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par Evil_Keshi

Traitors


Des sabots martelaient le sol comme le tonnerre, des hennissements de chevaux résonnaient à travers les champs de blé alors que des cavaliers menaient de façon experte leurs montures galopantes vers la colonne noire de fumée épaisse qu'ils pouvaient distinguer tandis qu'elle montait en volutes dans l'air, la voyant un peu plus clairement à chaque foulée alors qu'ils traversaient rapidement les champs, jusqu'à ce qu'ils arrivent en vue d'un village - ou plutôt, de ce qu'il en restait.

Des maisons à moitié brûlées semblaient sur le point de s'effondrer sur elles-mêmes d'un moment à l'autre, tandis que quelques autres étaient toujours en feu, de hautes flammes léchant les poutres de bois et dansant avec le vent, emportant la senteur lourde de la peur et de la chair brûlée.

Cela avait été un village riche et prospère, à présent réduit à des cendres, des murs tenant à peine debout, des hommes défaits et des femmes en pleurs enlaçant leurs enfants. Les survivants de la soudaine attaque étaient tous rassemblés sur ce qui avait jadis été la place du marché, où le sol était maintenant rougi du sang qui avait été versé, et ils étaient entourés de soldats en armure - mélange de cuir et de métal brillant sous le soleil, des crins de chevaux cascadant depuis le sommet de leurs casques. Des épées dégainées, des yeux perçants fixant attentivement leurs prisonniers, surveillant chacun de leurs gestes. Des archers étaient dispersés tout autour d'eux, leurs flèches déjà encochées et pointées sur la foule, prêts à tirer sur quiconque essaierait de s'enfuir ou de provoquer une bagarre.

Les villageois n'y auraient pourtant même pas pensé, tandis qu'ils étaient tous à genoux, endeuillés par la mort de leurs amis, essayant de trouver des visages familiers parmi les silhouettes détruites pleurant doucement, essayant d'étouffer leurs sanglots de peur d'énerver les soldats et de les amener à devenir violents une fois de plus.

Ils avaient vu ce dont ils étaient capables - tuer des gens inoffensifs qui suppliaient de les épargner, mettre le feu à des maisons dont des enfants essayaient de s'échapper à temps mais en vain - et ils craignaient les soldats et leur courroux; trop de mal avait déjà été commis en ce lieu et aucun des survivants ne voulait voir ce que ces gens pouvaient faire d'autre.

Un cri, aussi perçant que celui d'un aigle, résonna soudain, annonçant l'arrivée des cavaliers qui envahirent bientôt la place du marché et arrêtèrent leurs chevaux, tirant rapidement sur les rênes avant de mettre pied à terre en de fluides mouvements. Il y en avait des dizaines et quelques uns de ces hommes semblaient visiblement être des soldats haut-gradés, comme on pouvait le dire à la vue des tissus riches et somptueux dont étaient faits les vêtements sous leurs armures, du cuir de première qualité du harnachement de leurs chevaux, ou même des motifs luxueux qui étaient dessinés sur la garde des épées qui pendaient à leurs ceintures.

- Commandant Zhou ! s'écria un soldat en se dirigeant rapidement vers l'homme de haute taille qui menait les cavaliers, s'inclinant avant de parler. Nous nous sommes emparés de ce village avec succès. Environ deux cents de ces hommes ont été tués, tandis que nous avons à peine perdu trente hommes. Leur bétail a été saisi et rassemblé près de la Porte Sud en attendant que nous recevions l'ordre de les ramener au campement.

- Bon travail, Capitaine Tang. A présent dites-moi, lequel de ces hommes est leur chef ? demanda le Commandant.

- Malheureusement, il fait partie des victimes, Commandant.

Une femme dans la foule agenouillée hurla soudain, son cri empli de douleur et de désespoir, jusqu'à ce qu'un jeune homme ne lui couvre la bouche de sa main, la serrant étroitement contre lui et murmurant des mots apaisants à son oreille, jetant des regards inquiets aux soldats qui les entouraient.

- C'est malheureux, en effet... grogna l'homme sans prêter la moindre intention à la femme dont la tristesse montrait qu'elle était sûrement l'épouse du chef du village. Mais je suis certain que quelqu'un d'autre rapportera la nouvelle de notre grande force et puissance au Roi de cette terre.

Le Commandant eut un rictus et se tourna vers la foule, dévisageant chaque figure terrifiée en face de lui.

- Ecoutez-moi ! cria-t-il soudain en écartant les bras tandis que sa voix s'élevait pour parvenir aux oreilles de tous les gens rassemblés là. Notre tribu tremblait jadis de peur sous l'hégémonie de votre Royaume. Mais parce que la chance est incertaine et changeante, notre temps est à présent venu ! Craignez-nous, nous et notre puissance, tremblez pour vos misérables vies ! Vous n'êtes que poussière pour nous et tel est votre Roi. Notre armée sera bientôt aux portes de votre capitale et aucun château, eût-il été construit par les Dieux eux-mêmes, aucune haie d'épées ne nous empêchera de nous en emparer, et votre Roi pathétique ne sera pas une menace pour nous, car nous sommes de féroces guerriers ! Soyez prêts à ramper à nos pieds car une nouvelle ère est venue !

Des cris enthousiastes résonnèrent autour de la place alors que les soldats se mettaient à acclamer leur Commandant, frappant leurs boucliers de leurs épées, leurs yeux furieux fixant la foule frissonnant de peur, jusqu'à ce qu'une protestation coléreuse ne s'élève:

- Vous n'êtes que des assassins cruels ! Personne ne vous suivra !

Les pupilles du Commandant Zhou s'étrécirent et aussitôt, deux soldats traversèrent la foule, saisissant sous chaque bras un homme d'une petite trentaine d'années, le trainant devant jusqu'à le jeter aux pieds du militaire, qui le regarda de haut, avec une grimace sur le visage.

- Commandant Han... dit-il doucement. Quel est le châtiment approprié pour une rébellion ?

Un homme plus vieux s'approcha, lissant sa barbe blanche comme s'il réfléchissait, ses pas égaux et gracieux malgré son âge.

- Je crois que c'est la mort, répondit-il, un petit sourire dangereux s'épanouissant sur ses lèvres.

Des murmures de peur parcoururent la foule et les yeux de l'homme agenouillé devant le Commandant Zhou s'écarquillèrent alors qu'il secouait légèrement la tête.

- Non ! cria-t-il avec terreur. Ayez pitié, j'ai trois enfants ! Je ne peux pas les laisser seuls, ils ont besoin de moi !

- Dommage, gloussa doucement le Commandant Han. Peut-être aurais-tu dû y penser plus tôt.

Il fit signe aux deux soldats de s'approcher et saisit l'un d'eux par le bras pour l'arrêter, avant de lui dire avec un sourire torve:

- Emmenez-le là où ses cris ne seront pas entendus d'ici. Vous avez vos épées, vous savez quoi faire.

Les soldats acquiescèrent et s'éloignèrent avec l'homme qui se débattait, ignorant ses tentatives désespérées de se libérer.

Un troisième homme, portant le même genre de riches vêtements que les deux commandants, vint à leurs côtés et sourit en contemplant la peur peinte sur les visages des villageois.

- Il semble que ce village abrite des insurgés, dit-il sur un ton doux, presque gentil, bien que sa voix fût emplie de venin. Je pense que nous devrions nous assurer qu'ils comprennent leur faiblesse. Que diriez-vous de prendre quelques otages ? Des filles, comme d'habitude. Quelques unes pour les soldats, les plus belles pour nous. Après tout, qui ne voudrait pas divertir les Cinq Commandants ?

Un rire s'échappa des lèvres du Commandant Zhou avant qu'il ne lance aux soldats:

- Vous avez entendu les paroles du Commandant Xi ! Allez-y !

Les trois commandants observèrent avec délice les soldats choisir les plus jolies filles dans la foule, séparant des jeunes femmes de leurs frères, maris ou enfants, sous les cris assourdissants de terreur et de désespoir, lorsque le Commandant Xi prit la parole:

- Celle-là est pour moi, dit-il en pointant un doigt épais vers une femme aux longs cils et aux cheveux noirs et soyeux. Dommage que notre cher ami Song soit resté derrière avec Huang pour installer le campement. Il aurait adoré choisir celle-ci pour lui.

Ils rirent bruyamment, jusqu'à ce qu'un cri rauque ne résonne:

- Ne la touchez pas !

Les commandants se tournèrent vers la foule et leurs sourcils se haussèrent de surprise à la vue d'un grand adolescent protégeant une jeune fille de son propre corps, ses yeux sombres fixant les soldats en face de lui comme s'il était sur le point de les massacrer de ses mains nues. Il fut rapidement entouré par des archers et plus de gardes mais il ne recula pas, pas même lorsqu'une épée fut pointée sur sa gorge par un soldat, qui jeta un coup d'œil aux commandants, attendant l'ordre de tuer le jeune homme.

- Prenez-moi à sa place ! cria l'adolescent en détournant son regard des soldats afin de rencontrer les yeux des commandants. Je ferai ce que vous voulez mais par pitié, laissez-la tranquille !

Impressionné par le courage du jeune homme, quand bien même il était entouré par des ennemis sur le point de le tuer, le Commandant Han fit un pas en avant, dévisageant le garçon et la fille terrifiée cachée derrière lui.

- Ta sœur ? demanda-t-il.

- Ma cousine. Elle n'a pas encore quinze ans ! Par pitié...

Le vieil homme remarqua alors le corps élancé de l'adolescent et ses cheveux mi-longs cascadant autour de son beau visage, et il eut soudain une idée.

- Ne touchez pas la fille, dit-il finalement aux soldats, récoltants des hoquets de la part des deux autres commandants. Le garçon vient avec nous.

Il se retourna et ricana en revenant vers ses compagnons et les chevaux.

- Je suis certain que Zitao appréciera ce cadeau pour satisfaire ses... penchants dépravés, murmura-t-il à Zhou et Xi, qui reniflèrent avec mépris.

Ils montèrent bientôt sur leurs chevaux et le Commandant Zhou, qui semblait être le meneur parmi les trois officiers haut-gradés, cria ses ordres à leurs hommes, leur enjoignant de mener le bétail et les otages jusqu'au campement. Ils étaient sur le point de quitter les ruines qui avaient un jour été un village, lorsqu'il se tourna vers la foule une dernière fois.

- Prévenez votre Roi si vous le voulez, dit-il avec assurance. Cherchez de l'aide là où vous le pourrez. Mais sachez que rien n'arrêtera les Cinq Commandants !

Sur ces derniers mots, ses talons pressèrent les flancs de son cheval et sa monture partit dans un galop rapide, vite suivi des autres commandants et de leur escorte. Les soldats qui avaient été laissés en arrière rassemblèrent rapidement les otages, donnant des coups de pied à ceux qui essayaient désespérément de les retenir, et l'adolescent aux cheveux sombres enlaça sa cousine une dernière fois.

- Yi... Yifan... sanglota-t-elle en s'accrochant à son poignet avec une force surprenante pour un corps si frêle. Ne... Ne me quitte pas.

- C'est mieux comme ça, murmura-t-il en effleurant gentiment sa joue de sa main. Au moins, tu seras saine et sauve. Ne t'inquiète pas pour moi... Ca ira.

- Tu me le promets ?! cria-t-elle alors qu'un soldat saisissait son cousin par le bras, l'éloignant d'elle.

Yifan ne put répondre car il trébucha sur ses propres pieds quand l'homme le poussa brusquement, jusqu'à ce que sa cousine soit hors de vue. Le soldat ne lâcha son bras que lorsqu'ils arrivèrent près de la Porte Sud, et l'adolescent et les autres otages furent accueillis par des vaches meuglant et des chèvres nerveuses que les soldats étaient en train de rassembler pour le trajet jusqu'au campement.

- Les otages devant, le bétail derrière ! cria le Capitaine Tang en prenant la tête du groupe.

- Le campement est-il loin d'ici ? demanda timidement une jeune femme à l'un des soldats qui étaient en charge de surveiller les otages.

- Assez loin. Maintenant ferme-la et garde ton énergie. Tu en auras besoin ! répondit froidement l'homme.

La jeune fille tressaillit à ce ton rude et recula rapidement, baissant les yeux et se mordant la lèvre comme si elle était sur le point de pleurer.

La route fut pénible: pendant plus de deux heures, les otages durent marcher sur une route sinueuse tandis que le Capitaine leur demandait continuellement d'accélérer; ils obéirent, essayant de suivre le rythme des soldats, les cailloux rentrant dans leurs plantes de pieds à chaque pas qu'ils faisaient, le vent violent balayant des cendres et de la poussière, les forçant à fermer les yeux. Après environ une heure et demie, une jeune femme finit par s'évanouir, sa gorge sèche et ses pieds saignant abondamment.

- Nous n'avons pas le temps pour ça ! s'écria le Capitaine quand il remarqua qu'un soldat s'était accroupi près d'elle pour lui tapoter la joue gentiment, essayant de la réveiller. Laissez-la sur place !

- Je peux la porter, suggéra soudain Yifan lorsqu'il reconnut la fille qui avait auparavant demandé si le campement était loin du village.

Le soldat hocha la tête et la hissa en vitesse sur le dos du jeune homme, et Yifan se demanda soudain si ça avait été une bonne idée: il ne pouvait qu'imaginer ce que les femmes auraient à affronter une fois qu'ils arriveraient au campement... Il avait entendu parler du destin des jeunes femmes capturées à travers les vieux contes et les histoires de guerre. Mais la laisser sur le bord de la route revenait à la laisser seule et faible, une proie pour les bêtes nocturnes qui sortiraient bientôt de leurs tanières: le soleil disparaissait lentement derrière les arbres et la lune était déjà visible. Yifan ignorait quel aurait été le choix de la jeune femme mais il espérait qu'elle pourrait lui pardonner si la sauver avait été la mauvaise décision.

Il n'eut pas à la porter longtemps: après une demi-heure, la fumée et les éclats de plusieurs feux de camp purent être aperçus depuis la route et des centaines de tentes apparurent bientôt comme une déchirure dans le paysage.

Le bétail fut bientôt parqué dans un enclos un peu en bordure du camp, tandis que les otages étaient menés plus à l'intérieur; le Capitaine Tang les sépara rapidement et quatre filles furent données à quatre soldats avec l'ordre de les amener aux Commandants Zhou, Xi, Han et Song. Les autres femmes, escortées par quelques soldats, se dirigèrent vers une grande tente et bientôt, Yifan fut laissé seul avec le Capitaine.

- Suis-moi, dit l'homme à l'adolescent. Je vais te montrer la tente du Commandant Huang.

Yifan n'osa pas désobéir et il emboita rapidement le pas au Capitaine; pour la première fois depuis qu'il s'était porté volontaire pour être envoyé au campement, il commença vraiment à s'inquiéter. Il savait ce qui attendait les femmes ici, mais qu'en était-il de lui ? Devrait-il faire face à la même situation ? Ce Commandant, Huang... Comment allait-il le traiter ?

Il n'y avait pas pensé auparavant: au début, il s'était concentré sur sa cousine et ensuite, il s'était appliqué à mémoriser les routes et les chemins, ainsi que les champs qu'ils avaient traversés, afin de s'en souvenir par la suite: Yifan n'avait pas l'intention de rester là avec ces ennemis de son pays. S'il pouvait s'enfuir, il le ferait.

Mais à présent qu'il n'avait plus à se soucier de rien d'autre que lui-même, le jeune homme se mit à s'inquiéter pour sa vie. Afin de se distraire, Yifan jeta un coup d'œil à la ronde, remarquant plusieurs paddocks sur sa gauche, où des chevaux mangeaient calmement du foin, couinant de temps à autre; sur sa droite, il n'y avait que des tentes, faites de tissus colorés. Certaines semblaient plus petites que les autres, tandis que quelques unes paraissaient plus luxueuses. Il ne fut pas surpris lorsque le Capitaine Tang le mena vers l'une des tentes les plus grandes et riches, car il avait deviné que c'était probablement les Commandants qui vivaient dans celles-là.

- Entre, lui dit le Capitaine. Le Commandant va bientôt arriver. N'essaie pas de t'échapper. Il y a des gardes partout, tu seras mort dès que tu sortiras de cette tente.

Il poussa Yifan à l'intérieur avant de s'éloigner; le jeune homme trébucha et tomba, tendant les bras pour éviter une chute trop rude, et il atterrit sur ses paumes ouvertes et sur ses genoux qu'il égratigna au passage. Il se releva rapidement et examina son environnement.

La première chose qu'il remarqua fut les chandelles allumées dans la tente, fournissant de la lumière au Commandant. Il y avait un lit et un bureau, caché sous des tas de rapports, des cartes et des livres, et Yifan aperçut également un mannequin de bois portant l'armure qui appartenait certainement au Commandant Huang. Il ne vit cependant pas l'épée et ses épaules s'affaissèrent de déception: pendant une seconde, il avait cru qu'il pourrait peut-être prendre l'épée et tenter de tuer l'homme, mais Huang l'avait apparemment prise avec lui. Mais pour être honnête, l'assassiner était probablement la chose la plus stupide à faire: que ferait-il ensuite ? S'imaginait-il qu'il pourrait se promener dans le campement comme si de rien n'était et partir sans problème ? Le Capitaine Tang avait été clair: c'était impossible. Yifan ne serait de toute façon jamais capable de tuer le Commandant... Il était un fermier. Un paysan. Il ne s'était jamais battu contre un homme de sa vie, alors en tuer un...

Mais ce n'était pas parce qu'il était jeune et un pauvre fermier que Yifan se soumettrait au Commandant si facilement. Il ne le tuerait pas mais il pourrait au moins lui montrer qu'il n'était pas aussi faible qu'il le croyait peut-être.

L'adolescent s'accroupit près de l'entrée de la tente et se tapit dans le coin le plus sombre, celui qui n'était pas illuminé par l'éclat vacillant des chandelles. C'était l'endroit parfait pour attaquer quiconque entrerait.

Yifan attendit et attendit, les muscles de ses mollets se raidissant alors qu'il demeurait dans cette position pendant un moment, essayant d'imaginer à quoi pouvait bien ressembler le Commandant. Etait-ce un vieil homme comme le Commandant Han ? Âgé mais cruel... Il devrait faire attention. S'il était plus comme Zhou, peut-être avait-il une chance: cet homme avait trop d'assurance, ça le perdrait un jour.

Le jeune homme entendit finalement du bruit au dehors: les pas d'un homme, calmes et presque silencieux sur l'herbe - mais pas assez.

Dès que les pans de la tente s'écartèrent, le corps de Yifan se tendit et il sauta sur l'homme, le renversant; ils s'effondrèrent tous les deux sur le sol et l'adolescent essaya de plaquer le Commandant sous lui mais il ne s'attendait définitivement pas à être accueilli avec un coup de pied dans l'estomac qui l'envoya valser dans les airs avant qu'il ne retombe, son épaule heurtant douloureusement le bureau non loin.

Grognant de souffrance, il se releva mais eut à peine le temps de reprendre son équilibre: quelques secondes plus tard, un poing rencontra sa joue et il tomba de nouveau brutalement.

Cette fois, il ne put même pas se remettre sur ses pieds à temps: il roula simplement et se figea lorsqu'il se retrouva face à la pointe d'une épée, directement pointée sur sa tête. Bon, ça ne s'était pas vraiment passé comme prévu.

- Qui es-tu ? demanda une voix.

Yifan détourna les yeux de la dangereuse lame et fixa d'un air ahuri l'homme tenant ladite lame: un jeune home aux cheveux sombres, avec des yeux perçants actuellement en train de le dévisager d'un air noir, et des ombres sous ces pupilles ténébreuses. L'adolescent en rit presque. Cet homme ne pouvait pas être le Commandant, il était bien trop jeune ! Il semblait un peu plus âgé que lui, il était probablement un soldat. Yifan avait de la chance: un simple soldat n'aurait pas le droit de le tuer sans un ordre direct des Commandants, tandis que le Commandant lui-même le pourrait.

- Et toi ? demanda-t-il. Qui es-tu ?

- D'habitude, c'est moi qui pose les questions mais je vais laisser passer celle-ci, répondit l'homme. Je suis le Commandant Huang Zitao.

Les yeux de Yifan s'écarquillèrent. Oups.

L'épée fut lentement amenée au niveau de sa gorge et l'adolescent sentit la pointe froide de la lame appuyer sur la peau délicate.

- Qui es-tu ? répéta le Commandant. Que fais-tu ici ? Essayais-tu de me tuer ? Tu te bas comme un enfant !

- Ce n'est pas vrai ! s'exclama Yifan, bien que ce ne fût pas tout à fait faux.

- Réponds-moi.

- Mon nom est Yifan, marmonna finalement l'adolescent. J'ai été choisi par trois commandants et j'ai été envoyé ici par le Capitaine Tang. Je... Heu...

Le jeune garçon rougit et le Commandant Huang haussa un sourcil.

- Tu... ? reprit-il, attendant la suite de la phrase.

- Je suis l'un des otages, murmura rapidement Yifan en évitant le regard perçant de l'autre homme. Je... je suis censé... vous amuser.

- Oh.

Huang Zitao fit un pas en arrière, abaissant son épée, et il observa mieux le jeune homme. Ainsi, c'était lui, le cadeau dont avait parlé le Commandant Zhou lorsqu'il l'avait croisé quelques minutes plus tôt ? Beau cadeau, en effet: bien que l'adolescent fût étendu sur le sol, Zitao pouvait voir qu'il était grand; les chandelles révélaient un visage pâle avec des yeux sombres contenant à la fois fureur et peur, mais ils n'en étaient pas moins magnifiques, et sa mâchoire et ses lèvres étaient parfaites.

- Quel âge as-tu ? demanda-t-il.

- Dix-sept ans.

Zitao soupira. Trop jeune. Trop innocent. Il n'avait certainement jamais été touché par un homme, pas même par une femme.

- Hé bien, Yifan... dit-il doucement. Sois tranquille. Je ne te toucherai pas.

Le Commandant ne manqua pas de remarquer le soulagement qui illumina brièvement les yeux du garçon mais il fut bientôt remplacé par de la curiosité.

- Je ne prends pas mes partenaires contre leur volonté, expliqua Zitao. Et puisque tu es un otage, j'imagine que tu es loin d'être consentant.

Yifan le fixa quelques secondes, se demandant probablement si le Commandant disait la vérité. Finalement, il s'enquit avec hésitation:

- Est-ce que ça veut dire que je peux partir ?

L'homme secoua la tête et éprouva presque de la peine pour lui lorsqu'il vit la déception dans les pupilles du plus jeune.

- Je ne crois pas, non, dit-il en tournant le dos à l'adolescent afin de poser son épée au-dessus des cartes étalées sur le bureau. Personne n'a l'autorisation de quitter ce campement, surtout pas toi, car tu restes un otage et un ennemi, peu importe à quel point tu es faible.

Yifan se leva rapidement et cracha de colère:

- Je ne suis pas faible ! Je pourrais vous tuer si je le voulais !

Zitao se tourna vers lui et haussa délicatement un sourcil.

- Vraiment ? demanda-t-il.

Il n'y avait aucun sarcasme dans sa voix mais l'adolescent n'eut pas besoin de l'entendre pour savoir que le Commandant ne le croyait pas - sans surprise.

- Vraiment... Je pense, répondit Yifan. Peut-être, dans votre sommeil.

En entendant cela, Zitao se mit à rire et l'autre homme le regarda avec de grands yeux. Ce rire n'était ni cruel ni méchant comme celui des autres commandants, le rire de Zitao était étrangement sincère et chaud.

Le Commandant se dirigea vers lui et l'adolescent recula aussitôt, ne sachant ce qu'allait faire le soldat. Mais Zitao lui tapota simplement l'épaule avant de le dépasser afin d'allumer quelques chandelles de plus près du lit. En faisant cela, Yifan remarqua qu'il était légèrement plus grand que le Commandant et il se sentit un peu mieux grâce à ce simple fait.

- Tu peux dormir dans mon lit pour cette nuit, dit le Commandant. Je dois assister à un Conseil de Guerre ce soir et je ne reviendrai probablement pas avant un moment mais je vais te ramener un peu de nourriture avant de partir pour le Conseil. N'essaie pas de t'enfuir, tu seras mort dès qu...

- ... que je sortirai de cette tente, dit Yifan en achevant la phrase pour lui. Je sais. Votre Capitaine me l'a déjà dit.

Les lèvres du Commandant s'ourlèrent d'un petit sourire mais il fit soudain volte-face et quitta la tente, disparaissant dans un tourbillon de tissus bruissant alors qu'il écartait les pans de l'entrée. Yifan se tint immobile pendant un instant, s'attendant à moitié à voir des soldats envahir la tente pour le tuer; après quelques minutes, comme rien ne s'était produit, il se détendit légèrement et s'assit lentement sur le lit.

Ses mains calleuses effleurèrent les draps lisses et les yeux de Yifan s'écarquillèrent lorsque le bout de ses doigts fit pour la première fois l'expérience de la douceur de la soie. Il avait l'habitude des tissus de laine rude et jamais, dans sa vie, il n'avait touché quelque chose d'aussi doux. Lentement, presque comme un enfant à la fois hésitant et émerveillé en découvrant le monde, il enfouit son visage dans les draps soyeux, souriant à l'agréable contact sur sa peau.

Il resta comme ça, à présent douloureusement conscient de sa joue et de son ventre palpitants. Le Commandant Huang était fort et savait comment se servir de ses poings... Yifan n'était même pas certain de parvenir à le tuer dans son sommeil. Pas qu'il en ait l'intention. Zitao avait raison, il se battait comme un gamin, il n'aurait pas la moindre chance !

Zitao...

Quel étrange Commandant. Alors que Yifan s'attendait à être molesté ou pire encore, l'homme l'avait seulement frappé et uniquement parce qu'il avait cru être attaqué - ce qui n'était pas tout à fait faux. A part ça, il ne lui avait rien fait et avait même dit au garçon qu'il ne le toucherait pas. Bien que Yifan veuille rester méfiant de ces ennemis qui avaient réduit son village en cendres, il ne pensait pas que Zitao soit aussi cruel que les autres commandants.

Il ne lui faisait pas confiance, bien entendu, mais quand même... Il ne pouvait pas se forcer à le haïr autant que les autres, peut-être en raison de sa jeunesse ou peut-être parce qu'il avait décidé de l'épargner, il ne savait pas vraiment.

Mais si le jeune homme n'avait pas besoin de l'adolescent pour l'amuser, que lui arriverait-il ? Et les autres otages ? Est-ce que les femmes allaient bien ? Avaient-elles été aussi chanceuses que lui et avaient-elles trouvé quelqu'un qui ne poserait pas ses sales pattes sur elles ? Il en doutait.

Les pensées de Yifan se mirent à dériver vers sa cousine et sa famille, les gens de son village. Iraient-ils chercher de l'aide à la capitale et avertiraient-ils leur Roi de la menace à venir, comme le Commandant Zhou leur avait dit de le faire ? Ou bien resteraient-ils pour reconstruire ce qui avait été détruit par la cruauté des soldats ?

Perdu dans ses pensées et toujours étendu sur le lit, Yifan ne remarqua pas que ses paupières lourdes se fermaient lentement, jusqu'à ce qu'il s'endorme, son souffle chaud caressant les draps. Il ne remarqua pas non plus le retour de Zitao, mais le Commandant sourit à la vue de l'adolescent endormi, étalé sur son lit. Le plus âgé déposa silencieusement l'assiette qu'il avait amenée au garçon sur son bureau et ensuite, il se dirigea vers le jeune otage.

Les bougies allumées ne lui permettaient pas de voir le visage du garçon, car ses traits fins étaient cachés derrière le rideau de ses cheveux noirs, mais cela n'empêcha pas Zitao de l'observer un peu plus longtemps que nécessaire, ses yeux vagabondant le long de la silhouette du jeune homme. Il n'avait presque que la peau sur les os, pourtant son corps détenait une sorte de douceur dans ses angles. Le garçon semblait étrangement fragile tandis qu'il dormait paisiblement, et Zitao se retrouva bientôt à dénouer sa cape de son cou afin d'en recouvrir l'adolescent, qui se blottit sous cette couverture inattendue en laissant échapper un soupir de contentement de ses lèvres fines.

Le sourire de Zitao s'agrandit et il recula, son regard s'attardant sur le garçon endormi. Il secoua la tête en se détournant et sortit rapidement de sa tente afin de rejoindre les quatre autres commandants. Ils avaient une guerre à planifier.

Yifan continua à dormir, son corps épuisé par le voyage jusqu'au campement et les dégâts émotionnels causés par son éloignement de sa famille. Il ne se réveilla que plusieurs heures plus tard, au milieu de la nuit, troublé par un bruit soudain à l'extérieur de la tente.

L'adolescent remarqua la lourde cape protégeant son corps du froid de la nuit et il se demanda brièvement si c'était le Commandant Huang qui l'avait couvert. En parlant du soldat, où était-il ? Yifan était seul dans le lit et l'endroit était sombre, la majorité des bougies était déjà éteinte. Le tissu de la tente au-dessus de sa tête était trop épais pour laisser passer les rayons lunaires et la seule lumière qu'il restait provenait d'une paire de chandelles près de l'entrée.

Le cœur de Yifan manqua un battement lorsque lesdites chandelles furent soufflées par une légère brise alors que les pans de la tente s'ouvraient lentement pour révéler un homme. Plus petit que le Commandant Huang, faisant des pas silencieux comme s'il ne voulait pas réveiller l'homme allongé sur le lit. L'adolescent entendit le son d'une épée qu'on tirait du fourreau et ses yeux s'écarquillèrent. Qui pouvait bien s'introduire l'épée à la main dans la tente d'un puissant commandant, mis à part un assassin ?

Pétrifié de peur, le jeune garçon observa l'homme se déplacer en silence vers le lit. Il n'osait pas cligner des yeux, n'osait pas respirer, mais son cœur se mit à battre plus fort lorsque l'intrus leva son arme au-dessus de sa tête.

Et alors, Yifan réagit. L'adolescent poussa un cri et lança la lourde cape au visage de l'homme avant de rouler sur lui-même, tombant de l'autre côté du lit. Il entendit l'autre homme grogner et lutter pour se débarrasser du vêtement mais Yifan ne regarda pas en arrière et courut droit devant. Il était sur le point d'atteindre l'entrée de la tente quand une masse lourde s'abattit sur lui et l'adolescent hurla de nouveau, mais l'air lui manqua lorsqu'un coup l'atteignit dans son ventre déjà endolori.

En toussant, Yifan se débattit et réussit à frapper son assaillant qui tomba à côté de lui avec un grognement et un cliquetis métallique lorsqu'il laissa échapper son épée. L'adolescent gagna quelques secondes pour se relever mais son corps était bien trop épuisé pour qu'il puisse le faire à temps: Yifan était seulement à genoux lorsque l'homme se jeta de nouveau sur lui, les faisant tous les deux basculer.

- Lâchez-moi ! hurla le jeune garçon avant qu'un poing ne rentre en collision avec sa joue.

Un goût métallique envahit sa bouche et Yifan toussa, crachant du sang, essayant faiblement de pousser l'homme. Des mains puissantes se refermèrent soudain autour de la gorge du garçon et appuyèrent, menaçant de lui briser la nuque; le corps de Yifan commença à faiblir quand son agresseur resserra ses mains sur sa gorge mais dans une tentative désespérée de se libérer, l'adolescent plia les genoux et donna des coups à l'homme qui le surplombait. Il ne bougea cependant pas, sifflant seulement de douleur, et sa prise se raffermit encore, jusqu'à ce que la vue de Yifan se trouble et que la tente se mette à tourner devant ses yeux.

Soudain, des pas précipités et des cris se firent entendre avant que les pans de la tente ne soient brusquement écartés; trois soldats entrèrent et se précipitèrent sur l'homme qui était à moitié allongé sur Yifan, l'attrapant par les bras et l'éloignant violemment du jeune homme juste comme le Commandant Huang pénétrait dans la tente, ses yeux emplis de fureur et ses narines palpitant de rage.

Enfin capable de respirer, Yifan inhala de longues et profondes bouffées d'oxygène, toussant tout en roulant sur le côté pour s'allonger sur le flanc, ignorant ce qu'il se passait derrière lui tandis qu'il se concentrait sur sa respiration, ignorant les mots échangés entre son assaillant et le Commandant.

Après quelques minutes, les soldats sortirent de la tente en emmenant l'intrus et Zitao se tourna vers le jeune otage dont les yeux étaient fermés tandis qu'il essayait de se remettre de la soudaine attaque.

Le plus âgé s'agenouilla à côté de lui et plaça précautionneusement une main sur l'épaule du jeune homme.

- Yifan ? demanda-t-il, sa voix douce à l'oreille de l'adolescent. Est-ce que ça va ?

L'autre garçon acquiesça et s'assit lentement, ses yeux tombant dans ceux du Commandant, remplis d'inquiétude. Zitao lâcha son épaule et utilisa sa main droite pour dénouer une bande de tissu rouge liée autour de son biceps gauche, par-dessus ses vêtements, puis il essuya gentiment le sang qui souillait le coin de la bouche de Yifan et qui courait le long de son menton.

- Merci, marmonna l'adolescent, se sentant étrangement gêné et troublé que son ennemi prenne soin de lui de la sorte.

- Tu peux te lever ? demanda Zitao en lui présentant déjà sa main, juste au cas où.

Mais Yifan hocha la tête et se releva par lui-même, bien qu'avec maladresse, et il se dirigea lentement vers le lit tandis que le Commandant s'emparait de l'assiette qu'il avait apportée plus tôt.

- Tu veux manger quelque chose ? demanda-t-il.

- Non.

Bien que Yifan n'ait rien mangé depuis l'attaque sur son village plusieurs heures auparavant, il ne serait pas capable d'avaler quoi que ce soit avant le matin suivant: son ventre était tout endolori des coups qu'il avait reçus et il n'avait pas vraiment envie de manger pour le moment.

- Je suis navré que tu aies dû faire face à cette situation tout seul, dit finalement Zitao à l'adresse du plus jeune. Tu n'étais pas la bonne cible.

- Il voulait vous tuer, murmura Yifan.

- Oui. Et il a remarqué que tu n'étais pas moi lorsque tu t'es défendu mais apparemment, il ne voulait pas courir de risque et pensait que ce serait mieux de te tuer également pour que tu ne le dénonces pas si tu l'apercevais dans le campement par la suite.

- Pourquoi voulait-il vous tuer ?

Le Commandant Huang sembla rechigner à répondre mais il dit néanmoins:

- A cause de ma préférence pour... les autres hommes. Il semble que certaines personnes pensent que ça ne correspond pas à l'image d'un puissant Commandant. Il pensait que l'armée se porterait mieux sans moi.

Il renifla et Yifan demeura silencieux, jusqu'à ce qu'une soudaine question ne lui vienne à l'esprit.

- Que va-t-il lui arriver ? demanda-t-il, un peu inquiet de connaître la réponse.

- Il sera condamné à mort demain, sans aucun doute... On ne s'en tire pas si facilement lorsqu'on attaque l'un des Cinq Commandants. Je l'exécuterai devant les autres soldats. Pour faire un exemple...

Yifan frissonna à ces mots, détournant timidement les yeux de l'expression soudain sévère du Commandant Huang. La mort. Etait-ce tout ce que ces gens pouvaient répandre autour d'eux ? La mort et la désolation...

Le jeune garçon lança un regard en coin à Zitao mais détourna rapidement les yeux lorsqu'il rencontra les pupilles perçantes du Commandant. Yifan put sentir le regard de l'autre homme s'adoucir alors qu'il continuait à le regarder, jusqu'à ce qu'il s'avance vers l'entrée en disant:

- Tu dois être fatigué. Je vais te laisser seul, essaie de dormir.

La panique saisit aussitôt Yifan à ces mots: devait-il vraiment rester seul, quand d'autres soldats pouvaient essayer de le tuer à tout moment ? Ses mains se mirent à trembler à la simple pensée de passer la nuit dans cette tente sombre et froide; Yifan n'était pas un lâche mais il n'était pas non plus un guerrier. Il était bien conscient qu'il serait mort si Zitao et ses hommes ne l'avaient pas secouru à temps, et il pensait honnêtement qu'il ne survivrait pas longtemps si quelqu'un d'autre essayait d'attenter à sa vie...

- Attendez ! s'exclama-t-il en agrippant le poignet du Commandant.

Yifan lâcha Zitao dès que celui-ci s'arrêta et se tourna vers lui, attendant craintivement sa réaction - et si le Commandant s'énervait parce qu'il l'avait touché sans y être autorisé ? - et il sentit ses joues brûler lorsque l'autre homme le fixa d'un regard si intense que Yifan frissonna - de quoi, il l'ignorait. De froid, peut-être.

- Quoi ? demanda Zitao après un moment, quand le jeune otage ne prononça pas le moindre mot.

- Je... bafouilla-t-il en mélangeant ses mots. Vous... Vous devez vraiment partir ?

Confus, le Commandant Huang fronça les sourcils, avant de réaliser le problème.

- Tu ne souhaites pas dormir seul, n'est-ce pas ? demanda-t-il.

Yifan secoua vivement la tête en rougissant légèrement et Zitao ne put s'empêcher de sourire à la timidité de l'adolescent troublé. Il était plutôt mignon.

- Nous pouvons tous les deux dormir dans mon lit, dans ce cas, suggéra le Commandant. Il est suffisamment grand.

Le plus jeune n'osa pas dire non: le lit était effectivement grand et Zitao n'aurait de toute façon jamais accepté de dormir par terre. Yifan était un otage, pas un invité. Bien sûr, l'adolescent aurait pu dormir sur le sol lui-même mais bizarrement, il ne pensait pas non plus que l'autre homme aurait été d'accord avec ça.

Donc Yifan s'avança rapidement vers le lit et s'allongea, cachant son corps dégingandé sous les draps doux; Zitao s'approcha bientôt, prenant son temps pour se baisser et ramasser sa cape chiffonnée avant de couvrir le garçon du vêtement froissé une fois encore. Il sentit Yifan se tendre et tressaillir quand il se mit sur le dos pour se coucher à ses côtés et la voix tremblante de l'adolescent s'éleva soudain:

- Je... Je sais que je ne suis pas en position de demander ça mais... Vous pourriez... s'il-vous-plait... ne pas me toucher ?

Zitao réalisa alors que leurs bras se touchaient presque et il roula aussitôt de l'autre côté du lit, imposant une certaine distance entre eux.

- Ne t'inquiète pas, dit-il, faisant sursauter Yifan de sa voix profonde. Je t'ai dit que je ne poserais pas la main sur toi.

Le silence fut son unique réponse, pourtant Zitao pouvait dire que l'adolescent se méfiait de lui, qu'il ne le croyait pas. Il soupira.

- Si la parole d'un ennemi revêt la moindre valeur à tes yeux, je te promets que je ne te toucherai pas ni ne te ferai le moindre mal.

Yifan jeta un coup d'œil au Commandant et ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais il hésita. Il ne voulait pas faire confiance à cet homme, pourtant sa voix douce était indéniablement rassurante et il ne put ignorer la façon dont tout son corps se détendit lentement. Finalement, le jeune homme acquiesça mais il tourna quand même le dos à Zitao en essayant de trouver une position confortable pour dormir. Peut-être n'était-ce pas la plus sage des décisions - son oncle lui avait toujours dit de ne jamais tourner le dos à une bête sauvage, et Yifan imaginait que c'était aussi valable pour des ennemis - mais il ne pensait pas qu'il pourrait trouver le repos autrement: même en se couchant de la sorte, il pouvait sentir le regard sombre de Zitao sur lui et il refusait absolument de faire face à ces yeux si intenses.

- Bonne nuit, dit le plus âgé.

Bien que la voix fût toujours douce, Yifan se contracta et ses poings se serrèrent sur les draps en-dessous de ses mains; il relâcha doucement le tissu de soie quand il ne sentit pas le lit bouger sous le poids de Zitao et n'entendit rien de plus. Le Commandant avait vraiment l'intention de le laisser tranquille.

L'adolescent retint un soupir de soulagement mais il ne se soucia pas de répondre: il savait qu'il n'allait sûrement pas bien dormir et honnêtement, il se moquait bien que le Commandant passe une bonne nuit ou non.



Etrangement, Yifan dormit plutôt bien. Lorsqu'il se réveilla, il se retrouva à cligner des yeux devant la lumière diffuse du soleil qui se levait lentement au-dehors et qui entrait à travers les pans de la tente; il lui fallut quelques secondes pour se souvenir tout à fait de l'endroit où il se trouvait et pourquoi, et lorsque ce fut fait, ses yeux se mirent aussitôt à la recherche du Commandant Huang.

Il ne s'attendait pas à le trouver juste en-dessous de lui.

Yifan se figea en constatant qu'il avait roulé sur lui-même durant la nuit pour finir, il ne savait comment, endormi sur Zitao, sa joue pressée contre la large poitrine du plus vieux. Il leva la tête et observa le visage de l'autre homme, sur le point de s'assurer qu'il n'allait pas troubler son sommeil avant de se reculer, mais il réalisa alors que Zitao était déjà réveillé et le fixait avec de grands yeux amusés.

Le visage de Yifan perdit toutes ses couleurs lorsqu'il comprit que le Commandant l'avait observé pendant qu'il dormait et il se sentit extrêmement embarrassé et intimidé, surtout lorsqu'il remarqua qu'il avait même entremêlé leurs jambes. Il y eut un silence lourd dans la tente alors que l'adolescent toujours à moitié endormi saisissait enfin totalement combien leur position semblait compromettante et intime et alors, il sortit soudain de sa transe et émit un faible cri, faisant sursauter Zitao au passage tandis qu'il se reculait rapidement, si vite qu'il finit par tomber du lit en poussant un hurlement aigu.

Deux secondes plus tard, il était de nouveau sur ses pieds, tendant ses bras devant lui comme s'il voulait garder le Commandant loin de lui.

- Je suis désolé ! dit-il en déversant les mots aussi vite que possible. Je ne voulais pas dormir sur vous, d'accord ? C'est juste parce que j'ai l'habitude d'avoir quelqu'un dans mon lit, je veux dire, non, une seconde, ce n'est pas ce que vous croyez mais je... Je vis avec mon oncle et, enfin, son fils ainé et moi dormons dans le même lit mais ce n'est pas comme si je vous avais pris pour Yixing parce que Yixing est bien plus petit que vous mais j'imagine que je voulais juste un peu de chaleur donc j'ai...

- Yifan, l'interrompit la voix douce mais ferme de Zitao, mettant fin à son long babillage. Ce n'est pas grave.

- Oh.

- Voilà.

Le plus jeune ne dit rien d'autre après ça et Zitao se leva paresseusement, s'étirant un peu tout en se dirigeant vers le bureau afin de prendre l'assiette qu'il avait posée là la veille. Pendant qu'il vérifiait son contenu - des fruits secs, des noix, du pain et de la viande séchée - pour s'assurer qu'ils pouvaient encore manger la nourriture, Yifan resta debout avec gêne, ne sachant que dire ni que faire. Il sursauta quand la voix de Zitao s'éleva dans la tente.

- Alors, tu as bien dormi ? demanda-t-il.

L'otage n'eut pas le temps de répondre: le soldat se mit à rire et ajouta:

- J'imagine que oui. C'était assez adorable de te regarder te blottir contre moi.

Le visage tout entier de Yifan rougit et il balbutia:

- Je... je n'ai pas fait ça ! Je... je vous ai dit, la chaleur...

- Oui, c'est juste. Désolé, gloussa Zitao, pas désolé le moins du monde. Mon torse était-il suffisamment confortable pour toi ?

Cette fois, Yifan n'essaya même pas de trouver une excuse que Zitao ne croirait de toute façon pas; il s'affala simplement sur le lit et enfonça son visage rougi dans les draps. Le Commandant n'en rit que de plus belle et le jeune garçon essaya de l'ignorer, même s'il ne pouvait le nier: la poitrine de Zitao était effectivement confortable - et chaude.

- Allons, mange quelque chose.

Yifan releva la tête à l'entente de la voix du Commandant et il sentit soudain le lit s'affaisser; Zitao était à présent assis près de lui, tenant une assiette à la main et lui faisant signe de la prendre. Il le fit avec hésitation et saisit un morceau de viande séchée, l'observant d'un air méfiant avant de le mordiller avec hésitation. Il avait faim à présent, vraiment, mais Zitao le fixait de nouveau et cela l'empêchait de manger tranquillement: cela le mettait mal à l'aise car il avait l'impression d'être un tout petit animal alléchant devant un oiseau de proie.

- J'ai quelque chose sur le visage ? demanda-t-il après quelques minutes de silence.

- Non.

- Alors pourquoi continuez-vous à me regarder ?

- Je suis désolé si ça te met mal à l'aise, dit Zitao avec un sourire doux. Mais je trouve que tu es vraiment beau.

Yifan rougit jusqu'à la racine de ses cheveux et s'étrangla avec sa nourriture, ce qui lui valut un regard inquiet de Zitao, qui tapota alors gentiment son dos pour l'aider. Une fois qu'il eut arrêté de tousser, le regard de l'adolescent s'attarda sur l'homme en face de lui, remarquant pour la première fois la lueur de gentillesse dans ses yeux sombres, si sombres qu'ils semblaient sans fond, cachant les secrets et les mystères de l'âme de cet homme. Il remarqua ses lèvres qui semblaient douces et les coins de sa bouche qui paraissaient toujours remonter un peu, et il se retrouva soudain à lâcher:

- Vous n'êtes pas mal non plus, en fait.

Les yeux de Zitao s'écarquillèrent de surprise et il fixa le jeune garçon avec ahurissement, jusqu'à ce que ce dernier détourne timidement son regard de celui du soldat.

- Merci, dit le plus âgé.

Yifan ne répondit pas, se sentant totalement embarrassé, et il ne regarda même pas Zitao lorsque le Commandant se leva.

- Je dois partir. Est-ce que ça va aller ?

- Bien sûr, grommela Yifan en jetant un regard noir aux noix dans l'assiette.

Pas vraiment. Et si quelqu'un venait pour lui faire du mal ? Il ne voulait pas rester tout seul... Enfin, il ne voulait pas non plus rester avec le soldat mais Zitao était le seul qui pouvait le protéger si quelque événement malheureux survenait... Pas vrai ?

Zitao hocha la tête et sortit de la tente, laissant Yifan en arrière. Le jeune homme continua à manger pendant un petit moment, avant de se lever pour poser l'assiette sur le bureau. Il jeta un coup d'œil aux cartes, découvrant des pays étrangers, des rivières et des bois, bien au-delà des frontières de sa propre terre qu'il n'avait jamais quittée avant que les soldats n'arrivent et attaquent son village. Il ignora les rapports, sûrement à propos des exploits de l'armée, et saisit plutôt un livre.

Yifan n'avait jamais appris à lire et sa famille ne possédait pas de livres, mais il y avait une petite bibliothèque dans son village, où il aimait se rendre lorsqu'il n'était pas occupé dans les champs ou les étables; il aimait prendre un livre sur l'étagère, inhaler l'odeur de l'encre sèche, du vieux papier ou du bambou légèrement craquelé. Même s'il était incapable de les lire, il appréciait d'observer les élégantes courbes et les lignes des caractères et d'imaginer ce qu'ils voulaient dire. Il créait généralement ses propres histoires, de vagabonds et de guerriers courageux, d'aventures dans des pays lointains et de batailles contre des dragons, d'amours impossibles et d'elfes immortels dont les voix cristallines le hantaient même dans ses rêves. Yifan était un rêveur.

Il ne savait pas à quoi s'attendre en ouvrant l'un des livres de Zitao mais il ne pensait définitivement pas qu'il y trouverait des dessins. Emerveillé, il feuilleta l'ouvrage entier, ses yeux s'agrandissant un peu plus à chaque nouveau dessin sur lequel ils se posaient, admirant les lignes nettes des silhouettes d'oiseaux colorés, de fleurs délicates et de chevaux cabrés, mais aussi d'épées, de soldats et de cités aux hautes tours. Yifan pouvait presque entendre les étendards claquer au vent, le son d'une bataille prenant place au pied de la cité, les trompettes d'argent sonnant la retraite.

Il se demanda soudain quelles étaient les histoires derrière ces dessins, s'ils étaient des souvenirs pour le Commandant. Avait-il vu toutes ces choses ? Les avaient-ils dessinées lui-même ?

Yifan fit presque tomber le livre lorsque des cris résonnèrent à l'extérieur et il le posa rapidement sur le bureau avant de s'avancer jusqu'à l'entrée de la tente. Il hésita, sur le point d'en ouvrir les pans, lorsqu'il se souvint des paroles de Zitao: il ne pouvait pas sortir. Mais... Ca ne ferait pas de mal de regarder, n'est-ce pas ?

Yifan écarta précautionneusement l'un des pans sur le côté, regardant aux alentours pour comprendre ce qu'il se passait; il remarqua que la tente du Commandant était proche d'un lieu dépourvu de tout abri, où les soldats se rassemblaient à présent. Curieux, l'adolescent continua à observer la foule grandissante, jusqu'à ce que quelques personnes s'écartent, lui permettant de distinguer la silhouette du Commandant Huang malgré la distance. En plissant les yeux, il put voir ses sourcils froncés et sa mâchoire serrée, ainsi que son expression sévère, rude même, et tellement différente de celle qu'arborait son visage en la présence de Yifan. A côté de lui, il y avait quatre hommes: il reconnut trois d'entre eux comme les commandants Xi, Han et Zhou, donc il supposa que le quatrième était le Commandant Song, le seul qu'il n'avait pas encore vu jusque là; le jeune homme se raidit lorsqu'il vit un soldat à leurs pieds, ses mains liées dans le dos, forcé de se mettre à genoux par deux gardes. Et alors, il comprit: cet homme était celui qui avait essayé de tuer le Commandant Huang la nuit précédente et aujourd'hui était le jour de son exécution.

Cloué sur place, Yifan ne put s'empêcher de regarder tandis que Zitao faisait un pas en avant, tirant lentement son épée du fourreau, et le jeune otage frissonna lorsque la voix froide du Commandant se fit entendre:

- Braves soldats ! Vous êtes à présent rassemblés pour voir ce qu'il arrive quand un homme, qui avait juré loyauté à ses Commandants, se parjure. Le cœur d'un homme peut dissimuler de nombreux pièges et la félonie est l'un d'entre eux. C'est avec une grande tristesse que je m'apprête à punir un homme qui fut un jour l'un d'entre nous, un compagnon et un ami. Mais notre loi est au-dessus de nos sentiments et ma main n'hésitera pas, car le moment est venu de prendre une vie.

Zitao s'avança de nouveau et leva son épée lorsqu'il ne fut plus qu'à quelques pas de l'homme; son visage ne montrait aucune expression, mis à part une froide détermination. Les tambours commencèrent soudain à rouler, lourdement mais rapidement, tandis que l'épée du Commandant s'élevait plus haut. Il y eut un sifflement d'air, un éclat d'argent, et Yifan ferma soudain les yeux. Il n'avait pas besoin de le voir, il pouvait déjà imaginer le sang qui coulait et souillait l'herbe verte alors que la tête du soldat était séparée de son cou.

L'adolescent recula soudain, une main tremblante couvrant sa bouche. Zitao... était comme les autres. Dangereux. Assoiffé de sang. Yifan ne pouvait pas se laisser prendre par son physique avantageux et son comportement en apparence prévenant envers lui. S'il faisait quelque chose - n'importe quoi - de travers, nul doute que le Commandant n'hésiterait pas à le tuer comme il venait de le faire avec cet autre soldat.

Yifan tressaillit lorsque les pans de la tente s'écartèrent et il recula vivement lorsque Zitao entra, ce qui lui valut un regard surpris.

- Est-ce que ça va ?

Le plus jeune ne répondit pas et hocha simplement la tête, mais cela sembla suffire au Commandant, qui se tourna alors vers son bureau et saisit le livre que Yifan avait feuilleté, tout en soupirant. L'otage demeura silencieux mais il ne manqua pas de remarquer que l'expression sévère de Zitao s'adoucit alors qu'il regardait les dessins, jusqu'à ce qu'il repose délicatement le livre sur la surface de bois. Lorsqu'il se tourna vers lui, Yifan relâcha un souffle qu'il n'avait pas eu conscience de retenir: la lueur meurtrière dans les yeux du Commandant avait disparu.

Zitao fit courir une main dans ses cheveux d'un noir corbeau et soupira de nouveau, et le plus jeune put apercevoir l'épuisement qui troubla ses traits délicats pendant un bref instant. A ce moment, le jeune homme ne semblait plus du tout dangereux, mais Yifan savait qu'il ne pouvait se fier à cette expression fatiguée.

Le Commandant se retourna ensuite et se dirigea vers l'entrée, sur le point de sortir une fois de plus, mais Yifan s'exclama soudain:

- Attendez !

Zitao s'arrêta et fixa le plus jeune, légèrement confus.

- Quoi ?

- Vous... Où allez-vous ? demanda Yifan.

- M'entrainer, fut la réponse laconique qu'il reçut.

- Tuer cet homme n'était pas suffisant pour vous ? dit soudain l'adolescent avant d'avoir pu y réfléchir à deux fois. Pourquoi avez-vous toujours besoin de vous battre, vous et vos hommes ? Ne pouvez-vous pas vivre paisiblement ?

Yifan regretta aussitôt ses paroles lorsque l'expression de Zitao se fit de nouveau froide, et l'homme fit un pas menaçant vers lui; le plus jeune essaya d'ignorer la petite voix dans sa tête qui lui disait qu'il allait mourir dans quelques secondes, bien qu'il fût totalement terrifié. Etait-il stupide ? Il avait vu cet homme en tuer un autre sans la moindre hésitation et à présent, il le provoquait ? Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ?!

- Pour ton information, gronda Zitao, ses yeux sombres rencontrant ceux de Yifan, je ne l'ai pas tué pour mon plaisir, quoi que tu puisses en penser. Les hommes ont besoin de savoir où va leur allégeance. Selon nos lois, la trahison signifie la mort et cet homme le savait bien. Je suis certain que les lois de ton peuple dispensent le même châtiment pour ce genre de situations et de comportements, alors ne sois pas trop prompt à me juger. Nous ne sommes pas aussi différents que tu puisses le penser, Yifan.

Le jeune homme fut rendu sans voix par les paroles de Zitao. Peut-être était-ce vrai. Peut-être pouvaient-ils voir au-delà de ces différences... Mais au final, n'étaient-ils pas juste cela, des ennemis ? Ils l'étaient, et ils ne seraient probablement jamais capables de changer cette fatalité.

Le Commandant ne dit rien d'autre et s'avança vers les pans de la tente, mais la voix de Yifan résonna de nouveau.

- Et moi ?

Zitao lui jeta un regard en coin avant qu'un sourire n'étire ses lèvres, et l'adolescent fut surpris de ce rapide changement de comportement.

- On dirait que tu ne me laisseras jamais quitter cette tente, dit-il en riant. Alors, qu'y a-t-il, cette fois ?

Yifan ignora expressément le ton moqueur dans la voix de Zitao et marmonna:

- Qu'est-ce que je vais faire ? Je ne peux pas sortir sinon je serai mort en quelques secondes, mais ça va être ennuyant de rester ici tout seul sans rien faire à part me plaindre des circonstances qui ont fait que je me retrouve coincé ici avec vous. Vous avez dit que je n'étais pas autorisé à quitter le campement mais vous avez aussi dit que vous... ne me toucheriez pas. Si je ne peux pas... vous amuser... Je suis inutile, non ?

De nouveau, Zitao rit et Yifan se demanda pourquoi le jeune homme semblait tant apprécier de se moquer de lui.

- Tu as raison. Tu ne peux pas passer ta vie dans cette tente... J'imagine que tu pourrais sortir si tu restais avec moi. Ne serait-ce pas une bonne idée ? Tu pourrais être mon écuyer.

- Moi ? dit Yifan, ses sourcils froncés par la surprise. Impossible ! Je suis un fermier et votre ennemi, un otage ! Je... Je ne sais ni lire ni écrire, je ne connais pas la moindre chose sur les techniques militaires et l'art de la guerre... Je ne sais même pas comment me battre avec une épée !

Zitao sourit avec un air entendu.

- Mais je peux t'apprendre.