Temporalité moqueuse

par Ako-Cissnei







-Bon alors Baek', tu m'expliques ?

-Je n'ai pas grand-chose à expliquer, tu sais... J'étais chez lui, on a fait ce qu'on voulait faire, il s'est endormi, je n'y arrivais pas, alors je suis parti.

-Quelle heure il était ? Interrogea Jongdae sous le regard impassible de Lay, les sourcils froncés, accroupi à côté de lui (sans que Baekhyun ne puisse avoir la moindre idée de sa présence).

-Je ne sais pas, sans doute aux environs de deux heures...

-Et tu n'as repris conscience que vers huit heures.

-Finement déduit, Sherlock, grommela Baekhyun, incapable de se départir de sa langue fourchue de cynisme.

-C'est qui "Chaire loque" ? Demanda timidement Lay en tapotant sur la cuisse de Jongdae.

Ce dernier prit simplement sa main dans la sienne, composa rapidement des mots d'explication sur son clavier de téléphone en envoyant bouler Baekhyun à propos de son ironie mal placée (c'était fou ce qu'il pouvait ressembler à Luhan tel qu'il était avant sa version écolière) pour le montrer discrètement à Lay sous la table. Le fantôme émit un "oooh" d'approbation (que Baekhyun n'entendit évidemment pas, même si son ami le vit brièvement froncer les sourcils) et retourna sa main dans celle de Jongdae pour lui rendre sa pression.

-On ne t'a rien volé ?

-Non, c'est ça qui est bizarre. J'avais encore mon téléphone avec ma batterie à moitié pleine. J'ai bien un billet qui a disparu de mon porte-feuille, quelques clopes portées disparues, mais rien de grave. Mes cartes, mes écouteurs, j'ai tout ce qui est important.

-Baek'... Commença Jongdae, incertain. "Je suis désolé de te demander ça comme ça, mais tu n'as pas mal aux jambes ou... Ailleurs ?

-Je ne pense pas m'être fait à proprement parler violer, si c'est le sens de ta question, murmura Baekhyun en baissant les yeux.

Au simple mot de "violer", Lay tressaillit, émit un petit couinement à peine audible, et tout d'un coup, enfouit son visage dans la hanche de Jongdae, dos à Baekhyun, en posant le menton sur sa cuisse. Le jeune homme eut toutes les peines du monde à ne pas manifester sa surprise devant Baekhyun, mais parvint à caresser discrètement la nuque de Lay pour essayer de l'apaiser.

-Comment ça, à proprement parler ?

-Pour être honnête... Je n'ai strictement aucun moyen de savoir ce qu'il s'est passé.

Jongdae retint sa respiration, littéralement mort d'inquiétude, et Lay mordillant son T-shirt lui fournissait un autre motif d'interrogation, tout aussi peu réjouissante.

-Il faut voir ça pragmatiquement... J'ai toujours mes fringues que j'ai remis à la va-vite en partant de chez Chanyeol, donc -excuse-moi de le dire aussi crûment- si j'ai eu de nouvelles taches entre-temps, je ne pourrais pas vraiment le voir. Je sens suffisemment le fauve et la cigarette, entre la boîte hier soir, l'absence de douche chez lui, pour ne pas remarquer une odeur étrangère.

Baekhyun se mordit la lèvre et l'aile de son nez tressauta.

-J'ai bien ma braguette ouverte, mais comment tu veux que je sache si je n'ai pas simplement oublié de la remettre en sortant de son appart' ? J'avais quand même pas mal bu.

-Tu m'as dit que tu avais mal au genou, se souvint Jongdae.

-Ouais, et j'ai eu du mal à me relever tout seul, je sais, rétorqua son ami, en essayant de maintenir une voix neutre. "Mais je suis resté inconscient par terre dans la rue pendant presque six heures. Clairement..."

Il hésita à nouveau, baissant les yeux.

-Même si personne ne m'est passé dessus, j'aurais sans doute eu des bleus et des courbatures dans tous les cas.

-Ne dis pas ça comme ça, marmonna lentement Jongdae.

-Pourquoi pas ? C'est sur ça qu'on a des doutes, non ? Je ne vais pas me chier dessus pour en parler, non plus.

"Xiao Luhan, sortez de ce corps."

-Parce que... Hésita Jongdae.

"Parce que tu fais peur à Yixing" n'était définitivement pas une bonne idée de réplique. Pourtant, le fantôme avait de nouveau étouffé un petit bruit apeuré dans la hanche de Jongdae, resserré sa prise sur sa main jusqu'à en faire blanchir la peau, se recroquevillant encore plus.

Jongdae soupira.

-Pour rien.

Baekhyun fronça de nouveau les sourcils, et son ami eut quelques sueurs froides en le voyant regarder d'une façon un peu trop appuyée l'endroit où Lay était blotti.

Oui, exactement, comme s'il se doutait de quelque chose, comme s'il avait entendu le petit gémissement ou vu le T-shirt de son ami se froisser.

-Baekhyun, reprit-il, je pense que tu devrais appeler Chanyeol -sans doute pas tout de suite, ne fais pas cette tête-là- pour lui dire ce qu'il s'est passé.

-T'es malade ? Réagit aussitôt l'intéressé, relevant enfin les yeux. "Déjà, je lui dis quoi ? J'en sais foutrement rien, de ce qui s'est passé et il y a des chances pour que je ne le sache jamais, donc j'aimerais éviter d'en faire un plat."

-Sans aller jusque là...

-Et puis, le coupa Baekhyun, tu peux me dire à quoi ça servirait ? Je ne vais pas pleurnicher sur l'épaule d'un mec qui me voit uniquement comme un phallus avec une jolie bouche fournie en bonus, en lot complet.

Jongdae hésita entre plusieurs réponses, son instinct premier étant quelque chose qui ressemblait à "Ah mais parce que c'est toi qui... ? D'accord", le second était plus quelque chose dans le registre du "t'es encore plus sale que Luhan quand tu parles", mais le jeune homme opta finalement pour sa troisième idée :

-Parce que ça s'est passé pas loin de chez lui, que c'est éthique de le prévenir -même si je dois admettre qu'avec sa taille et sa carrure, il doit moins craindre ce genre de...

Regard noir de Baekhyun, qui voulait sans doute dire "c'est ça, et moi je suis une princesse en détresse en robe rose parce que je ne fais pas trois mètres de haut, du basket depuis mon enfance, et que je ne peux pas m'envoler en utilisant mes oreilles ?", ou quelque chose du même acabit.

-... Bref. Et aussi pour qu'il comprenne que vous n'allez plus jamais vous voir chez lui, et si jamais j'apprends que tu y es retourné pour faire votre affaire, je viens t'attendre à la sortie de chez lui, ou alors je t'enferme dans sa chambre. Et tu n'aimerais pas ça.

Baekhyun se racla la gorge. Vraiment ?

Bien sûr que non, il n'aimerait pas cela.

Il se contenta finalement d'un grommellement incompréhensible à l'adresse de son ami (qui capta les mots "sadique", "sale dinosaure" et "pas ton gosse"). Jongdae camperait visiblement sur ses positions quoi qu'il lui dise. Baekhyun se sentait à la fois vaguement coupable, comme un gamin que l'on réprimande, et un peu surpris.

Il avait un certain nombre d'amis, mais il était presque certain qu'aucun d'entre eux n'auraient réagi de façon aussi protectrice que Jongdae venait de le faire. On eût dit qu'il le maternait, et le jeune homme se souvint s'être déjà dit cela en voyant de quelle manière Jongdae était présent pour Luhan et Minseok. Jusqu'à présent, Baekhyun riait de la relation d'amour-haine entre le chinois et son camarade de classe, mais à présent, il ne lui viendrait plus à l'idée de contester Jongdae, même alors qu'il était réputé être une "insupportable tête de mule", d'après Junmyeon. Il se sentait même réconforté de savoir que quelqu'un souhaitait veiller sur lui, chose encore une fois surprenante, étant donné qu'il mettait son indépendance à la limite de l'extrême sur un piédestal.

-Oui Jong' umma, finit-il par grogner en guise d'acquiescement.

-Bois ton café, Baek', ça va refroidir, lui lança Jongdae en allumant une cigarette, profitant de son attention alors détournée vers sa tasse pour retirer doucement la tête de Lay de son buste, et la poser à la place sur ses cuisses, d'où il put lui sourire pour le rassurer.

"Tu n'as pas à avoir peur avec moi."

* * *



Minseok se réveilla avec une sonnerie qu'il n'identifia pas comme étant celle de son réveil habituel. Cette musique ressemblait à une voix qu'il connaissait pour l'avoir entendue des dizaines de fois, sans qu'il ne se souvienne à qui elle appartenait dans l'immédiat.

Ne comprenant pas les mots qu'elle fredonnait, il se sentit cependant délicieusement bercé par une mélodie agréable, qu'il reconnaissait elle aussi, mais il ne lui semblait pas que cette voix y était liée, pourtant. Ce questionnement joua sur le fait qu'il ne reconnu ni l'une ni l'autre, mais il se contenta de se tourner vers le son, les yeux fermés, écoutant simplement.

Minseok finit instinctivement par fredonner lui aussi, les notes lui revenant au fur et à mesure que la musique se poursuivait. Ses lèvres bougeaient à peine, et sa voix montait faiblement. Il se contentait d'accompagner ce chanteur matinal, comme un encouragement pour qu'il ne s'arrête pas.

Les deux hommes augmentèrent peu à peu, en même temps, le volume de leur chant, articulant à présent parfaitement les paroles, que Minseok reconnu enfin comme étant du chinois. Il se rappelait les syllabes qui composaient la mélodie, en revanche il était bien incapable de comprendre un traître mot de ce qu'il chantait. Il lui sembla reconnaître une chanson qui passait régulièrement à la radio.

Il ouvrit lentement les yeux quand il sentit un écouteur se glisser dans son oreille, lui offrant un accompagnement musical, ainsi que la voix du (ou des, sans doute) chanteur(s) de la chanson originale, alors que celle qui l'avait réveillé se taisait.

Il comprit que cette voix appartenait à la personne en face de lui, qui avait étiré ses lèvres pleines en un sourire soleil.

-Bonjour, Luhan.

Ce dernier lui répondit en penchant sa tête pour lui offrir un baiser chaste.

-Bonjour, Min'.

Alors que Minseok nichait son visage contre la hanche de Luhan (déclenchant ce faisant une petite explosion au niveau du bas-ventre de ce dernier, qui écarquilla les yeux et se mordit l'intérieur des joues pour ne pas céder à une tentation très hâtive), un téléphone sonna.

Et Luhan pesta. En chinois. (Minseok commençait à se souvenir de cette phrase qu'il disait toujours, il songea vaguement qu'il faudrait qu'il lui demande ce que cela voulait dire. Quoique dans le fond, peut-être pas, étant donné l'inventivité dont pouvait déjà faire preuve Luhan en jurant en coréen.)

-Quoi encore ?

-Bonjour à toi aussi, Luhannie ! Chantonna Chanyeol au bout du fil.

-Aurais-tu par hasard décidé fermement de me stalker jusqu'à l'aliénation ?

-Alors, vous l'avez fait ? Le coupa l'autre. Luhan pouvait voir d'ici son rictus malsain et avide.

-T'as bien assez à faire avec ton mec sans avoir besoin de te repaître de ce que je fais avec le mien.

-T'es pas marrant.

-Arrête de m'appeler Luhannie.

-J'ai rien dit, s'étonna Chanyeol.

-C'est pour tout à l'heure, grommela Luhan. Plutôt se couper la langue que d'avouer qu'il s'agissait d'un réflexe qu'il avait pris. Plutôt cela que d'assumer le fait que cela risquait justement de rappeler trop souvent à Chanyeol ce surnom qu'il trouvait ridicule. Non, il ne laisserait jamais ce grand dadais aux oreilles pointues avoir le dernier mot avec lui. Kris avait été un excellent mentor pour ce faire.

-Et en plus c'est pas mon mec.

-Channie ?

-Oui ?

-Tu m'as confondu avec quelqu'un que ça intéresse.

-M'appelle pas Channie... Pleurnicha ce dernier en ignorant qu'il venait de se faire magistralement envoyer sur les roses.

-Et je peux savoir pourquoi tu me déranges en pleine matinée de rêve (Minseok pouffa dans sa hanche, lui procurant un souffle chaud et une caresse qui lui fit serrer les dents) alors que je pourrais profiter d'un week-end de quatre jours à glander, Channie ?

-M'appelle pas Channie, Hannie. Et puis, glander. Mais bien sûr, comme si.

-Park Chanyeol. Crache le morceau ou je raccroche.

-Ouais, bon d'accord. Je voulais te demander un truc, ça ne sera pas long. Est-ce que tu pourrais demander à Jongdae si Baekhyun lui a parlé de moi ?

Alors celle-là, Luhan ne l'avait définitivement pas vu venir. Il s'en trouva bouche bée, et Minseok lui jeta un regard interrogateur, sortant peu à peu de son engourdissement pour se mettre à tracer des cercles autour de son nombril avec son doigt, aussi légèrement que si l'on effleurait une toile dont on n'était pas sûr qu'elle soit sèche.

Ce qui n'aida absolument pas Luhan à formuler une pensée cohérente.

-Hein ? Lança-t-il, fort philosophiquement.

-Tu m'as dit qu'ils s'entendaient bien, non ?

-Je ne vois pas le rapport, marmonna le chinois en essayant de toutes ses forces de ne pas baisser le regard vers la main de Minseok qui migrait, lentement, mais sûrement, vers les os de son bassin.

-Oui ou non ?

-Oui, j'approuve, et alors ?

Il n'y avait pas que l'amitié naissante de Jongdae et Baekhyun que Luhan approuvait, cela dit.

-Alors, pourrais-tu demander innocemment comme tu fais si bien à ton meilleur ami Kim Jongdae si Byun Baekhyun a parlé de moi récemment et en quels termes, s'il te plaît, Luhannie ?

-Arrête de... Hm.

Les doigts de Minseok étaient bien agiles. Bien trop agiles pour les connexions neuronales de son petit-ami.

-Je ne te demande pas une enquête détaillée. Juste... Si ça te semble positif. Dans n'importe quel sens.

-Si tu veux... Hm !

Bien trop agiles. Et bien trop curieux.

-Hannie, ne me dis pas que... Oh mon dieu.

Les oreilles de Luhan étaient à deux doigts (et pas ceux de Minseok, bien que ces derniers en étaient la cause) de concurrencer sérieusement une locomotive à vapeur.

-On en reparle plus tard, j'imagine ? Lança Chanyeol d'un ton à la fois moqueur et précipité.

Luhan retrouva ses esprits une demi-seconde, le temps de rétorquer :

-Je te l'avais dit, que tu interrompais une matinée de rêve. Ciao !

Et de raccrocher sans plus de cérémonie.

Et de s'emparer illico presto des hanches de Minseok pour amener son corps au-dessus du sien, et plaquer ses lèvres sur les siennes comme s'il s'agissait d'un besoin vital. Il sentit l'autre sourire dans leur baiser, puis pouffer de rire en pressant leurs deux bassins l'un contre l'autre.

-Et moi qui voulais préserver ta pureté, grogna Luhan en souriant, s'écartant juste assez pour souffler ces mots sur ces lèvres.

Le rire de Minseok s'accentua.

-Me prendrais-tu pour un néophyte complet, Luhan ? Je me sens vexé.

-En voilà, un joli mot, murmura l'intéressé en faisant glisser ses paumes sur les pectoraux de Minseok.

-Tu ne te doutes visiblement pas de ce que je peux dire de plus beau.

Le sourire de Luhan devint celui d'un affamé.

-Je retiens. Si tu continues comme ça, je serais bien capable de te faire dire de belles choses sans avoir besoin de mots.

-Présomptueux.

Minseok se redressa sur ses bras, s'appuya fermement sur ses mains à plat sur le matelas, et cambra son dos en gardant le bas de son corps collé à celui du chinois. Sans cesser de sourire, il remua le plus lentement possible son bassin en cercles, et arracha ce faisant un hoquet à Luhan. Ce dernier ferma les yeux en posant sa tête contre le mur, profitant des mouvements plus appuyés à chaque tour de son -sans aucun doute- futur amant.

-J'ai adoré t'entendre chanter. Mais je suis curieux de t'entendre dans un autre répertoire.

Minseok passa ses lèvres, et bientôt sa langue, sur la ligne de mâchoire de Luhan, jusqu'à son oreille sur laquelle il passa ses dents, sans mordiller. Il garda cette position ; sa respiration devenue erratique se glissait partout sur le côté de la tête du jeune homme.

-Ouvre les yeux, Luhan. Tu n'as plus les fermer. Je veux que tu aimes me regarder.

Ce souffle si chaud, cette bouche qui effleurait son lobe, et ces paroles que prononça Minseok d'une voix si grave.

Luhan enroula ses bras autour du torse du coréen, et les fit basculer sur le côté en inversant leur position. Il plongea dans les yeux de Minseok, plus intensément qu'il ne l'avait fait jusqu'ici, faisant involontairement passer dans ceux-ci tout le désir qu'il avait jamais pu refouler à son égard. Un regard qui coupa toute envie à son vis-à-vis de récupérer sa supériorité, qui lui donnait envie de se soumettre à tout ce que Luhan voudrait faire de lui. Un regard de foudre et de braise, de vagues et d'écume. Un regard que jamais Minseok n'avait senti sur lui, et dont il décida que c'était l'une des choses qu'il préférait désormais chez Luhan.

(Et ce n'était pas peu dire.)

-Alors comme ça, tu aimes m'entendre chanter ?

La seule voix rauque de Luhan tira un long gémissement d'approbation à Minseok, qui n'eut même pas l'idée de répondre autrement, plongé qu'il était dans ses yeux.

Seigneur, il lui faisait déjà l'amour avec ces yeux-là.

Et Luhan chanta.

"Il est difficile de résister à mon instinct sauvage
Combien j'ai envie de ne faire qu'une bouchée de toi
Aussi doux que du miel
"

Le T-shirt de sport trop large de Minseok parti à l'autre bout de la pièce voir s'il y était. Les lèvres entrouvertes de Luhan caressèrent son torse, partout, sans déposer aucun baiser, en continuant simplement de fredonner contre la peau laiteuse. On eût dit une friandise dont on savoure tous les attributs avant de l'entamer véritablement.

"Je commence par sentir ton parfum
J'apprécie ton raffinement
"

Les doigts de Luhan se glissèrent sur les cuisses du jeune homme, passant sous son boxer en massant la peau si douce qu'il couvrait encore, avant de déposer un baiser sur l'aine, puis deux, puis quatre.

Avant de retracer sa ligne du bout de la langue.

"Comme si je goûtais un vin rouge
Je te savourerai délicatement
"

Luhan retira le boxer avec ses dents. Minseok ne pouvait que le fixer en frissonnant de plus en plus fort. C'était bien un loup que son petit-ami, qu'il avait excité à dessein, et qui semblait vouloir à présent le dévorer, pour son plus grand plaisir.

Pour leur plus grand plaisir.

Car Minseok avait beau cultiver sa discrétion, il n'en était tout de même pas à ses premiers pas. Et il désirait Luhan au moins autant que la réciproque.

"Je vais sentir ton odeur, apprécier ta couleur
Et te boire plus élégamment qu'on boit du vin
"

Il continuait de chanter, alors que son visage était toujours au niveau du bassin de Minseok, ses yeux devenus fauves parcouraient le moindre trait de sa peau, tandis que de sa main droite il tournait autour de l'objet de son propre désir sans jamais l'effleurer.

"Reprends-toi,
Comment ton coeur peut-il être volé par un humain ?
C'est juste une bouchée
"

Luhan embrassa soudain passionnément le-dit objet de ses propres désirs, le fruit défendu d'entre les jambes de Minseok, qui ne sut dire alors ce qu'il lui faisait réellement, perdu qu'il était dans un nouveau gémissement, plus aigü et plus fort.

"Hé, mords-le juste,
ensuite secoue-le pour qu'il perde connaissance
"

Il chantait toujours, marquant chaque phrase d'une nouvelle découverte de sa langue.

Une de ses mains passa attraper celle de Minseok, comme pour le rappeler à lui, alors que l'autre serrait sa hanche avec fermeté, la maintenant collée au matelas.

"Hé, fais-le avec un style que tu n'as jamais utilisé,
Débarasse-toi de lui avant que la pleine lune ne se lève
"

Se délectant des sons produits par Minseok, qui était à ses oreilles une musique bien plus douce que celle qu'il pouvait chanter, et qui pourtant accompagnait celle-ci à merveille.

"Oui un loup, je suis un loup,
Je suis un loup et tu es une beauté
"

Luhan revint embrasser ses lèvres aussi rouges et brillantes qu'un fruit mûr. Il les goûta d'ailleurs comme telles alors que des ongles se plantaient de part et d'autres de son dos, moins pour s'y accrocher que pour lier encore plus leurs deux corps.

"Oui un loup, je suis un loup,
Je suis un loup et tu es une beauté
"

Mais Luhan, aussi fou qu'il était devenu, faisait et ferait tout pour ne pas les lier encore plus dès maintenant. Il savait que ce n'était pas encore le moment.

Et son envie dévorante avait encore tant de manières d'être assouvie avant cette ultime étape.

"J'aime les choses simples,
les choses cachées en moi ont ouvert leurs yeux
"

S'il quitta sa bouche, ce ne fut que pour mieux mordiller, grignoter la peau fine de son cou, en laissant sa main descendre se saisir vivement de leurs deux érections.

La deuxième ne jouait qu'avec l'extrémité de celle de Minseok.

"C'est comme si j'étais entré dans ton labyrinthe
Me débattre après être tombé dans ce piège ne fera que me blesser davantage
"

Ne pas aller trop vite, ne pas aller trop vite, pour pouvoir encore un peu se délecter de ce visage si joliment déformé, de cette voix si agréablement et inhabituellement aigüe.

Voir encore ces abdominaux tressauter à chaque mouvement, chaque respiration. Caresser encore ces pectoraux se couvrant d'une fine pellicule de sueur. Sentir encore cette peau battre contre la sienne, garder encore un peu ce goût de Minseok en bouche.

"Je regarde à l'intérieur de mon âme,
l'autre moi ouvre doucement ses yeux emplis de flammes
"

Fixer le souvenir de ces yeux plissés en essayant de ne pas se fermer pour maintenir le contact visuel, comme pour lui signifier qu'il ne lui était pas totalement soumis, comme pour le défier encore un peu plus alors que Luhan tentait de le perdre.

Qui le tentaient, qui lui disaient que cela ne marcherait pas à chaque fois, qu'il allait en falloir toujours plus, parce qu'il n'était pas encore totalement perdu.

"Je ne peux pas te laisser partir, j'ai un gros problème
Je ne peux pas te laisser partir, j'ai un gros problème
"

Ne pas laisser sa propre voix flancher. Luhan voulait chanter pour Minseok. Il voulait lui donner autant de plaisir avec sa voix qu'il lui en donnait avec le chant ininterrompu qu'était devenu la sienne.

Un chant défouloir, un chant de cris, un chant de son propre nom.

"Luhan... !"

"Cette lune jaune se moque de moi, en me disant que je ne peux pas t'avoir
"Tu es juste une bête sauvage"
"

Luhan plongea sur la clavicule de Minseok pour la mordre une dernière fois, pour étouffer un son trop puissant et ainsi éviter qu'il ne puisse entendre son amant gémir son nom plus puissamment encore en atteignant une ersatz de nirvana.

"Oui un loup, je suis un loup,
Je t'aime
Oui un loup, je suis un loup,
Je t'aime
Je suis un loup et tu es une beauté
"

Ces dernières paroles furent chantonnées à l'oreille de Minseok, avant que son chanteur ne parsème son cou de mille baisers, partout où il l'avait mordu, mordillé, en faisant brûler la peau si douce à ces endroits pendant que son amant profitait des derniers instants de son orgasme.

-Luhan...

Les mains restaient caressantes, mais dès lors plus rassurantes que possessives.

-Je t'aime aussi.

Et le jeune chinois cru bien que sa poitrine s'était mise à brûler, elle aussi.



* * *



Chanyeol écarquilla les yeux en voyant le sms de Baekhyun s'afficher sur son écran.

"On se retrouve chez moi mardi soir ? Sauf si tu as cours le lendemain."

Qu'est-ce que c'était que ça ? Byun Baekhyun n'accueillait pas ses conquêtes chez lui, jamais. Et il n'avait pas la réputation d'être demandeur, bien au contraire.

"Ok. Renvoie-moi ton adresse."

Mais Chanyeol n'allait certainement pas tenter la chance en posant des questions et risquer de faire fuir le petit brun.

Il fit grincer ses dents et les cordes de sa guitare, qu'il tenait entre ses longs bras avant de recevoir le message de Baekhyun. Coupé dans son élan par ce rappel à la réalité, il décida de passer ses nerfs mis à mal par la fuite de l'inspiration sur une cigarette roulée au goût de caramel.

Chanyeol fumait comme ces adolescents qui se donnaient un genre cool et branché en faisant chanter les guitares et les filles.

Il fumait comme il couchait, sans différencier les cigarettes les unes des autres, sans que la marque ou la nature ne lui importe, sans avoir ces moments privilégiés où il prendrait plus de plaisir à fumer qu'à d'autres. Non, Chanyeol fumait comme n'importe quel autre jeune homme de son âge, sans vraiment sentir le goût, sans vraiment vouloir arrêter quand sa gorge le brûlait.

En fait, il aimait surtout quand sa gorge le brûlait, et particulièrement quand il se sentait aussi frustré.

Byun Baekhyun.

Ce garçon n'avait pas de place officielle dans sa vie, un peu comme sa guitare qui restait une passion, et ses compositions des initiatives sans conséquences. Et pourtant, il était différent. Il n'était pas une simple cigarette, il était un peu plus que cela. Une musique qui prenait place dans la tête de Chanyeol qui tournait, et qui l'empêchait de tenir correctement sa guitare et le forçait à fumer pour éviter d'y penser.

Et la métaphore était bien utile, car évidemment, il ne faisait pas que fumer pour éviter de penser.

Mais Chanyeol avait beau être capable d'assimiler Baekhyun à une musique, il ne parvenait pas à comprendre les paroles qu'il lui semblait entendre pour l'accompagner. Sa tête bourdonnait un peu, sans était-ce en partie dû à ses excès de boissons la veille.

Il ne savait pas ce qu'il souhaitait que Luhan lui dise. Il regrettait de l'avoir appelé et mettait cette impulsion sur le compte de l'alcool que son organisme n'avait pas dû bien assimiler, encore.

Il n'avait pas envie de savoir qu'il n'était qu'une cigarette pour Baekhyun, sans pour autant être capable de s'imaginer chanter pour lui.

Jusqu'à présent, il se pensait foutrement hétérosexuel.

Mais voilà qu'il se concentrait sur son mal de gorge volontaire pour ne pas trop réfléchir au fait qu'il était un peu trop excité à l'idée d'être un des rares élus à avoir été invités à entrer dans la chambre de Byun Baekhyun, le difficile.

Il aurait sincèrement voulu fumer comme il coucherait avec Baekhyun.

Comme lui semblait coucher avec lui comme il fumait.



* * *



Jongdae avait finit par forcer son ami à passer la nuit dans sa résidence, pour être sûr qu'il aille aussi bien que ce qu'il tentait de montrer. Il l'avait envoyé se coucher avec une autorité défiant même celle de leur professeur de coréen moderne (et ce n'était pas peu dire), ainsi, pendant que Baekhyun récupérait un peu dans le lit de Jongdae, ce dernier cuisinait une bolognaise.

Bien qu'avec Lay collé à son dos, cette tâche ne soit pas des plus aisées.

Le fantôme avait refusé de dire quoi que ce soit à Jongdae expliquant ses étranges réactions lors du récit de Baekhyun, se contentant de s'aggriper à lui avec la dernière énergie, quoi qu'il fasse. Il le laissait faire, inquiet mais respectueux, et acceptait son silence. Il lui fredonnait des notes ou des paroles de chansons aléatoires, tout ce qui lui passaient par la tête, en espérant parvenir à le décrisper.

Lay gardait la tête enfouie dans sa nuque, les bras serrés autour de sa taille. Il desserrait un peu sa prise quand Jongdae devait se déplacer, mais revenait se blottir contre la chaleur de son dos dès qu'il s'immobilisait un tant soit peu.

Ce faisant, il ne prêtait évidemment plus attention à son protégé, oubliant sans doute dans son angoisse qu'il n'avait pas écopé du jeune homme le plus habile ni le plus attentif à ses propres actes.

-Aïe, bordel ! Jura Jongdae, faisant sursauter le fantôme collé à son dos.

-Qu'est-ce que tu as ?

Si tout l'être de Lay respirait désormais la panique, comment qualifier son état quand il vit les éclaboussures de sang sur le plan de travail de la cuisine ? Jongdae venait tout simplement de s'ouvrir la main avec son couteau à viande.

La blessure n'était pas d'une gravité affolante, une simple coupure, mais Lay vit soudain sa vision se colorer de rouge. Il ne voyait que le rouge, dans les tomates fraîchement coupée, sur le couteau, dans le plat à viande, sur la main de Jongdae.

Lay hoqueta.

Il se sentait comme si son estomac lui remontait la poitrine et un goût étrange et désagréable lui envahir la bouche. Ses jambes faiblissaient et sa respiration s'accélérait.

-Yixing ? Ce n'est rien, un petit bobo !

Il ne vit même pas le sourire gêné de Jongdae qui s'étonnait de le voir aussi paniqué, sans rien savoir des sensations qui envahissaient Lay, qu'il avait cru (et souhaité) ne plus jamais ressentir.

Cela n'avait pas de sens. Il n'avait pas de constitution physique à proprement parler. Il ne s'expliquait absolument pas cette envie de vomir, cette soudaine faiblesse, et surtout cette peur qui envahissait son esprit.

"Jongdae saigne."

Oui, il saignait, en effet. Mais il n'y avait aucune raison de s'en inquiéter, Lay se devait juste de le soigner, et tout rentrerait dans l'ordre. Ou tout du moins c'est ce qu'il supposait que Jongdae lui disait, car il n'entendait que des bribes de phrases émanant du jeune homme, le reste n'était que bourdonnements.

Le fantôme se calma un peu en sentant deux mains s'emparer des siennes, entre leurs deux torses.

-Yixing... Tout va bien. Je suis désolé, j'aurais dû faire attention... Mais ce n'est pas ta faute, d'accord ? Tu n'as qu'à faire disparaître la plaie comme tu le fais toujours et revenir dans mes bras pour te calmer un peu, d'accord ?

Sauf qu'il était totalement incapable de faire disparaître quoi que ce soit.

Ni la blessure de Jongdae, ni son angoisse, ni plus rien.

Il n'avait plus la maîtrise de son être.

* * *



Baekhyun émergea de sa somnolence en entendant un cri dans la cuisine de Jongdae. Il n'analysa pas vraiment ce qui venait de le réveiller, continuant sa sortie du monde des rêves en regardant son portable, avant de choisir une musique et de tourner son regard vers la fenêtre.

Ses yeux s'ouvraient doucement, mais s'écarquillèrent d'un coup en entendant des voix dans la cuisine.

Jongdae avait accueilli quelqu'un ?



* * *



-Yixing, regarde-moi, qu'est-ce qui ne va pas ?

En désespoir de cause, Lay réagit en écoutant ses sens affolés.

Il se jeta sur la bouche de Jongdae, tremblant comme une feuille mais pressant fortement ses lèvres contre leurs jumelles.

Ce dernier, passés les premiers dixièmes de seconde de stupéfaction, réagit tout aussi vivement en les retournant tous les deux et en bloquant le corps de Lay entre le sien et le plan de travail. Ses bras s'enroulèrent autour de ceux de Lay, une main serrant le tissu qui couvrait ses reins et l'autre entre ses deux omoplates, tandis que ses lèvres se mouvaient contre celles de son fantôme.

Lay, loin de réagir comme Jongdae aurait pu s'y attendre, pressait au contraire encore plus fort leurs deux corps, leurs deux visages, et bougeait à son tour ses lèvres contre celles qui l'embrassaient, comme si c'était la seule chose qui comptait désormais.

Jongdae n'étant pas aussi innocent que l'être adorable entre ses bras, il finit par suivre un désir qu'il n'avait pas ressenti depuis longtemps. Le baiser s'approfondit sans même que Lay ne manifeste une hésitation ou un étonnement quelconque, dans un laisser-aller instinctif. Il ne ressentait que du bien, et ne pensait plus à quoi que ce soit, s'abandonnant à ce que lui faisait Jongdae, sur quoi il ne savait même pas mettre un mot.

Les autres êtres humains qui avaient pu toucher Yixing ne lui avaient jamais fait cela.

Il se demandait si cela lui aurait fait du bien. Autant de bien que lorsque c'était Jongdae qui le lui faisait.

Pendant que ce dernier s'amusait à prendre délicatement les lèvres de Yixing, d'abord inférieure, puis supérieure, entre les siennes pour les tirailler, le fantôme se dit que non.

Parce que Jongdae était spécial.

-Jongdae...

Le murmure de Yixing arrêta l'échange, mais pas les caresses, bien plus franches que la dernière fois, que le coréen avait amorcé sur ses hanches et son dos.

-J'aime bien quand tu fais de moi un amoureux.



* * *



-So you are Minseok. Han m'a beaucoup parlé de toi, anneyong hayasseo !

Kris mélangeait sans même s'en rendre compte l'anglais, le chinois et le coréen. Minseok, devant l'écran d'ordinateur de Luhan, ne capta que son propre nom et la salutation dans sa langue natale. Il hésita sur la façon de répondre au canadien, son naturel timide prenant le dessus, puis se contenta de son sourire pour saluer le presque-grand-frère de son amoureux. Il n'avait pas l'air de mordre, même si lorsqu'il ne souriait pas, ses sourcils avaient quelque chose d'effrayant.

-Voilà, tu me crois, maintenant ? Grinça Luhan à l'adresse de ce dernier.

-Mais jamais je n'ai mis ta parole en doute ! S'exclama théâtralement Kris en levant les bras au ciel, je m'étonnais simplement du fait que tu sois enfin parvenu à porter tes cou...

-STOP !

Luhan jeta un coup d'oeil timide à Minseok en espérant qu'il ne s'intéresse pas aux possibles suites de la phrase de Kris, et se heurta à deux prunelles nageant dans l'incompréhension la plus totale.

-Dites... Je suis désolé mais... Je ne comprends absolument pas ce que vous dites.

Luhan blêmit un peu en réalisant qu'ils parlaient chinois par réflexe et qu'effectivement, dans ces conditions, son pauvre petit-ami ne risquait pas de participer à la conversation.

-Sorry, lui lança Kris en souriant, radouci, et bien plus à l'aise avec l'anglais qu'avec le coréen, même s'il avait quelques notions.

Luhan lui jeta un regard penaud.

Minseok n'eut cependant pas le temps d'y répondre par un baiser mièvre cuit au four rose sur son lit de guimauve et saupoudré de violons qu'ils reçurent le même texto en même temps.

-Baekhyun ?

Luhan lut le message à haute voix pour Kris, et pour partager en même temps sa lecture avec celle de Minseok.

"Les gars, trop space.
J'suis chez Jong', et je crois que son mec, là, Yixing, est passé le voir, en tout cas il lui parlait dans la cuisine...
Je me suis rapproché de la porte, je les ai vus (SUPER MIGNON, au passage, dommage qu'il l'ait vu avant moi), le temps de sortir mon portable pour vous envoyer un message, et il était parti !
Enfin je crois, il a disparu comme ça. Je sais pas par où il est sorti, mais ils avaient l'air contents de se revoir, si vous voyez ce que je veux dire...
On dirait. Enfin bref.
Vous aviez l'air de vous inquiéter pour lui alors je vous préviens.
Kiss.
Baekhyun."

Kris fronça les sourcils.

-Disparu ? Vraiment ?

-Baekhyun a beaucoup bu hier soir, précisa Luhan en grimaçant à la pensée qu'il avait sans doute "dormi" chez Chanyeol, et que ce dernier aurait donc tout un tas de détails salaces pour lui lorsqu'il retournerait en cours.

-Oh, l'alcool coréen fait disparaître les gens ? Ironisa Kris.

Luhan leva les yeux au ciel.

-Je voulais dire qu'il n'avait certainement pas tout suivi de ce qui se passait sous son nez.

-Quand même pas au point de fabuler sur Jong' en train de rouler un palot à un beau mec, rit Minseok, c'est suffisemment surréaliste pour ne pas sortir de l'esprit embrumé d'un lendemain de soirée de débauche.

(Un éternuement sonore fit sursauter les voisins de la résidence de Jongdae, non loin de là.)

Luhan gonfla les joues.

-Et Baekhyun va le rencontrer avant nous ! Mon cœur se brise !

Kris leva les yeux au ciel.

-Oh, je suis certain que Jongdae en sera catastrophé.

Minseok éclata de rire tandis que Kris lui adressait un clin d'œil. Luhan se sentit soulagé de constater brièvement que les deux des trois personnes les plus importantes dans sa vie se validaient mutuellement en tant que fréquentations principales du chinois. Mais il ne laissa pas passer la réflexion de Kris pour autant.

-Comment Amber arrive à te supporter quand tu es aussi en forme ?

-Elle se venge en mettant la misère à Henry sur Mortal Combat, rétorqua le canadien du tac au tac.

-Ah, c'est vrai qu'il est venu vivre avec vous maintenant... Réalisa Luhan.

Minseok lui lança un regard interrogateur.

-Henry est un ami de la copine de Kris. Quand il s'est séparé de son propre copain, il a... Disons, fait une grave dépression et ils l'ont accueilli chez eux, résuma brièvement le chinois.

De façon surprenante, Kris n'ajouta rien, fronçant les sourcils (à savoir encore plus que d'habitude) et ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose d'important, avant de se raviser quand les téléphones du couple en face de lui sonnèrent à nouveau simultanément.

Encore Baekhyun.

"Ah, et, par contre, ne lui dites surtout pas que je vous en ai parlé.
Il vient de tout nier en bloc.
Comme quoi Yixing était toujours en Chine.
Prends-moi pour un con, Jongie."

Luhan laissa le soin à Minseok de répondre en tâclant son ami pixelisé.

-Fais pas cette tête-là, YiFan, on dirait que t'as eu une apparition.

Il ne sut jamais que Kris se retenait de lui répliquer : "Moi non, mais Jongdae, si."

"Motus, promis.
Il nous en parlera quand il se sentira prêt."



* * *



Son ordinateur éteint, Kris resta un moment à regarder sans le voir son écran noir. Il n'entendit pas la porte s'ouvrir doucement et donc ne se retourna pas pour voir une jeune fille blonde coiffée à la garçonne s'avancer vers lui. Il ne sursauta pas pour autant cependant quand elle passa ses bras autour de ses épaules et posa sa joue contre la sienne.

-Han va bien ?

-On ne peut mieux, murmura Kris.

-Alors pourquoi tu ne descends pas ?

Le jeune homme souffla, ne sachant comment formuler ce qui le perturbait.

-Disons que j'ai peur que quelqu'un ne vive la même chose qu'Henry et Zhoumi.

-Luhan ? S'étonna Amber.

-Non, un ami à lui, lui répondit laconiquement et évasivement son petit ami en embrassant le coin de ses lèvres, tirant un léger sourire à la jeune fille.

-Je n'arrive pas à croire que ces histoires sont si rares alors que j'ai l'impression qu'on en voit partout. Comment tu le sais ?

-Je ne suis pas sûr.

-En voilà, une explication, rit la jeune en donnant une pichenette sur le front de son petit-ami, qui était également son ancien protégé.

Ce dernier s'arracha enfin un sourire et amena la jeune fille à s'asseoir sur ses genoux, pour la serrer contre lui.

Il s'était juré de ne jamais abandonner Amber quand ils avaient pris leur décision. Mais la plus grande terreur de Kris était sa propre humanité, qui, comme le prouvait la mésaventure d'Henry, était comme une épée de Damoclès au-dessus de sa tête qui pouvait à n'importe quel moment l'amener à ne plus vouloir de la jeune femme dans sa vie.

Vie qu'elle avait accepté de recouvrer pour lui.

Etrangement, elle semblait lui faire bien plus confiance qu'il ne se permettait de faire à lui-même, et pour cela, Kris lui en était reconnaissant, tout comme il n'osait imaginer la réalité de la souffrance d'Henry. Souffrance qui serait celle d'Amber s'il venait à la quitter.

Et faire souffrir Amber, quand bien même il se rendrait compte qu'il n'était plus amoureux d'elle, briserait le cœur de Kris, cela, il en était certain.

Mais pour l'heure, le problème ne se posait pas, et Kris se sentait chaque jour soulagé de prendre encore plus conscience tous les matins que la blonde était sa force comme sa délicieuse faiblesse, causait son sourire les bons jours comme les moins bons, et combien il avait fait le bon choix en choisissant de la rendre réelle dans sa vie.

Cependant, avoir reccueilli Henry dans le loft en Chine qu'ils partageaient depuis deux bonnes années rendait Kris fou d'imaginer que l'on puisse infliger son sort à d'autres. Au point de planifier un déménagement à Montréal (qui était son pays d'origine au même titre que celui d'Henry) pour le sortir de sa dépression. En vérité, malgré son jeune âge, il veillait sur l'ami d'Amber comme son fils.

Qui avait commis l'erreur d'offrir sa seconde chance à quelqu'un qui n'était pas prêt à la recevoir.



* * *



Baekhyun profondément endormi, après avoir mangé, dans le lit que Jongdae lui avait laissé, tandis qu'il s'était installé sur son canapé, devant une émission qu'il n'écoutait pas, Lay assis sur l'autre coussin, droit comme un i.

C'était clair et limpide : il retrouvait son humanité à chaque faux pas de Jongdae, inexorablement. Humanité qu'il avait peur de recouvrer, et que Jongdae ne se sentait pas d'exiger, même si les sentiments qu'il était donc forcé de refouler lui foraient le cœur et lui mettaient les nerfs à fleur de peau.

Et Baekhyun l'avait vu, ce qui étouffait encore plus le coréen sous une chappe de pression. Il se devait de tout garder pour lui à tout prix, et cela ne faisait que rendre les choses encore plus difficiles.

Il laissa ses yeux glisser sur ce profil qu'il connaissait désormais par cœur. Sur cette moue qui tordait adorablement sa fossette, toujours apparente. Sur ces yeux ouverts à demi qui lui donnait cet air rêveur, sur son nez fin et un peu retroussé. Sur ces joues lisses et son visage ovale, ses sourcils fins et hauts.

-Pourquoi tu me regardes comme ça ?

-Ne fais pas comme si tu ne le savais pas.

Lay ne tourna pas le regard de la télévision, mais pencha un peu la tête sur le côté, comme pour se rapprocher de Jongdae.

-Qui a bien pu te faire autant de mal ?

L'interrogation passa les lèvres de Jongdae dans un filet de voix. Lay ne réagit pas tout de suite, et quand il parla enfin, ce fut d'une voix monotone.

-C'était un autre moi que ça concernait. Je ne me souviens plus, si tant est que j'ai jamais eu connaissance de leurs noms.

-Leurs ?

-C'était un autre temps.

-Yixing...

-Oui, c'était quand j'étais Yixing.

-Yixing.

Les yeux du fantôme se déportèrent du côté de Jongdae, mais sans vraiment se lever vers lui. Il était prostré, les genoux ramenés devant lui, le menton posé dessus et les bras autour de ses jambes. Son compagnon avança vers lui pour lui caresser la joue alors qu'il fermait les paupières. Il ne pleurait pas, mais Jongdae aurait préféré qu'il le fît, car c'était encore pire de constater qu'il semblait avoir tant accumulé qu'il en devenait blasé.

-C'est toi qui aurait eu besoin d'un ange gardien, pas moi. Tu n'as rien mérité de tout ça. Tu mérites tellement plus.

-Jongdae, ne dis pas ça. Ne dis plus jamais ça.

-Pourquoi ?

-Si on m'avait protégé, je n'aurais pas eu connaissance de ton existence.

Le sang du jeune homme se mit à battre à ses tempes. Il regarda Lay rouvrir les yeux, pour voir ceux-ci se perdre sur le bas de son visage.

-Je n'aurais pas pu me sentir aussi vivant sans l'être.

-C'est triste.

Lay leva enfin les yeux vers lui, sans comprendre.

-On s'est connus en ayant mal chacun d'une certaine façon, résuma simplement Jongdae.

Il se regardèrent en silence pendant de longues secondes.

-Je les hais.

-Il ne faut pas, Jongdae. Je t'ai dit que...

-Tu peux dire ce que tu veux. Je les hais. J'y suis obligé, tu comprends ?

-Tu...

-Parce que je t'aime. Quand on aime comme je t'aime, Yixing, on ne peut pas concevoir que celui qui nous fait tomber amoureux ait souffert ou souffre encore.

Alors c'était donc cela. Yixing se tut, en regardant la main de Jongdae qui, entre-temps, s'était étalée sur toute sa joue de façon à ce qu'il sente sa paume chaude contre sa peau.

-Alors tu comprends pourquoi je ne veux pas redevenir humain. Parce que moi je ne pourrais plus t'empêcher d'avoir mal.

-Voilà le problème.

Le sourcil gauche de Lay rejoignit sa mèche sombre sur son front.

Jongdae fronça les siens en levant les yeux au ciel.

-Vivre, c'est risquer d'avoir mal. Mais aimer un fantôme, c'est avoir mal en permanence.

"Par pitié, dis-moi que tu comprends, dis-moi que je ne serais pas obligé de continuer à être aussi niais qu'une page facebook pour adolescentes, dis-moi que je ne serais pas obligé de faire d'autres constats qui font aussi mal, parce que je ne suis pas aussi pur que toi, Yixing. Je te désire de plus en plus, tellement que ça devient insoutenable. Ne m'oblige pas à en dire plus, ça ne fait que rendre tout plus réel et je veux pas dire tout cela à voix haute si c'est en sachant que tu partiras un jour ou l'autre. Je n'en peux plus, ça suffit."

-Alors fais de moi un amoureux aussi. Fais-moi des choses comme les amoureux. Efface-moi. Efface le moi d'avant. Fais-moi tiens et laisse toutes les traces que tu veux. Efface les autres, Jongdae. Efface-moi. Fais-le comme un amoureux.

Jongdae se retrouva sans voix, la bouche ouverte comme un poisson hors de l'eau. La scène aurait pu être amusante si le contexte n'était pas aussi surréaliste que dramatique.

La répétition d'un mot le fit cependant réagir quand l'information atteignit enfin les rares neurones qui étaient restés connectés entre eux après la tirade du fantôme.

-Hors de question que je t'efface encore, Yixing.

La réponse de ce dernier se fit du tac au tac.

-Alors fais-moi juste devenir ton amoureux. Efface tout de moi. Sauf ça.

Après un nouveau blocage, Jongdae se jeta sur les lèvres qui avaient tant prononcé le mot "amoureux", pour les faire rougir de son envie, pour les faire s'ouvrir sur la langue qu'il désirait tant caresser de la sienne.