-Prologue

par Renma

YOONMIN


"La Fabrique" de la Maison Montaigre. C'était un nom étrange, mais la sonorité occidentale, Française, rendait la boutique plus authentique.

Monsieur Sullivan Montaigre, bien avant l'histoire qui va suivre, était un homme, Français en effet, fils d'ouvrier, et avait la vingtaine lorsqu'il épousa la femme de sa vie, Marguerite, en 1958.

Ils s'étaient rencontrés un petit matin de Février, le 14, alors que le jeune Sullivan flanait dans un parc.Il profitait des rayons du soleil sur sa peau. Cela faisait quelques semaines qu'il n'avait pas fait aussi beau et bien que le vent froid de l'hiver était toujours présent, c'était un temps très agréable. Un temps parfait pour bousculer par mégarde une femme un peu tête en l'air qui, elle non plus, ne regardait pas où elle allait. Et c'était ainsi que les premiers regards furent échangés. L'alchimie entre les deux êtres suffit à faire le reste.


Marguerite était une cuisinière hors paire, et aimait particulièrement la pâtisserie et les desserts -ses préférés étaient généralement chocolatés bien que le caramel avait toujours eu un son petit effet-. Mais elle était aussi une femme d'affaire, et avait l'ambition dans le sang.

Contrairement à beaucoup de femmes qui se voyaient rester au foyer à faire la nourriture et les tâches ménagères sans se poser de question ou à contrecoeur mais sous la contrainte, Maguerite, elle, voulait voir plus grand, et elle s'en sentait capable.
Et elle avait, il faut le dire, une chance inouie d'être avec un homme qu'elle aimait tant et qui lui renvoyait ses sentiments avec autant d'ardeur. Il lui faisait confiance et ne tenta pas d'empêcher sa femme de faire ce qu'elle voulait. Il la soutenu, et c'est avec toute la légitimité qu'ils avaient que le couple Montaigre décidait de s'unir pour le meilleur et pour le pire, dans une merveilleuse aventure: L'ouverture de leur propre boutique de pâtisseries.


Les années passèrent et leur ambition et dévotion au travail ne tardai pas à payer, récoltant une reconnaissance régionale, puis au delà même.

Parfois des étrangers de passage faisaient un arrêt spécialement dans leur boutique tant ils en avaient entendus les louanges de la part des riverains. Tout marchait correctement. Au bout de dix ans, Marguerite partit en séminaire, laissant son mari s'occuper de leur boutique et de leur nouveau né, Lucien et sa grande soeur, Phillipine. Madame Montaigre avait décidé de se former à la chocolaterie, très particulièrement, et lorsque finalement, elle revint, ce fût pleine de nouvelles idées, techniques et saveurs leur permettant d'améliorer plus encore leurs créations.

Puis au fil des années, la renommé restait ce qu'elle était mais le labeur accompli eu raison de leur santée. Marguerite tombait malade, Sullivan eu Alzheimer, et ils n'avaient pas d'apprentis. Ce fût leur fille et son petit frère qui, ayant nagé et grandis dans cet environnement, prirent la relève.

Le fils était passionné mais trop jeune pour gérer le commerce, il aprenait alors avec sa mère tandis que Phillipine s'occupait de la boutique et gérait les comptes.

Puis un hiver madame Montaigre rendit l'âme. Et l'homme de sa vie devenant complètement sénile, ne tarda pas à la rejoindre, se suicidant quelques jours après l'enterrement, un soir de Février, un quatorze. Simple hasard, peut-être. Destin, très certainement.


Les enfants Montaigre, units dans le drame familiale, prirent alors la décision de partir de la région, de prendre un nouveau départ. Et quitte à changer de paysage, autant le faire jusqu'au bout. Ils quittèrent donc leur chère France, enportant avec eux toutes les recettes de la boutique, et à peu près tout ce qui pouvait loger dans leurs bagages. Déterminés à refaire vivre le rêve de leurs parents, ils s'envolèrent vers l'Asie, et posèrent leur bagage en Corée du Sud.