Pour la première fois

par Han-Ah



SECOND MOIS

PREMIERE SEMAINE – MARDI



J'ouvris les yeux péniblement, après quelques instants d'hésitation, mais ne pus les garder ouverts plus d'une seconde tant mes paupières étaient lourdes. Exténué, je décidai alors de rester immobile, le temps de rassembler un tant soit peu mes esprits embrumés. Une chaleur presque suffocante flottait dans l'air. Un « bip » régulier rythmait le silence religieux de cette salle, que je devinai provenir d'une des innombrables machines auxquelles j'étais relié. Les embouts de mon masque à oxygène me dérangeaient plus qu'autre chose, et malgré le fait que c'était censé m'aider à respirer, je peinais à faire convenablement rentrer l'air jusqu'à mes poumons endoloris. Sans même bouger, je pouvais sentir à quel point mon corps était lourd. Sans même remuer ne serait-ce qu'un seul membre, je pouvais clairement sentir mes muscles plus engourdis que jamais. La raideur de mes articulations me firent comprendre que j'avais dû rester immobile un long moment, visiblement. Combien de temps avais-je dormi, pour me sentir si faible ?


J'écartai de mon esprit l'idée de me relever en position assise ; je me souvenais parfaitement de cette douleur effroyable qui avait naquit dans ma jambe gauche, après l'accident, et je ne voulais pas qu'elle revienne de sitôt. De plus, m'asseoir m'aurait sûrement causé des vertiges, et je ne voulais en aucun cas aggraver ce mal de tête qui faisait furieusement battre mon sang à mes tempes. Rangeant dans un coin de ma tête l'envie de remuer, j'optai finalement pour examiner mon crâne, qui, je me souviens, avait heurté le pare-brise de la voiture. Mais lorsque je voulus lever ma main jusqu'à mon visage, quelque chose m'en empêcha. Un poids maintenait ma main clouée sur le lit. Et, à la seconde qui suivit, quelqu'un murmura mon prénom.


Aussitôt, les bips des machines s'accélérèrent autour de moi, au rythme de mon cœur qui commençait à s'affoler. Inconsciemment, mes doigts resserrèrent leur prise. Et, comme si mon corps réagissait instinctivement à sa présence, ce ne fut qu'après quelques secondes que je compris à qui appartenait cette voix.


Cette voix si unique. Si douce, et si mélodieuse.


Sa voix.


Kyung Soo…? Kyung Soo ! C'est Kyung Soo ! Ouvre les yeux, Jong In, ouvre les yeux !


Rassemblant mon courage à deux mains, je pris une grande inspiration, et, passant outre le fait que j'allais sûrement me brûler la rétine à cause de la luminosité que je pouvais apercevoir à travers mes paupières, j'ouvris brusquement les yeux, animé par la seule envie de le revoir une nouvelle fois, là, près de moi.


C'était bien lui.


Sa voix. Son odeur enivrante. Ses cheveux sombres. Ses yeux émerveillés. Ses lèvres pulpeuses. Son regard protecteur posé sur moi, et sur moi seul. Sa main dans la mienne. Ses doigts enserrant les miens avec possessivité. Absolument tout chez lui m'avait manqué. Et honnêtement, je n'avais jamais pensé revivre ça un jour.


Je posai, le plus délicatement possible, comme ayant une peur naïve de le voir disparaître sous mes doigts, ma main sur sa joue. Il était bien là. Debout, près de moi. Son visage aligné au-dessus du mien. Ses yeux embués ancrés aux miens. Je souris, incapable de me retenir, plus que comblé par sa présence à mes côtés, et conquis, par sa beauté qui me frappa une nouvelle fois de plein fouet. Je caressai sa joue du bout des doigts, et, à la seconde qui suivit, il se retrouva entre mes bras, niché tout contre mon torse. J'enroulai immédiatement mes bras autour de son corps frêle et le serrai contre moi, le plus étroitement que le pus, me fichant éperdument de la douleur que me faisait ressentir mes muscles paralysés, qui choisirent ce moment pour manifester leur opposition. Le sentant trembler entre mes bras, je resserrai encore mon emprise autour de lui, à un point limite étouffant. Il enfouit son visage dans le creux de mon cou, et j'imitai son geste, aussitôt après m'être rendu compte que les larmes étaient en train d'inonder mes yeux. Je humai son odeur.


Bon Dieu, j'étais si heureux. J'aurais pu rester des heures entières ainsi.


Il s'écarta lentement de moi, s'assit sur le bord de mon lit, et fit de nouveau se rencontrer nos regards. Il pleurait, désormais. Et cette vision de lui me toucha tellement que je sentais que j'allais tôt ou tard me mettre à pleurer, moi aussi. Je levai ma main, et effaçai de mes pouces les empreintes de ses précédentes larmes, mais ce fut inutile, car aussitôt, de nouvelles vinrent maculer ses joues de sillons abstraits.


Je crus que mon cœur allait bondir hors de ma poitrine lorsqu'il me lança le plus rayonnant des sourires.


« J'ai bien cru que tu n'allais jamais te réveiller…, susurra-t-il en baissant les yeux.

Tu sais bien que je ne te laisserai jamais sans surveillance, Kyung Soo.


Il sourit, gêné, comme à chaque fois que je lui disais des choses semblables, et emprisonna ma main dans l'une des siennes. Son autre main se déplaça jusqu'à mon crâne, et, tout en soutenant mon regard plus qu'insistant, il l'enfouit dans ma chevelure afin de la caresser tendrement. Je lui rendis le sourire qu'il m'offrait, mais le perdit bien vite lorsqu'une douleur lancinante envahit mon crâne alors que je m'étais décidé à me redresser. Aussitôt, Kyung Soo réagit au quart de tour, et plaqua une main sur mon torse.


Ne bouge pas, Jong In, tu es encore faible…


Je m'immobilisai, et lui obéis, surpris qu'il s'occupe ainsi de moi. Quoique, je ne devrais pas l'être, après tout. Il s'est toujours inquiété pour moi ainsi. Je lui offrit un sourire, à mon tour, et serrai sa main de la mienne. Il baissa de nouveau les yeux, et me chuchota, le rouge aux joues :


Toi, tu ne me laisseras jamais sans surveillance, et moi… je m'occuperai toujours de toi.


Je rougis violemment. S'il commençait à me dire des choses comme ça, mon cœur n'allait pas résister bien longtemps. J'hésitai quelques instants à me cacher derrière mes mains, mais je ne voulais pas lâcher ses doigts une seule seconde. Il m'avait bien trop manqué pour ça.


Je voulus alors lui demander mon bilan de santé, afin de changer de sujet, mais il me devança. Comme toujours. J'allais réellement finir par croire qu'il était devin.


Dieu merci, tu n'as rien de grave, souffla-t-il. Tu as eu un traumatisme crânien, une entorse au genou, et quelques hématomes plus ou moins importants. J'ai franchement eu peur qu'il te soit arrivé bien pire… Les médecins ont dit que tu as eu de la chance. Tu as été opéré vendredi soir, et tu es resté inconscient pendant cinq jours…


Je hochai la tête, pensif. Voilà pourquoi mes articulations étaient si ankylosées. J'avais passé cinq jours à dormir. Un record personnel. Il faudrait que je le dise à Chan Yeol, tiens. Il serait surpris.


Je fut tiré de mes pensées plus ou moins étranges lorsque je sentis un effleurement sur mon visage. Je relevai les yeux, curieux, et tombai dans le regard plus que profond de Kyung Soo. Je ne savais pas si c'était une bonne idée, finalement, car il m'était désormais impossible de détourner les yeux. Ses doigts écartèrent quelques mèches de cheveux rebelles qui me coupaient la vue, comme s'il avait deviné qu'elles me gênaient, et vinrent jouer quelques secondes avec ces dernières. Ils descendirent ensuite jusqu'à mes sourcils, qu'ils redessinèrent distraitement, glissèrent le long de mon nez, survolèrent une de mes pommettes en une caresse infime, et, finalement, lorsqu'ils atteignirent ma joue, j'enfouis mon visage dans le creux de sa paume. Je fermai les yeux, apaisé par sa simple présence.


Comment te sens-tu ?


Je rouvris les yeux pour le dévisager avec insistance.


Depuis que tu es là, bien, soufflai-je contre sa peau.


Il me sourit d'une manière des plus adorables qui soit, tandis que moi, j'étais de nouveau en train de me demander comment mon cœur réussissait à survivre face à une telle vision. Comment les autres personnes aux alentours ne remarquaient pas ce sourire. J'embrassai le creux de sa paume, avant que son pouce ne se remette à cajoler ma joue.


Comment as-tu été prévenu ? Lui demandai-je, curieux.

Apparemment, tu étais en train de m'écrire un message quand tu t'es fais… renverser, finit-il avant de déglutir. Alors, les pompiers m'ont appelés… et je suis venu aussi vite que j'ai pu.

Depuis… combien de temps es-tu là ?

En vérité je suis resté avec toi pendant ces cinq jours… Je suis resté à ton chevet, en attendant que tu te réveilles, m'avoua-t-il en baissant les yeux. Je voulais sécher les cours pour m'assurer que tu ailles bien, mais mes parents m'ont forcé à aller à l'université…


Je me mordis la lèvre, honteux de ne pas avoir fais assez attention ce vendredi-là. Je me sentais tellement con, à avoir dormi à poings fermés alors que lui était resté là, à se morfondre…


Hey, souffla-t-il. C'est quoi cette tête ?

Si tu savais comme je suis désolé, murmurai-je, honteux, clouant mon regard sur nos mains toujours liées.

C'est à moi de m'excuser… Je… Je n'aurais pas dû t'envoyer de message… Pardon.

Non ! M'écriai-je en plantant à nouveau mon regard dans le sien. Je ne veux surtout pas que tu croies que c'est de ta faute…


Il ouvrit la bouche, mais la referma aussitôt. À la place, ses doigts resserrèrent leur emprise sur les miens, et je l'imitai en retour. Il baissa les yeux sur nos doigts croisés, et un sourire triste fleurit sur son visage parfait. Curieux de connaître la raison de cet air affligé, je cherchai inlassablement son regard. Mais lorsque je me rendis compte qu'il fuyait le mien, je commençai à m'inquiéter.


Kyung Soo… ?

Les médecins ont remarqué l'état plutôt mauvais de tes poumons, et… ils m'ont demandé si tu continuais à fumer. Pourtant, je ne savais même pas que tu fumais. Alors… je n'ai pas pu leur répondre. Je ne t'ai jamais vu avec une seule clope, alors… Je ne comprend pas, murmura-t-il en ancrant son regard au mien.


Ce fut à mon tour de fuir son regard, le fixant, à nouveau, sur nos mains liées.


Jong In… Est-ce que tu… fumes ?


Je me mordis la lèvre. Merde. Je ne pouvais plus mentir, désormais. J'étais dans une impasse. Il allait donc falloir que je lui avoue. Décidément, je n'avais pas de chance, ces derniers jours. Je pris une grande inspiration, essayant de calmer les battements alarmés de mon cœur, –déjà trahis par les bips des machines qui lui révélait ô combien j'étais mal à l'aise– et ancrai mon regard au sien. Je crus que j'allais réellement me mettre à pleurer en remarquant ses yeux humides, et l'air plus que poignant qui prônait sur son visage si tendre.


Plus maintenant, soufflai-je.

Plus maintenant ? Pourquoi ça… ?


Je déglutis difficilement, et, faible comme je l'étais, je détournai le regard, n'ayant qu'une seule envie, éviter son regard peiné à tout prix. Or, je n'aurais pas dû oublier à quel point Kyung Soo pouvait être entêté. Ce fut alors sans surprise que je sentis sa main resserrer sa prise sur la mienne, et l'autre se poser délicatement sur ma joue, afin de me pousser à clouer mon regard au sien. Je déglutis derechef.


Kyung Soo, tu me fais perdre tous mes moyens.


Je fumais… je l'avoue, mais… j'ai arrêté. J'ai arrêté dès que j'ai appris…


Il déglutit à son tour, son regard affolé passant d'un de mes yeux à l'autre.


— … dès que j'ai appris ce qui est arrivé à ton frère…


J'entendis sa respiration se couper, et il baissa aussitôt la tête, essayant vainement de me cacher cette larme qui avait lentement roulé le long de sa joue. Un léger reniflement se fit entendre alors qu'il prenait le temps d'effacer toute trace sur sa peau. Or, ruinant son travail en lui provoquant une nouvelle cascade larmes, je ne pus m'empêcher de lui avouer :


Je ne pouvais pas continuer à fumer… après ce que tu as vécu. Je n'aurais pas pu supporter de revoir cette expression sur ton visage. Je te l'ai déjà dis, pourtant, chuchotai-je en posant une main sur sa joue, tu es bien plus beau quand tu souris…


Comme prévu, de nouvelles larmes vinrent dévaler ses joues, mais cette fois-ci il ne prit pas la peine de les essuyer. Mon cœur se lança dans une nouvelle course folle alors qu'il m'offrait le plus éclatant des sourires qu'il ne m'ait jamais fait. Il emprisonna ma main dans les siennes et la serra tendrement.


Je savais que tu allais t'en sortir, pourtant, j'avais si peur que tu ne te réveilles pas. J'ai eu si peur de te perdre, tu sais…, me chuchota-t-il.


La fin de sa phrase avait presque été inaudible. Il avait beau chuchoter, les tremblements dans sa voix parvenaient parfaitement jusqu'à moi. Sa lèvre inférieure frémissante trahissait son état. Et le voir ainsi, tremblant et sanglotant, firent monter en moi des larmes que l'on ne pouvait retenir, même avec toute la volonté de Dieu.


Et moi, pour la première fois, j'avais eu peur de mourir.


Je ne fais que répéter ton prénom avant de m'évanouir, Kyung Soo… Si tu savais à quel point j'ai eu peur de ne plus jamais te revoir…, murmurai-je alors que les larmes commençaient à glisser hors de mes yeux. J'ai eu si peur de ne plus jamais revoir tes sourires qui me plaisent tant.


Cette fois-ci, et pour la première fois depuis de longues minutes, il lâcha ma main, afin de se cacher le visage derrière les siennes. J'essuyai rapidement les zébrures créées par mes précédentes larmes, mais cela ne servit à rien, car de nouvelles vinrent rayer mes joues. Plutôt que de m'entêter à me convaincre que j'étais un homme, que je ne devais pas pleurer, je reportai mon attention sur mon Kyung Soo. J'esquissai un sourire en voyant ses épaules frémir, mais le perdit bien vite en remarquant que ses mains me cachait toujours de la vue de ce si beau visage. Je levai alors une de mes mains jusqu'à lui, et la nouai autour de son poignet avant de tirer légèrement dessus. Toute sa beauté me heurta à nouveau lorsqu'il ancra son regard au mien.


Envoûté, je glissai mes doigts jusqu'à sa nuque et le fis se rapprocher de moi. Et, me fichant éperdument de nos larmes qui ruisselait sur nos visages, me fichant éperdument des personnes qui pouvaient bien nous surprendre, ou encore me fichant éperdument de savoir si j'avais ne serait-ce que le droit de faire ça, prenant son visage en coupe, je scellai mes lèvres aux siennes.


Bon Dieu.


Je goûtais enfin à ses lèvres.


Un frisson parcourut aussitôt l'intégralité de mon corps alors que je me rendais compte que j'étais réellement en train de l'embrasser. Je frémis à nouveau lorsque je réalisai à quel point j'aimais ça. Je laissai quelques secondes s'écouler, mais, après m'être aperçu que, de son côté, rien ne venait, je m'écartai doucement de lui, le cœur battant. Merde. M'étais-je emballé ? Avais-je agi trop rapidement ? N'en avais-je fais qu'à ma tête ? Allait-il me haïr, désormais ?


J'ancrai mon regard au plus profond du sien, et découvris, avec effroi, ô combien il semblait abasourdi. Mais, contrairement à toutes mes attentes, il ne hurla pas tout le dégoût qu'il ressentait envers moi, ne me cracha pas au visage, ni ne se précipita vers la sortie comme je me l'étais si bien imaginé pendant une éprouvante fraction de seconde, non, il reposa timidement ses lèvres sur les miennes.


Mon cœur bondit si violemment que j'eus, pendant un instant, peur qu'il ne s'arrache de ma poitrine. Je devais bien me l'avouer, je m'étais imaginé ce baiser bien des fois, mais aucune de ces illusions n'était arrivée à égaler ce que je ressentais à ce moment là. À dire vrai, je n'avais jamais pensé me sentir aussi bien grâce à un seul baiser. Je soupirai alors, comblé par la douceur de ses lèvres que je découvrais enfin pour la première fois, et, m'aidant de ma main qui s'était agrippée à sa nuque, je pressai avec plus d'envie mes lèvres sur les siennes. Percevant le soupir qui me répondit comme un feu vert, je fis lentement glisser mes bras autour de son cou.


Je n'avais qu'une seule envie, le sentir plus près de moi encore.


À la seconde qui suivit, je sentis ses mains s'accrocher presque désespérément à ma blouse d'hôpital, avant de le sentir remuer ses lèvres contre les miennes. Un long frisson électrique rampa aussitôt le long de ma colonne vertébrale, tandis que plus sensuellement que jamais, nos lèvres se mouvaient au même rythme. J'enfouis une de mes mains dans sa chevelure, alors que, incapable de m'en empêcher, je happai sa lèvre inférieure entre les miennes. Je ne faisais que l'embrasser, pourtant, j'étais déjà dans un état second. Ses lèvres étaient plus que délicieuses, et bon Dieu, qu'est-ce que j'avais pu en rêver. Mes réactions incontrôlées envers lui me faisaient peur, mais je ne pouvais pas m'arrêter. Plus maintenant.


Je me sentais si vivant.


Tandis que moi, totalement en transe, je ne cessai de taquiner ses croissants de chair, les mordillant, les suçotant par moment, lui, de son côté, perdait patience. Ce fut alors avec grand plaisir que je sentis sa langue se frotter presque avec avidité contre ma lèvre inférieure. Je frémis derechef et entrouvris la bouche, juste assez pour sentir son muscle rose s'y insinuer. Sa langue glissa lentement entre mes lèvres, que je sentais gonflées, et frôla directement la mienne. Nos langues se rencontrèrent timidement, mais, l'envie refaisant surface au pas de course, elles ne perdirent pas plus de temps et se câlinèrent aussitôt. La tendresse et la douceur qui se dégageait de notre baiser me surprenait autant qu'elle me faisait vibrer, et ce fut, sans pouvoir le retenir, qu'un soupir s'échappa une nouvelle fois de mes lèvres. Ce baiser commençait à me faire bien trop d'effet.


Kyung Soo pressa plus encore sa bouche contre la mienne, tandis que ses mains resserraient leur emprise sur ma blouse blanche. Notre échange prit de l'intensité, et, ce ne fut que lorsque je parvins à dominer ce baiser, qu'à son tour, il lâcha un soupir entre nos lèvres emboîtées. Les bips sonores avaient perdu leur régularité, et ils s'affolaient désormais autour de nous, lui révélant à quel point c'était la fête à l'intérieur de moi. Et j'en étais horriblement gêné. J'avais peur que les infirmières s'inquiètent de ce soudain changement de rythme cardiaque, et qu'elles déboulent dans la chambre, me découvrant ainsi, collé à un autre homme que j'embrassais plus que langoureusement.


Nous dûmes nous séparer quelques secondes plus tard, par manque d'air, même si mon corps entier me hurlait de ne pas m'éloigner une seule seconde de ces lèvres que j'avais bien trop longtemps attendues. Nos regards s'ancrèrent de nouveau l'un à l'autre, et, une nouvelle fois, toute la beauté de son être me heurta, si violemment que j'en eus presque le tournis. Son regard plus envoûtant que jamais, ses lèvres tentantes, gonflées et rougies par nos fougueux baisers, ses joues rosies par cette chaleur insoutenable. Ainsi, il était irrésistiblement désirable.


Je posai une nouvelle fois ma main sur sa joue, comme ensorcelé par un charme dont lui seul avait le secret.


Mon corps entier subit un nouvel électrochoc à la vue du plus sublime des sourires qu'il m'offrit.



*



PREMIERE SEMAINE - JEUDI



Je fus autorisé à sortir de l'hôpital et à rentrer chez moi deux jours après, jeudi matin, après une série d'examens qui m'avaient semblé être interminables. Le médecin me conseilla de ne pas trop forcer sur ma jambe gauche, mais de toute façon, douillet comme je l'étais, cela ne m'était même pas venu à l'esprit. La béquille qu'il m'avait prêtée et qui était censée m'aider à marcher, en vérité, m'encombrait plus qu'autre chose. Je n'avais qu'une seule envie, désormais, c'était de la lui faire bouffer. Ce truc était une torture. Ou alors je n'étais décidément pas doué. Y avait-il réellement des gens capable de marcher avec ça ? Je les félicite ! Parce que rentrer chez soi à pied, avec ça, c'était plutôt éprouvant, en plus du fait que je devais ressembler à un papy, comme ça.


Je soupirai, épuisé par cet effort, que certains pourraient trouver minime, tandis que moi, je peinais à avancer. Heureusement que je n'habitais pas si loin. Parce que comme par hasard, ni Kyung Soo, ni moi, n'avions de quoi payer le taxi. Je soupirai derechef.


« Tu es sûr que tu ne veux pas que je te porte ? Demanda-t-il avec une moue inquiète.

Toi ? Me porter ? Répliquai-je, sourire amusé aux lèvres, en me retournant comme je le pus vers lui. Je n'ai pas envie de me briser l'autre jambe en tombant parce que tu n'as aucunement la force de me porter, Kyungie.


Il gloussa et me frappa l'épaule gentiment.


Je t'ai déjà dis d'arrêter avec ce surnom…

Et moi je t'ai déjà dis que je n'arrêterai jamais de t'appeler Kyungie.


Il soupira, faussement agacé, même si son sourire traduisait son amusement.


Même après avoir failli mourir, tu trouves toujours le moyen de me taquiner.


Je caressai ses cheveux tendrement, de ma main libre, et hésitai quelques secondes à m'arrêter afin de le prendre dans mes bras, mais me résignai ; si je m'arrêterais, je ne redémarrerai plus.


Au fait, tu es au courant que Gangnam c'est… de l'autre côté ? Demanda-t-il en me désignant le sens opposé de la direction que nous étions actuellement en train de prendre.


Oups. Je dis quoi là, maintenant ? Comment étais-je censé lui dire que je n'avais, en réalité, jamais habité dans ce quartier ? Je déglutis. Merde alors. J'étais capable d'inventer n'importe quel mensonge, à n'importe qui, mais avec Kyung Soo, je n'y arrivais pas ! Réfléchis quoi, aller, Jong In !


En fait…, commençai-je, hésitant. Je n'habite plus dans le quartier de Gangnam. J'ai… décidé de déménager. C'était trop cher pour moi, là-bas, en plus des frais d'inscription de l'université, et de tout ce que je devais payer pour survivre un minimum…


C'était pas si faux, d'un côté, hein. Si j'avais réellement habité dans ce quartier, je n'aurais pas pu passer une seule semaine avant de crouler sous les factures !


J'habite à Eunpyeong, maintenant. C'est pas le meilleur quartier de Séoul, je te l'accorde, c'est un peu loin de l'université, aussi, mais ça me permet au moins de me loger, grimaçai-je en repensant dans quel taudis je vivais désormais depuis un mois.


Je le vis grimacer à son tour, rentrant quelque peu sa tête dans ses épaules, renfrogné, tel un enfant grincheux à qui on avait fait une mauvaise blague. Ensemble qui, d'après moi, le rendait plus qu'adorable. Et il avait une vingtaine d'années. Incroyable.


C'est quoi cette tête que tu me fais, là ? Souris-je en faisant glisser une de mes mains jusqu'à sa nuque que je caressai doucement.


Il baissa la tête.


Kyung Soo… ?

Ça me rend fou de me dire que tu as autant de soucis financiers et que tu ne veux même pas que je t'apporte de l'aide.


J'ouvris la bouche pour répondre, mais il me devança.


Non, ne dis rien. Je sais ce que tu vas dire. Que je ne peux rien y faire. Mais sincèrement, ça me rend fou, cette situation.


Je baissai les yeux, gêné. Que répondre à ça ? Je savais qu'il avait raison. Et, à moi aussi, cette situation commençait à m'exaspérer. Mais comme il le disait si bien… nous ne pouvons rien y faire.


Où est-ce que tu habites ? Demanda-t-il après un soupir.

Dans cet immeuble, là-bas, le renseignai-je en pointant une direction avec ma béquille.


Un silence plutôt long s'en suivit, ainsi tournai-je la tête en sa direction. Il toisait l'immeuble d'un œil plutôt suspicieux, voire même réprobateur, les sourcils légèrement froncés. Je l'imaginais déjà se poser tout un tas de questions quant à la propreté de ces appartements. Nous nous avançâmes jusqu'au trottoir qui nous reliait directement à l'entrée, et ceci fait, Kyung Soo leva les yeux pour détailler la devanture –plutôt mal en point– du bâtiment.


Alors c'est ici que tu vis, lâcha-t-il avec une expression abasourdie peinte sur le visage.

Hm, répondis-je simplement, dégoûté par ma propre vie.


Je le vis déglutir, et il se retourna vers moi, plongeant son regard plus qu'inquiet dans le mien. Et moi, faible comme je l'étais, je baissai les yeux, incapable d'affronter ses pupilles sombres qui semblaient me communiquer toute sa frayeur. Je n'arrivais pas à le regarder en face. Je n'y arrivais plus. Comme si mon cerveau m'y en empêchait, me jugeant comme indigne de sa compassion, indigne de ses sentiments, indigne de lui. Mais Kyung Soo ne fut pas du même avis, car tandis que je m'enfonçais dans mes sombres pensées, je sentis sa main s'agripper durement à ma mâchoire. Forcé de relever la tête, je fis désormais face à un Kyung Soo, blessé, le regard dur.


Si je peux faire quoique ce soit pour t'aider, je t'en supplie… Fais-moi signe.


Je baissai les yeux, une nouvelle fois, et hochai la tête presque imperceptiblement. Il soupira alors, retira doucement sa main et se mit à jouer avec ses doigts. Il ouvrit la bouche, comme s'il s’apprêtait à parler, mais alors que je m'attendais à ce qu'il ne prenne la parole, sa bouche se referma. Mais je n'eus pas le temps de lui demander quoique ce soit qu'il me devança. Encore.


Jong In, comme tu le sais, je suis resté à ton chevet pendant ces cinq jours. Mais… Il y a quelque chose qui m'intrigue. Je n'ai vu personne d'autre, dans ta chambre, à part les infirmières et nos amis de l'université. Et lorsque j'ai demandé à l'une d'elle si quelqu'un d'autre était passé te voir, elle m'a répondu que tu n'avais pas eu d'autres visites. Comment… Comment ça se fait ? Tu n'as pas… de… proches… ?


Je détournai le regard aussitôt, incapable de faire face à sa mine inquiète. Je déglutis et fermai finalement les yeux afin de me concentrer sur la décision à prendre. M'enfuir ? L'assommer afin qu'il perde la mémoire ? Lui raconter un odieux mensonge ? Ou encore lui avouer la vérité ? Non. Si encore je n'étais pas un lâche, ni un être assez cinglé pour le tabasser, lui mentir me ferait trop de mal. Je ne pourrais plus le regarder en face. Mais je ne pouvais définitivement pas lui raconter la vérité. Mon passé. Ma vie. Je ne pouvais pas, je ne pouvais pas !


Écoutes, Kyung Soo… Je suis exténué… Je te raconterai… plus tard, d'accord ?


Il y eut un court silence, avant qu'il ne lâche finalement, après une légère hésitation :


D'accord.


Je savais qu'il n'était pas du tout convaincu. Ses yeux et son visage s'étaient assombris. Il savait que je n'allais rien lui dire. Mais que pouvait-il faire ? Rien. Et il le savait. Et moi, je me sentais tellement mal, désormais. Je baissai une nouvelle fois la tête, abattu, avant de soupirer en sentant ses doigts fins caresser ma joue de manière affectueuse. Je relevai les yeux, comblé par sa simple présence à mes côtés, mais au moment même où mes yeux rencontrèrent les siens, il retira brusquement sa main et détourna le regard. C'était quoi cette réaction, là ?


Jong In, je… Euh…


Oh. Merde. Ça ne sentait pas bon. Qu'allait-il me dire ? C'était quoi, cette expression perdue sur son visage ? Pourquoi fuyait-il mon regard, tout à coup ? Ce fut à mon tour d'agripper sa mâchoire afin de le forcer à me regarder. Je l'interrogeai aussitôt du regard.


Est-ce que… Enfin… Est-ce que nous sortons ensemble ?


Je relâchai ma prise, surpris. Alors c'était tout ? Je soupirai, soulagé, avant de me mettre à rire. Quel idiot, j'avais frôlé la crise cardiaque, tandis que lui fuyait mon regard, tranquille ! Je reportai mon attention sur lui, et mon sourire s'agrandit en remarquant qu'il me lançait un regard totalement perdu, dû à mon soudain changement de comportement. Je me penchai alors au-dessus de lui, et ancrai mon regard au plus profond du sien.


Seulement si tu n'y voies pas d'inconvénients… Oh, attends. Même si tu y voyais un quelconque inconvénient, je t'y forcerai, murmurai-je de façon taquine alors que je rapprochais mon visage du sien.

Pas la peine de me forcer, tu sais…, répondit-il sur le même ton.


Je souris, séduit par sa réponse, et lorgnai quelques secondes ses lèvres pleines et plus que tentantes, avant de finalement fermer les yeux. Je n'eus pas beaucoup à attendre avant de sentir ces dernières se poser délicatement sur les miennes. Envoûté, je ne pus m'empêcher d'entourer sa taille de mon bras inoccupé, afin de le coller à moi de manière possessive. Je le sentis sourire contre mes lèvres, et, en écho à mon geste, il noua étroitement ses bras autour de mon cou, me forçant à me pencher plus encore, rapprochant nos corps plus qu'ils ne l'étaient déjà. Nous avions beau être en plein milieu d'une rue, dans un quartier plutôt mal famé, à la vue de dizaines de passants, je ne pouvais pas me détacher de ses lèvres, qui se mouvaient plus sensuellement que jamais contre les miennes. Dieu. Qu'est-ce qu'il embrassait bien. S'était-il déjà entraîné avec quelqu'un d'autre ? Avait-il déjà eu une relation… sérieuse ?


La jalousie faisant inconsciemment surface, je me surpris à devenir plus agressif dans notre échange. Mon bras se resserra autour de son corps et son torse se plaqua au mien, tandis que j'attrapai, plus violemment que je ne l'avais voulu, sa lèvre inférieure entre mes dents. Mais le petit soupir qui répondit à mon ardeur me dissuada de me calmer. Après tout, ça n'avait pas l'air de le déranger plus que ça. Ce fut alors, presque avec fougue, que j'enfonçai ma langue entre ses lèvres, me tirant un grognement presque inaudible que je fus incapable de retenir. Tout ce que je désirais, désormais, était d'approfondir cet échange, et j'étais déjà à deux doigts de le plaquer contre le mur, juste derrière lui.


Je dus couper court notre baiser, par manque d'air, mais surtout parce qu'il commençait, étrangement, à me faire bien trop d'effet. Je rouvris alors les yeux, mais regrettai aussitôt mon geste, car mon regard tomba directement dans celui de Kyung Soo. Plus sombre que jamais. Il reluquait mes lèvres d'une manière si provocante, que je dus prendre sur moi-même pour ne pas replonger aussitôt sur ses lèvres. Il finit par ancrer son regard au mien, et m'offrit, par la suite, le plus éblouissant des sourires.


Tu viendras à l'université, demain ?

Rien que pour toi, même.

Oh. Alors à demain, Jong Innie, souffla-t-il d'une manière bien trop sensuelle.

À demain, mon Kyungie, répondis-je avant de goûter une dernière fois à ses lèvres. »



*


PREMIERE SEMAINE – VENDREDI



Ce fut avec une bonne humeur jamais égalée auparavant que je me réveillai ce jour-là. Et ma première pensée fut pour Kyung Soo. Et son sourire, que j'attendais impatiemment de revoir. Sourire aux lèvres, je repoussai ma couette et m'extirpai du lit en moins de temps qu'il ne l'aurait fallut pour le dire. Je trottinai jusqu'à ma commode, enfilai mon uniforme à la vitesse de l'éclair, et continuai ma route vers ma salle de bain, me dandinant au rythme d'une musique qui défilait dans ma tête. Je me lavai rapidement le visage, ébouriffai mes cheveux, et, satisfait, je souris à mon reflet, en espérant inconsciemment que j'allais lui plaire à nouveau. Je sortis de la petite pièce, traversai mon appartement, pris un petit pain en route et sortis en trombe de chez moi.


Je parvins à l'université avec une vitesse et un enthousiasme que je ne me connaissais pas, mais cela me permit d'avoir quelques minutes de temps libre, et j'en profitai pour rejoindre les autres, près du portail. Je leur fis signe de loin, tout sourire, et aussitôt, des acclamations ainsi que des sifflements se firent entendre.


« Hey ! Voilà le survivant ! S'écria Chan Yeol avec un sourire qui n'avait jamais été aussi grand.

Jong In ! Je ne pensais pas que tu allais revenir si tôt ! Tu vas bien ? Me demanda LuHan en me tapotant l'épaule lorsque je les rejoignis.

Oh, Jong In-ssi ! J'ai eu tellement peur pour toi ! Hurla Zi Tao en accourant vers moi avant de me prendre brusquement dans ses bras, ne me laissant pas le temps de répondre au pauvre LuHan. J'avais peur que tu soies horriblement blessé !


À peine fus-je libéré de l'emprise de Zi Tao que je me retrouvai à nouveau plaqué contre un nouveau torse. Je n'eus seulement le temps de réaliser que ce dernier appartenait à Chan Yeol que je fus soulevé dans les airs par ses bras que je ne pensais pas aussi musclés.


Ça fait plaisir de te revoir, p'tit monstre. Comment te sens-tu ?

Bien… Mais si tu me reposais, je me sentirais encore mieux !


Les autres rièrent tandis qu'il me reposait doucement au sol. Je lui donnai une tape amicale sur l'épaule, qu'il me rendit, et aussitôt, je me retournai vers les autres. Je n'eus pas beaucoup à chercher avant de le remarquer, entre Yi Fan et Lu Han. Un sourire si tendre dessiné sur son si joli minois. Qui n'était destiné qu'à moi, à moi seul, et qui me paralysait à chaque fois. Il était parfait. Je lui souris à mon tour, m'approchai lentement de lui, afin d'avoir le temps de le détailler une nouvelle fois. Parvenu jusqu'à Kyung Soo, et me contrefichant des personnes alentours, et de ceux qui pourraient éventuellement mal le prendre, je fis glisser un de mes bras autour de son cou, et, le tirant tout contre moi, je posai férocement mes lèvres contre les siennes. Directement, des sifflements se propagèrent autour de nous tandis que je remuai doucement mes lèvres contre les siennes.


Kyung Soo, tu nous l'avais caché, ça !

Le cachottier !

Vous avez fait quoi quand nous n'étions pas là, à l'hôpital, hein ?


Je sentis Kyung Soo sourire contre mes lèvres, et doucement, il fit glisser ses mains autour de ma taille, sous ma veste d'uniforme. Je le rapprochai plus encore de moi et pressai mes lèvres contre les siennes, tandis que ses mains appuyaient doucement sur mon dos afin de me coller à lui.


Tu m'as manqué, lui chuchotai-je sans éloigner mes lèvres plus que ça.


Il rouvrit lentement les yeux, et peu à peu, un nouveau sourire, comme je les aimais tant, vint illuminer son visage. Nous nous écartâmes, presque à contrecœur, et nous retournâmes vers les autres, qui nous regardaient fixement, pour certains avec des sourires pervers, d'autres, avec de grands yeux ahuris. De vrais voyeurs. Mais face à leurs questions silencieuses et leurs regards interrogatifs et plus que curieux, Kyung Soo leur répondit simplement, tout sourire :


Et si on allait en cours, hm ?


Sans attendre une quelconque réponse ou une quelconque réaction, il lia ma main à la sienne et me tira derrière lui afin de s'échapper au plus vite de leurs futures questions gênantes. Je ricanai à sa manière de se défiler et le laissai me traîner à travers les couloirs, amusé. Mais au fur et à mesure où nous avancions, je sentais les regards se faire plus nombreux sur nous. J'examinai alors les alentours, et remarquai que les autres élèves nous dévisageaient de manière plutôt insistante, nous lançant des œillades indiscrètes et s'échangeant quelques messe-basses. Je n'en compris pas tout de suite la cause, mais lorsque je vis Kyung Soo ralentir, rentrant légèrement sa tête dans ses épaules, je compris que ces crétins n'avaient juste pas l'habitude de voir des homosexuels qui s'assumaient. Alors, comme pour bien les faire rager, je stoppai Kyung Soo en tirant sur sa main, et lorsqu'il se retourna face à moi, je déposai directement mes lèvres sur les siennes, en plein couloir, au milieu de tout ce monde. Un brouhaha naquit aussitôt, je pus même entendre certaines personnes hoqueter de surprise, mais la réaction qui me plut le plus, fut sans hésiter celle de Kyung Soo. Il s'était raidi de tout son long, et m'avait lancé un regard offusqué, avant de se détacher de moi pour courir jusqu'à notre salle de classe.


Ce qu'il était mignon.


Je rentrai à mon tour dans la salle de classe, tout sourire, et vins machinalement m'asseoir près de Kyung Soo, sous son regard faussement irrité. Je lui souris pour toute réponse, posai inconsciemment ma main sur sa cuisse sans même me rendre compte à quel point je pouvais être possessif, et après avoir vérifié que personne d'indiscret ne nous épiait, je lui volai un chaste baiser. Quoi ? J'avais désormais le droit de m'attaquer à ses lèvres, j'allais en profiter !


Huang Zi Tao.

Là ! Répondit-il d'une voix pimpante qui contrastait avec celle endormie du professeur.


Je me retournai soudainement vers Kyung Soo, perdu.


On est en quel cours, au fait ?

En coréen, rit-il.


Yes !


Kim Jong In.

Votre élève préféré est de retour, monsieur ! Répondis-je avec un grand sourire. Et en un seul morceau !


Les rires des autres élèves se propagèrent aussitôt dans la pièce tandis que le professeur tournait vers moi un regard amusé.


Bon retour parmi nous, monsieur le cascadeur. Kim Jun Myeon ?

Présent.

Oh SeHun. Oh SeHun ? Répéta l'enseignant après un cours laps de temps. Encore absent ?

Apparemment, soupira LuHan.


Je me retournai vers Kyung Soo, surpris.


SeHun est absent ? Ça ne lui ressemble pas, pourtant, chuchotai-je.

Ça fait une semaine qu'il ne vient pas, répondit Kyung Soo avec une petite moue inquiète.

Une semaine ? Répétai-je, choqué.

Il dit qu'il a attrapé une maladie très contagieuse, s'incrusta Chan Yeol en se penchant vers nous.


Il avait dû attraper une sale maladie alors, pour ne pas venir toute une semaine.


Sérieusement ? Il ressemble à quoi, du coup ? Un zombie ? Un mutant ? Demandai-je en gloussant.

Je ne sais pas, répondit Chan Yeol en riant, il ne veut pas sortir, soit-disant pour ne pas qu'on attrape sa maladie. On va demander à LuHan, lui doit savoir !


Chan Yeol se pencha un peu plus en avant, et appela LuHan, à l'autre bout de la classe. Ce dernier se retourna alors, les sourcils haussés. Le Happy Virus du groupe vérifia rapidement si le professeur ne nous regardait pas, et chuchota au blondinet, assez fort pour qu'il puisse l'entendre :


SeHun, à quoi il ressemble, alors ? Un zombie ? Un monstre ? Il a la morve qui coule du nez ? La peau verte ? Ou violette ?


LuHan soupira, tandis que Kyung Soo et moi commencions à rire de manière totalement puérile.


Je ne sais pas, répondit le blondinet en soupirant, une moue triste collée au visage. Même moi, il ne veut pas me voir. À chaque fois que j’émets la possibilité de passer chez lui, il s'affole et m'interdit de venir… Comme s'il ne voulait pas de voir, ou qu'il avait quelque chose à cacher…


Je m'arrêtai brusquement de rire. Avais-je bien entendu ? SeHun ne voulait pas voir LuHan ? Il y avait quelque chose qui clochait. Forcément. SeHun était amoureux de lui. Tout le monde le savait. Et ça se voyait. S'étaient-ils disputés ? Kyung Soo m'apprit que non. Alors pourquoi SeHun s'entêtait à rester chez lui, et à n'ouvrir à personne ? Je commençais de moins en moins à croire à cette histoire de maladie contagieuse. Apparemment, je n'étais pas le seul, même Chan Yeol était sceptique. Et, alors que je cherchais tout un tas de raison, en m'imaginant LuHan prendre de ses nouvelles et SeHun lui répondre, affolé, de ne pas venir le voir, je compris. SeHun n'était pas malade. Il s'était passé quelque chose. Et s'il voulait que son copain reste dans l'ignorance, ce devait être grave. Peut-être me faisais-je des idées. Je l'espérais bien.


Lorsque la cloche sonna, je me précipitai vers la sortie, et attendis impatiemment que LuHan ne sorte. Quand il passa le bout de son nez, je me jetai presque sur lui.


Tu es déjà passé le voir chez lui ? Demandai-je en feignant le détachement.

J'ai déjà essayé plusieurs fois. Il me disait de ne pas venir, que j'allais tomber malade aussi, mais je voulais savoir comment il se portait. Alors je me suis déplacé quand même. Mais il ne m'a pas ouvert. Je savais qu'il était là, mais il n'est pas venu m'ouvrir.

Et lorsque vous vous appeliez, comment était-il ? Est-ce qu'il avait du mal à parler, ou quelque chose comme ça ?

Non, il avait juste l'air très fatigué, répondit-il en fronçant les sourcils.


Je hochai la tête, pensif. Que lui arrivait-il ? Il fallait que je trouve un moyen d'aller chez lui. Je devais savoir ce qu'il se passait. Et intérieurement, j'avais l'intuition que si je passais le voir chez lui, il allait m'ouvrir.


J'ai une idée.


Tu n'as pas pu lui donner ses leçons, et tout le bordel, n'est-ce pas ? Tu pourrais me les donner, à moi, s'il te plaît ?

Pourquoi ça ? Il ne t'ouvrira pas de toute façon…

Je peux toujours essayer, tentai-je avec un grand sourire. Et puis, s'il ne veut pas m'ouvrir, je défonce sa porte ! Non, mieux. Je la crochète avec ma carte. Comme ça je n'aurais rien à payer.


Il me dévisagea avec un œil suspicieux, et finalement, haussa les épaules.


D'accord, lâcha-t-il simplement.


LuHan farfouilla quelques secondes dans son sac de cours, avant de finalement en sortir une pochette en plastique bourrée de feuilles. Il me donna ensuite son adresse, m'indiqua rapidement comment il aller, et je le remerciai grandement, soulagé. À vrai dire, je ne pensais pas qu'il allait accepter. Je partis alors en sens inverse des autres élèves, mais à peine me retournai-je que je tombai sur Kyung Soo, qui me fixait avec les sourcils haussés. Il arrive toujours à des moments cruciaux, lui. Je lui expliquai rapidement que j'allais rendre visite à SeHun, que j'allais revenir rapidement, mais face à son regard non-convaincu, je répétai que je pouvais toujours essayer. Il me sourit alors, et je me penchai pour cueillir ses lèvres.


Je sortis alors de l'université en serrant le bout de papier sur lequel était écrit l'adresse de SeHun, et me mis en route. J'arrivai dans sa rue plutôt rapidement, contrairement à LuHan, qui lui, avait difficilement trouvé, et je fus surpris de constater que je n'habitais pas si loin de chez lui. J'errai alors le long de la rue, examinant rapidement les différents noms sur les boites aux lettres, jusqu'à en trouver une avec écrit « OH » écrit à la main. « OH ». Vraiment un nom étrange, je trouve. Peu importe.


Je traversai la petite allée, gravis quelques marches, et toquai à sa porte. J'attendis quelques secondes, mais évidemment, il ne vint pas m'ouvrir.


« SeHun ? L'appelai-je à travers la porte. C'est moi, Kai. Viens m'ouvrir.


Quelques secondes s'écoulèrent.


Je sais que tu es là. Tu as pris ton courrier, aujourd'hui.


Un nouveau silence naquit.


Je sais que tu n'es pas malade, SeHun. On ne me l'a fait pas, à moi.


Cette fois-ci, je n'eus pas à attendre ne serait-ce que trois secondes avant d'entendre la clé s'introduire dans la serrure. Lentement, la clé tourna, et d'un coup sec, le verrou se retira, en un clic bruyant qui me fit sursauter. La porte s'ouvrit, d'un mouvement las comme si nous avions passé cette scène au ralenti, comme si SeHun voulait se cacher derrière aussi longtemps qu'il le pouvait. Mais il finit, enfin, par être à découvert.


Je hoquetai de surprise.


À vrai dire, je ne m'attendais pas à le voir ainsi. Le teint pâle, les yeux cernés, le corps frêle, voûté, les cheveux ébouriffés. Un œil au beurre noir, la lèvre fendue, l'arcade boursouflée, la peau marquée par des hématomes violacés et vifs, les côtes entourées par un bandage épais.