Retrouvailles

par Cibi

13) Retrouvailles



Kyungsoo leva des yeux terrifiés vers Chanyeol.

« Je te l’ai amené »

Inconsciemment, son pied fit un pas en arrière, cherchant instinctivement à l’éloigner du danger auquel il était exposé.

Il avait été stupide. Pour changer.

Comment avait-il pu faire confiance à un étranger après tout ce qu’il avait traversé ?

« Je sais »

Kyungsoo tourna légèrement la tête vers Kai, immobile sur sa chaise, tout en gardant Chanyeol dans son champ de vision. Il effleura du regard le visage de l’homme à présent prisonnier. S’arrêta sur ses yeux bandés, son nez, sa bouche légèrement entrouverte, d’où s’échappait une pâle fumée à chaque expiration saccadée.

« Je le sens »

La chair de poule aux bras, il allait faire un autre pas en arrière lorsque la voix de Kai, résonna dans la pièce, fébrile :

- Je ne te veux… Aucun mal, Do Kyungsoo, articula-t-il avec difficultés. Je sais bien que … C’est difficile… A croire… Au vu des circonstances, mais…

Il s’interrompit un instant avant de reprendre, comme essoufflé :

- Je comprends parfaitement… Que tu n’aies pas envie de rester ici… Je saisis ta peur…. Ce n’était pas… Correct… de demander à Chanyeol… De te mentir,… J’en suis conscient… Mais tu ne l’aurais… Jamais suivi… S’il t’avait dit la vérité… Sur votre destination.... S’il te plaît, Kyungsoo… Tout ce que… Je te demande,… C’est quelques minutes de ton temps…

Les lèvres sèches, la bouche de l’étudiant s’ouvrit d’elle-même pour libérer un « pourquoi » à peine audible, qui ne passa pas pour autant inaperçu.

- Il faut qu’on parle… Tu es… En danger. Par ma faute… Je…

Une quinte de toux sévère l’interrompit, et Chanyeol se précipita à ses côtés. Sous le regard sidéré de Kyungsoo, le grand brun se mordit le poignet à sang et le porta aux lèvres de son ami.

Le bruit de suçon qui s’ensuivit suffit à donner la nausée à l’étudiant. Il aurait facilement remis tout ce qu’il avait ingurgité durant les dix dernières heures s’il n’avait pas été aussi estomaqué devant l’invraisemblance de la situation.

Pâle comme un linge, il tituba vers la porte, désormais non-gardée, et parvint tant bien que mal à grimper quatre à quatre les marches, tout en se tenant à la rampe. Il retrouva la porte qui le séparait de l’air libre après avoir parcouru plusieurs pièces en chancelant. Une fois dehors, son système digestif atteint sa limite et le contenu de son estomac se déversa sur le chemin de pierre qui reliait la maison à la route.

Il ne prit pas le temps de s’arrêter pour s’essuyer correctement la bouche et se traîna en trébuchant vers l’arrêt de bus où il était arrivé plus tôt avec Chanyeol, tout en passant le revers de sa manche contre ses lèvres sales.

La survie avant tout.

Par chance, le destin avait finalement tout de même décidé de ne pas sacrifier son existence immédiatement et de le laisser vivre ne fut-ce que quelques minutes de plus ; le véhicule ne tarda pas. Moins de cinq minutes plus tard, Kyungsoo était plus ou moins confortablement installé dans un bus en partance pour la capitale sud-coréenne.



***



- Tu ne tiendras pas longtemps, Jong, et je crois que tu le sais. Je ne suis qu’un magua, mon sang n’est pas très puissant, il ne te suffira bientôt plus.

- Je ne veux pas lui faire de mal, souffla Kai.

- Evidemment que tu ne veux pas lui faire de mal, railla Chanyeol. Mais lui non plus ne survivra pas à ce rythme.

Une main se crispa sur l’accoudoir auquel elle était attachée.

- Je ne peux pas le protéger autrement… Je le sais bien, Chan, mais je ne peux pas me résoudre à… A lui infliger ça. Il ne le mérite pas.

- Je ne parviendrai pas à te faire changer d’avis, pas vrai ?

- Tu ne comprends pas.

- Tu as raison, je ne comprends pas. Je suis Chanyeol, ton pote magua, celui qui est assez stupide pour ne pas intervenir alors que tu es prêt à disparaître pour un simple humain.

- Ce n’est pas qu’un simple humain, siffla Kai.

- Ne t’énerve pas, Jong, tu n’en as pas la force. Je suis désolé, tu as raison. Je pars, j’ai besoin de prendre l’air. Appelle-moi si tu as besoin de moi.

Chanyeol tourna les talons avec un grand soupir résigné et se dirigea vers la porte. Kai le rappela avant qu’il ne pût quitter la pièce, la voix suppliante :

- Chan ?

- Hmm ?

- Va à Séoul. Protège-le. S’il te plaît. Je ne peux rien faire pour lui moi-même. Je sais bien que ça ne te plaît pas, mais…

- Si tu le marquais, tu…

- Chan… Je ne veux plus en parler. C’est hors de question. J’ai déjà bien assez gâché sa vie comme ça.

- Comme tu veux… Mais je ne suis pas sûr que ce soit la bonne décision. En le laissant courir les rues sans le marquer, tu l’exposes à mille dangers. C’est comme lâcher une souris bien dodue au beau milieu d’une bande de chats vicieux et affamés. Ils l’ont déjà repéré, Jong, et s’Il décide de s’en mêler, je ne pourrai rien faire. Tu as perdu tout pouvoir en quittant Séoul, c’est Lui qui décidera de son sort s’Il parvient à lui mettre la main dessus.

- S’il te plaît, Chan…

- Tu sais bien que je ne te refuserai jamais une faveur après tout ce que tu as fait pour moi. Je le protégerai, dans la mesure du possible. Mais Jongin… Pense un peu à toi. Promets-moi que tu réfléchiras encore, et que tu te placeras aussi dans l’équation, au même niveau que lui, avant de prendre ta décision finale.

- D’accord.

La porte se referma sur Chanyeol.



***



Il n’y avait pas grand monde dans le bus, mais Kyungsoo n’avait pas pu s’empêcher d’observer furtivement chacun des passagers qui montaient ou descendaient du véhicule, par peur que l’un d’entre eux n’en veuille à sa vie.

Paranoïaque.

Il devenait complètement, totalement, inexorablement paranoïaque.

Après tout, quiconque aurait partagé son vécu aurait eu tout aussi peur que lui du moindre étranger qui l’approcherait de près ou de loin.

Jamais n’avait-il été plus heureux d’arriver à son arrêt.

L’esprit de Kyungsoo refusait de se calmer. Le jour était encore clair, la foule aurait dû l’apaiser grâce au camouflage qu’elle lui offrait. Mais non. Rien n’y fit.

Il n’y avait qu’un endroit où Kyungsoo se sentirait en sécurité, et il devait s’y rendre le plus rapidement possible : son havre de paix ; son lit.

Il claqua bientôt la porte de l’appartement derrière lui et fila directement dans sa chambre, sans se prendre la peine de s’arrêter pour défaire ses chaussures ou déposer son sac. Il se laissa retomber mollement sur son lit, face contre le matelas, souriant au contact du doux duvet contre sa joue.

Les battements de son cœur se calmèrent peu à peu alors que son esprit se vidait de tous ses tracas. Il inspira profondément et expira longuement. Il aurait tout le temps de réfléchir le lendemain aux événements du jour présent. Pour l’instant, il allait simplement se reposer. Laisser à son cerveau le temps de gérer toutes ces informations pour y réfléchir plus tard de manière posée.

La porte de la chambre claqua. Kyungsoo ouvrit les yeux et se retourna d’un coup.

Devant lui, bloquant la seule issue possible, se tenait Chanyeol, adossé contre la porte, les bras croisés, le regard mauvais.

- On n’a pas fini de parler, toi et moi.