"Peu importe le reste."

par Han-Ah



DEUXIEME SEMAINE – MARDI MATIN



Muni du parapluie que je venais tout juste de m'acheter dans une rue adjacente à celle de l'université, je me dirigeai tranquillement vers l'établissement, en riant discrètement des personnes trempées qui n'avaient pas eu la même idée que moi. Je souris inconsciemment, fier de faire parti des seuls à ne pas se presser, et mon sourire s'agrandit de lui-même lorsque je remarquai la voiture du père de Kyung Soo, garée à quelques pas de l'université. Ce dernier en sortit, et je compris à ses gestes hâtifs et à ses sourcils froncés qu'il n'avait, lui non plus, pas de parapluie pour se protéger de la pluie. Je ris de sa maladresse et me pressai de le rejoindre, et, ceci fait, je l'abritai sous mon parapluie sans plus attendre. Il sursauta brusquement et j'entendis son père, toujours dans la voiture, rire de sa réaction. Je me penchai vers la vitre et agitai ma main poliment ; il me sourit en retour. La vitre du côté passager se baissa, et le père de Kyung Soo se pencha vers celui-ci :


« Pas de bêtises pendant mon absence, c'est clair ? Lança-t-il en nous faisant un clin d'œil.

Papa, je t'en prie, souffla Kyung Soo en réponse.


Le père rit tandis que Kyung Soo levait les yeux au ciel. Il nous offrit un dernière sourire amusé et nous le regardâmes s'éloigner.


Il s'en va ? Demandai-je, surpris.

Voyage d'affaire, répondit-il simplement. Jusqu'à jeudi soir, normalement.


Je hochai la tête et me retournai face à mon Kyung Soo, qui me fixait depuis quelques secondes déjà. Je lui rendis son sourire affectueux, me rapprochai de lui afin de lui éviter la pluie, et, de ma main libre, j'attrapai doucement son menton entre mes doigts avant de cueillir ses lèvres pulpeuses le plus tendrement possible. Je le sentis se blottir contre mon torse et il lâcha un soupir de bien-être qui me fit sourire. Je me détachai lentement de lui, et, voyant qu'il gardait ses yeux fermés, j'observai quelques instants son visage et collai mon front contre le sien.


Tu vas bien ? Me chuchota-t-il.

Toujours, quand tu es là.

Si tu vas bien, alors je vais bien, répondit-il en frottant son nez contre le mien.


Je me pinçai les lèvres et m'éloignai de lui afin de l'observer une nouvelle fois. Il ouvrit les yeux et plongea son regard dans le mien.


Arrête d'être aussi mignon, Kyungie…

Sinon quoi ? Me défia-t-il avec un sourcil haussé et un sourire en coin.

Sinon je vais avoir envie de te manger. Tout cru.


Il me rendit mon sourire taquin et, s'aidant de ses mains qui s'étaient agrippées à ma nuque, il se mit sur la pointe des pieds et pinça ma lèvre inférieure entre ses dents. Je voulus, l'espace d'une seconde, le laisser faire, le laisser diriger le baiser, mais je ne pus résister à la tentation. De mon bras libre, je vins entourer sa taille et le plaquai ainsi contre moi, tandis qu'en parallèle, j'enfonçai ma langue entre ses lèvres. Je le sentis sourire contre mes lèvres alors qu'il approfondissait à son tour le baiser. Il me mordit une dernière fois la lèvre et s'écarta de moi, le souffle court.


C'est toujours bon, pour ce soir ? Demanda-t-il timidement.

Bien-sûr, j'ai mes affaires dans mon sac, comme ça on n'aura pas besoin de passer par chez moi avant d'aller chez toi.

Super, souffla-t-il avant de me voler un baiser.


Nous nous dirigeâmes d'un mouvement commun vers l'université et liâmes nos mains après que j'eusse fermé mon parapluie. Directement, nous vîmes notre troupe d'amis, à leur coin habituel, dans le hall, lorsqu'ils ne pouvaient se regrouper dehors, faute de météo, et nous les rejoignîmes. Mais tandis qu'on se rapprochait, Kyung Soo me fit remarquer le nuage de détresse qui semblait planer au-dessus d'eux. On s'échangea un regard furtif. Notre arrivée sembla redonner un semblant de sourire à Chan Yeol et Baek Hyun, qui depuis peu, avaient perdu cette joie de vivre qui les caractérisait tant, mais leurs yeux avaient perdu de leur éclat. Les joues de nos amis s'étaient creusées, leurs peaux s'étaient ternies. Puis LuHan murmura qu'aucun d'entre nous n'avait eu des nouvelles de SeHun depuis. Je sentis la main de Kyung Soo exercer une pression sur la mienne, et le vis déglutir du coin de l'œil. Alors, pour toute réponse, je vins me placer derrière lui et l'entourai de mes bras afin de le serrer contre moi ; c'était tout ce que je pouvais faire pour le rassurer. C'était tout ce que je pouvais faire pour le détendre un tant soit peu.


Un semblant de conversation démarra lorsque les autres nous rejoignirent dans les couloirs près de notre salle de classe. Sûrement devrions-nous remercier Chan Yeol, Jong Dae et Baek Hyun. Sans eux, aucun mot n'aurait été échangé des jours durant. Sauf que Jong Dae-Le-Fourbe ne passe jamais une seule journée sans taquiner l'un d'entre nous. La taquinerie devait être son passe-temps préféré. Ce fut alors sans grand étonnement que je le remarquai titiller mon Kyungie, qui lui répondait en geignant comme un enfant, et ricanai discrètement le voyant ce dernier s'énerver face au sourire diabolique dont Jong Dae ne se séparait jamais. Sauf que ses yeux de lynx se posèrent sur moi. Et il remarqua immédiatement la seule chose dont j'espérais que les gens aient oublié. Aussitôt, il donna un grand coup de coude à Kyung Soo qui observa à son tour ce que Jong Dae lui pointait du doigt, et, dès que ses yeux se posèrent sur les suçons qui commençaient seulement à s'effacer, sa mâchoire se crispa. Je voulus le prendre dans mes bras, le rassurer –enfin, tenter– mais il passa devant moi. Et sans même s'arrêter, il me lança :


Attends-moi là.


Surpris, je le regardai s'en aller en courant, et attendis seulement quelques secondes avant de le voir revenir au même rythme. Sans même prendre le temps de m'expliquer ce qui lui avait pris, il se posta devant la porte de notre salle de classe et s'adressa directement au professeur :


Monsieur, j'emmène Jong In aux toilettes, il ne se sent pas bien. J'ai peur qu'il fasse un malaise.


J'écarquillai les yeux mais ne dis rien ; j'imaginais la tête que Kyung Soo aurait tiré si j'avais lâché un « QUOI ? » qui aurait ruiné sa mascarade. Mais je n'eus pas le temps de réagir, ni même d'ouvrir la bouche qu'il me prit par le poignet et me tira après lui. Et en moins de temps qu'il ne l'aurait fallu pour le dire, nous nous retrouvâmes dans les toilettes désormais vides du bâtiment.


Tu sais, Kyung Soo, si tu avais envie de faire pipi, tu aurais simplement pu le dire.


Il gloussa et me montra enfin ce qu'il tenait dans la main depuis tout à l'heure.


J'ai presque dû lui faire du chantage pour qu'il me prête son fond de teint le plus foncé.

C'est à Baek Hyun, je présume ?

Bingo.


Je souris, mais le cœur n'y était pas réellement. Je savais ce qu'il comptait faire avec ce fond de teint. Camoufler les suçons. Je m'appuyai alors sur le lavabo derrière moi et levai la tête pour lui laisser libre accès à mon cou. Mais il resta immobile de longs instants, et m'offrit un sourire amusé que je ne compris pas tout de suite.


On dirait que tu t'offres entièrement à moi. J'aime ça, souffla-t-il.

Idiot, répondis-je en souriant.


Sans même relever ma réponse, il se rapprocha de moi, et je le laissai glisser une de ses cuisses entre les miennes afin que nos corps se frôlent. Je me pinçai les lèvres, sensible à la chaleur de son corps contre le mien, à ses lèvres pulpeuses trop près des miennes, à son odeur envoûtante. Je pris une grande inspiration et levai la tête pour ne plus avoir à croiser son regard sombre. Mon cœur s'emballa lorsque je sentis ses doigts détacher les boutons de ma chemise un à un afin qu'il puisse atteindre mon épaule, et ma respiration se coupa lorsque je les sentis caresser ma peau qu'il découvrait peu à peu. Bientôt, il avait ouvert ma chemise de moitié et faisait glisser ses mains sur mon torse. Je serrai le lavabo entre mes mains en essayant de me concentrer sur autre chose que sur les papillons qui venaient d'éclore dans mon bas-ventre. Je jetai un regard sur lui, et découvris avec délice le désir que je lisais dans ses yeux. Un frisson me secoua.


Tu es beau, souffla-t-il.


Je rougis brusquement, d'une manière qui ne me ressemblait guère, et fermai automatiquement les yeux afin d'éviter son regard désireux. Je pris de grandes inspirations pour tenter de calmer ce brasier qu'il parvenait à allumer en moi par de simples caresses, et déglutis en réalisant à quel point c'était dur, d'autant plus que ses mains délicieuses étaient désormais en train d'étaler le fond de teint sur mon cou, ce qui créait une sensation de chaud/froid qui accentuait plus encore la chaleur de mon corps. Je sentis tous les poils de mon corps se hérisser lorsque son souffle chaud vint se répercuter sur la peau de mon torse, avant qu'il ne dépose de légers baisers sur ma peau bouillonnante. J'ouvris la bouche avec l'idée de lui dire d'arrêter, ou de continuer, je ne savais plus, je m'embrouillai, mais je ne pus articuler aucun mot, car sa bouche s'appropria la mienne. Directement, je remuai les lèvres et pris le contrôle du baiser, plaquant une de mes mains derrière sa nuque afin de l'empêcher de bouger d'une quelconque manière. Le soupir rauque qu'il lâcha me fit capituler, et ce fut sans même chercher à combattre cette pulsion torride que j'échangeai nos positions afin de le plaquer contre le lavabo et de presser mon bassin contre le sien.


Mais dès la seconde suivante, il sursauta brusquement et rompit notre échange, et avant même avoir pu ne serait-ce que lui demander quelle mouche l'avait piqué, il me poussa en arrière et nous enferma dans une cabine. De nouveau, je ne pus lui demander ce qui lui prenait qu'il me fit signe de me taire. Je ne compris seulement ce qui lui arrivait lorsque deux autres personnes rentrèrent à leur tour dans les toilettes, seulement quelques secondes plus tard, tout en parlant bruyamment des filles qu'ils venaient tout juste de croiser en arrivant. Ils virent le fond de teint, toujours posé sur un des lavabos, et ils rirent en se moquant d'un « gay qui venait carrément aux toilettes pour se maquiller entre deux cours ». Nous nous échangeâmes un regard surpris, et nous dûmes faire part d'un self-control incroyable pour nous empêcher de rire à cette remarque. Nous attendîmes quelques instants avant que les deux autres ne s'en aillent, et nous explosâmes de rire à en pleurer.


On ferait mieux de retourner en cours, souffla-t-il en s'essuyant les yeux.



*



DEUXIEME SEMAINE – MARDI MIDI



Vous vous souvenez lorsque je vous ai dis que s'il y avait bien une chose que je ne supportais pas, c'était de manger dans un silence pesant ? Oui ? Eh bien, c'était typiquement ce qui était en train de se passer ce midi-là. L'enlèvement de SeHun avait chamboulé toutes nos petites habitudes. Résultat, un silence peu commun et incroyablement gênant s'était installé. Il y avait bien quelques mots échangés, par-ci, par-là, mais désormais, nous ressemblions trait pour trait à tous ces autres enfants riches jusqu'aux dents qui avaient perdu toute joie. La troupe de « zouaves distraits et bruyants » s'était tue.


Et pour le concours, comment est-ce qu'on va faire ? Lança soudainement une voix.


Il me fallut plusieurs minutes pour que je reconnaisse la personne. Il s'agissait de Yi Xing ; je ne connaissais, à vrai dire, presque rien de lui, tout ce que je savais était qu'il était chinois, et qu'il connaissait SeHun depuis son entrée à l'université. Un jeune homme qui autrefois m'avait semblé être calme et réservé ; rien à voir avec ce visage dur et glacial qu'il arborait en ce moment-même. J'observai du coin de l'œil sa veine proéminente au milieu de son front, et cru pendant une seconde qu'elle allait exploser. Face au silence qu'il ne s'attendait pas à recevoir, je le vis prendre une grande inspiration avant de chuchoter durement :


Alors, c'est comme ça ? On fait l'autruche ? On enfonce nos têtes dans le sol pour ne pas à faire face à la réalité ? Pour se cacher de quelque chose d'inévitable, comme si on allait être épargnés ? Il faudra qu'on en parle, de ce fichu concours ! Vous le savez !


Je restai bouche-bée face à cette réaction qui me stupéfiait venant de lui. Un débat naquit aussitôt, et je profitai du brouhaha général pour me pencher sur Kyung Soo.


De quoi parle-t-il ? Je ne comprend pas.

Le jour de ton arrivée, pendant la pause déjeuner, quand tu as mangé avec nous pour la première fois, Jun Myeon t'avait expliqué qu'à la fin de l'année, une semaine entière serait banalisée, la dernière semaine juste avant les vacances de Noël, pendant laquelle les différentes universités de Corée s'affrontent par équipes, tu t'en souviens ?

Ah, oui ! M'exclamai-je.

Il y aura des compétitions de sport, de chant, de danse… Sauf que SeHun n'est plus là. Il avait une place plus qu'importante dans l'équipe de danse. Et puisque Yi Xing et Min Seok en font parti aussi, ils ont peur de ce que cela va donner sans lui…


Je hochai simplement la tête, interdit. Décidément, son absence causait plus de problèmes que je n'avais osé l'imaginer. Je soupirai discrètement, impuissant face à la tournure que prenaient les événements, et me tournai de nouveau vers Yi Xing pour tenter de raccrocher à la conversation. Les uns chuchotaient leurs inquiétudes, les autres avouaient leur peur de ne pas savoir SeHun présent à ce concours, les derniers se taisaient en baissant les yeux.


Si SeHun ne revient pas assez tôt, il va falloir tout changer, cracha Yi Xing. Cela va prendre tellement de temps que je ne sais même pas si cela va être…

Ferme-la, putain, lâcha finalement LuHan, les mâchoires serrées.


Mis à part Kyung Soo, qui gardait son regard rivé sur son assiette, nous nous retournâmes d'un mouvement commun vers le blondinet. Ça y est, il avait craqué.


Si tu n'es pas capable de parler d'autre chose que de ce foutu concours ou si tu n'es même pas capable de te sentir un minimum concerné, tu ferais mieux de te casser d'ici et vite, souffla-t-il les larmes aux yeux, sans même le regarder.


D'interminables secondes s'écoulèrent, et le silence ne fut brisé que lorsque Yi Xing se leva, furieux, pour s'en aller sans plus attendre, laissant son plateau sur la table, et nous laissant derrière lui.



*



DEUXIEME SEMAINE – MARDI APRES-MIDI



La dernière heure de la journée toucha à sa fin, et, comme d'habitude, Kyung Soo et moi nous rejoignîmes dans les couloirs, devant notre salle de classe. À l'exception que cette fois-ci, contrairement au sourire éclatant qu'il m'offrait à chaque fois, il esquissa un sourire plus gêné, plus timide, qui ne m'empêchait aucunement de le trouver plus qu'adorable. J'avais du mal à me dire que j'allais dormir chez lui. Là, ce soir. Je me pinçai discrètement les lèvres afin de camoufler quelque peu mon sourire totalement niais qui s'était formé à l'idée de passer toute une soirée et toute une nuit avec lui. Il me prit la main, je serrai tendrement la sienne, et nous nous mîmes en route tranquillement. Durant le trajet, je n'avais pu m'empêcher de l'observer du coin de l'œil, examinant ses joues rosies et son sourire discret. Sûrement devait-il penser à la même chose que moi. À cette nuit. À notre première nuit.


Nous arrivâmes rapidement à destination, dans un silence agréable mais toutefois peu commun venant de nous. Sans lâcher ma main une seule seconde, il sortit son trousseau de clés et dénicha celle qui nous permettrait d'entrer ; et je déglutis en me souvenant que je possédais un double de sa clé sans même que lui ne le sache. Nous entrâmes, et après avoir fermé la porte derrière nous, il posa ses affaires dans l'entrée. Je l'imitai, soudainement intimidé de me retrouver chez lui, même si ce n'était pas la première fois.


Oh, Jong In, te voilà ! Bonjour !


Sa mère déboula dans l'entrée avec une énergie telle que nous sursautâmes d'un mouvement commun. Aussitôt, Kyung Soo voulu dégager sa main de l'emprise que j'avais sur elle –je savais que ça le gênait de se montrer tactile devant ses parents–, mais tout ce que je fis, fut de resserrer mes doigts autour des siens, l'empêchant par tous les moyens de s'éloigner. Je répondis à son regard gêné par un sourire amusé.


Bonjour ! Répondis-je avec le même enthousiasme.

Oh, si tu savais, Jong In, comme je suis heureuse pour mon petit fiston ! S'exclama-t-elle en tapant dans ses mains tandis que je sentais Kyung Soo se crisper à mes côtés. C'est la première fois que mon petit poussin invite quelqu'un que j'apprécie à dormir. Je suis si excitée pour mon petit garçon !

Maman, arrête ça ! Murmura-t-il le rouge aux joues.


Oh, mon dieu. Il est adorable. Faites que je survive à cette vision.


Mais je ne fais rien de mal ! Se défendit-elle en lui offrant un sourire faussement innocent. Je dis juste à Jong In que je suis fière de mon petit bébé et qu'il…

Oui oui, ça va aller, la coupa-t-il.


Elle ne put finir sa phrase même après qu'il l'eût interrompue car il la poussa directement dans la pièce adjacente. Avant qu'elle ne disparaisse derrière une porte que Kyung Soo referma, je la vis m'envoyer un clin d'œil. J'éclatai de rire, à la fois de par le comportement de sa mère et les joues plus que rouges de Kyung Soo. En fait, elles étaient presque bordeaux.


Ta mère est vraiment quelqu'un de génial, lâchai-je en m'essuyant les yeux.


Et cette malheureuse vérité me tordit le ventre. Je devrais la trahir. Elle, lui, tout le monde.


Il ronchonna quelque chose d'incompréhensible tandis qu'il me passait devant sans même me regarder, le feu aux joues, pour se rendre à la cuisine. Je souris, attendri. Sa mère avait le chic de l'embarrasser comme personne. Maintenant, il fallait savoir si je pouvais faire pareil. Un défi que je notai dans le coin de ma tête. Je le rejoignis dans la cuisine, et le découvris la tête dans le frigo.


Changeons de sujet, veux-tu ? Tu veux quelque chose à boire, ou à manger ?

Un grand verre d'eau, s'il te plaît, murmurai-je, gêné, en déboutonnant un bouton de ma chemise. Je meurs de chaud…


Il se retourna lentement face à moi, et cette fois-ci, ce fut à son tour de me taquiner. Il détailla rapidement ma chemise ouverte de deux boutons et eut le sourire en coin le plus sexy que je vis de toute ma vie. Je déglutis et détournai les yeux pour ne pas avoir affaire avec son regard plus que sombre, tout en me disant que s'il me donnait pas ce verre d'eau immédiatement, j'allais me mettre à fondre.


Eh bien, eh bien, souffla-t-il d'une voix grave en versant de l'eau fraîche dans un grand verre. Je te fais tant d'effet que cela ?


Je laissai un rire crispé m'échapper tout en m'emparant du verre qu'il me tendait. Et sans le quitter des yeux, je le bus d'une traite. Je souris intérieurement en remarquant son regard scotché à ma pomme d'Adam, et vins positionner mon visage face au sien. Puis je murmurai tout contre ses lèvres :


Si tu savais l'effet que tu me fais, Kyung Soo…


Et sans attendre une quelconque réponse de sa part, je posai férocement mes lèvres sur les siennes. Aussitôt, je le sentis sourire avant qu'il ne penche la tête sur le côté pour approfondir le baiser. Secoué par le frisson torride qui me traversa lorsqu'il caressa ma nuque du bout des doigts, je me surpris à devenir plus sauvage dans notre échange. Il lia amoureusement nos langues, et, pris par l'intensité toujours grandissante de ce baiser, je vins agripper ses hanches et le portai afin de le poser sur le plan de travail le plus proche. Immédiatement, il écarta les jambes et empoigna mes cheveux avec force pour m'inciter à me rapprocher de lui. Il lâcha un soupir entre nos lèvres emboîtées lorsque je vins me glisser entre ses cuisses et ce fut à mon tour de soupirer lorsque je le sentis enrouler ses jambes autour de mes hanches. J'emprisonnai sa lèvre inférieure entre mes lèvres afin de stopper ce baiser pendant quelques secondes, et oscillai entre l'envie de m'éloigner de lui pour ne pas tenter mon corps plus qu'il ne l'était déjà et l'envie de parcourir son corps de mes mains devenues étrangement aventureuses. Mais alors que je m'étais décidé à reprendre ce baiser plus qu'intense, des pas descendirent rapidement les escaliers, pour se rapprocher de nous.


Immédiatement, nous nous détachâmes ; Kyung Soo croisa les jambes et pris à la volée le verre d'eau qu'il s'était servi à lui aussi tandis que, de mon côté, je reprenais mon verre désormais vide en feignant l'avoir tout juste fini. Comme si de rien n'était. Sauf que notre mascarade vola en mille éclats puisque nos joues plus que rouges pouvaient se voir à plus de deux kilomètres à la ronde, j'en étais sûr. Sa mère déboula dans la pièce, comme elle avait si bien l'habitude de le faire, un sac sur l'épaule et un sourire plein de sous-entendus qui s'étendait d'une oreille à l'autre.


Bon, les garçons, commença-t-elle en nous regardant un par un, je m'en vais. Je dors chez une amie, rajouta-t-elle aussitôt après avoir remarqué que Kyung Soo allait riposter. Je ne veux pas vous déranger ! Alors je vous laisse la maison pour vous deux ! Rien que tous les deux ! Cria-t-elle joyeusement depuis l'entrée où elle s'était déjà rendue.


Il y eut un court silence avant qu'elle ne rajoute :


Pas de bêtises, les enfants, d'accord ? N'ouvrez pas aux étrangers et fermez la porte à clé si vous sortez, lança-t-elle en ouvrant la porte d'entrée. Et protégez-vous ! Cria-t-elle rapidement avant de sortir précipitamment pour, j'étais sûr, ne pas avoir à subir les foudres de son fils.


Il y eut un long silence, quelque peu gênant, et je vis du coin de l'œil Kyung Soo se cacher derrière ses mains. De mon côté, je ne pus empêcher un sourire amusé d'étirer mes lèvres, ravi par la couleur sombre qui s'étendait sur la totalité de son visage et sur cette moue adorable qu'il faisait lorsqu'il était embarrassé.


Je suis vraiment désolé, ne fais pas attention à ce qu'elle dit, chuchota-t-il en détournant le regard.


J'éclatai de rire.



*



DEUXIEME SEMAINE – MARDI SOIR



Je suivis des yeux la silhouette fine de mon Kyung Soo qui se rendait dans la cuisine, et souris inconsciemment en l'entendant fredonner. Instinctivement, et comme si mon être tout entier n'avait été conçu que pour être à ses côtés, je le suivis, comme envoûté par un charme dont lui seul avait le secret. Je vins m'asseoir sur une chaise du bar qui séparait la cuisine de la salle à manger et le contemplai sans aucune retenue tandis qu'il retroussait ses manches. Là, adossé nonchalamment à un plan de travail, les muscles de ses bras contractés et mis à nus par ses manches relevées, les lèvres pulpeuses soulignées par l'éclairage au-dessus de lui, il était incroyablement désirable. Un soupir m'échappa sans même que je ne m'en rende compte. Je ne savais pas qu'il était possible d'être aussi séduisant rien qu'en retroussant ses manches.


T'es vachement sexy, comme ça, soufflai-je.


Un sourire plus que charmant vint égayer son visage.


Tu veux manger quelque chose de spécial ?


Je fermai les yeux, bercé par la mélodie que jouait sa voix grave, et les rouvris pour directement tomber dans son regard sombre et plus qu'envoûtant, dans lequel je m'y noyais déjà. Son sourire se fit plus doux.


Toi.


Je me délectai de la rougeur qui s'empara de son visage et souris à mon tour en le remarquant se mordiller discrètement la lèvre. Je parvins après de longues secondes à faire taire cette pulsion qui me criait de me lever et de l'embrasser sans plus attendre, et mon self-control fut mis à rude épreuve lorsqu'il s'accouda au bar, juste en face de moi. Je retraçai des yeux la courbe délicieuse de ses épaules et mirai quelques secondes la peau lisse de son cou. Il ne parla que lorsque je parvins à plonger mes yeux dans les siens.


Tu as le choix entre un dîner aux chandelles et un grignotage de chips devant la télé.


Je souris, amusé, et choisis la deuxième option. Je ne voulais pas qu'il ne s'embête à faire le dîner. En réalité, tout ce que je voulais, c'était l'avoir à mes côtés. Le sentir contre moi. Et je n'aurais pas pu attendre qu'il finisse de faire à manger. Il m'offrit un sourire que je pris le temps de graver au plus profond de ma mémoire et fermai les yeux lorsqu'il se pencha sur moi. Je n'eus que quelques secondes à attendre avant de sentir ses lèvres effleurer les miennes, aussi légèrement qu'un battement d'ailes de papillon.


Est-ce que ça te dérange si je me mets en pyjama ? Demanda-t-il soudainement.

Non, vas-y, ris-je.


Il se redressa et tourna les talons, mais, avant de sortir, il me chuchota :


Toi, restes encore un peu en chemise. Tu es vraiment trop sexy comme ça.


Je lui rendis son sourire espiègle et examinai les courbes de son corps tandis qu'il montait lentement les escaliers. Une image fulgurante de Kyung Soo qui se déshabillait traversa soudainement mon esprit, et je dus trouver un stratagème idiot –soit compter et recompter inlassablement de un à dix– pour ne pas y penser. Mais tous mes efforts furent inutiles puisque je crus mourir d'étouffement lorsqu'il redescendit les escaliers. Il portait un haut, trop large pour sa taille fine, et qui lui descendait jusqu'à mi-cuisses. Et, à part son boxer, il ne portait pas de bas. Je le fixai, bouche-bée, abasourdi de voir qu'il ne semblait pas plus gêné que ça tandis que j'étais, contrairement à lui, plongé dans un état second. Je déglutis et détournai le regard aussitôt après m'être rendu compte que j'observai allègrement ses cuisses opalines et plus que tentantes. Il me passa devant, visiblement sans avoir remarqué que j'étais plongé dans un combat mental, et je dirais même, physique, et se chargea d'emmener tout un petit tas de paquets de chips qu'il déposa sur la table basse, face au canapé. Mais lorsqu'il se pencha en avant, son t-shirt se releva. Rien qu'un peu. Mais juste assez pour me dévoiler la totalité de ses cuisses et une partie de ses fesses. Rondes. Tentantes. Plus que tentantes. Je n'avais jamais trop osé les regarder, mais là, c'était plus fort que moi.


Nous nous retrouvâmes finalement, après que j'eusse retrouvé mes esprits, assis l'un contre l'autre, tranquillement installés dans le canapé, sous une couverture énorme, face à un drama plus que niais. Les jambes entremêlées, tous les paquets de chips ouverts et étalés sur nos jambes, nous nous amusions à critiquer la niaiserie incroyable de ce qui passait à la télé. Ni lui ni moi ne connaissions ce feuilleton, mais qu'importe, nous riions bien. Quelques minutes seulement passèrent avant que je ne me retrouve allongé entre ses jambes, la tête tranquillement niché tout contre son torse, tandis que lui s'était étendu de tout son long sur le canapé, la tête posée sur l'accoudoir. Je souris inconsciemment, apaisé par sa simple présence à mes côtés, et fermai les yeux afin de me concentrer sur les battements de son cœur. Je frottai ma joue contre son torse et inspirai son odeur, tandis qu'en parallèle à mon geste, il faisait glisser sa main libre dans mes cheveux.


Ça, par contre, c'est super mignon, je trouve, murmura-t-il en pointant l'écran du doigt.


Je rouvris les yeux et découvris les deux protagonistes du drama main dans la main dans une grande roue d'une fête foraine. Je souris.


C'est niais, quand même.

Peut-être, mais je trouve ça romantique.


Mon sourire s'agrandit de lui-même tandis que notai dans un coin de ma tête de l'emmener un jour dans une fête foraine. J'ouvris la bouche tandis qu'il me donnait à manger et trouvai enfin le courage de caresser ses cuisses du bout des doigts. Immédiatement, je le sentis frémir sous moi, et son frisson finit par me traverser aussi. Je souris intérieurement en remarquant la chair de poule s'étendre sur la peau laiteuse de ses cuisses et permis à mes mains de faire des aller-retours sur cette partie visiblement sensible de son corps. Intérieurement, je jubilais. Et je me contrôlais. Pour ne pas déposer mes lèvres sur ses cuisses, pour ne pas faire remonter mes mains, pour ne pas réveiller ce désir que je ressentais envers lui.


Je vis sa main farfouiller dans un paquet de chips. Et lorsque je vis cette même main se rapprocher de moi, une idée farfelue naquit soudainement dans mon esprit tordu. J'avalai rapidement la nourriture qu'il m'avait tendue mais agrippai son poignet tandis qu'il commençait à l'éloigner. Sans le quitter des yeux, et avec la seule envie de le taquiner, je fis glisser ses doigts entre mes lèvres et, encouragé par ses joues qui s'empourpraient brusquement, je m'amusai à faire passer ma langue entre eux. Mais contre toutes mes attentes, il se prit au jeu. Ce fut alors avec une surprise que j'eus du mal à cacher qu'il enfonça de lui-même ses doigts entre mes lèvres. Mais il les retira rapidement et, de son autre main, il agrippa fermement ma nuque. Le plus lentement possible, et en prenant bien soin de faire glisser mon corps sur le sien, je vins positionner mon visage au-dessus du sien. Il arqua délicieusement son dos et ses hanches vinrent se frotter aux miennes, me forçant à lâcher un soupir qui fut avalé par ses lèvres qui se posèrent sur les miennes. Il agrippa le col de ma chemise et tira dessus afin de me rapprocher de lui, tandis qu'en parallèle à son geste, je maintenais fermement ses cuisses contre mes hanches. Il lâcha un soupir qui failli me faire perdre le contrôle. Je me séparai de ses lèvres à temps, de peur de voir mon corps agir sans que je ne lui donne la permission, et nous nous regardâmes dans le blanc des yeux pendant au moins quelques minutes.


Nous fûmes tirés de notre petite bulle de tranquillité lorsqu'une émission à la télévision annonça qu'il était déjà vingt-deux heures passées. Nous écarquillâmes les yeux d'un mouvement commun et nous retournâmes avec une synchronisation incroyable vers l'horloge accrochée dans le salon.


Déjà ? Soufflai-je, surpris.

Nous ferions mieux de monter.


Je hochai la tête, l'aidai à débarrasser tout ce bazar et le suivis jusqu'à sa chambre. Directement, il se jeta à plat ventre sur son lit avant de lâcher un soupir.


Tu as l'élégance d'un phoque à moitié mort, comme ça, plaisantai-je.

Tais-toi, répondit-il en riant. Tu veux que je m'en aille, pour que tu puisses te changer ?

Non, c'est bon, je ne vais pas me mettre à poil, cette fois.

« Cette fois » ? Répéta-t-il. Comment ça ?

Je dors nu.

Tu dors nu ?!

Ouais.


Je lui offrit un sourire en coin en déboutonnant ma chemise bouton par bouton et me retournai dos à lui, comme si je n'avais pas remarqué avec quelle intensité il m'observait, et la fis lentement glisser sur mes épaules. Je me changeai lentement, capturant la totalité de son attention, et, toujours avec cette même lenteur, je me retournai et grimpai sur le lit, à quatre pattes, sans le quitter des yeux une seule seconde. Je m'allongeai à ses côtés, mais vins finalement me nicher dans ses bras, à moitié étendu sur lui, en enfouissant, comme tout à l'heure, ma tête dans le creux de son torse. Je soupirai de bien-être lorsque je sentis ses mains caresser lentement ma nuque. Nous laissâmes le silence durer, comme s'il était une mélodie réconfortante et reposante que nous nous plaisions à écouter. Puis, soudain, il me chuchota :


Merci.


Je relevai les yeux vers lui, mais n'eus le temps d'ouvrir la bouche.


Merci d'être là. Avec tout ce qui se passe en ce moment, c'est dur de garder le moral.


Je lui souris, le plus tendrement que je le pouvais, et entremêlai nos doigts. Je tentai de le rassurer, en lui murmurant que tout irait bien, que jamais je ne le quitterai, mais ces mots sonnaient faux. Je me tus alors, las de lui raconter des mensonges qui lui feraient autant de mal qu'à moi-même, et frottai ma joue contre son torse. Une question me vint en tête. Je ne dis rien, pendant les premières secondes, mais la tentation était trop forte. Inspirant un bon coup, j'eus le courage de lui demander :


Pourquoi tu restes avec quelqu'un comme moi, Kyung Soo… ?

Quoi ? Mais, Jong In, je…

Pourquoi tu restes avec quelqu'un qui bosse dans une maison close ? Comment tu fais pour parvenir à surmonter ça ? Je ne comprend pas, c'est immonde, pourtant, tu es toujours là, et je me dis qu'un jour tu vas finir par être écœuré, que tu vas partir, et puis…

Jong In ! Me coupa-t-il en agrippant mes joues des deux mains, et en me forçant à faire face à son regard que je n'arrivais pas à soutenir. Tu n'as rien fait de mal. Tu as été forcé, tu n'as pas choisi. Je vois bien que tu n'aimes pas ça, je le vois bien. Tu n'as rien fait de mal, répéta-t-il doucement en caressant ma joue à l'aide d'une de ses mains.


Je calai ma joue dans le creux de sa paume et soupirai, empreint d'un sentiment d'amertume et de dégoût qui ne me quittait plus ces derniers temps. Ça me tuait de me dire que je devrais le quitter dans deux semaines. Ça me tuait de me dire que je ne le reverrai sûrement plus jamais de ma vie. Je me sentais si faible. Et je détestai par-dessus tout cette sensation. J'inspirai longuement, afin de faire taire cette envie de pleurer qui avait élu domicile en moi depuis plusieurs jours, et cachai mon visage dans les plis de son t-shirt trop grand pour lui avant de murmurer, pour ne pas qu'il remarque les tremblements de ma voix :


Je te dois des explications. Pour le jour où tu m'as demandé pourquoi personne d'autre que toi n'était venu me voir à l'hôpital.

Ne te forces pas, Jong In…

La vérité, continuai-je, c'est que je n'ai pas de proches, Kyung Soo. Mes véritables parents m'ont abandonné. Ou peut-être sont-ils morts. Je ne sais pas, je ne sais plus. J'étais trop petit. J'ai été recueilli par celui que j'appelle être mon « père », mais qui ne l'est pas réellement. Je ne l'aime pas. Mais je dois obéir. D'après lui, je devrais être reconnaissant. Il ne pense qu'à lui. À son petit bonheur, à son petit confort. À sa petite gueule. Alors cela ne m'étonne pas franchement qu'il ne soit pas passé me voir pendant mon séjour à l'hôpital.


Je ne disais peut-être pas tout, il est vrai, mais, au moins, je ne lui mentais pas non plus. Inutile de mentionner que mon « père » se faisait appeler « Patron ». Et inutile de mentionner que j'allais sûrement mourir si je n'obéissais pas. Je me tus, attendant sa réponse, mais elle ne vint pas. Je relevai lentement la tête, pas réellement sûr de savoir si c'était une bonne idée, étant donné que mon cœur affolé me faisait douloureusement comprendre que j'appréhendais sa réaction, et le découvris les lèvres pincées, le regard larmoyant. Je lui chuchotai alors que le faire pleurer n'était pas mon intention. Il s'excusa de m'avoir posé cette question avant de nouer ses bras autour de mon corps pour me serrer contre lui. Je lui rendis son étreinte. C'était tout ce don j'avais besoin. De lui. De sa chaleur. De sa tendresse.


Pardon, mais ton père adoptif est vraiment un connard.


Je souris.


C'est vrai.


Il soupira bruyamment.


Que de révélations, ce soir, dis donc ! Tu dors à poil, ton père n'est pas vraiment ton père… Pitié, ne me dis pas qu'en réalité tu es une fille, sinon je ne vais pas tenir, rit-il.

Justement, Kyung Soo, j'allais y venir…

Non, non, non ! Tais-toi ! S'écria-t-il .


Nous rîmes ensemble. Lorsque nous retrouvâmes notre sérieux, je pris son petit visage entre mes mains et lui volai un baiser. Il m'offrit un sourire ensuite, mais il était différent de ceux qu'il avait l'habitude de faire. Je fronçai les sourcils et comprit ce qu'il se passait quand je le vis se pincer frénétiquement les lèvres.


Je t'écoutes, Kyung Soo.

Comment tu sais que j'avais quelque chose à dire ?

Tu te pinces les lèvres. C'est un tic. Adorable, rajoutai-je rapidement.


Il sourit et baissa les yeux. Je glissai une de mes jambes entre les siennes afin de m'installer confortablement contre lui et le serrai contre moi.


J'ai besoin de te parler de ma mère. C'est un sujet important pour moi…

De ta mère ? Répétai-je, surpris, tandis que je ne voyais pas où il voulait en venir.

De son image, plus précisément.


Je feignis lamentablement l'étonnement tandis qu'il me racontait que sa mère donnait une image d'elle qui ne reflétait aucunement son caractère véritable. L'image d'une femme hautaine, égocentrique et prétentieuse, comme me l'avaient si bien démontré les photographies que mon Patron m'avaient donné ce jour-là. Il est vrai que son image ne correspondait nullement à son tempérament, et, ni lui, ni moi, ne comprenions pourquoi elle agissait ainsi. Je ne pus que hocher la tête. Que pouvais-je bien faire d'autre ? Lui dire que j'étais déjà au courant ? Que l'image que sa mère donnait attirait les malfrats et les pervers dans le genre de mon Patron ? Jamais je ne me sentis aussi mal-à-l'aise qu'à ce moment-là. Jouer la comédie n'était pas mon fort. Du moins, plus depuis que je l'avais rencontré. Je perdais mes moyens. Je ne savais plus comment je devais me comporter.


Ça me fait vraiment chier, tu sais.


Je lâchai un rire, surpris par sa nouvelle manière de parler.


Dis donc ! Lâchai-je. Tu te dévergondes et tu deviens vulgaire à cause de moi.


Il rit à son tour. Il fit se rencontrer nos regards, et m'offrit un des sourires les plus tendres qu'il ne m'ait jamais fait. Il noua tendrement ses bras autour de mon cou, me serra tout contre lui, et me chuchota, sans me quitter des yeux :


Tu ne m'apportes que du bonheur, Jong In. Peu importe le reste.


Je fermai les yeux quelques instants, permettant à ses paroles de se graver au plus profond de mon être, et je souris inconsciemment en réalisant à quel point j'aimais ces mots. Et pour la première fois, je choisis d'ignorer ce sentiment de mal-être qui m'avait envahi à l'idée que je devrais devoir le quitter dans si peu de temps. Je préférais faire la sourde oreille que de gâcher un moment pareil. J'entourai le plus étroitement possible mes bras autour de sa taille et gardai les yeux fermés. Je n'eus que quelques secondes à attendre avant de sentir ses lèvres s'approprier les miennes. Immédiatement, je fus happé par la sensualité avec laquelle il remuait ses lèvres contre les miennes. Je lâchai un soupir incontrôlé, séduit, et surpris, par la façon si voluptueuse dont il m'embrassait. De nouveau, les mêmes questions naquirent en moi. S'était-il déjà « entraîné » avec quelqu'un d'autre ? Avait-il déjà eu une relation… sérieuse ? Ma curiosité fut piquée au vif. Je m'écartai lentement de son visage et plongeai mon regard dans le sien. Je dus prendre sur moi pour ne craquer face à ses yeux plus sombres que jamais. Mais ma curiosité fut plus forte.


Kyung Soo, soufflai-je, peu sûr de moi.


Il desserra légèrement l'étreinte qu'il exerçait autour de moi afin qu'il puisse pleinement me regarder et arqua un sourcil.


Eh bien… Euh… Il fallait que je te le demande… Est-ce que tu as eu d'autres… petits amis, avant moi ? Enfin, balbutiai-je précipitamment, est-ce que tu as déjà eu une relation… sérieuse ? Lui demandai-je en accentuant sur ce dernier mot pour ne pas avoir à lui demander de but en blanc s'il avait couché avec l'un d'entre eux.


Le silence ne dura que quelques secondes avant qu'il ne lâche un petit rire.


Jong In, commença-t-il en caressant mes joues de ses mains. Je vais bientôt avoir vingt et un ans. Bien sûr que j'ai déjà eu des relations… sérieuses.


Peut-être avait-il remarqué que je l'avais plutôt mal pris, ou peut-être avait-il remarqué à quel point la jalousie pouvait se lire sur mes traits, car, immédiatement, il vint emprisonner mon visage entre ses mains, afin de me forcer à reporter sur lui mon regard que j'avais auparavant détourné. Il posa son front contre le mien après m'avoir volé un baiser.


Jong In, tu n'as pas à être jaloux, souffla-t-il tout contre mes lèvres. Ce que je ressens lorsque je suis avec toi n'a rien à voir avec ce que j'ai pu bien ressentir auparavant…


Cette fois-ci, et de mon plein gré, je plongeai mes yeux dans les siens, et mon cœur loupa un battement lorsque je me rendis compte à quel point les siens étaient sombres. Je rougis brusquement tandis que son regard amoureux et plus que tendre analysait les moindres recoins de mon visage. Un tel regard venant de lui me paralysait de la tête aux pieds. Soudain, ses mains lâchèrent leurs prises, et ses bras tombèrent sur son oreiller, encerclant son visage qu'il gardait levé vers moi. Et, ainsi, le corps étendu, presque offert, emprisonné entre le mien et son lit, le regard assombri et les lèvres entrouvertes, je ne pus qu'à nouveau penser qu'il était incroyablement désirable.


Tu me rends fou, Jong In.


Son murmure sensuel vint s'échouer contre mes lèvres que j'avais instinctivement rapproché des siennes tant le désir me consumait, et je dus une nouvelle fois batailler pour garder un tant soit peu de lucidité malgré les papillons qui commençaient à s'agiter dans mon bas-ventre. Je me mordillai distraitement la lèvre, essayant ainsi de me retenir de me jeter sur les siennes, et, grâce à mes coudes que j'avais placé de part et d'autre de son visage, je vins lier ses mains aux miennes. Je n'avais jamais imaginé à quel point cela pouvait être dur de résister. Mon corps totalement plaqué au sien, la chaleur de son corps qui se mêlait à la mienne, nos jambes entremêlées… Absolument tout y rajoutait à l'envie de le faire mien. Mais malheureusement, j'interceptai le regard de Kyung Soo. Regard qui était à nouveau tombé sur ces maudits suçons. Il émit un soupir rempli d'amertume, mais je m'empressai de lâcher une de ses mains pour relever son menton afin qu'il me regarde encore. Sans plus attendre, je l'embrassai.


Mais à peine nos lèvres s’effleurèrent-elles qu'il profita d'un moment d'inattention de ma part pour échanger nos positions. Aussitôt, il s'assit à califourchon sur moi. Ou plus précisément, sur mon bassin, qu'il venait de réveiller à une vitesse fulgurante. Je n'eus le temps de poser une seule question ni même de m'interroger quant à la raison de ses agissements qu'il détacha ses lèvres des miennes pour les faire glisser le long de ma mâchoire. Mes lèvres s'entrouvrirent d'elles-même en une plainte silencieuse et mes mains vinrent s'agripper machinalement à ses cuisses tandis qu'il commençait à descendre jusqu'à mon cou. Soudain, et en moins de temps qu'il ne l'aurait fallu pour le dire, il souleva mon t-shirt et me l'enleva d'un mouvement habile. Je me mis à gigoter inconsciemment tandis qu'il s'allongeait de tout son long sur moi, me transmettant ainsi toute sa chaleur corporelle, et collant par la même occasion une de ses cuisses contre mon entrejambe. J'étouffai un juron, mais un autre parvint à m'échapper lorsque je sentis sa bouche suçoter ma peau. Je compris malgré mon manque de lucidité qu'il voulait recouvrir ces suçons par les siens. Et je compris à travers la douleur mêlée au plaisir qu'il les faisait plus gros, plus voyants, et surtout, plus nombreux. Désormais étranger à toute forme de raison, je fis lentement glisser mes mains sur ses fesses, que je me plus à caresser pour la première fois, et, en l'entendant étouffer un soupir, je me surpris à les masser avec plus d'ardeur. Il courba délicieusement son corps et nos bassins se rencontrèrent. La vague de plaisir qui me traversa ensuite me ramena brusquement à la réalité.


Désormais conscient de ma chaleur corporelle et du désir qui bouillonnait en moi, je m'immobilisai de tout mon long, me gardant ainsi de tenter mon corps plus qu'il ne l'était déjà, et pris de grandes inspirations, espérant éteindre le brasier qu'il s'était allumé en moi, et à mon insu. Kyung Soo se recula de mon cou, admirant ainsi son travail, et eut un sourire fier particulièrement sexy. Il reporta ensuite son attention sur mon visage, et découvris que j'étais en plein combat mental entre ma raison et ce foutu désir que je ressentais envers lui. Et, comme s'il avait bien compris que je ne voulais rien tenter pour notre première nuit ensemble, il se redressa et vint se rallonger près de moi. Il nous recouvrit de sa couette malgré la chaleur de nos corps, et vint se blottir dans mes bras, et je profitai de notre proximité pour lui voler un baiser.



*



DEUXIEME SEMAINE – MERCREDI MATIN



Je me réveillai en sursaut, le lendemain, secoué par une sonnerie plus que stridente qui me fit bourdonner les oreilles. J'entrouvris difficilement mes paupières alourdies par la fatigue et cherchai des yeux la provenance de ce bruit. Mes yeux se posèrent sur un petit objet métallique sur la table basse de Kyung Soo, et il me fallut plusieurs secondes avant de comprendre que c'était un fichu réveil. Je geignis alors que la douloureuse vérité venait d'éclater : il était l'heure de se lever. Un grognement retentit, et je baissai les yeux pour découvrir Kyung Soo, niché entre mes bras, la tête enfouie dans le creux de mon torse. Enfin, pour dire vrai, tout ce que je voyais de lui, était sa touffe de cheveux qui dépassait de la couette. Il frotta son visage contre ma peau et marmonna quelque chose de totalement incompréhensible. Je retins un rire. Ce qu'il était adorable.


Mais, ne voyant aucune réaction de ma part, il gigota et, enfin, je pus comprendre ce qu'il dit :


Éteins le réveil, s'il te plaît, Jong In…

Espèce de flemmard, baragouinai-je à mon tour. Il était de ton côté.


Je le sentis sourire contre ma peau tandis que je me penchai lentement au-dessus de lui pour atteindre ce maudit réveil. Je souris à mon tour en sentant ses mains se balader sur mon torse tandis que je bataillais pour trouver le bouton afin d'éteindre ce machin plus que bruyant. Ceci fait, je revins m'affaler près de lui et il reprit directement sa position initiale. Mais, ne le voyant pas bouger après plusieurs secondes, je l'interpellai :


Kyung Soo ? Te rendors pas, hein.

Tant pis. On sèche les cours.

Pardon ? Lâchai-je, surpris par une telle proposition venant de lui.

Je n'ai jamais séché un seul cours de toute ma vie, m'avoua-t-il en me fixant de ses grands yeux. Alors je pense que ça ne fera pas de mal si, pour une fois, je loupais une journée. Puis merde, je suis majeur. C'est moi qui décide. Et j'ai décidé qu'on dormirait encore.


J'ouvris la bouche, avec l'idée de le faire changer d'avis, de lui faire oublier cette idée absurde qui me surprenait venant de lui, mais lorsqu'il noua ses bras autour de mon corps, toute mes pensées s'éparpillèrent, et mes paupières se firent plus lourdes encore qu'auparavant, comme pour affirmer le fait que son idée était bonne. J'avais voulu résister, mais, il fallait bien l'avouer, la perspective de quelques heures de sommeil supplémentaires ajoutées à la simple envie de rester avec lui me fit capituler. Alors je souris simplement, impressionné par le petit brun qui s'était déjà rendormi, et le rejoignis dans les bras de Morphée.



*



DEUXIEME SEMAINE – MERCREDI MATIN



Je me réveillai une seconde fois, bercé par les rayons du soleil qui commençait à se faire rare en cette période de l'année. Je profitai quelques instants du la chaleur du lit et tournai la tête vers le réveil. Il était dix heures passées. Un sourire étira mes lèvres lorsque je réalisai à quel point j'étais en forme, mais il disparut bien vite lorsque mes yeux se posèrent sur la place vide de Kyung Soo. Je grimaçai en me disant que je devais faire une croix sur l'envie qu'on se câline toute la matinée au lit et me décidai à me lever. J'enfilai rapidement mon tee-shirt de pyjama, que j'avais retrouvé à l'autre bout de la chambre, et sortis. Immédiatement, je fus happé par l'odeur irrésistible qui se dégageait de la cuisine. Automatiquement, je descendis les escaliers et me rendis dans la cuisine, où je découvris Kyung Soo, dos à moi, occupé à préparer à manger. Je souris inconsciemment et vins entourer sa taille de mes bras. Sans plus attendre, je le serrai tout contre moi, tandis qu'en parallèle à ce geste, il se blottissait contre mon torse.


Tu as bien dormi ? Souffla-t-il.

Oui. Cela faisait longtemps que je n'avais pas dormi comme ça.


Je le vis sourire avant qu'il ne tourne lentement la tête vers moi, me quémandant silencieusement un baiser que je m'empressai de lui donner.


Je prépare des crêpes pour le petit-déjeuner, ça te va ? Me demanda-t-il en détournant le regard sur ses casseroles.

Tu es parfait.


Je souris, amusé de le voir rougir pour une simple phrase et déposai un baiser sur sa nuque. Je me détachai de lui ensuite et le contournai afin de m'asseoir sur une chaise du bar qui séparait la salle à manger et la cuisine. Et ce fut à ce moment précis que je vis l'expression qui déformait le visage de Kyung Soo. Les yeux dans le vague, soulignés par des cernes, les traits tirés et la mâchoire crispée. J'ouvris la bouche, surpris par un tel trouble que je ne voyais que rarement sur son visage.


Hey, susurrai-je doucement. Ça va, toi ?

LuHan m'a envoyé un message, tout à l'heure… Nous n'avons toujours aucune nouvelle de SeHun…


Quelques secondes s'écoulèrent.


Et ça m'inquiète…


De nouvelles secondes s'écoulèrent, traîtresses.


Ça m'inquiète réellement.


J'incitai Kyung Soo à se réfugier dans mes bras, ce qu'il fit aussitôt, presque avec empressement. Je nouai mes bras autour de son corps frêle et le pressai contre le mien. Je l'entendis soupirer sinistrement tandis qu'il laissait brutalement tomber sa tête sur mon épaule. Je caressai lentement son dos et lui murmurai, malgré les avertissements que me lançait inlassablement mon cœur pour ne pas que je lui mente une nouvelle fois, que jamais je ne le quitterais. Je le sentis hocher lentement la tête.


Tu crois qu'on le reverra, un jour… ? Souffla-t-il presque imperceptiblement.


Que pouvais-je donc bien répondre ?


Je n'en sais rien, Kyung Soo. Je n'en sais rien… »