Poursuivi

par Cibi

11) Poursuivi



L’appartement de Baekhyun se situait au quatrième étage d’un immeuble qui en comportait cinq. Kyungsoo ne comptait plus le nombre de fois où son ami s’était plaint des pannes d’ascenseur bien trop fréquentes à cause desquelles il avait dû trainer ses sacs de commissions jusque chez lui par les escaliers.

Mais le logement en lui-même n’était pas bien différent de celui de Kyungsoo, désordre et saleté mis à part.

Baekhyun se fraya un passage à travers l’amas de vêtements (sales ?) et objets en tous genres qui jonchaient le sol en donnant des coups de pieds, ne se baissant que pour ramasser quelques élus dans la porcherie qui lui servait de domicile. Objets qui ne finiraient pas déchirés ou en morceaux si le pied d’un des deux étudiants venait à malencontreusement les écraser. A condition bien entendu qu’ils ne se retrouvassent à nouveau par terre quelques minutes plus tard.

Mais Baekhyun était son ami, et Kyungsoo se retenait bien de formuler quelque jugement. A voix haute.

Ses grimaces valaient tous les beaux discours avec lesquels son ami aurait pu l’assommer s’il avait été à sa place.

Une fois dans la chambre à coucher, Le petit châtain se laissa tomber sur le lit et lâcha sa récolte à ses côtés, confirmant les doutes de son ami : ces objets finiraient bien au sol avant le lendemain.

- Alors ? demanda Baekhyun en levant la tête vers Kyungsoo.

- Alors ?

- Notre discussion de tout à l’heure est loin d’être terminée.

Kyungsoo croisa son regard à contrecœur et servit une grimace à son ami avant de faire la moue.

- Inutile d’essayer de m’amadouer avec tes grands yeux, ça ne marchera pas. Sérieusement, Kyungie, je ne t’ai jamais posé de question sur ce qui t’es arrivé en début d’année, et je comptais laisser les choses telles quelles, mais là, la situation a changé. Il y a deux gars qui te suivent en rue, Kyungie ! Et quelqu’un s’est introduit chez toi à ton insu…

Chose rare chez lui, Baekhyun sembla hésiter avant de se décider à poursuivre :

- Je ne dis pas que ce « K » et les deux mecs de tout à l’heure sont forcément liés, mais…

Il laissa la phrase en suspens, laissant un silence pesant s’installer dans la pièce.

- Kyungsoo…

- Hmm ?

- Kyungsoo ?

- Hmm ?

- Kyungsoo ! gémit Baekhyun en étirant la dernière syllabe du nom.

L’intéressé poussa un soupir résigné.

- D’accord.

Et il raconta. Tout. L’agression dont il avait été témoin, la peur de se faire retrouver, la terreur lorsque l’auteur des faits l’avait menacé dans sa cuisine, la faim, les prises de sang, sa faiblesse, le manque d’hygiène, la douleur, l’incompréhension face au changement d’attitude de Kai et, finalement, sa liberté retrouvée et la note sur la table.

Kyungsoo inspecta le regard de son ami à la recherche de quelque émotion qui pourrait trahir ses pensées.

Il n’y avait pas de pitié dans les yeux de Baekhyun. Un peu de tristesse, de satisfaction d’enfin savoir mêlée au regret d’enfin comprendre et surtout, surtout, de la fureur.

Baekhyun était hors de lui.

- Je vais le retrouver. Je vais le retrouver et je vais lui faire payer, à ce bâtard. Je vais lui rendre la monnaie de sa pièce, l’attacher à une chaise et le laisser crever en l’affamant. Je veux voir toute envie de vivre quitter ses yeux, je veux le voir souffrir, le voir regretter ce qu’il t’a fait, le voir s’excuser, encore et encore. Lui donner de faux espoirs puis les anéantir d’un coup. Et une fois qu’il sera trop faible que pour bouger le petit doigt, alors seulement je l’achèverai. Ordure. Je vais…

- Baek…

- Non ! Ne me sors pas la phrase-type du mec qui souffre du syndrome de Stockholm ! Ne le défends pas, Kyungie !

Kyungsoo secoua lentement la tête.

- C’est pas ça. Je veux juste laisser ça derrière moi. Je ne veux pas de représailles. C’est tout.

- « C’est tout » ? Mais merde, Kyungsoo ! Ce mec t’a littéralement affamé pour que tu fasses ce qu’il te demande !

- Je ne veux plus en parler, d’accord ? Merci de t’en faire pour moi, Baek, merci, mais ça ira.

Baekhyun rit jaune.

- Waw. Cool. Génial.

Il se leva d’un coup et se dirigea vers la porte qui menait au salon. Il s’arrêta au niveau du chambranle et pointa un doigt accusateur vers Kyungsoo.

- D’accord, Do Kyungsoo, je me tais pour ce soir, mais je n’en resterai pas là ! Prends mon lit cette nuit, je vais dormir dans le canapé. Bonne nuit quand même.

A peine Kyungsoo eut-il le temps d’ouvrir la bouche pour répondre que déjà Baekhyun avait claqué bruyamment la porte derrière lui. Il resta un instant sans bouger, avant de se laisser chuter sur le dos.

Baekhyun n’avait pas tort, mais Kyungsoo avait peur, même s’il n’osait pas l’avouer à son ami. Peur des représailles, peur de retrouver Kai dans ses rêves. Peur des deux hommes qui le suivaient. Peur du lien qui pourrait les unir à l’homme qui l’avait séquestré. Peur de toutes ces informations qu’il ne souhaitait pas acquérir.

Il gémit et roula sur le côté.

Le lendemain, lorsque son réveil sonna, il fut lui-même agréablement surpris d’être parvenu à trouver le sommeil.

Baekhyun, qui commençait les cours quelques heures avant lui, était déjà parti depuis un bon moment. Sur la table du salon plus ou moins rangée (Kyungsoo décida de ne pas s’interroger sur les tâches oranges qui paraissaient presqu’incrustées dans le verre), il avait laissé à son ami un double des clés de l’appartement et une note à son attention. Le contenu de cette dernière était plutôt ordinaire : des informations sur l’emplacement des différents objets dont Kyungsoo pourrait avoir besoin avant de partir, que faire des clés (les garder sur lui, en l’occurrence) ainsi qu’un petit message d’encouragement pour la journée à venir pour conclure.

L’étudiant ne put s’empêcher de constater avec un petit sourire le contraste entre l’écriture fine, propre et presque féminine de son ami et l’état de son habitation.

Un solide petit déjeuner avalé, il descendit, fin prêt, la centaine de marches qui séparaient l’appartement de la rue. Encore une fois, Baekhyun n’avait pas menti : l’ascenseur tombait souvent en panne. Ou alors, Kyungsoo avait tout simplement manqué de chance.

La bonne humeur opportune qui s’était emparée de lui à son réveil, alimentée par l’allégresse de la note de Baekhyun et insensible à l’incident de l’ascenseur, s’éteignit peu à peu sur le chemin de l’université. Le petit châtain avait eu raison de se méfier la veille.

Quelqu’un suivait Kyungsoo.

Tentant de paraître aussi naturel que possible et de ne pas se retourner toutes les dix secondes, l’étudiant pressa l’allure. Pas assez, espérait-il, pour que son poursuivant s’en rendît compte avant qu’il n’eût quitté son champ de vision.

Le stratagème sembla fonctionner ; la distance entre l’homme qui le suivait (s’était-il fait des idées, au final ?) et lui augmenta petit à petit, jusqu’à ce que celui-là eût complètement disparu.

Il devait se trouver à moins de deux minutes des portes de l’université lorsque Kyungsoo se sentit tiré sur le côté et entraîné dans une ruelle adjacente.

Des bras puissants le saisirent par les épaules et le plaquèrent brutalement contre le mur. Le souffle coupé, il tenta de reprendre ses esprits et d’ignorer la douleur lancinante dans son dos. La voix recouvrée, il tenta de crier, mais une grosse main vint rapidement s’aplatir contre sa bouche.

Tel un animal pris au piège, il leva des yeux effrayés vers son agresseur et manqua de s’étouffer.

C’était bien l’homme qui l’avait suivi depuis chez Baekhyun.

Grand, tout de noir vêtu, il portait un masque et une casquette de cette même couleur, qui laissaient paraître des mèches chocolat et mettaient en évidence des oreilles décollées.

- Do Kyungsoo ?