Complexe Immun

par sungra

Chapitre 22


- complexe immun -


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Baekhyun regarde son bocal. 


Son bocal d'avion, de roadtrip, son espoir, et y'a son soupir qui glisse dans la lumière du matin. 


Chanyeol dort à côté de lui, avachi de tout son corps, la peau en sueur, son échine dorsale tordue, c'est bien là tout ce qu'il aura vu de la nuit, entre la haine et les larmes au coin des yeux. Parce que Baekhyun a pas fermé l'oeil, et puis, ça fait trois nuits qu'il a pas fermé l'oeil, que seul le jour lui clot les paupières à l'occasion d'un somme. 


Baekhun est terriblement fatigué, las, usé, jusqu'à la moelle. Il réalise depuis quelques jours qu'il a toujours voulu dénouer sa vie minable, ses airs d'intellos, être un autre, plus grand, plus fort, plus courageux, qui piétine le monde à coup de pied, qui est beau, adulé, magnifique, génial Gastby ! Génial Chanyeol ! Et le voilà devenu un Baekhyun dans Chanyeol, un gars pitoyable qu'a même plus de nom, qu'est plus qu'un chiffre. Le voilà devenu un rien tout aussi flasque et tout aussi laid. 


Le voilà devenu un pitoyable humain en quête de prénom, et de sois. C'pas rien. Quand on a plus rien. C'est le néant. Le néant tout plein d'émotion. Baekhyun soupire, ses pensées sombres s'amoncellent comme un putain de complexe immun antigène – anticorps. Lui, c'est l'anticorps, vous voyez le genre ; le corps étranger dans le corps humain de la société. 


Il regarde Chanyeol dans l'aube, le rayon orange du soleil matinal qui effleure sa nuque, son épaule, ses spasmes matinaux, ses étirements inconscients de phalange dans le vide, il observe son éveil, sa cassure et ses morceaux partout dans le lit. Ce grand puzzle qu'il est. Ce grand puzzle qu'ils sont tous les deux et ils forment 10 000 pièces, et c'est le même casse-tête.

Il a dans son coeur, au creux de l'artère, cette impulsion fébrile, ce boum boum boum boum, cet afflux sanguin qui monte jusque dans ses pomettes, comme la colère, la tristesse lui montent aux joues, de la même manière ça le submerge comme un gros tsunami, mais cette fois-là, ce n'est plus la même submersion. Cette fois, c'est comme une inondation sucrée, cette fois, c'est doux, c'est apaisant, c'est calme. 

Cette fois, ça étouffe le mal et ça panse. 


Cette fois, ça devient comme compulsif, d'embrasser cette colonne vertébrale. 


Mais Baekhyun sait qu'il doit pas tomber dans ce travers fou, plus tomber amoureux, ah ça non, ah ça c'est dangereux ! Sur tes pieds et tes orteils Baekhyun, saute du lit, prends le bocal, casse-toi ! Allez fuis, t'es fou, t'es amoureux d'un gars qui t'as coupé en morceaux avec un ciseau à bout rond. 


Allez, ça craint, Baekhyun casse-toi, trouve-toi un compagnon de route et dégage. 


Baekhyun est déjà en train de courir vers le bocal, il le prend contre son coeur, l'enfourne dans ses côtes. Il a peur, qu'on lui vole la vie, la liberté, l'espoir de se découvrir, de se refaire. Il a peur d'aimer, bordel, des démons, des numéros ! Non, pas les numéros ! 


La porte claque. Chanyeol sursaute dans le lit. 

Quand il voit que c'est vide, autour de lui, pas de son cher Baekhyun, il jure, lance le vide rageusement. Et ça vient de ses tripes.




°



- Hey Yixing, Yixing, je peux faire un bout de chemin avec toi ? Hurle Baekhyun, piétinant vers le blond qui s'apprête à monter dans le bus vers Séoul. 


Yixing a l'air très surpris de sa venue, il jette un coup d'oeil vers la boule de nerfs qui fonce vers lui. Préoccupé par son objectif, et ses propres soucis, le Chinois ne rechigne pas, ne demande ni à Baekhyun de partir, ni pourquoi il s'excite vers lui de bon matin. Il sent la transpiration un petit peu, Yixing n'apprécie pas, mais il sourit, il acquiesce, et monte dans le bus avec un petit garçon piétinant derrière lui. 


Il s'assoit sur un siège, Baekhyun le rejoint, lourd. Il a beaucoup courru, donc il halète quand il l'interroge :


- Tu vas loin ? 

- Séoul. Marmonne Yixing. 


D'humeur exécrable, il a déjà des remords à l'ignorance qu'il inflige au petit gars. Il tourne la tête sur la route, grommelle dans le silence, les arbres défilent, les instances chahutées du bus, les frétillements de la chaleur à travers les vitres entrouvertes. Il veut être seul, seul avec ses tourments, seul et sa boule au ventre qu'il menace de régurgiter. 


Yixing, usé de sa vie, tourne la tête vers son ami, son cher gamin. Il a pas la force de sourire sous son nuage gris, mais il a le courage de faire l'amusé : 


- Partir où, idiot ? 

- Loin. 


Baekhyun pleurniche plus, il a le visage rivé sur l'herbe mouillée d'un bord de lac, qui part aussitôt qu'il est venue. Yixing accuse le coup, la vue de Baekhyun, avec ses cheveux en bataille, ses yeux injectés de sang, la fatigue creusant ses orbites, le manque de nourriture marquant ses joues, la douleur surtout, partout, irradiant de son âme, comme chimique, comme nocive, comme radioactive. Yixing l'inspire à plein poumon, il a l'impression de suffoquer dans la souffrance tout d'un coup. Il avale le mal de Baekhyun et le sien aussi. 


- T'as jamais voulu partir loin, Yixing ? Très loin ? Et... Et... Tout recommencer. Des mois loin de ta vie, et quand tu reviens, tout a changé. Un peu comme si... Bah tu marchais sur le monde. 

- Moi je veux être chanteur. Répond aussitôt le blond. 


Et puis, partir où, quand, à quoi ça sert ? Yixing aime pas fuir, il affronte les problèmes, parce qu'ils reviennent toujours à force d'être niés. Puis en fait, c'est surtout qu'il a pas forcément pensé à une possibilité aussi extrême.  


- C'est lâche, de partir comme ça. Affirme Yixing, en donnant un coup de coude au gamin. 


Cette fois, il lui sourit, un timide sourire au coin des lèvres qui monte jusqu'aux yeux, un de ces sourire qui signifie " eh, ressaisis-toi, tu peux affronter tout ça, reste avec nous gamin ". 

Un de ces sourires que Baekhyun saisit au vol dans ses pupilles écarquillées. Un de ces sourire qu'il veut pas renvoyer, qu'il a pas envie de redonner. Parce qu'il pleure de l'intérieur, lavé et souillé. 


- C'est pas lâche, Yixing. Il rétorque d'un ton cassant. C'est pas lâche, c'est jusqu'à un moment, faut se casser. Se casser de ce monde de fous. Et revenir quand tout le monde a pris des médocs. 


Il y a un silence, comme si le bus s'était arrêté en plein milieu de la route, et qu'autour les voitures se percutaient et faisaient voler les vitres. 

Yixing sait de quoi parle Baekhyun, Yixing comprend chaque frémissement de paupières, chaque pincement de lèvre, chaque larme enragée qui lui monte aux yeux. 


Il comprend. C'est comme dire, " maintenant, je lâche prise, maintenant c'est mon tour de vivre. "


Baekhyun sort la main de dessous de sa veste. Yixing avait pas remarqué la proéminence ronde sous sa veste en jean. Le petit brun, de ses yeux de chiots sombres et voilés, lui dévoile son secret comme un coeur ouvert. Il lui donne un bocal, le calle dans les bras sans en demander plus. Yixing, plein d'incompréhension, le rattrape dans ses mains. 


- On a besoin de se barrer. Toi et moi. 

- Jongin... 


Yixing interroge Baekhyun. Parce que, pourquoi lui et pas Jongin, pourquoi lui et pas un autre, pourquoi lui et pas Chanyeol ? Ca n'a pas de sens, c'est un peu n'importe quoi. 

Baekhyun se lève, il dit :


" C'est toi qui a besoin de réfléchir. Jongin, lui, n'a pas besoin de ça. Lui, il serait prêt à tout laisser pour toi. " 


Il appuie sur le bouton stop du bus et sans se retourner il s'en va, laissant un Yixing dans son mutisme, aveugle sous les larmes. Par la vitre, il se regardent, ils se sourient, c'est une alliance. 


Les pouces de Yixing glissent sur l'étiquettes roadtrip collée à la uhu ; il efface l'encre. 




° ° ° °



Il y a des mouvements d'âme aujourd'hui. Des déceptions, des regrets, des atomes déchirés qui volent dans l'air. 


Baekhyun rentre à contrecoeur au campus, prend un sentier pédestre qu'il affectionne, parce qu'il y est toujours seul. Il aspire le pollen, marche à la frontière du fossé, prêt à tomber. Mais comme le chant des fleurs lui fait du bien, et les mouvements alternés du vent, comme il aime le calme du sentier, de la forêt qui s'élèvent et où la lumière tombe comme un rideau de poussière d'or. En levant le nez, les yeux clos embués de rayons lumineux, il inspire, il expire, enfin il respire, enfin il se met à pleurer. Mais il pleure, là, pour se laver, pour se purger. Coincé loin des hommes, coincés loin de la nature, libre d'être un peu lui puis pas tout à fait quelqu'un d'autre. 

Baekhyun a besoin de solitude, de solitude pour se reconstruire, ou d'un acolyte silencieux, à qui tenir la main, un gars qui accepte de recoller maladroitement les pièces du puzzle. Un gars qu'il connaît mal, qui dans le fond, peut apprendre à tout réapprendre avec lui. 

Et c'est Yixing qui fait ça. 


Yixing qui s'effondre sur un banc, la tête entre les mains, sortant de l'agence SM entertainment. Le terrible dialogue lui revient en tête, l'affrontement osé qui pourrait lui couter son rêve, la dispute violente avec monsieur Lee Sooman. Qui s'est emporté d'ailleurs, qui a dit sévèrement " vous n'êtes rien ni personne pour oser demander un traitement de faveur. Si vous voulez intégrer l'agence, il faut remettre en cause votre vie sentimentale. C'est tout. " 

Yixing qui regarde son portable, tremblant, Yixing qui a envie d'appeler Jongin un coup, de lui dire " stop, c'est fini " puis, non, de le croiser dans un couloir, dans les douches, près des arbres et de l'embrasser jusqu'à mourir. Yixing se lève, le coeur serré, les lèvres tremblantes, incapable de décider entre l'amour et le rêve. Il se sent bloqué, opressé dans un terrible monde qui commence à déconner. 

C'est là qu'il se met à pleurer, c'est là que ya un truc qui se casse, une grosse boule de laine pleine de chagrin qui vient de se dissoudre dans sa bile. 


Et c'est aussi à ce moment-là, entre ses larmes, qu'il se dit qu'il est temps de changer tout ça. 



° ° ° °



- T'es tendax. 

- Comme une capote. 

- Magnifique Jongdae, on applaudit. Raille Junmyeon. T'en veux ? 


Le chef tend la cigarette à un mat silencieux, crachouille de la fumée dans le crépuscule, et ça sort comme un spectre un peu malicieux; 


Jongin s'engouffre dans le transat, les pieds dans la boue, les orteils enfournés dans ses chaussures, il a ses ongles qui poussent. Maladroitement, il tend un poignet arqué et des doigts tendus vers la clope. Il marmonne un genre de merci, un genre de grognement. Grognon. 


Il tire. Beaucoup. Plus qu'il n'en faut, jusqu'à ce que ses poumons brûlent, remplis de cendres et soufre. Et il recrache, sous les yeux circonspects et amusés de ses amis. Il la lance dans les mains de Junmyeon. 


- Allez, raconte tout à tonton Junmyeon et Jongdae. Rigole le grand manitou. 


Jongdae, assit en face de Jongin affale son dos contre une chaise bancale, qui demande qu'à aller faire un plongeon dans l'eau barbouillée par des jeunes bruyants. 

Jongin, le menton dans sa poitrine, lève des yeux inspecteurs sur les deux jeunes types. Junmyeon. Jongdae. Une clope pour deux. Quatre bières pour deux. Dix doigts pour une main. 


Il va changer de sujet. Puis parler ça sert à rien, puis y'a rien à dire, enfin si, mais bon, ça intéresse qui de savoir que la malédiction elle se lève pas, parce que c'est comme ça, depuis des lustres, peut-être même que bordel, il est issu d'une famille impie, c'est un bâtard sorti d'un vagin adultère. 

C'est sale ; Baekhyun serait là pour expliquer la fonction du périnée lors de l'accouchement. Sacré petit gars. Mais t'es mort. Pan. 


- Vous êtes ensemble. Affirme Jongin dans sa barbe. 


La cigarette passe des lèvres de Jondae à Junmyeon. Des bouches malicieuses, des regards taquins résonnent dans un air devenu tout frais et tendre, même pas de rosissement aux lèvres, ou de gênes pliant les traits, c'est drôle, ils se regardent en rigolant, puis pouffent de rire. Il leur faut deux minutes pour dire : " bah, c'est pas le sujet. ". 


Le silence revient, sous l'agacement de Jongin, parce qu'il a pas sa réponse, parce qu'il voulait au moins croire que dans ce bordel, y'en a qui tiennent la route, un truc du genre, parce qu'on s'aime pas pour rigoler einh, si, faut pas déconner. C'est pas drôle l'amour, c'est pas un jeu. 

Il a des pensées en cohues, vagabondes et bim dans la tête. Pan. 


- Jongin. C'est Yixing ? S'enquit Jongdae, un peu hésitant, les mains croisées. 


Jongin dit rien. Toute façon, c'est ça la réponse. C'est Yixing. C'est le coeur du problème, qui menace son coeur d'exploser en milliards d'étincelles, d'incendier sa colonne vertébrale, vibrer dans son sang. 

Bah ouais, et t'as quoi, j'suis amoureux à en crever. 


Il fusille des yeux. Pas le moins déstabilisé, Junmyeon redonne la cigarette. 


- C'est pas réglé. Qu'il dit.

- Non, grogne le noiraud. Non, parce que c'est toujours pareil. 


" T'as mal ? " a envie de dire Jongdae. Mais la réponse, elle est là, sous son nez, ce type, là, enfoncé dans le tissu quadrillé du transat, aussi pâle qu'un fantôme, les épaules étriquées, une courbure de sa colonne, une allure émaciée, et ses doigts qui s'enfoncent dans son poignet, qui grattent sa peau, nerveusement, et tout ces tics assassins, ces choses qui le montrent sous des milliards de facettes, comme les pensées sauvageonnes qui le cramponnent et comme des ventouses, ça le lâche pas. 


Jongin, semble sortir de sa léthargique, il regarde les deux fumeur, et cette fois, dans ses yeux, y'a ce genre de peur et d'angoisse, une fragilité qui a éclo et qu'il a tenté de cacher mais on n,'y peut pas grand chose, il paraît à ces conneries. Ca finit toujours par t'éclater à la gueule.


- Vous pensez qu'il va choisir quoi. Son rêve ou moi ? 


Pourtant, sa voix flanche pas, droite, comme une flèche, pleine balle et elle atteint en plein dans le coeur. 


Et les oiseaux se sont tus et s'effacent, derrière, le fond sonore des éclaboussures et les gamins qui crient, et la forêt s'éteint ou alors elle prend feu, et le crépitement dans les oreilles de Jongin, c'est exactement ça. C'est pas son cerveau qui surchauffe. 

Jongdae et Junmyeon restent muets. Un instant, ils réfléchissent longuement ; après tout, Yixing est un garçon discret, qui parle pour dire des choses à côtés, un garçon qui parle peu de lui, ou de ses sentiments, un garçon qui n'a eu d'yeux que pour Jongin et c'est probablement à lui qu'il dirait tout. 


Mais si Jongin en sait rien, eux, ils en savent quoi ? Puis, même que si Yixing en sait foutrement moins que Jongin, eux, ils en savent encore moins que rien. 


Mais Jongin, ferme, les pieds dans la boue et les doigts enfoncés dans le transat, attend. Longtemps. Junmyeon et Jongdae doivent donner une réponse, les yeux insistants de Jongin ne seront rassasiés que lorsqu'une réponse se fera entendre. Il veut une réponse honnête, pas pour faire plaisir ; et puis, on ne ment pas à Jongin, il a le coeur accroché ce garçon. 


- Honnêtement. Supplie Jongin, et ses doigts se resserrent. 


Mais la réponse vient pas, c'est Junmyeon qui se lève, pose sa main sur les doigts filandreux du noiraud, et intime un regard, une confiance, il intime à lever la tête, et quand le pauvre gars l'a regardé, avec des prunelles dilatées et humides, tout ce que peut dire le chef qui se pince la lèvre c'est : " On en sait rien noiraud. Mais on sera toujours là, quoi qu'il arrive. " 


Jongin étouffe ses sanglots, les mains des amis entourent ses doigts, et Jongdae finit la bière cul sec. 




° ° ° °




C'est le soir, et Baekhyun fouille et farfouille, le téléphone bloqué entre son épaule et sa joue, bancale, et la voix à peine audible d'un Yixing fatigué à l'autre bout du fil. 


- T'es sûr, je pense pas que... Fuir. 

- C'est le moment, c'est le bon moment. Dis pas de connerie. Dans 10 jours on peut être parti. S'effarouche le gamin. 


Il ouvre un tiroir, le claque, sa penderie est sans dessus-dessous, il ouvre un autre, balance des vieilles chaussettes, devient colérique. 


- Ah mais, ils sont où ? 



Baekhyun ouvre l'ultime tiroir, d'un coup sec et ils apparaissent devant ses yeux, vacillants et alros il sourit.



Yixing ne dit rien, il imagine un carnet de destination, quelque chose comme ça. Pas curieux, il marmonne un " d'accord " un peu lointain. 


Baekhyun sort son globe, une carte du monde et les étale en grand sur le bureau, et c'est gigantesque tout cet espace à parcourir, cet espace à conquérir, comme un aventurier, et comme Indiana Jones mais avec des lunettes, comme Indiana Jones prof et son ami Yixing, un blond conquérant, un grand, grand rêveur. Ouais. 


Baekhyun sourit, un sourire plein d'excitation. 


- T'es prêt ? Qu'il dit et sa voix est toute grande comme son coeur gonflé d'agitation ; un infarctus d'extase.

- Comment ça ? Comprend pas Yixing, et sur le coup, un peu paniqué il a failli dire " non, j'abandonne le bateau avant le naufrage ".


Mais l'aventure, ça le tente sacrément. C'est une issue avantageuse pour un garçon un peu trop bloqué dans sa vie, qu'en peut plus vraiment de suffoquer.


- Je lance le globe, quand tu dis stop, je pose mon doigt. Hop. 


" Hop" répète Yixing en reniflant un rire, ça a l'air tellement simple et enfantin, hop et la vie change, hop et t'es plus amoureux, hop et t'as plus de soucis. 

Et ce hop, il vient se lover dans son coeur, et il fait germer une âme un peu exploratrice, une sympathique envie réconfortante et pleine de grandeur et de pieds qui foulent un sol grailloneux. 

L'aventure, ça a toujours un truc un peu simplet et fort. 


Et ça fait peur, mais ça rassure. 


Alors Baekhyun lance le globe qui tourne sur lui-même, il vit 24 couchers de soleil, et des milliards de tonardes sur le monde et des effondrements de gravité et des distorsion temporel, il tourne jusqu'au " stop " enjoué de Yixing. Un doigt arrête le déluge. Baekhyun peut pas s'empêcher de rire, tellement la situation est cocasse. 


- Chine. Pouffe-t-il. 


Il remonte ses lunettes sur son nez et essuie les grognements de Yixing qui exige qu'on recommence, parce que c'est clairement pas du jeu et tellement pas la savane que ça n'a aucun intérêt. Baekhyun rigole, relance le globe, et on redit stop, et un doigt se repose sur le globe. 


Et cette fois, c'est plus silencieux, Baekhyun a un sourire aux coins des lèvres, un peu malicieux, un peu impatient, ce genre de sourire, qui dit des choses, ce genre de sourire qui a l'air satisfait et impatient. 


- Alors ? S'impatiente Yixing. Si c'est l'Alaska, je reste. 


Baekhyun s'assoit sur sa chaise, il enlève ses lunettes et voit un peu flou et pour une fois, il adore ça, il se sent comme dans un scaphandre. 


- En plein dans les USA. Style, le texas. Style les grandes plaines. 


Il y a un silence, dans le flou, un quelque chose de doux et très gaillard qu'a envahis la pièce, et tout ce que balance Yixing, c'est :


" On fait les valises quand ? " 








Deux heures plus tard, Baekhyun plane toujours. Dans le crépuscule, il regarde la fenêtre, haute comme deux étages et il se met à se dire " c'est haut, mais planer sévère ça doit être vachement cool " et puis, il rigole, il esquisse un rire de gamin content, plein d'empressement, gorgé de l'aventure, il se demande déjà ce qu'il va mettre dans ses valises, s'ils s'y vont à pied, ah mais peut-être que Yixing sait faire de la moto et ils monteront à deux sur la selle et eux deux ils seraient dans l'Ouest Américain, ou il sait pas trop, juste là où c'est chaud, là où y'a des étendus silencieuses en plein cagnard, où on réfléchit simplement à pourquoi et pour qui et comment, et puis c'est ressourçant, c'est comme si la vie vous ouvrait les bras à coup de vent brûlant. 


Baekhyun sait que la liberté soigne les mots, ça c'est sûr, il l'a lu, il le sait, dans les romans d'aventures, dans les gamins qui partent découvrir le monde, la jungle, les aventuriers modernes ou sépias d'un monde qu'il rêvait. C'est sûr, il ira mieux, qu'il soit petit Baek ou Grand Chanyeol.


Il se mord la lèvre, parce qu'il sait qu'il retient un sourire, les bras croisés dans l'air abondant de l'été. Et là, depuis quelques jours, avec cette idée de se barrer, avec le chinois, le compagnon idéal, il se dit que quelque chose à changé. 


Que loin du monde, c'est un peu de lui qui se recolle. 


Sur le planisphère étendu sur le bureau, il y a un itinéraire, des villes repérées, des idées de ce qu'il faut faire, et voir, des imaginations, des illusions, p'têtre des désillusions, mais on s'en fout, c'est pas le propos. 


Le propos, c'est de dire " jme casse ", foutre une pichenette à la vie, et un grand coup de pied au cul des numéros, et à Chanyeol et -



- T'étais où ? 


Et le sourire, là, étendu sur le visage fatigué du petit Baek, il se barre, il se casse, d'un coup, et vous savez pas ce qui se passe en lui, bah non, bah si, c'est son coeur là. Et son bide. Bah tout se serre, comme un torchon trempé qu'on tord, ça dégouline en lui, y'a cette sensation terrible de déchirement qui le prend. 
Et soudain le vide lui paraît terrible, le vertige le saisit, il chancelle contre le rebord de la fenêtre. 


Et là, en lui, il a à la fois envie de le taper, et de lui sauter dessus, de l'embrasser, et c'est ce bordel qui s'arrête pas qui lui prend aux tripes. 


- Dégage. Grogne le petit Baekhyun. 


Dans son dos, Chanyeol n'a ni cigarette, ni assurance, ni chaussures, que lui, et ses grandes oreilles, il n'a, aujourd'hui, même pas emmené le matricule ( oui les numéros vous savez ), ce soir, dans la pénombre, penaud, il a emmené Chanyeol. Que ça.


Et c'est beaucoup, que ça. 


- Non. Non, je m'en vais pas, parce que je- 


Il marque une pause. Elle est longue, sûrement une, deux secondes, parce que Baekhyun se retourne, voûté, effronté, le regard assassin, mais ses doigts crispés sur le rebord de la fenêtre tremblotent péniblement. Trois secondes. Ca fait beaucoup, parce qu'ils se regardent. Et Chanyeol a tombé le masque. Il a tout laissé tomber. Comme de la peinture qui dégouline dans son cou accroché. Et Baekhyun peut pas s'empêcher de plonger dans ce regard, à corps perdu, le souffle coupé. 


Il reconnaît pas la personne qu'il a devant lui, ou plutôt si, il en reconnaît une. Une, qu'il a rarement vue ; vous savez, ce même gars qui l'a embrassé dans la voiture, sur le piano, pris dans les bras dans la montagne. C'est le même aura qui irradie sur sa peau. P'têtre que c'est ce gars-là qu'il a appris à aimer.


Il flanche. Ca fait 10 secondes, et c'est long, c'est trop long alors la pauvre voix du petit brun articule : 


- Tu quoi ?


Chanyeol fait un pas, c'est un réflexe, Baekhyun recule mais se heurte à la fenêtre où il s'agrippe. 


- Je veux pas partir. 


La son est plaintif.

Baekhyun ouvre grand les yeux. Et le pire, c'est que la voix de Chanyel est encore plus plaintive qu'elle s'emmêle. 


- Je veux être avec toi. 


Et là, ça secoue tellement Baekhyun, et il a envie de tout casser, mais surtout de se casser lui-même et beaucoup Chanyeol, et il sait pas ce qui lui prend, parce qu'il bondit vers Chanyeol, en un instant il est devant sa grandeur et la claque part. Elle résonne dans la pièce, et lui font écho des petits sanglots de chiot enragé, qui renifle, et qui hurle :


- Mais à quoi tu joues ? Tu t'amuses avec moi !? 


Chanyeol a pas scillé, à peine grogné, que sa joue rouge se tourne pitoyablement vers Baekhyun. Et il le regarde, avec des yeux décomposés, et Baekhyun y comprend plus rien, y'a une semaine il le rendait fou de colère, y'a une semaine il était encore le grand Chanyeol con qu'il aimait et maintenant, il est devenu un Chanyeol qui dit n'importe quoi mais qu'il aime encore d'amertume, et c'est n'importe quoi, c'est n'importe quoi, Chanyeol se moque de lui !


Il renifle, met de la morve sur son poignet en s'essuyant le nez, et il regarde Chanyeol avec colère, et tout ce que peut répondre Grandes Oreilles, c'est rien que les choses qui sont bloquées dans sa gorge, qui enflent, enflent, noyées par tout ce qu'il ressent. Donc au final, il dit rien.


Vous savez pas, que Chanyeol, cet après-midi, tortillé dans ses tourments, il s'est fumé sa clope, bu une bière, injecté son médoc et puis, d'un coup, il a eu envie de hurler, hurler très fort " Petit gars, bah je t'aime putain et tu me soules " ; souler, dans le sens, comme l'alcool. 


Parce que l'alcool, ça peut rendre mauvais et pour sûr que Chanyeol, il a l'alcool con, mais là, il vient de décuver de ses années brouillées de colère, de rage et de vengeance, et puis, faut se rendre à l'évidence.

Baekhyun, il aime l'embrasser, toucher sa joue, ses cheveux, sa cuisse, son corps malingre, et embrasser son cou hier, et ça le rend vraiment fou.


Et même qu'il venait pas pour se prendre une claque aujourd'hui, mais ça fait mal, il sait pas quoi faire, il reste, pantelant, comme un idiot ébaubit devant la pelote de haine et de pleurs devant lui. 


Et il sait que c'est de sa faute, et c'est très mal, et il s'affaisse dans ses épaules, honteux.


- Vas-t-en. Vas-t-en au lieu de te foutre de ma gueule, tu- t'as - je suis pas ton putain de jouet. Croasse Baekhyun.


Et dans ses mots, dans ses yeux, y'a le regard effronté du gamin, il l'observe sous ses cils dégoulinant de larmes, et Chanyeol aime toujours autant ses yeux tombants, et sa coupe effrontée qui lui dégage le visage, et ça lui donne envie de pleurer aussi, parce que dans sa tête, il avait pas prévu ça, autant de colère dans la pièce et dans la gueule surtout. 


Alors, il balance, de but en blanc : 


- Je suis désolée. D'avoir été un abruti. Mais, tu fais pareille, einh, tu t'en prends aussi à moi parce que tu sais plus qui t'es et que t'as besoin de -

- Non ! Le coupe Baekhyun, et il a levé un doigt cinglant sous le nez du plus grand, et il halète de colère. Non, je te fous une claque parce que t'es une ordure, t'es un connard Chanyeol, tu piges. T'es vraiment un connard. 


Et là, Chanyeol dit plus rien, il s'arrête, le coeur foutu en l'air, le coeur dans le bide, et il a vraiment envie de pleurer, parce que ça le tue, parce qu'il le sait en plus, vous savez, c'est la vérité, mais il se la prend en pleine gueule. C'est pire que la claque. Les mots lui prennent à la gorge, il réalise que le passé se change pas, et il réalise que Baekhyun est beaucoup plus malin que lui l'a été. Que peut-être, le gamin il va s'en sortir mieux que lui. 


Peut-être bien, qu'au final, les choses ne se rattrapent pas. Peut-être qu'il doit partir, dans le souffle haletant de Baekhyun, peut-être qu'ils doivent tout deux passer à autres choses, vous savez, finir ce qu'on a commencé, ou commencer ce qu'on doit terminer, parce que dans le fond, il n'ont pas commencé grand-chose qu'à part la destruction par les baiser. 


Mais maintenant, Chanyeol regarde sa bêtise, les débris qui s'effritent devant lui, dans la colère qu'il a jamais entrevue chez le petit garçon, dans la rage de ses yeux, il se rend compte, que c'est de sa faute. Lui, qui l'a brisé. Lui, qui a tout dit. Lui, qui a mené sa vengeance à terme et le pire, c'est qu'après tout ça, il voudrait être celui qui répare, celui qui coince ses doigts dans son coeur pour en racoler les engrenages, il a envie d'être celui qui le prend dans ses bras, qui calme ses crises de larmes, et ses inquiétudes, il a envie d'être un peu le gars qu'est horloger. 


Mais Baekhyun, il veut pas, il veut plus. 


Sauf que Baekhyun, il fait croire, il fait croire qu'il a le courage de lutter. 


- Pars. 


Qu'il dit, à bout de souffle. 


Mais les doigts sclérosés de Chaneyol effleurent sa nuque, et vous savez pas ce qui se passe dans l'un et dans l'autre, eh bah, un vrai tsunami, des vagues gros comme leurs coeurs qui viennent englober tous leurs organes, et Baekhyun à bout de force, à bout de lutte, il fond en larmes, il dit " lâche-moi " mais c'est un murmure que Chanyeol saisit et qu'il décode. Ca veut dire autre chose, mais tout sauf lâche-moi. 


Alors, le grand lui saisit la taille, et il l'étreint très fortement, et ils se disent des milliards de choses dans leurs doigts sans violences, leurs doigts immobiles, leurs lèvres dans le cou qui effleurent sans brusquer, leurs larmes qui dégoulinent, encore empreintes d'amertums, et c'est salé, et c'est un peu comme la soude, mais cette fois, dans ses bras qui se serrent, dans ses nez enfouies, il y a soudain un apaisement. 


Chanyeol dit " Pardon ", et Baekhyun n'excuse pas.


Mais c'est un peu comme effacer une ardoise.



Et Baekhyun est enfourné dans cette chaleur étouffante, comme un désert où il fait bon ; mais trop chaud, c'est tiraillé, qu'il est, il est écartelé entre l'envie de le claquer, mais cette odeur si douce, et cette peau suintante, pleine d'effronterie, et cette chair qui l'enivre toujours, comme ce matin, il résiste pas, il tombe dans cette étreinte, comme un explorateur.


Et il le déteste, einh, il l'aime plus, non c'est fini. 


Mais quand il entend le grognement serine du plus grand, sa voix qui gronde dans sa boîte crânienne alors il tangue et flanche encore plus. 


Et puis, Baekhyun soupire, assurément. Un peu comme se sauver.


- Je vais partir. Un temps. 


Il y a un silence. Chanyeol dit : 


- Tu reviendras. 

- Oui. 

- Et tu m'embrasseras, à ton retour. 


Et, il tombe un peu plus, et il dit " oui ", et tous les deux ont l'impression d'être bourrés, bourrés d'amour qu'ils viennent de dégueuler.