Lampions

par Blackpearl88

 

Chapitre 3.

« Lampions »

 

 

Une semaine, il avait tenu une semaine entière, soit sept jours, sans sa présence, sans entendre sa voix, sans le contact de sa peau, sans ses mots doux murmurés à son oreille, sans l’odeur de son shampooing, sans son sourire. Il ne savait pas si c’était une bonne chose, s’il devait s’en réjouir. Ce soir-là, le village organisait un petit festival d’été. Il avait l’habitude d’y aller avec lui, en temps normal. Plus maintenant. Chanyeol lui avait proposé de se voir, avec son ton hésitant, son sourire rassurant, pour qu’il lui fasse un tour du village, de quoi lui montrer les endroits intéressants ou les petits endroits que peu de gens connaissait. Baekhyun avait accepté, sans trop réfléchir. Il avait peur de regretter. Il avait peur de tomber sur lui. À vrai dire, il aurait préféré rester chez lui, dans sa petite maison à moitié vide, à regarder les lumières colorées de la fête par sa fenêtre. Cela lui épargnerait sûrement beaucoup de maux.

 

Il se trouvait devant son miroir à s’habiller, à assembler sa tenue, tandis que le soleil se couchait et qu’il se demandait combien de temps cela prendrait d’oublier qu’un jour son amour l’avait rendu heureux, et que sans lui, il ne l’était plus. Il jeta un regard par la fenêtre. Pour le moment, les couleurs du soleil se reflétaient dans la glace. Au loin, il apercevait la petite place du village, petit à petit occupée de plus en plus de gens. Une brise estivale se faufila à travers la fenêtre, laissée entrouverte. Baekhyun appréciait cette couleur orange et rouge que le soleil avait à cette heure-là, le hâle doux qu’il donnait à sa peau. Avant, ils avaient eu l’habitude de s’habiller tous les deux ensemble, de se regarder l’un et l’autre dans le miroir, dans les bras l’un de l’autre, en se touchant la peau et profitant de l’instant. Baekhyun regrettait de ne pas avoir plus profité, de ne pas avoir pris plus le temps d'apprécier ces moments précieux. Il était trop tard.

 

Il aplatit un pli à son pantalon, en profita pour arranger convenablement sa chemise, ouvrit quelques boutons, révélant la naissance de ses clavicules, en referma un. Souvent, quand Baekhyun faisait cela, il avait saisi chaque fois l’opportunité pour caresser sa peau, pour le prendre une énième fois dans ses bras, pour laisser sa respiration chuter dans le creux de son cou et Baekhyun se sentait bien, tellement bien, quand il faisait cela. Il clôt les paupières. Chaque chose, chaque mouvement qu’il faisait quotidiennement s’accompagnait de son souvenir. Il ne pouvait plus rien faire sans penser à tout cela. Il soupira de frustration, puis de malaise, à cause de la désagréable sensation dans son cœur. Il se regarda encore une fois dans le miroir, passa une main sur son visage. Le plus triste, c’était qu’il ne l’avait pas venu venir. Souvent, on se rendait compte que le bateau chavirait. Lui, il n’avait vu aucun signe. Il s’était tout pris à la figure, du jour au lendemain. Il avait espéré que cette relation-là durerait, pas pour l’éternité, c’était sûr, il n’était pas naïf à ce point, mais pour un peu plus de temps quand même. Il ne s’attendait pas à ce que cela s’arrête comme cela, aussi brutalement, qu’il se prenne la vague de plein fouet. Et seulement dans son sens. Peut-être qu’il était vraiment naïf, en fin de compte.

 

Il arrangea ses mèches avant d’aller fermer la fenêtre et éteignit les lumières. Il descendit les escaliers jusqu’à la porte, sortit la pochette avec son appareil photo du tiroir et envisagea de ne pas le prendre malgré tout. Mais après avoir enfilé une légère veste, il le glissa dans une de ses poches. La porte se referma derrière lui.

Le crépuscule s’installait petit à petit. C’était un début de soirée. Il s’était apprêté, il sortait de chez lui, c’était déjà ça. Même si le cœur n’y était pas entièrement. Il remarqua que les oiseaux sifflaient encore. Aucun nuage à l’horizon. Il était seul à descendre la rue. Il aurait pu prendre son vélo, maintenant qu’il y pensait. Il regarda sa montre, mais il n’était pas en retard. Marcher lui ferait sûrement du bien. De quoi mettre de l’ordre dans ses pensées, observer les alentours et peut-être, retrouver la beauté des environs.

 

Sa respiration était calme et sa silhouette fine ressemblait à de la porcelaine, prête à casser à chaque instant. Que son regard soit baissé lorsqu’il marchait n’était pas nouveau, il l’avait toujours fait. Au début, il l’avait trouvé beau dans sa fragilité. Baekhyun avait souri devant ce visage lumineux et intimidant, devant ce jeune homme qui semblait déterminé, stable, comme une ancre à laquelle il pourrait s’accrocher, loin de se douter que plus tard elle lâcherait prise. Il s’était senti protégé et maintenant, il se sentait mis à nu. Ses yeux ne quittèrent pas le sol et il se permit un long soupir douloureux.

 

Ses pas ralentirent quand il aperçut les premiers gens et entendit les premières notes de musique. Il n’était soudainement plus sûr de pouvoir faire face aux rires, aux expressions joviales et au « comment allez-vous » des habitants qui l’appréciaient tous. Mais à l’instant même où il voulut faire marche arrière, Chanyeol lui fit signe de la main au loin, tout sourire. Il clôt brièvement les paupières, comme pour se donner du courage et de la force, de quoi surmonter cette belle soirée qui n’en serait une. Puis, il afficha un sourire forcé avant de s’avancer lentement vers lui. Tous deux hésitèrent dans la façon de se saluer avant de tout simplement se regarder gentiment.

 

— Je ne savais pas qu’il y aurait autant de monde, dit Chanyeol pour engager une conversation, scrutant discrètement les traits éprouvés de Baekhyun.

 

Ils se mirent à marcher lentement côte à côte, s’enfonçant dans la petite foule. Baekhyun serrait fermement la sangle de sa pochette.

 

— C’est devenu une coutume, ici, répondit-il. Ça permet de briser la routine. Tout le monde apprécie.

— Même vous?

 

Il s’arrêta brièvement, sans le regarder, puis haussa légèrement les épaules.

 

— Je n’ai pas tellement le cœur à ça, avoua-t-il.

 

Chanyeol acquiesça doucement.

 

— Je comprends.

— Mais ça ne m’empêche pas de vous montrer les alentours, sourit-il à contrecœur en désignant autour de lui d’un mouvement de la main.

 

Les lampions illuminaient leur peau de toutes les couleurs. De la musique se faisait entendre, les discussions jasaient, les gens se faufilaient entre les autres, boissons remplies en main. Baekhyun regardait autour de lui, avec discrétion mais nervosité, ce qui ne passa pas inaperçu aux yeux de Chanyeol.

 

— Allons ailleurs, l’interrompit-il dans sa contemplation.

— Hm ?

— Allons ailleurs, quelque part où vous serez tranquille.

— Pourquoi ? demanda Baekhyun, confus.

— Vous attendez quelqu’un ?

 

Baekhyun rougit.

 

— Non, pas vraiment.

— Alors partons d’ici si vous ne voulez pas être vu. Ce serait dommage d’être triste quand il fait si beau.

 

Chanyeol lui sourit d’un air malicieux et Baekhyun se demanda si tout le monde savait aussi bien le lire ou si ce n’était que lui.

 

— Il y aura des feux d’artifices, dit-il après un moment de réflexion silencieuse.

— Comme l’autre jour ?

 

Baekhyun comprit l’allusion. Chanyeol mit les mains dans les poches, sans le quitter des yeux. Il fut incapable de soutenir son regard, bien trop gêné d’avoir été surpris dans ses pensées.

 

— La colline près de la chapelle offre une jolie vue…

— C’est parfait.

 

Son regard brillait à la lumière des lampions. Ils se remirent à marcher, dans le sens opposé, à présent.

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Jamais Baekhyun n’aurait pensé ça dans un moment pareil, mais les étoiles étaient belles et étrangement, la présence d’un inconnu apportait calme et sérénité à une scène qu’il aurait ordinairement passée seul à pleurer cet amour perdu. Ils s’étaient assis sur le même banc, au même endroit, sans rien dire et ils n’y trouvèrent aucun inconvénient. Son cœur s’était perdu, mais au moins, quelqu’un semblait prêt à le retrouver. Chanyeol observa la finesse du profil de Baekhyun dans la nuit, à la lueur faible de la lune, des étoiles et des lanternes en papier en bas de la colline et ne put s’empêcher de ressentir un picotement indéfinissable. Il distingua une larme subtile dévaler sa joue et cette fois-ci, son cœur son serra. Le tutoiement vint naturellement, sans qu’il n’ait à réfléchir.

 

— Ton cœur est peut-être brisé, Baekhyun, mais tout ce que tu gardes dedans n’en a pas perdu sa valeur.

 

Baekhyun renifla doucement avant de le regarder dans les yeux.

 

— Comment pourrais-tu le savoir ?

— De la même manière que je sais ce que tu es en train de vivre.

 

Baekhyun le questionna du regard. Il voulait savoir comment, comment il le voyait aussi clairement, comment il savait le lire alors qu’il ne le connaissait pas.

 

— Tes yeux, répondit Chanyeol. Ta posture, tes soupirs. Ta présence crie le chagrin.

 

Il grimaça, les yeux larmoyants.

 

— C’est si voyant… ?

— Tout le monde ne prête pas attention aux sentiments des autres, mais il faut dire que le bouquet fané était un bon indice.

 

Baekhyun sourit tristement.

 

— Sûr que tu ne veux pas être inspecteur ?

 

Chanyeol secoua la tête en riant.

 

— Pas vraiment ma priorité en ce moment.

 

Baekhyun regarda à nouveau devant lui, les joues pourpres, les larmes ayant cessé de couler. Chanyeol caressa sa joue pour la sécher et son cœur loupa un battement.

 

— L’essentiel c’est de voir un sourire fleurir sur tes lèvres, termina-t-il, les pupilles comme pleine de réglisse.

 

Même dans l’obscurité, son teint prit une jolie teinte rosée et il voulut se cacher derrière ses mains parce qu’il agissait comme un adolescent. Au même instant, la main chaude de Chanyeol se posa sur la sienne et sous la panique, Baekhyun la retira brusquement.

 

— Je-je, bégaya-t-il tout embarrassé, je ne suis pas- enfin- je ne me sens pas prêt à entamer une nouvelle relation, là tout de suite je-

 

Il se tut, terriblement gêné. Chanyeol parut vraiment désolé.

 

— Excuse-moi, c’est de ma faute, je te mets dans une situation maladroite… Je suis vraiment désolé.

 

Baekhyun ferma brièvement les yeux pour rassembler ses pensées et calmer le battement de son cœur. Il posa les mains sur ses genoux.

 

— Ce que tu fais pour moi me touche beaucoup et… je ne mérite pas autant d’attention.

 

Il inspira profondément et tenta de ne pas éviter le regard sincère de Chanyeol.

 

— C’est juste que… je ne veux plus que l’on m’aime pour quelque chose que je ne suis pas.

 

Leur attention se porta tout à coup sur les premiers feux d’artifices à l’horizon. Leurs pupilles étaient faites de mille éclats. Chanyeol sourit en lui jetant un regard mi-tendre, mi-gêné.

 

— Ne t’en fais pas, dit-il.

 

 Une explosion colorée retentit.

 

— Je ne fais pas deux fois les mêmes erreurs.

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