Chapitre II

par J. Phoenix

Sehun attendit que les deux hommes partent et se soient assez éloignés pour se rapprocher de celui qui était resté. Quand l'autre remarqua sa présence, il tourna vivement la tête vers lui et eut un mouvement de recul puis cligna plusieurs fois des yeux. Il faut dire qu'il ne s'attendait pas à le croiser en pleine nuit dans une rue sordide. Quant à Sehun, il sourit. Ses yeux ne l'avaient pas trompés. Malgré l'obscurité presque complète, il l'avait reconnu.

Louveteau ? Qu'est c'que tu fais là à cette heure-ci ? Les trottoirs ?

Luhan fourra ses mains dans les poches de sa veste à capuche et détourna la tête, le visage fermé. L’autre fit un pas vers lui.

Quoi, tu te la ramènes pas cette fois ? J’ai visé juste peut être.

Leurs regards se croisèrent l’espace de quelques instants et un silence s’installa. La lueur du lampadaire plus loin éclairait le visage de Luhan en partie et laissait apercevoir des yeux cernés et un teint presque grisâtre.

En quoi ça te concerne… murmura le jeune homme en regardant ailleurs, comme s’il pouvait percevoir quelque chose dans la pénombre. J’ai pas de comptes à te rendre à ce que je sache.

Tu me prends pour qui ? Tu crois que je reste les bras ballants quand je vois une personne en difficulté ? Allez, dis-moi !

Te fous pas de ma gueule.

L'autre allait répliquer mais Luhan, après avoir regardé l'écran de son téléphone, couvrit brusquement sa bouche de sa main, ses yeux scrutant de nouveau l'obscurité de la rue. Sehun se dégagea immédiatement en le poussant violemment en arrière, mais toute l'attention de Luhan était focalisée sur autre chose : une silhouette venait de tourner l'angle de la rue et son cœur avait manqué un battement.

Rentres chez toi, Oh Sehun.

Attends-

Sans qu'il ne le voit venir, Luhan le fit taire d'un coup de poing dans la mâchoire qui faillit le faire tomber à la renverse et l'étourdit un instant. Quand il eut repris ses esprits, il se redressa et lui rendit immédiatement son coup, l'envoyant valser contre le mur derrière lui. À sa grande surprise, il ne s'en formalisa même pas. Il agrippa seulement sa veste pour le tourner dos à lui et le pousser dans la direction qu’il avait initialement prise avant de le rencontrer.

- Tires-toi. Maintenant.

Qu’est ce que c’est que ces conneries ?

Il tenta de croiser son regard une nouvelle fois. Il semblait sérieux, voire paniqué, et pour la première fois, Sehun décida de ne pas le contrarier.

Il se tourna une dernière fois vers lui avant de contourner les escaliers de pierre le plus rapidement possible et de s'éloigner.

Luhan s'enfonça un peu plus dans l'ombre en remettant la capuche de son sweet noir sur sa tête. Il se massa le bas de la mâchoire et passa sa langue sur sa lèvre inférieure qui commençait à le faire souffrir. Un goût métallique envahit sa bouche.

Connard... marmonna-t-il en mettant à nouveau les mains dans ses poches.



Quand Sehun fut devant la porte de son appartement, il souffla un grand coup avant de sortir ses clefs de son sac. Il ouvrit la porte le plus délicatement du monde et enleva ses chaussures dans l'entrée. Aucune trace de sa mère. Il soupira de soulagement et commença à avancer en longeant le mur du petit couloir pour éviter d'allumer la lumière, quand tout à coup, celle-ci s'alluma toute seule, et son cœur fit un bond vertigineux dans sa poitrine. Minhye se tenait devant lui, nonchalamment appuyée contre le mur, le doigt encore sur l'interrupteur. Sehun eut un rire nerveux et passa sa main sur sa nuque.

Je peux tout t’explique- AH.

Sa mère l'avait fermement saisi par une oreille pour le traîner jusqu'à sa chambre, ignorant soigneusement ses plaintes et ses jurons.

À quoi ça a servit que je passe des journées à faire entrer la notion de l’heure dans ta petite tête si tu sais toujours pas la lire, vaurien ?

J'étais chez Baekhyun, on organisait l'anniversaire de sa mère, débita Sehun à toute vitesse et à bout de souffle.

Il y eut un long silence. Sa mère plissa les yeux et finit par lui lâcher l'oreille, très calmement, avant de se diriger vers la porte, sans le lâcher des yeux. Quand elle fut sortie, Sehun souffla et se massa l'oreille en grimaçant. Il sursauta quand la porte se rouvrit brusquement, et leva ses deux mains en l'air, en signe d'innocence. La tête de sa mère passa dans l’entrebâillement.

Ne te réjouis pas trop vite.

Tout en parlant, elle pointa deux doigts vers ses propres yeux, puis les pointa vers Sehun et ferma la porte pour la deuxième fois. Le jeune homme la regarda durant quelques secondes d'un œil méfiant. Elle s’ouvrit à nouveau.

T'es pas encore couché ? demanda Minhye en s'appuyant contre l'encadrement de la porte, les bras croisés.

Sehun émit un soupir à fendre l'âme.

Maman…

Elle se redressa en levant ses mains en l'air.

Je plaisantais ! On ne peut plus rire dans cette maison... marmonna-t-elle en quittant la chambre de son fils pour la énième fois, et ferma la porte derrière elle.

Sehun commença à se déshabiller en marmonnant comme il le faisait toujours quand il était contrarié, et fit claquer sa langue, le sang bouillonnant dans ses veines quand la voix de sa mère s’éleva derrière la porte cette fois.

Arrête de te morfondre un peu ! T’es jeune, t’as encore toute ta vie devant toi !

Putain mais-

- Je t'entends !

Il enfila rapidement le pantalon de survêtement dont il se servait de pyjama et entra rageusement dans son lit.

J’ai compris que tu m’avais pas cru ! J’ai compris, arrête de me torturer !

Les pas de sa mère s'éloignèrent enfin et il soupira. Il lui semblait que Baekhyun lui avait conseillé quelque chose mais il était incapable de se souvenir de quoi il s’agissait. Tans pis.



Quand Sehun revit Baekhyun au lycée le lendemain matin, il eut tout à fait l’impression qu’il allait passer un mauvais quart d’heure. Ou plutôt une mauvaise journée. Autant dire qu’il préférait la première solution.

Il a pas l'air de bonne humeur, ça va chier... soupira Jongin en faisant mine de s'écarter quand il vit Baekhyun ouvrir la porte du hall d’un coup de pied.

Sehun fit mine de regarder la montre qu’il ne possédait pas et qu’il n’aurait sûrement pas mis à son poignet droit même s’il en avait eu une, et amorça une fuite en direction de la salle de classe. C’était sans compter sur Jongin qui lui notifia très utilement qu’il oubliait son sac et il fit demi-tour pour finalement se retrouver nez à nez avec son meilleur ami, ou son futur bourreau, au choix. Il mit d’ailleurs soigneusement et de manière presque imperceptible ses mains devant son entre-jambe. Baekhyun était du genre à frapper là où sa faisait mal si ses souvenirs étaient bons.

Fausse alerte, il venait de se prendre une claque à l’arrière de la tête. Il faillit lui demander comment un nabot comme lui avait pu l’atteindre à la tête mais s’abstint. Il n’avait pas prévu de se faire éclater les parties intimes aujourd’hui. Peut être une autre fois.

Ton chat a chié dans tes pompes ou quoi ? Qu’est ce que t’as ?

J’ai jamais eu de chat et tu ferrais mieux de réfléchir très vite, dit-il entre ses dents en l’entraînant dans le couloir.

Me dis pas que tes parents ont vu l’appart…

Justement c’est pas ce que j’allais dire et c’est le problème, Oh Sehun. Tu sais quoi ? Après que tu m’ais abandonné comme un lâche sans même insister pour m’aider, espèce d’enfoiré, j’ai entendu une voiture en bas et j’ai cru que j’allais me chier dessus. Je me suis cassé le cul en quatre pour tout ramasser en cinq minutes chrono et c’était même pas eux !

Sehun réprima une envie de rire et profita du fait que Jongin annonçait qu'il allait rejoindre sa classe pour se détourner de Baekhyun. Ils entrèrent à leur tour en classe et s'installèrent à leur place, au fond de la salle. Sehun se tourna enfin vers son ami, assis à la table à sa droite.

Tout ça... pour ça ?

Tout ça quoi ?, demanda Baekhyun en levant son sac comme s’il s’apprêtait à le lui foutre sur la gueule.

Ben, tout ça !

Je te signale que t’as posé une tranche de pizza sur le canapé, ducon ! Une tranche de pizza. Tu m’expliques comment je suis censé faire partir ça avant que ma mère le découvre et me l’envoie en travers de la gueule ? Tu m’emmerdes, refais moi un truc pareil et j’te fais nettoyer le sol avec ta langue !

Sehun hocha simplement la tête avec un semblant de gravité avant de la secouer et de porter ses mains à ses oreilles, comme transporté par la douleur.

C’est huit heures du matin et tu me donnes déjà mal à la tête… Un moulin à parole, bordel de dieu…, chuchota-t-il comme pour lui même et ignora royalement le doigt d’honneur que son ami lui adressait pour seule réponse.



Le calme revenait peu à peu dans la salle quand le professeur entra et le regard de Sehun se posa sur la table entre celles de Minseok et de Jongdae. Elle était vide. Luhan était probablement tombé malade. Voilà ce qu'il récoltait à traîner dans les rues toute la nuit.

Sa théorie semblait crédible. Pourtant, il en doutait. Avait-il eu des problèmes ? À cause de lui ? Sehun n'était pas bête. Ce que Luhan avait échangé avec ces deux hommes, ce n'était sûrement pas des chewing-gums ou des Carambars goût barbe-à-papa. Pas que les chewing-gums ou les Carambars goût barbe-à-papa soit bénéfiques et indispensables, mais au moins ça, c'était légal. Luhan était-il un dealer ou une connerie dans le style ?

La porte qui s'ouvrit brusquement le fit sortir de sa rêverie et il tourna la tête vers celle-ci, ayant déjà une idée de qui était l’impertinent qui arrivait en retard et entrait sans frapper en plus.

Quand on parle du Louveteau... murmura-t-il.

Luhan se tenait près du bureau du professeur, penché en avant en s'excusant de son retard dû à un problème de réveil, et le le vieil homme lui fit signe d'aller s'asseoir, d’un signe las de la main. Ses excuses de merde il les connaissait déjà sur le bout des doigts.

Tandis qu'il se dirigeait vers sa place, Sehun put le voir de face et faillit pouffer. Même si ses excuses étaient toujours les mêmes, elles n’en semblaient pas moins vraies, vu sa chemise boutonnée de travers, sa cravate mal serrée et ses cheveux en bataille. Il s'assit mollement sur sa chaise en soupirant, échangea quelques mots avec Jongdae, puis posa sa tête sur ses bras repliés, sans même prendre la peine de sortir ses affaires, prêt à dormir. Dormir ? Comment ça dormir ? Toute la classe devait lutter pour survivre à ce cours d'histoire d'une chianteure inégalable, et cet enfoiré allait juste dormir ?

Bien décidé à empêcher une telle injustice, Sehun déchira un généreux morceau d'une page de son cahier et le roula en boule. Il jeta un coup d’œil au professeur avant de balancer sa boulette de papier sur Luhan, qui se trouvait trois bureaux plus loin. Il n'eut aucune réaction. Il recommença. Toujours rien. La troisième fois serait la bonne. Non.

Il est mort ou quoi ?, chuchota-t-il en fouillant dans sa trousse, d'où il sortit le bout de gomme hideux qu’il se trimballait depuis près de trois années scolaires.
Cette fois, Luhan sursauta quand l'objet lui frappa la nuque et il se pencha sur le côté pour récupérer la gomme qui était tombée au sol. Il ne chercha même pas à comprendre à qui elle appartenait. Il se tourna vers Sehun qui faisait semblant d'écrire et la lui renvoya. L’autre émit un couinement de douleur lorsqu'il reçut la gomme dans le front de plein fouet, attirant le regard de quelques élèves sur lui. Il ne se baissa même pas pour la ramasser et continua son activité précédente comme si de rien n’était, dans l’espoir que personne n’y avait fait attention. Il avait tout de même fait un bruit foutrement bizarre.

Luhan et Sehun.

Il serra son stylo dans son poing et garda la tête baissée sur son cahier comme s’il n’avait pas entendu, mais voyant que le silence soudain se prolongeait il leva lentement les yeux vers le vieil homme qui le regardait par dessus ses lunettes.

O- Oui… balbutia-t-il en clignant des paupières.

Pour le devoir d'histoire dont je suis sur le point de distribuer les sujets, je tiens à vous annoncer que vous n'aurez pas à vous embêter pour choisir votre binôme, parce que je l'ai déjà fait pour vous. Puisque vous tenez tant à entrer en contact, vous travaillerez ensemble.

Sehun se redressa complètement cette fois et se mit à rire nerveusement.

Att- Attendez c’est…

Il lança un regard à Luhan qui gribouillait sur sa feuille sans un mot. Il était d’accord avec ça ? Vraiment ? Ou alors il s’en battait royalement les couilles, ce qui n’était pas le cas de Sehun.

Je pense que ça va être compliqué de s’entendre sur ce su… jet…

Sa voix mourut lentement dans sa gorge et il baissa de nouveau la tête sur son cahier en jurant silencieusement et froissant la page de son cahier dans son poing serré.