Quitte

par Lollipopz





« Entre vous, j’ai toujours su que c’était quitte ou double. »



Séoul : 10h24

L’obscurité l’a comme habituellement accueilli, accompagné d’un ami fidèle, le silence. Cependant ce silence ne fait que nourrir ce mélange d’appréhension et de mauvais pressentiments qui agite son palpitant, fait tourner sa tête, lui donne des sueurs froides. Doucement il avance dans l’ombre, l’impression que son cœur fait un boucan impossible qui pourrait même réveiller les morts.

L’inquiétude avec laquelle il s’était lourdement endormi à cause des antidouleurs l’a tout de suite attaqué à son réveil et poussé à prendre les clés de sa voiture avant d’avaler quoique ce soit. Arrivé devant sa porte, l’absence de réponse à la résonnance de son poing sur la porte n’a fait que creuser son inquiétude et l’a invité à utiliser le double qu’il avait fait faire.

Et quand il allume la lumière de la chambre et voit BaekHyun allongé avec un tube de somnifères vide ses côtés, la panique et l’horreur viennent remplacer l’inquiétude.

Il se précipite sur le lit, réveillant la douleur de manière vive, mais c’est le cadet de ses soucis.

Il jette le tube vide, se souvenant rapidement qu’il les a pris il y a pas longtemps lorsque ses insomnies sont revenues. Et évidemment il s’insulte intérieurement d’avoir fait l’erreur de les avoir laissé chez lui.

Son premier réflexe est de prendre son pouls.

Rien.



-Non non non non…



ChanYeol panique, insiste, cherche un pouls sous la peau trop tiède. Mais rien. Il tente de sentir, entendre un souffle. Mais rien. Alors il attrape le corps du petit par les épaules, le secouant, pleurant, suppliant son réveil, lui interdisant de l’abandonner, d’abandonner.

Mais rien.



Son front vient alors se poser sur ton torse immobile, hurlant sa peine, son nom, pensant qu’il va ouvrir les yeux, parce que c’est pas possible. Ce n’est qu’un mauvais cauchemar, il va bientôt se réveiller, BaekHyun sera en vie. Il ne peut pas croire que là, tout de suite, sous ses doigts, BaekHyun est mort.

De violentes nausées le prennent lorsque le mot vient résonner dans son esprit. Alors il court aux toilettes et laisse la bile sortir, faisant crier la douleur dans ses côtes. Penché au-dessus des toilettes, il halète, tente de mettre de l’ordre dans son esprit, mais c’est complètement impossible. Retourner dans la chambre le terrifie, il n’a aucune idée de quoi faire, il est complètement paniqué, perdu.

BaekHyun est dans la chambre, à côté, allongé sur le lit. Inanimé. Mort.

C’est au tour de son cœur d’hurler sa douleur. De bruyantes larmes ne cessent d’inonder son visage, ne pouvant retenir ce flot, n’ayant aucune force pour.

Doucement il retourne à la chambre, et sans s’arrêter sur le corps inerte du plus petit, il grimpe sur le lit, s’installe contre le mur et vient caler BaekHyun contre lui dans des pleurs incessants. Il le serre fort contre lui, autant qu’il peut et pour il ne sait combien de temps, il va rester là, avec BaekHyun contre lui, parce qu’il en a besoin, il a besoin de profiter de sa présence du moins physique, tant qu’il le peut encore. Il a besoin de rester seul avec lui, tant qu’il le peut encore. Entre temps ses larmes se sont stoppées. Ses yeux restent rougis, bouffies, et fixés dans le vide alors que ses doigts s’enroulent machinalement dans ses cheveux.

Quand son regard quitte le lit, il rencontre un morceau de papier qui lui a échappé. Se doutant de quoi il s’agit, il mord l’intérieur de sa joue pour refouler une vague de larmes imminente et s’étire pour l’attraper.



« ChanYeol,

Mon précieux ChanYeol, mon beau et fort ChanYeol. ChanYeol. Quand tu liras ces mots, toi et moi auront enfin trouvé la paix. D’une manière différente, certes, mais nous ne serons plus importunés. Plus jamais. Plus jamais tu ne seras exposé au danger permanant. A Jun. Je l’emmène avec moi. Tout est fini. Tu n’as plus à t’en faire. Tu vas pouvoir vivre.

Il est temps pour moi de cesser ces souffrances et de faire taire Jun. Ne sois pas triste ChanYeol. En quelques mois, tu m’as permis d’avoir un avant-gout du bonheur, de m’évader de ce quotidien fade mort dans lequel j’étais coincé. De vivre. Mais ça ne pouvait, pas durer, pas avec Jun et son éternelle ombre qui plane derrière notre bonheur et menace de surgir à tout moment. Ce n’était pas possible. Mais je t’en suis tellement, tellement reconnaissant d’avoir au moins essayé, de m’avoir offert des bout de vie, des premières fois, de les avoir eu avec toi, Park ChanYeol.

Tu mérites mieux, une vie plus saine, sans fardeau. Je te débarrasse de ce parasite, et je m’en débarrasse également. Il devenait trop lourd. Trop invivable. Tant pour moi que pour toi. Mais surtout pour toi.

Sache, ChanYeol, que je serai à jamais, pour toujours avec toi, dans ton cœur, le seul endroit où je me suis senti bien accueilli, apprécié, accepté. Le seul endroit où je veux reposer pour l’éternité.

Sois heureux ChanYeol. Aies une bonne vie avant qu’on se retrouve.

Au revoir ChanYeol.

-Ton BaekHyun.



Docteur Kim,

Vous êtes un excellent médecin, vous n’avez pas échoué. Merci d’avoir été mon psychiatre. Vous pouvez souffler désormais.

-BaekHyun. »



Les larmes reviennent. Il a envie de lui hurler qu’il ne peut pas décider de quelle vie il doit mener, il ne doit pas prendre de décisions seul pour eux deux, pour leur futur, mais tout ce qui sort sont de pénibles et douloureux sanglots dont les larmes viennent s’échouer sur ses derniers mots.

Il pense à MinSeok en lisant ses mots, alors il s’empare de son téléphone, cherche le numéro difficilement et appelle. Lorsque qu’il décroche, ChanYeol essaye d’aligner quelques mots compréhensibles :



-Il faut q-que…que tu viennes…chez Baek-kHyun…



Et raccroche alors que son interlocuteur tente de savoir dans quel but.

Le médecin ne met pas longtemps à venir, mais ChanYeol est incapable de dire combien de temps, trop occupé à profiter des derniers instants. Lorsque MInSeok l’appelle en entrant dans l’appartement dont il avait laissé la porte ouverte, il ne répond pas. Il ne peut pas. Les larmes reviennent, il entend les pas se rapprocher et enfin MinSeok apparait dans le cadre de la porte.

Et son visage se fige. Et il comprend. En voyant l’expression de ChanYeol, la pâleur de BaekHyun et la lettre qu’il tient entre ses doigts, il comprend tout de suite.



-Bordel…



***

Le jour même la famille est mise au courant, le corps de BaekHyun pris en charge et ChanYeol s’octroie la responsabilité d’organiser les funérailles et qui auront lieu dans deux jours. MinSeok reste évidemment à ses côté, le surveillant principalement, inquiet de son silence rompu seulement lorsque qu’il prend les renseignements nécessaire pour les funérailles. Il ne dit rien de plus, les sourcils coincés dans ce froncement que MinSeok interprète comme un refoulement de larmes.

Ce n’est pas un âge pour organiser des funérailles, ChanYeol ne cesse de penser, le cœur serré à chaque fois qu’il passe un appel. Le seul qui s’est permis d’éviter, c’est celui à la famille qui a sûrement aucune idée de qui il est. ChanYeol appréhende la première rencontre qui se passera dans un cadre loin d’être adapte pour une première rencontre. C’est probablement le pire en fait.

Lorsque les lieux et horaires sont prêts, ChanYeol va prendre l’air, allant voir la dernière personne à mettre au courant. Lorsqu’il rentre dans le salon de l’artiste, ce dernier sourit en le saluant chaleureusement, mais rapidement, à la vue de l’absence de BaekHyun et la mine fermée et pâle du plus grand, l’humeur change.

Alors ChanYeol lui explique d’une voix grave et neutre ce qu’il s’est passé, dans quel état il a retrouvé ce matin, et peu à peu, l’horreur vient peindre le visage de JongDae. Entre temps, son compagnon arrive, prenant sa main dans la sienne en soutien. Et a cette vue, le cœur de ChanYeol se serre un peu plus, se fissure encore et encore à la pensée que plus jamais il n’aura ce genre de contact avec son petit-ami.

JongDae est effondré par la nouvelle et ne retient pas son chagrin, se remémorant quelques souvenirs dont la première fois que BaekHyun s’est fait tatoué. Un petit rire traverse ses larmes, mais la disparition lui revient bien vite en tête, la réalité le frappant en pleine face, brutalement.



-Quand auront lieux les funérailles ?
-Après demain.



***

Il n’y a pas beaucoup de personnes autour du bout de terre creusé dans lequel le cercueil s’apprête à s’enfoncer. Quelques membres de sa famille proche, Jongdae soutenu par son compagnon, MinSeok et bien évidemment ChanYeol. Les yeux de ce dernier sont fixés sur l’objet dans lequel son petit-ami va reposer pour l’éternité, un repos pris bien trop tôt.

Lorsque que le cercueil s’enfonce dans le sol, le cœur de ChanYeol se soulève, pris d’angoisse ; il n’est pas prêt. Il n’est pas prêt à être séparé de son compagnon, à ne plus le voir quotidiennement, à ne le voir en vie que dans les souvenirs qui s’estomperont avec le temps. Il n’est pas prêt à vivre sans lui, à continuer sa vie avec le cœur meurtri par la peine, la douleur de la perte, tout cela lui semble impossible.

Le futur l’angoisse, et il est à deux doigts de s’effondrer, en larmes, MinSeok le sent bien, alors il passe sa main dans son dos et vient serrer son épaule aussi fort qu’il le peu pour lui transmettre tout son soutien, lui-même dévasté et extrêmement peiné par la disparition de son patient. Pour lui, c’est un échec dont il aura du mal à se relever.

Après avoir déposé quelques roses sur le cercueil désormais engouffré dans le sol, la mère du défunt s’approche de ChanYeol, le cœur lourd, le visage ravagé par les larmes, elle regarde plus grand avec rancœur pour finir par lui cracher :



-Tout ça, c’est de votre faute.
-Pardon ? Rétorque ChanYeol, aussi confus qu’ahuri parce ce qu’il vient d’entendre.
-Si il ne vous avait pas rencontré il serait encore en v-
-Vous n’avez pas le droit, s’exclame ChanYeol, les yeux rond de colère, j’ai été la personne qui a été là chaque jour pour lui ces derniers mois, celle qui a tout fait de son mieux pour l’aider, celle qui lui a apporté un minimum de bonheur, celle qui l’a aimé chaque, putain, de jours. Vous, où étiez-vous ?!



Il a craqué, l’accusation déchirant son cœur. Il s’est lui-même accusé pour son suicide, tentant de chasser aussi tôt cette idée, mais peut-être qu’au final, c’est vrai. Peut-être que s’il n’avait pas laissé sa curiosité le guider, ça ne serait jamais arrivé, chacun aurait gardé son quotidien monotone dénué d’amour, mais au moins, il serait en vie.



Après avoir séparé ChanYeol et Madame Byun, MinSeok a raccompagné ChanYeol chez lui, l’empêchant de rester au pied de sa tombe pendant des heures, ce qu’il craint voir dans les jours suivant. Désormais dans son appartement, le plus grand est face au mur de photos et petits mots que BaekHyun et lui ont constitué au fur et à mesure des endroits où ils allaient.

Ses yeux glissent sur les souvenirs et viennent s’attarder sur une photo qu’il apprécie particulièrement, une où BaekHyun le regarde avec un sourire franc, la mer derrière lui et le vent ébouriffant ses cheveux. C’était la première fois qu’il a capturé le bonheur dans les yeux de plus petit.



-Et si c’était vraiment de ma faute, demande le grand sans bouger, sachant son ami derrière lui à l’observer, si sa mère avait raison ?
-ChanYeol. Le suicide est la première cause de mortalité chez les schizophrènes. Tu le sais, c’est la maladie.



ChanYeol soupire, se répétant ces mots, tentant de se convaincre. Mais c’est comme peine perdue.



***



Dans les jours qui suivent, ChanYeol est surveillé de très près par MinSeok. Il a le droit à des visites quotidiennes, et quand le psychiatre n’a pas de réponse lorsque qu’il toque à la porte de son appartement, il sait le trouver. Lorsqu’il le rejoint sur la tombe de BaekHyun, il tente de savoir depuis combien de temps il est là, mais ChanYeol ne répond pas. Il ne répond plus à vrai dire. Depuis que BaekHyun a trouvé le repos dans sa nouvelle demeure, le grand s’est terré dans un deuil apparemment silencieux. Les seuls mots qui sortent parfois de sa bouche faiblement sont il m’attend.

Et il les répète, chaque jour, chaque fois qu’il voit MinSeok, chaque fois qu’il s’arrête devant le mur placardé de photos, encore et toujours les même résonnent dans ce faible souffle. Et ces mots ne font que creuser l’inquiétude du médecin, en plus de son changement physique. Ne faisant plus l’effort de prendre soin de lui, la pilosité de développe et le jogging qui habille le bas de son corps depuis presque deux semaines peine de plus en plus à tenir sur ses hanches.

Encore aujourd’hui, MinSeok observe son visage creusé dont les lourds cernes contrastent avec sa peau pâle. La nuit tombe et le plus petit lui sert le repas qu’il lui a rapidement préparé. Il prend du temps pour s’occuper de son ami, mais il ne pourra pas le faire éternellement, parce que sa famille également a besoin de lui. Sa femme. Sa fille. Alors ChanYeol doit se relever, sinon il devra prendre certaines mesures.



-Pourquoi tu viendrais pas dîner à la maison un soir ? Histoire de te changer les idées.



Un rire sans joie échappe au brun. Ce sera sa seule réponse.



-ChanYeol. Il va falloir commencer à te reprendre. Je ne pourrais pas passer toutes mes journées ici. Je sais que c’est difficile, mais si je ne peux pas te laisser seul parce que tu te laisserais mourir de faim, je vais devoir prendre une décision.



Mais ChanYeol reste silencieux. Il avale quelques cuillères de riz et quitte la table, s’enfermant dans sa chambre.



Aucune progression n’est notable dans les jours qui suivent, au contraire, son état ne fait que de se dégrader. ChanYeol se laisse mourir et MinSeok ne fait que repousser l’appel, nourrit encore une fois d’espoir, l’espoir qu’il se reprenne, comme il avait l’espoir que BaekHyun se soigne.

Alors qu’il déballe la nourriture que sa femme a pris soin de cuisiner pour ChanYeol, il observe le grand en train de fumer sur le balcon, le regard perdu dans le vide. Son regard ne le quitte pas, pris d’un mauvais pressentiment. Lorsque qu’il se rapproche de la rambarde, MinSeok se fige, son pouls s’accélérant. ChanYeol ne bouge plus, mais son regard est orienté vers le bas. Puis lorsque le grand empoigne la barre, levant la jambe, il ne perd pas une seconde.

Sans douceur, MinSeok passe ses bras autour de son torse et le tire vers l’intérieur. Quand ChanYeol le sent, il se met à hurler.



-Non ! Lâche-moi ! Il m’attend je dois le rejoindre ! Laisse-moi MinSeok il m’attend ! Je lui ai promis !



Mais il ne lâche pas prise, écoutant son ami égosiller sa folie alors que les larmes viennent accompagner ses paroles. Malgré sa taille, MinSeok n’a pas de mal à le faire basculer pour le maitriser à terre et le maintenant éloigner du balcon.

Face contre terre et un genou en appui sur son dos pour le maintenir au sol, ChanYeol continue de hurler son désespoir alors que MinSeok, au téléphone, demande à ce qu’on lui envoie une équipe pour faire interner le plus grand.



Quelques jours plus tard dans le journal local, on évoquera la situation de cet écrivain dans un court article avec pour titre « L’écrivain Park devient le personnage de ses propres écrits ».



***



ChanYeol goûte à la vie dont BaekHyun a souffert avant qu’ils ne se connaissent.

Attaché à son lit, ChanYeol regarde le mur immaculé en face de lui depuis plus d’une semaine, nourri par perfusion, le visage sans cesse humide des larmes qui coulent sans cesse. La force de vivre l’a complétement abandonné et il ne cherche pas à la retrouver. Il ne fait attention ni aux liens inutile qui le tiennent allongé, ni aux infirmières qui viennent remplir la poche qui le maintien en vie, ni aux autres manifestations sonores qui animent l’enseigne dans laquelle MinSeok l’a fait interner.

Et ce fait ne fait qu’alourdir sa volonté de quitter ce monde, ce monde dont BaekHyun ne fait plus partie, ce monde où il n’est qu’un poids pour son ami et dernier soutien. Ce monde où les jours s’enchainent et deviennent de plus en plus vide de sentiments, et si la respiration n’était pas automatique, il aurait cessé d’exécuter cet effort qui même lui devient pénible malgré sa le fait qu’il soit moindre.

Les yeux fixés sur la peinture blanche, il passe ses journées à se réfugier dans ses souvenirs, la seule chose quelque peu colorée pouvant réchauffer son cœur meurtri par la tristesse. Le sourire de BaekHyun tourne en boucle dans sa tête, comme un vieux disque rayé. Il peut encore sentir les bras fins s’agripper à son torse, son visage enfoui dans son cou lors des câlin matinaux, et les lèvres sur les siennes, ce contact qui lui procurait tant, joie, chaleur, bonheur. Ces sensations dont il a été privé si tôt. Trop tôt.

Et les larmes coulent à nouveau.



Il perd la notion du temps, n’est plus capable de dire depuis combien de temps il est là à végéter sur ce lit, il sent juste le jour se lever, la nuit tomber, et de longues heures passer entre deux. Ca, pendant cinq, dix, peut-être vingt jours, jusqu’à ce que son cerveau qui semblait avoir cessé de fonctionner dans le présent, remette en marche les rouages rouillés.

Il y a bel et bien un moyen de continuer à faire vivre BaekHyun du moins son existence passée, partager les souvenirs, les moments, bons comme mauvais, son vécu, à travers un moyen bien connu de l’écrivain ; les mots, couchés sur le papier, tapés à l’encre. Un roman.

Lorsque l’idée le traverse, son cœur s’emballe, son regard s’affole, s’accroche à sa perfusion, et la volonté forte de s’en débarrasser le prend. Alors quand l’infirmière passe pour faire les observations habituelles et changer sa perfusion, ChanYeol se manifeste, faiblement, ses membres prêt de l’atrophiassions, sa voix restée encavée trop longtemps peine à se faire entendre. Mais dans cette chambre lourde de silence chaque jour et chaque nuit, un simple mouvement se faire remarquer.

Quand la jeune brune capte le regard enfin éveillé du patient ainsi que le mot qu’il tente de prononcer, son regard s’agrandit avant qu’elle ne sorte hâtivement à la recherche des médecins. Et rapidement, on aide monsieur Park se nourrir de nouveau par lui-même.

Sa volonté s’aperçoit à travers ses efforts, on le découvre dans les couloirs lorsqu’il va manger, et rapidement, MinSeok lui rend visite.

Ça leur fait du bien à tous les deux, ChanYeol apaisé et réchauffé par la présence de son ami, MinSeok rassuré, de le voir sur pieds, et ravi lorsqu’il lui partage son nouveau projet. Après quelques tu es sûr de ça ? Ça ne va pas te de faire de mal ?, MinSeok approuve. Et à sa seconde visite, Il lui apporte une photo d’eux deux, une où ils sourient tous les deux, une qui est pleine de joies, de bons souvenirs, et fait réapparaitre la tristesse de ChanYeol. Après les larmes, ChanYeol se ressaisit et à partir de ce moment, se met en tête de rester concentré sur son objectif.

Lors des permissions qui lui sont accordées petit à petit, il passe son temps au-dessus de feuilles vierges qu’il noircit rapidement sous l’œil attentif de son ami. Les jours deviennent des week-ends qu’il passe chez lui à écrire jusqu’à la crampe. Même si MinSeok lui dit de s’hydrater entre deux phrases, il écoute à peine et continue, jusqu’à ses muscles fatiguent. Pour le moment, aucune vague, tout va bien, ChanYeol ne montre que des signes positifs de regain de stabilité.

Puis il y a ce jour.

Ce jour où il est à son bureau, MinSeok aux dans la cuisine en train de préparer leur déjeuner, ce jour où le stylo qu’utilise le grand brise le silence en s’écrasant au sol. ChanYeol ne cesse de répéter non non, non, ses yeux survolent le mur de photo, se pose sur chaque photo au sourire muet. Ses yeux rougissent, deviennent humide, MinSeok s’approche, les sourcils froncés et avant qu’il ne dise quoique ce soit, ChanYeol se retourne vers lui, la mine dévastée, il annonce :



-J’ai voulu décrire son rire sauf que…je ne l’ai jamais entendu rire MinSeok,je n’ai aucune idée qu’à quoi ressemble son rire.



Et il s’effondre. La semaine d’après, il ne rentrera pas pour le week-end. Ni celle d’après.

Dans les jours qui suivent cette réalisation, son esprit replonge dans cette sombre tristesse dont il a mis des semaines à se remettre. Ce n’est certes pas au même niveau, mais il est coincé dans ses pensées, tentant désespérément de trouver la belle mélodie qu’aurait été le rire de BaekHyun. Une question qui restera à jamais sans réponse et rend chaque image du sourire de BaekHyun fade.

Il n’écrit plus rien jusqu’à sa sortie qui se fait trois semaines plus tard. Etre ici l’empêche d’agir comme il le veut et surtout empêche une bonne et fluide rédaction. Il doit sortir et terminer ce qu’il a commencé. Pour BaekHyun, pour sa mémoire.

La première chose qu’il fait après avoir regagné définitivement son appartement – et fumé la cigarette qu’il attendait depuis longtemps, c’est contacter Jihoon pour lui parler de son nouveau projet. Puis il reprend son travail, rayant d’un trait fin la partie qu’il avait commencé sur le rire de BaekHyun.

Entre deux pages, il arrive à ChanYeol de sortir pour remplir son frigo où se rendre sur la tombe de son amant pour quelques minutes durant lesquelles il lui parle de ses journées, de ce qu’il a traversé, et entre deux larmes, lui chuchote à quel point il lui manque. Puis il remonte à son appartement, se nourrit rapidement et reprend son travail.



Un soir, il se fait plus actif, l’émotion le prend lorsqu’il sent qu’il touche du bout des doigts la fin. Quelques phrases, quelque mots, encore un peu et ça y est, le point final. Un énorme soupire lui échappe lorsqu’il pose le stylo, un sourire léger dessine ses lèvres lorsque son regard survole les feuilles noircies. La relecture et le peaufinage de son récit lui prennent trois jours encore, mais au résultat final, il est fier, ému. L’idée de couverture est déjà entre les mains de JiHoon, tout est prêt, sa mission est terminée.

Après avoir laissé un post-it noté sur son travail, ChanYeol quitte son appartement et prend l’escalier qui mène au toit de l’immeuble. Aujourd’hui, c’est mardi, il n’est pas loin de dix heures, le ciel est sombre mais dégagé, permettant à ChanYeol d’observer les étoiles et de chercher la sienne.

En s’approchant de la rambarde, ses doigts s’enfoncent dans ses poches à la recherche d’une cigarette et du feu qui l’allumera. Accoudé sur la surface métallique froide, ChanYeol ne cesse de sourire, les yeux dans les étoiles, pensif. Son travail est terminé, et là-haut, il l’attend toujours, il doit le rejoindre, il ne peut pas le laisser seul.

Et désormais, il peut le rejoindre.

Son regard descend sur la rue pleine de vie en bas et suit le mégot qu’il vient de lâcher pour le laisser s’écraser silencieusement sur le trottoir. Il s’imagine prendre le même chemin pour s’écraser à son tour, plus bruyamment que sa cigarette consommée et perturber la soirée des passants alors que son cœur aura enfin trouvé la paix.

Doucement, il enjambe l’obstacle et se tient là, au bord, si près du vide. Ses prunelles reviennent s’accrocher aux étoiles, toujours souriant, près de la délivrance. Le visage tourné vers le ciel, ses yeux se ferment alors qu’il relâche doucement sa prise sur la barre. Le vide est sur le point de l’accueillir, d’ici, la chute ne sera que fatale, et enfin, il mettra fin à ce quotidien si vide sans BaekHyun. C’est avec lui, là-haut, qu’il veut passer son éternité.

Doucement, il bascule vers l’avant. Puis d’un coup, sa prise se resserre fermement. Une pensée l’a retenu, ou plutôt une personne.

MinSeok.

Enfin il prend quelques secondes pour penser à lui, à sa situation. Perdu dans ses tourments, il n’a même pas pris la peine dire son ami un simple « et toi, ça va ? ». Il n’a aucune idée de comment son ami a vécu la situation. Et là, à l’instant, il était prêt à renouveler la chose, à lui infliger une nouvelle perte importante, mais cette fois, celle de son ami. Et il ne peut pas être si égoïste.

Alors il revient sur une surface plus vaste et regagne la stabilité, le cœur battant parce ce qu’il vient de vivre, puis, comme s’il rien de s’était passé, comme la détermination de mettre fin à ses jours ne l’avait jamais pris, il rentre chez lui, rallume les lumières et s’empare de son téléphone pour envoyer un simple message à son ami qui vient juste de le sauver du grand saut.

Ce dernier après avoir reçu le message de son ami semble avoir d’ailleurs paniqué puisqu’il appelle ChanYeol quelques minutes plus tard.



-Hey ChanYeol ça va ? Demande-t-il la voix pleine d’inquiétude.
-Mh, pourquoi ?
-Je sais pas, c’est pas tous les jours que tu m’envoies des je t’aime sans contexte ni rien.



Un rire nerveux échappe à ChanYeol.



-Tu me crois si je te dis que tu viens de me sauver d’une chute de seize étages ?



***



Colorful Schizophrenia est un grand succès, deux mois après sa sortie ChanYeol enchaîne les séances de dédicaces et ne cesse de recevoir de touchants messages de soutien et les critiques qu’il reçoit sont très souvent positives. Même si son but n’était pas de plaire mais de partager une histoire, un vécu, son publique a néanmoins été touché par cette romance au destin fatal.

Rapidement, sa nouvelle histoire surpasse ses précédentes ventes ce qui le ravit étant donné qu’avant la publication, il avait pris la décision de verser tous les fonds récoltés à la recherche sur la schizophrénie. Et il ne compte pas s’arrêter là.

Dans le mois qui suit, il organise avec JongDae une exposition photographique rassemblant les photos qu’ils ont de BaekHyun afin d’exposer son histoire, celle qu’il cache derrière ses tatouages. Et pendant l’organisation JongDae prend la décision que chaque mois, un quarts des profits de la boutique reviendra également à la recherche. Et ChanYeol n’est on ne peut plus ravi par le soutien du tatoueur.

Pendant plusieurs semaines, ChanYeol ne parle que de BaekHyun, sur les plateaux lorsqu’on l’invite à faire la promotion de sa nouvelle sortie ou encore à la radio. Son histoire est entendue un bon nombre de fois sur différentes plateformes qui touchent différents publics. L’écrivain ne peut que profiter de ces opportunités, alors il profite, et parle de son amant avec cette voix toujours pleine d’émotions.

***

Après que MinSeok ait fini sa journée de travail, ChanYeol et lui se sont retrouvés près du fleuve Han pour profiter des derniers doux jours, mais aussi parce qu’aujourd’hui est un jour spécial. A l’heure où leur nez est pointé vers le ciel, celui-ci s’assombrit, laissant la lune briller dans l’obscurité naissante.



-Il serait fier de toi tu sais ?
-T’es sûr, répond ChanYeol dans un léger rire, je pense qu’il m’aurait détesté pour avoir autant parlé de lui. Il était discret.
-Mais tu fais face, tu as remonté la pente et continue de lui prouver ton amour. Et qui sait, un jour il y aura peut-être une adaptation cinématographique de ton roman. T’imagine ?



Un sourire presque nostalgique étire les lèvres de ChanYeol.



-Mh, qui sait l’avenir est si incertain.
-C’est vrai. Dis-moi ChanYeol, est-ce que c’est vraiment moi qui t’as empêché de sauter la dernière fois ?
-Sur le coup, oui. Puis après, j’ai repensé à ses mots, ses derniers mois, ceux où ils disaient qu’il vivrait à jamais son mon cœur. Et c’est vrai, il est là, au chaud, en paix, il n’a jamais été là-haut, il a toujours été là, c’est ici qu’il repose, et mettre fin à mes jours l’aurait tué une seconde fois. Et qui aurait continué de le faire vivre dans le présent si j’avais disparu ?



Son ami sourit fièrement, passant un sur les épaules du plus grand.



-Je pense définitivement qu’il serait fier de toi.



Aujourd’hui, les deux hommes se sont rejoints sous le ciel étoilé de Séoul pour l’anniversaire de la mort de BaekHyun. Aujourd’hui, ça fait un an. Un an que ChanYeol se réveille chaque jour privé de son petit-ami. Mais il avance, parce qu’il a appris à vivre avec.

Aujourd’hui, ça fait un an que BaekHyun ne vit plus que dans le cœur de ChanYeol.