Baby

par Rukyoshu

XII – Baby.



J’ai prié pour ce moment les yeux fermés. Je ne pensais pas quil se réaliserait un jour. C’est étrange comme les choses peuvent se réaliser soudainement, au moment où on n’y croit plus. J’avais arrêté d’espérer parce que ça devenait trop douloureux. Je ne résiste pas bien à la douleur. Te revoir était un doux rêve que j’avais fini par oublier. C’est ce que je pensais. Et tu apparais devant moi alors que je marche tranquillement dans la rue. Je sais que c’est toi, quand bien même tu as changé. Nous avons tous les deux vieilli depuis notre séparation. Je te suis, de loin, juste pour profiter de ta beauté sans te déranger. J’aimerais courir pour te rattraper. Je t’enlacerai, mon cœur, doucement. En ai-je seulement la possibilité ? Je ne sais plus ce qui me retient tellement. Aujourd’hui est la seule chance, je le sais. Qui sait ce quil se passera ensuite ? Qui sait si nous nous reverrons ? Qui sait ? Pas moi. J’ignore tout de notre avenir comme j’ignorais que nous devrions nous séparer. Alors je ferai le premier pas, sil le faut. Je ne sais pas si j’en suis capable mais je l’espère de tout mon cœur.

J’ai tant espéré te retrouver un jour et voici que ça arrive. Seulement, n’est-il pas trop tard ? N’avons-nous pas trop changé ? J’ai beau avoir prié, j’ai peur de ce qui adviendra si je m’approche de toi.
Je te le promets, je serai bon pour toi. Mais ce nest pas à moi de décider. Nous ne sommes plus à cette époque où rien ne pouvait nous séparer. Le temps a continué à s’écouler, l’eau a coulé sous les ponts. Les années ont passé, deux puis quatre, sans que nous ne puissions rien y faire. Tu es seul, je ne sais pas si ça doit me réjouir. Marcher seul dans les rues est un plaisir que nous avons toujours eu. Ça ne signifie rien. C’est simplement une chance à saisir pour moi. Juste comme je l’espérais, je ferai joyeusement le premier pas vers notre rêve. Oui, cest ce que je dois penser. Je ne dois pas penser au reste. J’avance plus vite vers toi mais, comme si tu le sentais, tu accélères aussi. Ou peut-être est-ce le froid du vent de décembre ? Je ne suis plus sûr de rien. Tout a trop changé.

Tu téloignes, je ne peux pas le permettre. Pourquoi mes yeux brillent-ils ainsi ? Est-ce le vent qui les fait pleurer ? Est-ce le fait que tu disparais peu à peu de mon champ de vision ? Jaccélère à mon tour pour ne pas te perdre. Ça ne doit pas arriver une nouvelle fois. Je suis ta silhouette floue de ma vue brouillée de larmes. Pourquoi mon cœur bat-il comme un fou ? Est-ce pour mon effort ? Est-ce la peur qui me ronge ? Je ne peux pas abandonner si près du but. Nous avions des rêves que je ne peux pas briser par manque de courage. Le monde appartient à ceux qui sen donnent les moyens, je ne dois pas me laisser abattre. Je cours à en perdre haleine à présent. Je te rattraperai, je sais que jy parviendrai. Même si je dois tomber dans la neige qui recouvre les trottoirs. Même si je dois bousculer les gens et passer pour un fou. Au fond de moi, mon amour me pousse en avant. Il me murmure des encouragements. “C’est si précieux, ne l’oublie pas.” Jamais je ne loublierai. Tu es si précieux à mes yeux, malgré les années écoulées. Tu es resté le seul que je voulais voir, le seul que mon cœur a choisi. Personne n’a pu te remplacer puisque tu es unique. Et peu importe que nos rêves aient été piétinés, aujourd’hui, il est temps de les recoller.

Au commencement, ton rêve, tes mots étaient plus consistants que les larmes, plus doux que le nectar du paradis. Et le monde a fait en sorte de tout briser. Tu voulais simplement devenir footballeur. Pourquoi la vie ta-t-elle volé ce rêve ? L’injustice grogne au fond de mon ventre. J’aurais voulu te protéger. Où étais-je ce jour-là ? Un accident de voiture, c’est ce qu’on m’a dit. Une blessure à la jambe. Tu as refusé de m’en parler. Tu ne peux plus faire de longs efforts, ton genou est aussi brisé que ton cœur. C’est ce que j’ai fini par comprendre. Mais peu importe que tu me repousses. Je te le promets, je n’arrêtai pas de te suivre. Tu es la lumière dans une vie pleine de gris. Nous étions jeunes, cet été-là. Nous étions fous et amoureux. Puis laccident t’a emmené loin de moi. Ta famille ne voulait pas rester ici. Tu ne voulais pas rester ici. Et ma vie s’est stoppée quand tu as disparu. Comme je ne regarde que toi, comme je nai toujours regardé que toi, comment aurais-je pu avancer sans toi ?

Et tu es de nouveau face à moi. Je trébuche de nombreuses fois mais la distance qui nous sépare rétrécit. Petit à petit, la main tendue en avant, je te rattrape. J’ai prié pour ce moment les yeux fermés. Jétais prêt à tout pour que ça se réalise. Mes doigts se rapprochent de ton épaule. Encore quelques pas, à peine quelques pas. Mes muscles sont douloureux. Mes poumons brûlent sous le froid qui les pénètre. Ça n’a pas d’importance. J’ai attendu ce jour pendant si longtemps que le ciel pourrait bien me tomber dessus, ça ne marrêterait pas. J’ai peur de ce que tu vas dire, peur de ce que tu vas voir. Moi aussi, j’ai changé. Je n’ai pas beaucoup grandi, par rapport à toi. Ne marche pas si vite. Arrête-toi avant que mon cœur lâche. Aujourd’hui est la seule chance que nous ayons. Il faut la saisir avant quelle ne disparaisse comme notre passé, comme les rêves que nous avions. Ne t’inquiète pas, je ferai le premier pas. Je te dirai tout ce que jai tu depuis ce jour. Je te dirai tout ce que tu veux entendre. Je prendrai soin de toi et ne parlerai jamais de notre passé si tu ne le veux pas. Je sais que ce ne sera pas facile. Mais notre amour est plus fort que ça.

Nous nous sommes rencontrés en automne, à la rentrée des classes. Nous étions nouveaux au lycée, nous étions jeunes et perdus. Tu étais étranger et je t
ai admiré dès les premiers instants. Tu avais une telle prestance, une telle facilité à t’en sortir dans un pays qui n’était pas le tien. Les saisons ont filé et nous nous sommes rapprochés facilement. Nous nous entendions si bien. Nous savions tous les deux que ça finirait par arriver. Et l’été nous a apporté cet amour que nous avons tant chéri avant de nous le reprendre. Nous avons grandi éloignés autant que nous avons été séparés. Mon cœur ne sen est jamais remis. Comment le tien s’en est-il sorti ? Mes doigts se referment sur ton épaule avec douceur. Mon souffle est court, douloureux, ça n’a pas d’importance. Tu te retournes. C’est bien toi. Pourtant, ce visage peu familier me rend triste. Tu as changé, tu as vieilli. Ça ne fait que quatre ans. Comment quatre ans peuvent changer les gens à ce point ?Jentrouvre les lèvres sous ton regard surpris. Me reconnais-tu aussi facilement que je t’ai reconnu ?

Aucun son ne sort de ma gorge pourtant j’ai tant de choses à te dire. J’attrape ta main et plonge mon regard dans le tien.
Pourquoi mes yeux brillent-ils ainsi ? Est-ce la peur que tu me rejettes ? Est-ce la joie de te revoir après tout ce temps ? Jaimerais effacer ce que je lis dans tes yeux. Tant de regrets et de douleur. Dis-moi que ce n’est pas moi qui fais naître tant de souffrance dans ton regard. Dis-moi que ce n’est pas moi qui provoque les larmes qui menacent de couler. Je serre doucement mes doigts sur les tiens. Pourquoi mon cœur bat-il comme un fou ? Est-ce dû à la douleur que je ressens face à ta tristesse ? Est-ce dû à lamour que je ressens encore si fort à ton égard ? J’aimerais pouvoir apaiser ces battements furieux qui me brisent les côtes mais j’en suis incapable. Le seul à en avoir le pouvoir est toi. Je cours à en perdre haleine vers nos rêves détruits. Et je me rends compte à cet instant que tu nas peut-être plus envie de les réparer et les construire avec moi. Je me suis précipité vers toi comme si ma vie en dépendait en oubliant que tu avais sans doute eu le temps de tourner la page. “C’est si précieux, ne l’oublie pas” me souffle mon amour. Oui, cest si précieux. Seulement, je ne suis peut-être plus aussi précieux à tes yeux.

Au commencement, ton rêve, tes mots, cet été doux étaient plus lumineux que le côté sud du paradis. Et le monde nous a volé nos plus merveilleux moments. Il a éteint le soleil et nous a plongés dans lombre. Tes parents ne cessaient de me renvoyer chez moi. Je ne savais plus quoi faire. Je t’ai écrit des tas de lettres et je n’ai jamais eu de réponses. Je me suis senti abandonné dans une obscurité que je ne connaissais pas. J’ai fermé les yeux et j’ai prié, j’ai attendu un signe. Et je t’ai retrouvé. Je te le promets, je n’arrêtai pas de taimer. Je n’en suis pas capable. Mon cœur t’a appartenu dès cet automne qui nous a rapproché. Ta main enserre la mienne et je reviens à moi. Ton regard brouillé de pluie me déchire le cœur, autant que ton départ. Je prends une légère inspiration. C’est à moi de faire le premier pas. Comme je ne regarde que toi, il mest plus facile de tout avouer. Tu es mon petit renne et ça ne changera jamais. Il faut que je te l’avoue. Il faut que je te dise à quel point ne plus être à tes côtés a été insupportable. Même si tu as sans doute refait ta vie.

« Je sais que je suis tellement stupide que je te blesse sûrement. Je voulais juste te revoir, je voulais juste reconstruire nos rêves, parce quà ton départ j’ai arrêté de vivre. Je voulais pouvoir remonter le temps mais c’est impossible. La vie a tout chamboulé pour nous et elle a teinté notre amour d’une page de tristesse que nous ne pourrons jamais effacer. Je ne sais pas comment agir, je ne sais pas quoi faire. Le monde est un mur qui me fait peur. Je ne suis pas habitué à ça, je ne connais que toi. Et sans toi, je nai pas réussi à avancer. Seulement, peut-être que toi, tu y es parvenu et... »

Tes doigts se posent sur mes lèvres avec douceur. Je me tais. Un sourire se trace sur ton visage, lentement, timidement.

« Tu parles trop, Baekhyun, comme toujours. »

Les larmes débordent de mes yeux. Ta voix est toujours aussi jolie. Ton sourire est toujours aussi enchanteur. Comme je fais le premier pas, sil te plaît, ne me repousse pas. Je me blottis contre toi comme un enfant, enlace ta taille comme si tu allais disparaître à nouveau. Je ne le supporterai pas. Quatre ans sans toi étaient bien trop longs. Alors reste avec moi, je t’en supplie. Le goût des choses s’est effacé, j’avance sans savoir où je vais. C’est comme si le monde avait éteint toutes les lumières subitement. Je suis dans le noir et seul ta présence lumineuse peut m’éclairer. Jai juste besoin de ton amour pour continuer à avancer. Tes bras se referment autour de mes épaules et lune de tes mains glissent même dans mes cheveux. Les battements de ton cœur résonnent doucement à mes oreilles. Je suis soulagé d’être si proche de toi. Je suis soulagé de t’avoir retrouvé.

« Je suis tombé pour toi au plus profond de mon cœur
Tu es le seul à être mon tout, mon paradis
 »

D’une voix hésitante, tu murmures. Et mon cœur semble exploser dans ma poitrine. Je ferme les yeux et pleure contre ton cou sans honte. Le soulagement me submerge alors que tu me dis que tu me cherchais dans ces rues qui nous sont familières. Je crois que je peux afin pardonner à la vie et avancer de nouveau. Tu es de retour près de moi. Avant d’avoir entendu ma réponse, tu ajoutes.

« Promets-moi que tu ne regarderas que moi également
Que tu n’aimeras que moi
 »

Je souffle un peu. Si tu savais ce que je ressens, ce que mon cœur hurle sans cesse, tu n’aurais aucune inquiétude. Je souris et relève doucement la tête. Mes lèvres effleurent les tiennes avec douceur.

« Je n’ai jamais aimé que toi et ça ne changera jamais. »

A présent, nous avons quatre années de bonheur à rattraper.