Don't go

par Rukyoshu

Titre : Les douze vies de Baekhyun.
Auteur : Rukyoshû.
Genre : UA/Romance/Amitié…
Note : Ceci est mon cadeau de Noël pour mon co-auteur adoré, BlackCherry. Jy ai mis tout mon cœur pour lui donner le meilleur de moi-même. Jespère que ça vous plaira.
Classement de la fic : Jai mis en 13+ car certains textes seront plus osés que d’autres. Bonne lecture !

I – Dont go.



Une légère brise. Quelques gouttes. Le silence. Il a limpression que les mots prononcés à linstant résonnent dans sa tête. Trois mots, si fragiles, si beaux dordinaire. Il ne sait que répondre, ne dit rien, ne bouge pas. Il ne peut pas admettre ce quil vient dentendre de la part de cet autre quil considère comme son meilleur ami, son frère presque. Que viennent faire ces mots dans leur quotidien si bien ordonné ? Que viennent faire ces mots qui vont tout gâcher ? Puis il comprend, cest une plaisanterie. Alors il rit. Plus nerveusement que joyeusement, cela dit. Ses épaules tressautent au rythme de son rire, comme il les balancerait sur une musique entraînante. Il ne voit pas la gifle partir mais la douleur sur sa joue est vive et sa tête bascule sur le côté. Il se fige, porte une main à sa joue endolorie et relève la tête. Le visage de son ami est grave et le chocolat de ses yeux semble se liquéfier et fondre pour couler en larmes translucides. Son ami pleure et il ne sait pas quoi faire. Son ami souffre et il ne sait pas quoi faire. Son ami fuit et il ne sait pas quoi faire. Cest sa faute, il sait. Mais il reste là, sans bouger, la pluie tombant sur lui de plus en plus fort, lassourdissant, brouillant sa vue. À moins que ce ne soient des larmes ? Non, il ne pleure pas. Il ne comprend pas.

Une
feuille vient se coller à sa joue, signe que le vent sest levé. Il la retire, inspire profondément et expire lentement avant de faire un pas. Puis une flopée dautres, de manière mécanique, au rythme de la mélodie jouée par la pluie. Il rentre chez lui par automatisme, ses pensées étant parasitées par la scène qui se rejoue sans cesse. Il narrive pas à réfléchir clairement, nen a peut-être pas vraiment envie. Il laisse son esprit ignorant, ignore lanalyse de cette scène, ne sarrête pas sur ce sentiment de brisure en lui. Il pousse la porte de sa maison sans même y prendre garde, offre un sourire lointain à son père sans sen rendre compte, monte jusquà la salle de bain sans y penser. Et alors que leau chaude de la douche remplace leau de pluie sur sa peau froide, il reprend conscience. Mais il veut oublier.
Oublier
la pluie qui tombe sur son cœur. Oublier lorage qui gronde dans son ventre.
Oublier
lautomne qui fait faner les fleurs. Oublier lhiver qui sortira bientôt de son antre.
Oublier
le monde, la peur, ce quil ressent et ce qui lentoure.
Tout
oublier et soublier avec.

Alors
il se sèche et se glisse sous ses draps, envoyant valser sa raison qui lui dit que ce nest pas lheure. Peu importe. Il disparaît entièrement sous sa couette et ferme fortement les yeux. À cet instant, il nexiste plus. À cet instant, le monde nexiste plus. À cet instant, plus rien nexiste. Ainsi blotti dans son lit, il se sent en sécurité, comme un oisillon dans son nid ou un lapin dans son terrier. Rien ne peut lui arriver de mal, sa couverture le protège. Et il chasse les pensées qui le torturent, ferme son esprit aux questions qui le harcèlent, empêche le comportement de son ami de venir perturber le peu de sérénité quil lui reste. Impossible ! Pourquoi lui avoir avoué une telle chose ?! Colère, incompréhension, rejet bouillonnent dans ses veines, percent son cœur, brûlent ses yeux. Douleur. Ça tourbillonne comme les feuilles emportées par le vent à lextérieur, ça craque comme les branches des arbres morts, ça coule comme les nuages pleurent. Il veut hurler, rejette sa couette, martèle son matelas de ses poings. Il se lève, tourne en rond, se rassied et se relève. Il serre les dents, shabille au hasard et ressort de chez lui. Au diable le mauvais temps, il court. Vite, plus vite, toujours plus vite. Il trébuche dans la boue, nen a que faire, reprend sa course effrénée. Tout tombe en miettes. La muraille de son cœur se fait poussière et sa gorge en feu crache des râles de souffrance. Froid et tristesse. Comment en sont-ils arrivés là ? Il ne sait pas, laisse ses pensées senvoler sous sa course. Elles le poursuivent, il sait. Elles le rattraperont bientôt, à chaque arrêt, à chaque tournant. Il sait. Il sait mais il rejette tout ça. Et, après avoir couru plusieurs minutes, il rentre chez lui, se sèche et sendort. Adieu réalité, bonjour fiction.

Mais
le temps le rattrape et ses pensées ne le laissent pas tranquille. Les jours senchaînent comme les maillons dune chaîne infinie et il est seul. Seul avec un trou béant à la place du cœur. Seul avec un sourire qui sonne creux et des yeux vides de toutes émotions. Seul avec lenvie de retrouver son ami comme avant, comme si rien ne sétait passé. Mais ça narrivera jamais, comme le lui confirme la vie, après lavoir fait espérer. Lespoir est une graine nocive qui prend racine dans le cœur et sétale, sétale, sétale dans tout le corps. Puis il finit par faner et tout lêtre périt avec lui. Son ami se dirige vers lui et ne prononce que deux mots. Deux mots suffisant à crever son arbre et à briser ce quil lui reste dinnocence.
Je taime.
“Je
pars.
Comment
de tels mots peuvent-ils faire si mal ? Comment peuvent-ils ravager des années damitié et des habitudes si bien ancrées ? Quand le mal arrêtera-t-il de le marteler avec des phrases si courtes ? Il commence à entrevoir la douleur que son ami a ressentir sous son rire. Pire que des mots. Pire quune claque. Pire que tout.

Et
les souvenirs viennent troubler son esprit davantage. Tous ces fous rires, pour des raisons sans importance et des situations parfois insoupçonnées, synonymes dune entente parfaite. Il en ressent encore les papillons dans le ventre et les crampes dans les joues. Ces disputes nées dune jalousie inavouée, dun trop plein de sentiments incompris ou dune peur de prise de conscience, signe dun sentiment endormi qui ne demande qu’à sortir de sa cachette. Il en ressent encore la douleur et la peur de perdre ce quil avait de plus cher sans sen rendre compte. Il se souvient de ce jour où, assis dans le canapé de chez lui, ils regardaient un film dhorreur ensemble comme deux bons amis et leurs doigts se sont frôlés et enlacés pour ne pas se mettre à hurler de terreur. Il en ressent encore les battements irréguliers de son cœur, la chaleur au creux de son ventre, la douceur contre ses doigts. Et ces après-midis passés si près lun de lautre pour réviser, ce jour écoulé enlacés pour se réconforter, ces regards en coin, ces sourires cachés, ces rougissements incontrôlésNétait-ce pas une façon de montrer ce quils cachent ? N’était-ce pas là le début de tout ?

Il
narrive plus à distinguer ce quil ressent tant tout se mélange. Bonheur, tristesse, doute, certitude, chaud, froid. La pluie ne tombe plus depuis un mois mais le vent glacial le transperce plus douloureusement quelle naurait pu le faire. Sil ne fait rien, son ami va partir pour ne plus revenir. Sil ne fait rien, il aura perdu ce quil a tellement peur de perdre. Sil ne fait rien, tout ce quils auront vécu sera terminé. Et ils ont partagé tellement de choses, de façon si proche. Il lève les yeux vers le ciel à la couleur si blanche.

Est-ce ça, aimer ? Ressentir ces picotements, ces chatouillis dans le ventre et dans le cœur ? Mais, si ça lest, nest-ce pas mal de se sentir si bien avec une personne du même sexe, au point dêtre écœuré des autres ? Il ne sait pas. Lui-même sagace dêtre ainsi, indécis. Trop de questions, pas assez de réponses. Il essaie de savoir, dimaginer et sait déjà. Si tout nétait pas question du jugement dautrui, il sait que son ami serait la personne de sa vie. Alors pourquoi sencombrer de détails, de questions, de problèmes insignifiants ?

Il comprend que son rejet nest quune forme de peur. La peur dêtre différent, la peur de tout briser, la peur de perdre le calme de sa vie réglée comme une boîte à musique. Il comprend que sa colère vient de son cœur enserré dans un étau depuis trop longtemps. Il comprend que tout nest quun mensonge visant à cacher ses sentiments. Et tout en en prenant conscience, il se met à courir, encore. Il doit lempêcher de partir, il doit le garder près de lui. Au diable le regard des autres tant quils sont à deux. Il ignore son point de côté, passe sous silence la douleur de ses jambes, tait son souffle manquant. Et il arrive à la gare, priant pour que tout ne soit pas perdu. Sans perdre de temps – il en a déjà trop perdu il cherche le quai. Ses yeux trouvent le panneau et il sy rend sans attendre, plus léger que lair et aussi vif que léclair. Mais, devant lui, le train sen va vite. Si vite. Trop vite.

Son regard se brouille, son cœur se serre, ses dents blessent ses lèvres abîmées par le froid. Tout s’effondre au fond de lui. Il ne peut pas accepter ça. Est-ce trop tard ? Ses pieds bougent, il court. Il vole, même, après ce train qui l’emmène loin de lui. Il le voit s’éloigner, ignore ses joues mouillées, accélère. Le vent tourbillonne, s’engouffre sous son pull aux mailles trop larges, voile ses yeux de ses mèches trop longues. Pourquoi s’est-il montré si bête et inhumain ? Les remords et les regrets empoignent son âme et le poussent en avant mais le destin en a décidé autrement et son lacet défait le fait trébucher. Sa chaussure se dégage, sa casquette tombe dans les feuilles et son nez s’y enfouit. Une odeur le submerge, lui retourne l’estomac, fait brûler ses yeux décidément trop sensibles : l’odeur de la défaite, de la solitude, de la tristesse. Une foultitude de sentiments plus négatifs les uns que les autres. La douleur qu’il ressent lui coupe le souffle alors qu’il relève la tête pour voir que le train a laissé place à des flocons de neige. La première neige. Son dernier espoir s’évanouit comme les nuages fondent. C’est fini, Junmyeon est parti.