que Baekhyun ne changeait pas, alors le monde devait à priori continuer de tourner à une cadence normale, dans le même sens, comme tourne la terre autour du soleil.



° ° ° °



Le lendemain, Chanyeol revint. Baekhyun préparait ses crayons, sa feuille, son petit atelier simplet, tandis que le géant reprenait sa place face à lui, sur le genre de fauteuil rustique ; dans lequel on s'assoit tous les soirs avec une bonne petite bouteille de soju, jusqu'à se soûler et s'endormir. C'est ce qu'avait envie de faire Chanyeol. Il se disait que c'était doux et délicat cette matière de cuir, qu'il en laisserait derrière lui ses quelques soucis. Ou gros problèmes. Il savait pas vraiment. Il était troublé ces derniers temps. Il divaguait un peu entre les coups. Peut-être qu'il avait perdu des neurones, des bouts de cerveau. C'était donc devenu sa question du moment : Je deviens imbécile à me faire frapper tout le temps ?


Baekhyun était fin prêt et il redoutait de rencontrer les yeux de Grandes-Oreilles. Il devenait un peu chose quand il le faisait. Ca mêlait haine et ce drôle de putain de sentiment qui monte, monte, monte, jusqu'à couper sa respiration et s'échouer dans sa gorge nouée, pour finir par serrer son coeur dans un étau. C'était perturbant.


Il brandit son crayon. Pris son courage à deux mains. Il inspira. Il le regarda. Et merde. Ses yeux s'exorbitèrent.


Chanyeol redoutait tellement cela. Il baissa les yeux. Il avait si honte, tellement honte de n'être qu'une vulgaire chose qu'on ne peut plus regarder, un vulgaire bout de chair bleutée, violacée, un peu flasque et trop grand. Un bout d'homme, ou ce qu'il en restait du moins. Chanyeol ferma les yeux vivement, il retint ses larmes, les paupières lourdes. Il tenta d'enfuir sa tristesse, son désespoir. De se dire que ce n'était rien après tout. Que Byun Baekhyun ne pourrait pas comprendre, qu'il l'enverrait chier. Mais ses muscles tendus se rappelèrent les coups. Les bleus sur sa peau pulsaient , boumboum ; le sang éclata dans ses veines. Son coeur se brisa. Il tremblait, tandis que ses doigts agrippèrent son sweat trop grand qui baillait sur ses épaules. Il secoua la tête, le coeur meurtri, le corps en lambeau. Qu'il était fatigué de ses nuits blanches. Qu'il désirait qu'on l'aime d'une manière simple et pure. Il éclata en sanglot, ce fut soudain et dangereux. Sa voix tirailla dans ses lamentations. Il souffrait tellement, il avait si mal. Oh, Baekhyun ne me fait pas de mal encore plus. Et les larmes roulèrent sur ses joues, et ses mains blanchissaient sous la pression, et ses dents se crispaient, et ses lèvres continuaient de saigner. Il posa sa main sur son visage pour se cacher, il s'excusa. Mais il ne parvenait pas à se calmer. Il avait tant besoin de hurler ce qu'il avait là dans le fond de son coeur, blottit, qui venait de jaillir en criant et en lançant des flammes.


- Bon, c'est pas grave. On fera ça quand t'auras plus rien. Il perçut la voix blanche et concise de Baekhyun près de lui.


Chanyeol sentit alors quelque chose de froid contre son crâne douloureux. Lorsqu'il leva les yeux, surpris, les larmes suspendues dans ses cils, il vit une bouteille d'alcool sur sa joue et le dessinateur, un crayon coincé sur l'oreille. « Tiens. Bois. J'crois que t'en as besoin.» Il crut apercevoir un sourire sur son visage. En effet, Baekhyun le retenait. Il découvrait les faiblesses de Chanyeol et ça lui faisait tellement de bien. Finalement, il n'était pas si parfait. Finalement, il n'était pas si détestable. Puis, il est moche quand il pleure. C'est beaucoup moins physique et gracieux, songea Doigts-D'Artiste. Chanyeol balbutia un bref merci, quelque peu perdu par le comportement surprenant de son acolyte. Il prit la bouteille de soju dans sa main.


- Tu pleures comme une fillette, va vraiment falloir que t'achètes de la virilité.


Pour Chanyeol, le monde tourna à l'endroit un bref instant. Les paroles de Baekhyun étaient vrais, méchantes et réalistes. Le monde pouvait se fracasser, Baekhyun continuerait d'aller droit. Baekhyun était le guide de son trouble, celui qui le maintenait sur terre. Il lui sembla que se rattacher à Baekhyun lui permettait de garder la raison. Chanyeol fronça les sourcils à ses drôles de pensées et but une grande goulée d'alcool qui lui brûla les tissus internes. Putain, ça fait du bien, songea-t-il, se délectant de cette brûlure interne.


Baekhyun s'assit en face de lui, il croisa les jambes, enlaça ses doigts, et plissa les yeux d'un air faussement intéressé.


Il vit ce visage ; bleui sur les joues. L'arcade sourcillière ouverte. Les lèvres rouges, mais presque intactes. Le sang encore frais coulant de son nez. L'oeil noir corbeau.

Chanyeol lui fit pitié. Et ce sentiment qui remontait encore le saisissait entièrement. Baekhyun mouva pour échapper à ce qui se bloquait dans sa gorge. Il fronça les sourcils, se tortilla, comme mal à l'aise. Il prit un verre d'alcool sur la table. Il engloutit le liquide. Pendant ce temps, Chanyeol le regardait, les yeux rouges et brillants de larmes. Il était si heureux, si reconnaissant. Il souriait à Baekhyun. L'artiste se reçut un coup dans le ventre ; et son coeur explosa dans sa poitrine. Son sang battait à rompre ses veines, son corps entier fut saisi d'un frisson méconnaissable. Il commençait à divaguer. La haine fit place à ce truc qui montait. Montait. Et le prenait à la gorge. Et l'empêchait de respirer, le rendant haletant. Il luttait dans cette chaleur lourde et pesante qui emplissait la pièce.


- Byun Baekhyun. Merci.

- Ferma ta gueule et bois. Je suis à deux doigts de balafrer ta gueule. Pesta-t-il, alors que les paroles du géant le prenaient aux tripes.


Pourtant, il avait vraiment envie de le balafrer. Sa beauté et sa tristesse le troublaient trop en cet instant. Alors il bu. Il saisissait son crayon. Pris une nouvelle feuille. Et tira quelques traits indécis d'un géant ; d'un géant plein de coups, une bouteille à la main, croulant sous des vêtements trop grands et avachis sur un fauteuil où on boit jusqu'à l'écoeurement.



° ° ° °


Ce lendemain, Baekhyun s'éveillait, la tête dans le gaz.

« Ouais, je suis gay. » Chanyeol était gay. Ca faisait un saleté de mental breakdown à Baekhyun. Il avait les yeux fermés et beaucoup trop bu ; son cerveau l'appelait en jouant à toc-toc – qui est là ? contre son crâne. Sauf que Baekhyun n'avait pas franchement envie de jouer vu qu'il se rappelait de sa conversation animée – et surtout bourrée – avec le géant hier soir.


« Mais tu sais c'est pas important.» Il se rattrapait. « Enfin si, ça l'est. Tsais pas ? Tsais pas ! Bah mon mec là. Bah tu vois il s'appelle Kai.» Baekhyun, à ce moment, dessinait encore ce drôle d'asticot avachi et liquidé d'alcool sur son canapé. Il écoutait moyennement les basses fréquences de sa voix. « Et le problème, c'est que je l'aime plus. 'Fin ça arrive. Einh. Et puis quand je lui ai dit, il m'a frappé. Et maintenant, il me frappe tout le temps. Pour rien. Ca fait mal de souffrir physiquement et mentalement.» Baekhyun laissa retomber son crayon. Il regarda son modèle, effrayé, épouvanté. Il but. Il ne savait pas quoi répondre tellement cette situation l'horrifiait. Il était mal pour Chanyeol, tellement que ça lui brisait le coeur.

Il ne dessina plus de la soirée, et mortifié, laissa Chanyeol pleurer toute la nuit.




Il reprit ses esprits quelques secondes plus tard.

- TOC TOC ! ; hurlait son cerveau. - TA GUEULE ! répondait Baekhyun.

Il ouvrit les yeux, et remarquait aussitôt le géant enfoui dans son fauteuil, les genoux vaguement repliés contre son torse, et son corps tout tordu pour parvenir à tenir sur cet espace restreint. Baekhyun pensa qu'il devait avoir eu froid dans la nuit, et se disait d'un côté qu'il n'avait qu'à rentrer chez lui avec son Kai. Ce n'était pas un hôtel ici après tout.


Et finalement, il voulut s'étouffer avec son crayon à papier. « Baekhyun, sois gentil avec lui. Ce pauvre gars fait un mètre quintre vingt mais son pseudo mec le bat.» Il voulut en rire. Mais il n'en eut pas franchement le coeur ce jour-ci. Cette drôle de nuit l'avait troublé encore plus que ce drôle de sentiment. En se réveillant, il se sentait comme changé vis-à-vis de ce garçon. Comme si sa haine s'était dissipée, que ses tripes et son ventre s'étaient agencés correctement dans son corps. Cette haine viscérale s'était évanouie. Cela sauta soudainement aux yeux du dessinateur. C'est vrai, finalement, Grandes-Oreilles n'était pas si parfait. Mentalement, il échouait dans sa quête de bonheur. Physiquement, il était roué de coups.


En fait, Chanyeol était humain. Pas de ce genre d'être humain, de connerie surréaliste de perfection. « Je te détestais pour être parfait. C'était pas ta faute. » Baekhyun haussa les épaules, pris d'une drôle de sympathie. Il souria d'un air attendrit en regardant le jeuen garçon. Il se leva alors, saisis le plaid sur le canapé et vint le déposer doucement sur les épaules de Chanyeol qui ne scilla pas, encore endormi.


Il lui fit de la peine. Il le trouva mignon. Et son coeur battit dans sa poitrine, jusqu'à frapper contre sa cage thoracique. Baekhyun trembla, un frisson glissa doucement sur son échine dorsale. Il sentait que ce sentiment revenait, montait, et que ça le faisait haleter. Il n'aimait pas la tournure des évènements , il se crut soûl et décida d'aller se préparer une tisane. Histoire d'apaiser son cerveau, qui, putain, était en train de disjoncter.







« Baekhyun.» Il ne leva pas le regard, avala un peu de sa tasse. Chanyeol s'assit en face de lui, sur le bar. Baekhyun continua son dessin, arrangea les cheveux, affirma les traits de la mâchoire, rendait ses yeux plus vivant, parcourant ses lèvres. Ses belles lèvres, entrouvertes, douces et... Putain ! Baekhyun serra les dents. Chanyeol l'arrêta dans sa frénésie en posant sa main sur l'oeuvre presque achevée. « Baek. » Personne ne l'appelait Baek. Et il n'avait juste personne à ses côtés ; donc personne ne pouvait le nommer par un diminutif. « Quoi ? » S'énerva Baekhyun – plutôt envers ses pensées étranges que vers le géant. Habitué, Chanyeol aux grandes oreilles ne bouda pas. « Quand je suis soûl, je cause. J'ai beaucoup causé ? » « Bah putain. Je suis au courant pour Kai. » Lui lança Baekhyun sans concession, avant d'envoyer valser son critérium à l'autre bout de la pièce.


Il ne savait même pas pourquoi il s'énervait. Pourquoi il avait envie de déchirer son dessin si ressemblant. Pourquoi il voulait taper tout ce qui se trouvait à longueur de ses maigres bras. Sauf Chanyeol évidemment, ç'aurait été stupide. Mais cette colère s'intensifia, elle grandit soudainement, il regarda son modèle qui gardait silencieusement les yeux exorbités. Il avait trop ruminé, il fallait que ça sorte. « Pourquoi je ne te déteste plus ! Putain, je deviens dingue. Pourquoi tu pouvais pas rester parfait, lisse comme ta peau de bébé merde ! » Et la tasse vola à son tour dans la pièce, envoyant en l'air une quantité non négligeable de tisane parfum menthe de chine. Elle atteint le sol ; éclata en morceaux qui volèrent rageusement. « Pourquoi, putain, je peux pas te haïr ! C'était plus simple quand je pouvais te dire de dégager de ma maison sans remord ! » Alors, il empoigna le col de la chemise du géant, ses longs doigts fins grattèrent légèrement sa peau blanche. Il l'attira à lui. Et il le secoua, telle une poupée de chiffon. Il avait certainement perdu l'esprit. Cela effrayait Chanyeol, qui se disait qu'à une telle violence succèderait les coups et les blessures.


Et franchement, il ne voulait pas renoncer à Baekhyun parce que ce petit merdeux s'était énervé.


Chanyeol réalisa qu'il était dans tous les cas de force physique supérieure ; franchement, Baek avait vraiment la peau sur les os. Il lui suffit de poser sa main sur les poignets du garçonnet pour l'empêcher de continuer à le secouer, et à hurler « pourquoi ? » Franchement, pourquoi, Chanyeol n'en savait rien. Il n'écoutait même pas. Il l'arracha à son emprise, Baekhyun cria sans raison.


- Ta gueule ! Lui ordonna Chanyeol. Mais sa voix sonna plutôt comme un appel à l'aide, une sorte de peur panique.


Cela calma Baekhyun. Sa tension intérieure s'éteignit soudainement, comme si son cerveau faisait enfin place à la raison. Il soupira, soulagé de ne pas avoir fait de connerie sur Chanyeol. Baekhyun s'en voulait terriblement pour tout ce cirque. Il avait créé un sacré bordel, avec un critérium, une tisane et une poupée de chiffon. En face de lui, Chanyeol retenait des tremblements terribles. Il avait eu peur, si peur que Baekhyun déconne et qu'il divague dans le vice comme Kai. Sauf qu'il ne voulait pas détester Baekhyun, il ne voulait pas le hair. Sa raison l'aurait permis, mais son coeur serait resté accroché au dessinateur. Baekhyun saisissait la détresse, la frayeur du garçon en face de lui. Ses yeux était effrayés. Il se sentit con.


Baekhyun posa la main sur son coeur, qui vint se serrer, comme si métaphoriquement, cela allait tout calmer. La tempête devait retomber maintenant. Il n'osait plus regarder le géant, honteux et pris de remords ; alors il baissa le regard. Il l'entendait souffler, un souffle irrégulier semblable à des sanglots intérieurs, à une peur aïgue. C'est ta faute, Baekhyun. Stupide Baekhyun. Il se martela le crâne de reproche, qui couvrait le silence tendu de la pièce. « Tu devrais partir. » Souffla-t-il finalement, pensant que la meilleure solution à faire, était de le laisser s'en aller.

Parce que ce qu'il éprouvait, en cet instant, le rendait étrangement maladroit. Il ne savait plus quoi dire. Ses phrases s'élevaient dans un méli-mélo incompréhensible dans sa tête. Et le pire, c'était cette fixation sur les lèvres du géant, sur son visage qu'il voulait toucher, ses blessures qu'il voulait guérir. Son corps se tendait désespérément vers la retenue et le désir de ce sentiment éprouvant.


Baekhyun ne comprenait pas que ce drôle de sentiment était un genre de désir immuable, qu'on nomme probablement amour chez les humains.


- Je ne veux pas. Laisse-moi rester. Je repartirai quand le portrait sera terminé. Chanyeol supplia presque, en dit plus que Baekhyun le lui en demandait.

- C'est mieux pour toi et moi. Dégage. Son ton était las et bas. Il ne voulait pas voir le géant partir, mais cette étrangeté dans son âme lui faisait peur.

- Je reste Baekhyun. Cette fois, il était sérieux. Il ne bougerait pas.


Baekhyun soupira, vaguement énervé ; ou vaguement soulagé qu'il veuille rester. C'était un peu incongru cette situation. Il releva les yeux vers le géant, dont le regard trahissait une vague appréhension, inquiétude, peur, colère, tristesse ; oh merde, il y avait tout dans ce regard. Baekhyun s'y perdit un instant, puis revint à la raison. Chanyeol, le plaid sur ses épaules, attendait une réponse.


- Donne moi une bonne raison, Chanyeol, pour ne pas te virer.


Qelle qu'elle fut, Baekhyun su qu'il désirait qu'il reste ; et qu'il resterait. Pourtant, lorsque le jeune ouvrit la bouche, il l'interrompit. « Ne donne pas de raison erronée. »


Baekhyun tranquillement, se rassit sur sa chaise, pris un air calme et repris son dessin. Il prit sa gomme – à défaut d'un crayon – et effaça ici ou là quelques traits, quelques coups indécis qui n'avaient plus leur place. Il mit une lumière sur son oeil qui pétilla de plus belle.

Il lui semblait que dessiner lui permettait de calmer la tempête en lui, de calmer les ravages que Chanyeol provoquait. Grandes-Oreilles venait de briser toutes les carapaces du garçon pour atteindre son coeur. Ca faisait un effet étrange de se sentir différent du jour au lendemain.


- Baekhyun... Commença Chanyeol, hésitant.

- Une réponse. Cingla Baekhyun, les muscles tendus par l'attente.

- Je crois que je t'aime.


La gomme s'écroula sur la feuille. « Que... Quoi ? » « Je crois que je- » « Non, ta gueule, attends. » Baekhyun devait assimiler la nouvelle.


Son corps était littéralement ravagé. Un vrai champ de bataille. Son coeur était en train de se tordre dans tous les sens, à une allure folle. On vient de lâcher mille papillons au creux de son ventre, qui volent, volent, et virevoltent. Littéralement, il avait des papillons dans son estomac tout retourné. Sa tête tournait, il s'était pris un sacré coup. Il ferma les yeux. Il se répéta quelques mots qui le rendait fou ; fou de Chanyeol. « Je t'aime.»


Et lorsqu'il leva la tête, encore tout engourdi par l'aveu ; il vit que Chanyeol avait contourné le bar pour se poser à côté de lui. Il se tenait tout près de son visage. Son souffle glissa sur l'épiderme brûlante de Baekhyun, ses yeux fixèrent les siens. Et cette fois, Chanyeol souriait timidement, les joues un peu rosies, le regard étincelant, éclatant, doux et plein du même sentiment que Baekhyun. Il était beau. Et les veines de Baekhyun étaient parcourues par un sang brulant ; il avait chaud. Ses joues rosirent aussi, ses lèvres mouvèrent un peu. « Baekhyun, je veux rester ici. Un peu. Longtemps. Après tu pourras me virer, et je retournerais voir Kai peut-être.» Chanyeol savait qu'il était en train d'attiser la jalousie de son dessinateur. Non, il ne retournerait pas voir Kai. Non, parce que désormais, il se devait d'être avec Baekhyun ! C'est ce que pensa le dessinateur troublé « T'es con. » Il avait vu clair dans son jeu. Et il le pensait sincèrement. Ce garçon était stupide. Pourtant, ses lèvres lui faisaient tellement envie. « Tu vas faire quoi alors Baekhyun ? » « Tu peux pas fermer ta gueule un moment.» Chanyeol sourit, une grande malice traversa son regard et il continua : « A une condition.» « Quoi ? » Baekhyun n'en pouvait plus, il lui sembla que l'espace entre leurs lèvres était infini, qu'il n'allait jamais pouvoir les goûter, les manger, les dévorer, jusqu'à s'en sentir repu. Il avait besoin d'exprimer ce sentiment-là qui parcourait tout son corps, comme mille caresses délicieuses. « Je vais t'embrasser, Baekhyun. Et comme on ça, on fermera tout les deux notre grande gueule. »


Et le géant s'empara délicieusement des lèvres de son artiste. Pris au dépourvu, Baekhyun éprouva une légère panique. Il voulut se reculer : il embrassait quelqu'un, merde, il embrassait Park Chanyeol, avec ses oreilles trop grandes.

Il n'eut pas le temps de s'échapper que le plus grand lui attrapa tendrement la nuque et l'attira à lui avec une douceur infinie. Baekhyun cessa de vouloir fuir. Ce que c'était bon, doux et délicat. Lorsque Chanyeol entreprit de mordre sa lèvre inférieure, Baekhyun retint en vain, un genre de gémissement de plaisir. A ce son, Chanyeol revint sur les lèvres de son amant en riant, les embrassa fougueusement. Baekhyun s'abandonna littéralement à ce tourbillon nouveau de sensations ; ses lèvres qui jouaient, qui parcouraient les siennes, les mangeaient, les quittaient et revenaient aussitôt les assouvir de désir tendre et passionné. Baekhyun ne réalisait pas vraiment qu'il embrassait Chanyeol. Il ne réalisait pas que leurs épidermes étaient brûlants, que leurs lèvres, leurs langues, se plongeaient dans ce tendre baiser amoureux.

En fait, Baekhyun ne se rendait même pas compte, que depuis le début, le trouble, la haine, le rejet de Chanyeol ; c'était un putain d'amour qu'il refoulait. Et que là, ses lèvres s'échouaient dans le cou du beau géant ; et qu'entre deux bleus, il décida d'y laisser sa petite marque. La voix suave et passionée de Chanyeol s'éleva dans un gémissement plein de désir ; il tendait le cou, murmura qu'il l'aimait, les mains aggripées aux cheveux noirs de jaies et en bataille de Baekhyun, les lèvres effleurant son front de mille caresses. Et habilement, Baekhyun, frénétique, amoureux, fou de passion, joua avec la peau de son géant.


L'artiste dessina alors sur l'épiderme de son amant une marque violacée et rouge.