Wandering

par ThunderGreen

Luhan n’était pas bon en amour, en carte oui mais pas en amour. Il n’était ni bon en chance, ni en amour. Le jeune blond avait tendance à penser que la déprime se régler d’un coup de cuillère à café de crème glacée. Et comme toujours, ses estimations s’envolaient d’un coup de vent glacé, autant que la crème. Et parfois, il n’y avait pas assez de fruits dans le réfrigérateur pour complémenter cette dernière. Mais comme il le disait toujours « Qui a besoin de complément quand on a de la crème chocolat ? » Une phrase qui était encore a étudié pour les autres mais pour Luhan elle était claire. Tout me suffit, je n’ai besoin de personne. Et il n’avait jamais pensé à une autre option.
Xiumin, lui, pensait que tirer le tarot le mènerait comme sur un fleuve tranquille dans sa relation. Mais les fleuves tranquilles n’existent pas, surtout lorsqu’on a douze arcanes dont cinq le malheur. Mais le jeune adulte ne s’en souciait que lorsqu’une des cartes se perdaient entre le canapé et la tapis et que d’après lui, le destin avait été truqué, il fallait recommencer. Et avec un peu de chance et de prières, il obtenait ce qu’il voulait et s’en tenait à cela, il ne changera sûrement rien, le destin en avait décidé. Mais parfois, il le détournait un peu, lorsque cela concernait une situation de dispute où il se trouvait en tort. Et il n’avait jamais pensé à une autre option.
Baekhyun, de son côté avait une philosophie assez suspicieuse. « Tout ce dont tu as besoin, c’est une nouvelle paire de chaussures. » Et bien sûr, jusqu’ici, on ne posait pas de questions. Certains répondaient juste par un sourire qui ne disait rien et d’autres par un hochement de tête rapide qui consistait souvent à faire passer le message de « Désolé, j’en ai rien à cirer. » Mais Baekhyun, lui, choisissait ses chaussures à l’humeur et à la limite de la carte de crédit d’une certaine personne. Lorsqu’il était en déprime, il se mettait à retourner toute la maison, partant à la recherche de quelque chose qu’il ne possédait certes pas. Comme la fois il disait chercher une écharpe rayée qu’il avait achetée la semaine précédente, tout ça après avoir perdu un de ses jobs à mi-temps. Du témoignage de Tao, il avait juste essayé le vêtement et ne l’avait pas pris. Et il n’avait jamais pensé à une autre option.
Suho, une histoire aussi déprimante que son personnage. Suho se contentait d’aller regarder un film, et pour addition, seul. Suho aimait se retrouver seul. Même si, jusqu’à aujourd’hui, les caissiers s’interrogeaient encore sur les deux paquets de marshmallows qu’il emportait avec lui. Il aimait beaucoup les marshmallows. Bref. Il s’asseyait dans la salle, de préférence à l’arrière. Et il regardait, comme une présence invisible dans la salle, sans rire, sans pleurer. Il regardait juste. Il ne se plaignait pas lorsqu’on se levait devant lui. Et bien sûr, lorsque les autres lui demandaient, une fois de retour, ce qu’il avait vu, si le film était bien, il se retrouvait dans la salle du bac. Incapable de répondre aux questions parce qu’il n’était pas concentré. Et il n’avait jamais pensé à une autre option.
Sûrement, dans ce cas, Kyungsoo vous parait très prévisible, non ? Il aimait la cuisine. Et vous diriez, il n’avait pas d’autres options. Oh que si ! Des options, il en avait une infinité. C’était plutôt le choix qu’il n’avait pas.

Mais c’était de manière inattendue que leurs options ont basculé la nuit du 24 décembre.

Tout était mis. Tout était prêt. Tout le monde était installé dans le salon comme à leurs habitudes, déjà maintenant familières. Ils regardaient pour la nième fois le Noël de Mr Jack, courtoisie de Chen. Bien qu’ils aient pu s’en passer, ils ne l’avaient pas fait, qui se passe d’une coutume ? Ils en étaient bientôt à la fin lorsque Kyungsoo se leva d’un bond soudain et lança un regard direct à la porte te les têtes se tournaient vers lui.
-Ils sont là ! s’exclama-t-il en filant son chemin vers l’entrée.
-Qui ? interrogea Luhan pour être au final ignoré.

Répondu par le sourire tant attendu de Sehun. Et le jeune homme ne pouvait que sourire en retour, toute idée de suicide défilant dans sa tête, et après réflexion, celle incluant la pendaison était la meilleure.



Suho se demandait rarement comment ces dernières années. Les jours où il se retrouvait coincé entre un Chen intoxiqué par l’alcool et un Chanyeol ronflant, il ne se demandait jamais comment. Même le jour où il était dans la même salle de détention que Tao, malgré le fait qu’il n’est rien fait de mal, le mot ne lui venait même pas à l’esprit. Ce fut entre une tisane à la menthe, le doux réconfort d’un vieux sofa en cuir et des rires incessants qu’il se mit à observer ses genoux, à mordre sa lèvre. Il refit le tour de son esprit vingt-quatre fois. Il essaya de penser à sa grande tante, tante Kim, qui périt dans une étrange histoire entre un plombier et un pot de confiture. Enfin, il leva les yeux, observant ses amis dans leur petit monde de folie. Et au moment même où un certain brun s’assit à côté de lui, passant inconsciemment son bras dans son dos, il prit attention une dernière fois de vérifier si les lettres « Tonic » sur la bouteille que ce dernier tenait étaient bien écrites en rouge sur bleu et pas le contraire. Il ne put s’empêcher de penser… comment ?

« Une bière ? »


Minute Papillon… S’il revenait à la source, tout cela avait commencé à cause de Luhan. Il se rappelait d’avoir perdu sa voix lorsque Yixing apparut à la porte d’entrée de l’appartement de Sehun. Qui s’avérait ne pas être à Sehun seul. Il avait aussi remarqué le regard illisible de l’autre. Et le poids du silence les enveloppa quelques instants. Autant dire une bonne dizaine de minutes. Ce fut le moment où Suho trouva la boule à neige dans ses mains plus intéressantes que les humains présents. Il ne savait pas vraiment que dire. « Hey, Yixing… » et puis quoi. Il décida mieux de laisser la boule sur une commode, il inventa l’excuse de devoir nourrir son chat avant de s’éclipser. Cela sans manquer d’entendre Luhan les inviter à leur soirée de Noël. Damnée soit cette soirée ! Il en aura d’autres plus amusantes. Il n’avait pas de chats.

Et ce fut de cette manière qu’il se trouvait au côté de Yixing, entrain d’essayer de rôtir le poulet d’avantage des yeux. Et encore, grâce des cieux, tout le monde était encore sobre. On parlait autour de la table bien sûr. Il n’avait pas manqué le regard désolé de son ami blond, à qui il avait fait part une heure auparavant que le brun de terminal était en fait l’homme qui parlait d’armes à feu avec Kai. Il hésitait à prendre sa fourchette et violer la pauvre volaille ou simuler un soudain mal de ventre et s’excuser pour la nuit. Mais telle serait la déception de ses amis s’il s’absentait cette nuit de Noël, même s’il en doutait. Pense à autre chose, aurait dit sa grande tante Kim. Et d’un coup de coude il interpela l’attention de Minseok.

-Tu te rapelles de la mort de tante Kim ?, demanda-t-il d’une voix plutôt curieuse.
-Euh… Si ma mémoire est bonne, c’était en accouchant de son quatrième enfant.
Xiumin ne l’appréciait pas beaucoup de son vivant, il la préférait maintenant, bien chaude où elle était, ne risquant plus de lui tirer les joues et de monopoliser son petit ami.

A bien y penser, sa mémoire était mauvaise. La pauvre dame était bien trop vieille pour avoir d’avantage d’enfants, et elle n’en avait que trois. Cette pauvre femme aurait connu des aventures plus burlesques, n’en était-elle pas plus téméraire ? Elle avait vécu deux saisons de guerre et huit maris, n’étaient-ils pas plus ? Suho ne la connaissait pas beaucoup, mis à part les lundis de Pâque à boire du thé à l’orange dans son jardin au fin sud de la ville. Mais le jour de son enterrement, la mère du jeune homme l’avait supplié d’y assister à sa place. On enterra donc, la plusieurs fois veuves, sous un jour pas moins ensoleillé qu’un mois d’août. Il n’y avait pas beaucoup de famille, plus ceux qui attendaient un loyer, la voisine amie, et quelques mécaniciens qui recevaient souvent sa vieille 88. Mais une chose que le jeune adulte en retiendra toujours, ce fut la main qui serra fort la sienne lorsqu’une larme échappa de son œil. Juste le chagrin de penser qu’on entendra plus de ses péripéties conjugales. Ce fut la chaleur des bras qui le prirent dans un fort baiser… Tante Kim l’aurait peut-être écrit dans son journal.

Bien après vingt-deux heures, la volaille bien digérée et quelques verres de soju bien avalés, on avait commencé à engager un jeu dont Suho ne retenait jamais le nom. D’ailleurs, il y jouait rarement, il en fallait un assez sobre pour chasser ceux qui n’habitaient pas là et pour coucher le reste. On faisait tourner une bouteille au centre et tout était de mise, tout était à sauver. Le jeune homme décida donc d’aller faire quelques détours dans le quartier, il n’aurait de toute manière rien d’autre de mieux à faire. Et Kyungsoo, pour une fois, brisa la tradition en le suivant, décidant que se serait mieux de coucher les autres à deux.


Le ciel au dessus de Hongdae n’offrait que peu d’étoile cette nuit d’hiver. La pluie avait était remplacée par de blanches couvertures de glace recouvrant tous les trottoirs. L’écosystème habituel de la nuit, les vendeurs de mandu criant aux quatre vents, les policiers de tournée et les jeunes de la balançoire du parc, tous étaient sûrement dans le confinement de leurs quatre murs. Ils n’auraient pas trouvé meilleur circuit qu’en passant devant une école primaire.

-J’espère qu’on pourra faire des bonhommes de neige demain., commença Kyungsoo.
-Ce serait bien, oui. Tu te lâches pas ce soir dis donc.
-Ouais… La mère de Jongin vient demain.
Les pas se turent d’un coup. Suho laissa un regard de compassion croisé celui de son ami. Ce n’était pas une mince affaire, surtout si madame venait de rompre encore une fois. Mais Kyungsoo était toujours assez tenace pour supporter ses remarques. Et on savait tous qu’il le sera encore cette année. Pourvu qu’il ne vente pas beaucoup. Pourvu que le diner soit toujours à l’heure.
-Hum… Comment elle est morte déjà tante Kim ?
Kyungsoo, malgré que l’incident se fût déroulé il y a plus de quatre ans, y prêta une légère réflexion. Il n’avait pas toujours une bonne mémoire mais se rappela lorsqu’elle ramenait des gâteaux de carotte à l’appartement de Jongin et disait qu’il fallait toujours garder des feuilles de menthe près de la cheminée.
-Je pense que… Elle essayait d’empêcher sa tondeuse à gazon de brûler la pelouse. D’ailleurs, je n’avais jamais osé le lui dire, qu’elle me pardonne d’où elle m’entend, mais Jongin avait fait tomber une cigarette dans sa pelouse, celle-ci ayant mangé une bonne partie de l’herbe, ce n’était pas un parasite.
Suho en rigolera pour une bonne partie de sa vie, et de la minute suivante. La vieille dame avait fait un scandale sur cet incident malheureux. Mais quoi qu’il en soit, il doutait que la tondeuse à gazon avait quelques choses à voir avec le décès. Elle avait un jardinier.
-Sinon, Yixing… On dirait qu’il te met mal à l’aise.
-Ca va.
Il essayait plus de se convaincre que de répondre à Kyungsoo. Il mentirait disant qu’il n’avait jamais pensé à lui ces derniers jours. Il en serait presque désolé. Yixing était son monde, et même dans six millions d’années, il n’aurait pas changé d’avis. Qui avait senti les tourments qui le hantaient lorsque tout était fini ? Le débat était clos. Yuri était bien plus belle, elle avait un avenir certain, elle pouvait lui donner une famille, elle avait la tête bien entre les épaules, et le regard bien plus loin. Grande était sa tristesse lorsqu’il avait découvert que l’homme de sa vie aimait quelqu’un d’autre. Plusieurs étaient les tasses de café qui s’était vidée cette nuit-là. Et bien sûr chaud était son cœur lorsque parmi tous les messages qu’il avait reçu à minuit, alors que Kyungsoo était près d’une lampe à parler à Kai, un seul avait attiré son attention. « Joyeux Noël, Junmyeon. Reviens-moi juste quand la neige se sera calmée. »

Et c’est exactement ce qu’il fit. A une heure du matin, apercevant un Xiumin endormi dans les bras de Chen, certains entrain de siffler les serpentins et d’autres entrain d’apaiser leurs neurones à l’aide d’une bonne tisane. Tout était parfait. Et c’était exactement comment. Comment il était dorénavant assis sur le canapé de cuir, comment cette nuit de Noël il ne saura jamais ce qui s’était passé, comment tout cela était une bonne partie de routine dont il ne se lassera jamais.

-Une bière ?, demanda Yixing, étrangement sobre.
-Non merci. Y’a des années que j’avais pas entendu Junmyeon.
-Junmyeon., répéta le chinois, il aimait la parfaite cohésion entre le nom et sa langue. Tu danses ?
-T’as trop bu…, et Suho n’avait pas vraiment tort, il n’y avait aucune musique. Moi pas.
Et il tira l’autre par la poignée, l’attirant dans un slow silencieux, mais réconfortant.
-C’est ma chanson préférée.
Le plus petit laissa un rire couvrir le manque de musique. Tout était parfait. Encore se rappelait-il des bals de promotion trop tôt finis. Et ils dansèrent sans plus vraiment penser au passé. Il y avait eux, il y avait le feu de la cheminée, il y avait les autres, il y avait lui. Il y avait tout un petit monde de joie, un monde de marée haute et de vagues, un monde de douleur… Un monde de sourire. Ils respirèrent l’un dans les bras de l’autre. Et tout était dit, tout était avoué.
-Yixing…, le dernier sentit le souffle de la personne dans ses bras caresser sa nuque. Tante Kim, elle est morte comment déjà.
-Oh mon dieu !, il serra Suho bien plus fort. Qui s’en fiche de celle-là, elle parlait trop. Mais bref, je pense que c’était dans une étrange histoire entre un plombier et un pot de confiture.
-J’me disais bien aussi.
-Mais j’me rappelle, comment t’étais beau quand je t’avais dans mes bras le soir après son enterrement.
En tout cas, cette soirée, malgré toutes spéculations et tous scénarios farfelus, on ne saura jamais comment cette pauvre tante Kim est morte…