La Rose et le Trèfle

par Rukyoshu

Titre : La Rose et le Trèfle.
Auteur : Rukyoshû.
Base : EXO.
Genre : Amitié/Romance/Fraternité.

Résumé : « Cela faisait plusieurs semaines que Kyungsu suivait ce site Internet. Il ne se souvenait plus réellement de la façon dont il l’avait découvert mais il n’avait pu s’en détacher depuis. »
Et si, derrière ce site, se cachait quelqu’un de bien plus proche qu’il n’y paraissait ?


La Rose et le Trèfle.



« 
Une rose qui se fane reste une rose, nest-ce pas ?
Que l
on soit au mois de décembre ou de juillet, en plein hiver ou en été, elle ne change pas.
Elle a des épines pour se protéger mais ça fait partie de son charme.
Une rose s
ouvre et se ferme, naît et meurt, vit mais reste une rose.
Alors, s
il vous plaît, jaimerais être une rose. »

La musique qui accompagnait le texte était vraiment poignante. Elle n
avait aucune fioriture, consistant en un simple petit air à la guitare. Cependant, cette simplicité prenait aux tripes, faisant facilement monter les larmes aux yeux des plus émotifs. Lui pourtant si sensible se contenta de frissonner, les yeux rouges. Il avait bien trop peur de se faire prendre pour se laisser réellement aller. Ne pas avoir de verrou à sa chambre était une vraie plaie pour ce genre de chose. Se passant la langue sur les lèvres, il lança de nouveau la mélodie. Fermant les yeux, il se plongea entièrement dans la musique, encore et encore, sans se lasser. Il aimait simprégner de l’essence des notes de cette façon. L’eau commençait doucement à s’agglutiner sous ses paupières. Et une main sur son épaule le fit sursauter. Le cœur battant à vive allure, il ôta rapidement son casque, une main sur ses lèvres, et lança un drôle de regard à celui qui osait le déranger. Il aurait dû se douter quil ne pourrait pas être tranquille.

« Kyungsu, tu fais quoi ?
– Jécoute la musique, ça se voit pas ?
– Ça fait dix minutes que tu ne bouges plus, les yeux fermés devant l’écran de ton ordi.
– Et ?
– Rien, c’était flippant, c’est tout.
– Écoute, si tu n’as rien de mieux à dire, tu peux aussi bien me laisser tranquille, non ?
– Que tu es froid depuis quelques temps... Je veux bien admettre que je ne suis pas le meilleur des grands-frères mais là, tu pousses un peu. J’ai fait un truc qui te reste en travers de la gorge ou quoi ? »

Kyungsu
se tourna vers son aîné et le fixa un instant. Parfois, il se demandait si Baekhyun ne souffrait pas d’un complexe quelconque qui le poussait à culpabiliser ainsi. Sitôt que le cadet donnait l’impression d’être un peu distant, il considérait toujours que c’était de sa faute, quand bien même il n’avait rien à voir dans l’histoire. N’était-ce pas une forme de paranoïa égocentrique ?

« Désolé de te décevoir, ça n’a rien à voir avec toi.
– Alors quoi, tu fais ta crise d’adolescence en retard ? »

Ce n’était pas avec ce genre de remarque qu’il allait avoir envie de discuter avec lui. Le plus jeune soupira et plongea son regard dans celui de son aîné.

« Baekhyun, tu es mon grand-frère, je t’aime comme tu es. Seulement, parfois, j’ai besoin d’être seul.
– Tu l’es à longueur de temps. J’aimerais juste faire partie de ta vie.
– Tu en fais partie puisque, jusqu’à preuve du contraire, être frères veut dire partager nos parents et notre maison. Si tu t’ennuies, appelle Jongdae, il se fera un plaisir de te sortir de là. Ou Chanyeol, plutôt, il sait se montrer plus calme et moins bruyant. »

Le regard que lui lança son frère blessa le cadet mais il n’en montra rien. Il resta figé le temps que Baekhyun
sorte de sa chambre. Là, il soupira. Il aimait réellement son aîné seulement il préférait être seul avec ses notes et ses mots, dans son univers. Se lier aux autres, il ne l’avait jamais fait. Ça ne lui manquait pas. Pour autant, voir qu’il faisait du mal à son aîné en le laissant à l’extérieur de sa bulle lui faisait indubitablement du mal également. Secouant la tête, il chassa ces tristes pensées. Il n’avait pas envie de gâcher sa soirée qui commençait si bien. Il reporta son attention sur son écran et relut le texte.

Cela faisait plusieurs semaines que Kyungsu
suivait ce site internet. Il ne se souvenait plus réellement de la façon dont il l’avait découvert mais il n’avait pu s’en détacher depuis. La décoration était simpliste, un fond uni et à peine quelques images, aucune fioriture pour alourdir l’ensemble. Il n’y avait pas besoin de décors surfaits. Tout était dans les textes. Chaque mot l’avait touché, le faisant sourire ou pleurer. Le monde prenait un tout autre sens, de toutes autres couleurs, suite à ces paroles pleines de poésie. Oui, il n’avait pu s’en défaire... Il n’avait pourtant jamais eu le cran de laisser une trace de son passage. C’était le moment d’essayer. Sur ce petit article si beau et si touchant. Juste pour que l’auteur sache qu’il existait. Kyungsu aimait avoir une identité aux yeux des gens, même si elle était négative.

Collant son courage au bout de ses doigts, il cliqua. La page permettant de laisser un commentaire s’afficha. Il déglutit difficilement, se mordilla la lèvre et écrivit son message. Avant de le supprimer pour le réécrire. Il recommença le même manège plusieurs fois avant de se décider et d’envoyer sa réponse en fermant les yeux. Il ne pourrait plus revenir en arrière, maintenant.

« 
Si je devais être une fleur, j’aimerais être... hm... Un trèfle à quatre feuilles. »

Il aurait bien dit qu’il était probablement un pissenlit, vu qu’il était aussi inutile et envahissant, mais avait préféré s’abstenir. C’était une mauvaise façon de se présenter. Et puis son message était très bien, ni trop long ni trop court. Et il allait à l’essentiel.


~


Kyungsu
soupira en éteignant son réveil. Il détestait l’idée de se réveiller pour se rendre au lycée. Il ne rechignait jamais à filer vers un cours de chant ou de musique. En revanche, s’enfermer entre quatre murs juste pour écouter un blabla diffus le démotivait complètement. Un coup d’œil par la fenêtre lui indiqua que ce jour-là non plus le temps ne serait pas clément. De gros nuages gris s’étiraient au-dessus des toits, semblant aspirer toutes les couleurs de la ville. C’était triste. Repoussant ses couvertures, il ne perdit pas de temps avant de rejoindre la salle de bain. S’il lui prenait la folie de traîner en chemin, Baekhyun passerait avant lui et il serait en retard.

Ajustant ses cheveux et ses habits, Kyungsu
enfila veste et écharpe, passa son sac en bandoulière et glissa ses écouteurs dans ses oreilles. Il lança la musique et se mit en route en ignorant les remontrances de son frère. Il petit déjeunerait un autre jour, dans une autre vie. Manger le matin le rendait malade. Du plus loin qu’il se souvienne, ça avait toujours été ainsi. Baekhyun devrait peut-être comprendre ce point. Expirant longuement, il laissa les notes flotter jusqu’à son esprit et il se sentit bien mieux. Tout son univers était là, dans ces mélodies aussi bien entraînantes que plus mélancoliques. Et dans ce site internet, mélange de poésie et de musique.

Une goutte roula sur sa joue. Il leva les yeux. Les nuages pleuraient, maintenant. Baissant la tête, il rabattit sa capuche pour se protéger et augmenta le son de sa musique pour couvrir le bruit de la pluie. Il se demanda s’il aurait une réponse à son message. Maintenant que la nuit était passée, il avait l’impression d’avoir fait une bêtise. Peut-être n’aurait-il dû rester qu’un lecteur anonyme et invisible. Haussant les épaules, il traversa la cour du lycée en vitesse. Personne ne le salua comme il ne salua personne. Les autres n’importaient pas réellement. Il était seul, tout le temps, perdu dans sa musique. Il ne faisait pas l’effort d’aller vers ses camarades.

Il savait très bien les rumeurs qui circulaient sur lui. Ça lui passait loin au-dessus. Parfois même ça le faisait rire. Oui, il paraissait sombre. Oui, il ne parlait à personne. Non, il n’avait jamais commis de meurtres. Il n’avait pas non plus fait de la prison. Il ne buvait pas le sang d’innocents dès la nuit venue. Tout ça était absurde. Il vivait avec sa musique et c’était suffisant. Ça lui allait comme ça, il n’avait pas besoin de camarades proches. De toute manière, face à quelqu’un, il ne savait pas comment se comporter. Un mélange de pudeur et de timidité poussées à l’extrême. Il était trop froid dans sa manière d’agir vers les autres. La sonnerie brisa une superbe note de piano. Kyungsu
grimaça. Une nouvelle journée commençait.


Entre les blablas continus et parfois soporifiques des professeurs et ses notes de musique, Kyungsu traversa sa journée sans heurt. Il ne fit attention à personne, plongé dans un monde que ses camarades se bornaient à imaginer sombre. Pourtant, il était teinté d’une multitude de couleurs chatoyantes. Elles caressaient son âme au rythme des mélodies qui coloraient sa vie. L’éclat de cette vaste palette devait être bloqué par la paroi de sa bulle. Les limites de son monde empêchaient sans doute les autres de voir ce qu’il voyait. Ça n’avait pas de réelles importances. Parfois, il sentait un ou deux regards piquer sa nuque de curiosité durant la pause déjeuner. Il ne s’en faisait pas, les yeux braqués sur lui finissaient toujours par dériver. La musique dans les oreilles, il mangeait sans
appétit, seul, et retournait dans la cour sans y faire attention.

La dernière note de la sonnerie n’eut pas le temps de résonner dans la classe que, déjà, elle était emplie de bavardages. Le professeur soupira, las, et annonça la fin du cours. Kyungsu
se permit un sourire, fait exceptionnel, avant de glisser ses écouteurs dans ses oreilles et de filer. Il ne pleuvait plus mais l’air était saturé d’humidité. Ça ne l’empêcherait pas d’aller marcher une heure ou deux, comme tous les jours après les cours. Il rentra, déposa ses affaires dans sa chambre, enfila des vêtements plus confortables et ressortit. Il n’avait pas stoppé sa musique une seule fois. De toute façon, ses parents étaient encore au travail et Baekhyun devait être quelque part en ville avec ses amis.

Marcher
lui donnait toujours la sensation d’être libre et entouré. Peu importe la météo, il n’était jamais seul. Le soleil, la pluie, la neige, chaque temps avait sa manière de l’entourer. Aujourd’hui, le vent dans sa nuque, contre ses joues, entre ses mèches était comme un ami intime qui lui insufflait du courage. Ces étreintes étaient les seules qu’il appréciait. Il n’avait pas à réfléchir à leur signification. Il pouvait imaginait ce qu’il voulait. Ami, amant, camarade, inconnu de passage, le vent était tout à la fois. Ce jour-là, le vent humide le réconforta de cette soudaine solitude qu’il ressentait. Ses camarades n’avait rien à voir là-dedans. Seulement, quelques semaines auparavant, il avait appris par inadvertance une chose qu’il aurait préféré continuer d’ignorer. Il accéléra un peu sa marche, marquant chaque pas un peu plus fort pour se défouler. Pour oublier.

Découvrir qu’on était un enfant adopté était loin d’être une chose facile à encaisser. Et le cacher à son grand-frère était douloureux. Baekhyun
était le fils biologique de leurs parents. Kyungsu avait été adopté quand sa mère, seule et sans moyen, l’avait abandonné. Pour rien au monde il ne l’avouerait à son frère. Baekhyun était trop sensible et coloré pour apprendre ce genre de choses. Et stupidement, le cadet se montrait plus froid envers lui, de peur d’être découvert. Peut-être était-ce pour cette raison qu’il s’accrochait ainsi à ce site internet. Il était comme un monde de douceur qui apaisait son cœur meurtri. Il était comme un mouchoir qui absorbait les larmes de son âme.


Kyungsu déverrouilla la porte de chez lui. Combien de temps avait-il erré, sans but réel, dans le vent froid ? Il n’aurait su le dire. Son esprit tournait encore. Sa musique ne parvenait pas à stopper la voix de ses doutes. Le cri de sa peine. Il aperçut ses parents dans la cuisine, son frère et Jongdae dans le salon. Son esprit se demanda vaguement pourquoi Chanyeol n’était pas avec eux. Il prononça à peine un salut avant de rejoindre sa chambre en vitesse. Il s’appuya contre la porte, le temps de souffler. Personne ne devait voir qu’il flanchait à l’intérieur. Récupérant son sac de cours abandonné sur le sol, il décida de faire ses devoirs avant d’allumer l’ordinateur. Il savait très bien qu’il ne parviendrait pas à se concentrer avec le PC allumé. Il se connaissait. Le pouvoir d’attraction d’internet le retenait souvent prisonnier. Heureusement, il n’avait pas grand-chose à faire et put se défaire de ses obligations rapidement. Son envie de savoir si le créateur du site avait répondu devenait de plus en plus insupportable. Il avait besoin de savoir. Il avait besoin de voir si, oui ou non, il avait pu se créer une identité aux yeux de la Rose.

Le ronron paresseux de son ordinateur finit par résonner agréablement dans la chambre. Tout étant prêt pour ses cours du lendemain, il pouvait prendre autant de temps qu’il le souhaitait sur internet. Aussi pressé fut-il, il attendit patiemment que tous les logiciels se lancent. Et il entra son identifiant et son mot de passe pour sa boîte mail avec calme. La page chargea tranquillement. Et Kyungsu sentit son cœur bondir
dans sa poitrine avant même qu’il ne réalise ce que ses yeux lisaient. Entre les publicités et autres SPAM, un mail indiquait qu’il avait une réponse. Malgré l’espoir, il ne s’y était pas réellement attendu. Son message ne nécessitait même pas de réponse, en réalité. Kyungsu se mordilla la lèvre inférieure et sa main trembla quand il cliqua sur le lien. Sa vue se brouilla quand le fond du site apparut. Il reprit sa respiration, n’ayant pas eu conscience de l’avoir coupée. Il ferma les yeux, compta lentement de dix à zéro et regarda finalement la réponse.

« 
Ce n’est pas une fleur. »

Kyungsu
eut un petit rire. C’était court mais il avait eu une réponse. Il avait bien fait de ne pas parler de pissenlit. Il pouffa encore, alors que son cœur battait la chamade. Les doigts sur le clavier, il réfléchissait déjà à la suite. Il avait l’impression de passer le test le plus important de sa vie. Ce n’était que des mots échangés avec un inconnu. Un inconnu aux goûts musicaux proches des siens et aux textes qui bouleversaient son cœur, certes. Mais un inconnu malgré tout. Il eut un nouveau petit rire crispé et se détendit lentement. Il était tellement bête de se mettre dans cet état pour si peu. Si son frère le voyait dans ce genre de moment, il ne le reconnaîtrait sans doute pas. Il n’était jamais aussi expressif que lorsqu’il était certain d’être seul.

« 
Peut-être, mais ça porte bonheur. Et j’aimerais porter bonheur à une très belle rose. »

Il envoya son message avant de changer d’avis. Et, pour ne pas penser à tout ça, il lança un site de jeux en ligne pour s’occuper l’esprit. Questions, réponses, les quiz l’occupèrent un peu. Cependant, il ne tint pas dix minutes et actualisa sa boîte mail, honteux de ne pas réussir à penser à autre chose. C’était ridicule. Le créateur du site devait avoir d’autres chats à fouetter, une vie à mener. Pourtant, il ouvrit de grands yeux en voyant un nouveau mail indiquant une réponse. La Rose avait répondu. Elle était là, reliée à lui par une connexion réseau. Kyungsu avala difficilement sa salive. Et, malgré l’appréhension, ses mains tremblantes et son rythme cardiaque bouleversé, il décida d’entamer une conversation avec cette personne inconnue qui hantait ses pensées. Pouvoir échanger quelques mots, même inutiles, avec cette rose qu’il admirait tant était presque comme un rêve.

« 
Comment peux-tu savoir si elle est belle ou non ? Elle est peut-être atrocement moche. »

« 
Ses mots sont trop doux, poétiques et touchants pour quelle soit “atrocement moche”. Et puis, peu importe, n’ai-je pas le droit de porter bonheur à cette rose belle à mes yeux ? »

« 
Bien, petit trèfle à quatre feuilles, si tel est ton souhait, porte donc bonheur à cette rose qui risque de ne pas apprécier les prochaines vingt-quatre heures. »

« 
Promis. Je ferme les yeux, croise les mains et prie. »

Et, comme après tout rêve, la réalité le rattrapa douloureusement. Après cette trop courte conversation, il dut aller dîner. Il soupira, hésita à faire le sourd et descendit finalement. Il n’avait pas d’appétit mais ne voulait pas décevoir ses parents. Savoir qu’ils n’avaient pas le même sang ne changeait rien à ses yeux. Qu’ils soient ou non biologiquement reliés à lui n’avait pas d’importance. Qui avait changé ses couches, s’était levé les jours de cauchemar, l’avait soigné et réconforté dans les moments difficiles ? Ce n’était pas cette femme qu’il ne connaissait même pas. Pour lui, un père et une mère n’avaient pas besoin d’un papier attestant que leur ADN était le même. Un père et une mère étaient un homme et une femme emplis d’amour pour leur enfant, peu importait les liens du sang. Il fixa Baekhyun un peu trop longtemps, fut surpris de croiser son regard, détourna la tête. Comment réagirait son frère s’il l’apprenait ? Le détesterait-il ? Probablement que oui. Kyungsu avait l’impression de ne pas réellement compter. Il avait la sensation que, quoi qu’il fasse, son frère s’en retrouvait blessé ou en colère. Au fond, peut-être que Baekhyun serait soulagé d’apprendre qu’ils n’étaient pas frères. Peut-être que tout ça ne tenait à cœur qu’au plus jeune.

Quand il revint dans sa chambre, il fut à la fois surpris et soulagé de constater qu’il n’avait pas de nouvelles alertes. Surpris car rien n’avait indiqué
que Kyungsu s’en allait et ne pourrait plus répondre. Et soulagé car il n’avait rien manqué. Il fut peut-être un peu chagriné mais il préféra l’ignorer. Il partit prendre sa douche et son esprit dériva le long de cette conversation. Pourquoi donc la Rose n’apprécierait pas les prochaines vingt-quatre heures ? Toutes sortes de possibilité effleurèrent son esprit. Examen, rendez-vous médical, déménagement... Dans la vie d’une personne, il y avait tant de choses qui pouvaient faire détester un instant. Une seconde, une minute, une heure, une journée, tout pouvait se retrouver gâché par un détail prévu comme imprévu. Il suffisait parfois d’un rien comme ça pouvait partir d’un tout. Un tout si gros que ça en était étouffant et oppressant. Une poussière, un caillou, un rocher, une falaise complète...

Kyungsu retourna à sa chambre, éteignit son ordinateur et se laissa tomber sur son lit. Il attrapa son téléphone portable, y brancha ses écouteurs et lança sa musique. Se plonger dans les notes et oublier était ce qu’il avait de mieux à faire. Se torturer l’esprit n’avait aucun sens. Il ne changerait pas le monde en pensant. Il éteignit la lumière, s’allongea et se glissa sous sa couette. À l’extérieur, il pleuvait. Encore. Chaque goutte s’écrasant contre sa fenêtre semblait résonner dans sa chambre, interférant dans ses chansons. Il soupira, vérifia qu’il avait bien réglé son réveil et se cala bien contre les coussins. Peut-être que les rêves lui apporteraient un peu de soleil.


~


« Kyungsu ? »

Celui-ci tourna la tête vers la porte, surpris de voir son frère débarquer de manière si calme dans sa chambre.

« Je te dérange ? »

Le cadet dénia de la tête, ôta son casque et posa son livre sur sa table de chevet. Il avait allumé le PC en rentrant des cours et avait soupiré en constatant qu’il n’avait pas reçu d’alerte. La Rose devait encore être plongée dans ses vingt-quatre heures de déplaisir. Alors il avait éteint
son ordinateur aussi rapidement qu’il l’avait allumé et s’était installé sur son lit avec de la musique et un bon livre. Concentré sur autre chose, il parvenait à ne plus penser à cette histoire qui lui faisait tourner la tête. Il fixa le visage de Baekhyun et tapota son lit pour qu’il vienne s’asseoir à ses côtés. Ils restèrent côte à côte en silence pendant quelques minutes. Ils s’observèrent de biais, attendant chacun que l’autre parle. Kyungsu se demanda comment il avait fait pour ne pas réaliser plus tôt qu’ils n’avaient rien en commun. Du caractère au physique, la seule chose qui les rapprochait un peu était leur petite taille. C’était bien peu. Baekhyun coupa son analyse en même temps qu’il brisa le silence épais qui les séparait.

« Su, tu penses que prier pour aider une personne est utile ? »

Le plus jeune ouvrit grand les yeux sous la surprise d’une telle question. De la part de son frère, il s’attendait à des tas de choses. Pourtant, il parvenait encore à le surprendre. Sa petite voix étouffée et son air inquiet, presque triste et désespéré, pincèrent
le cœur du cadet. Il ne le montra pas, préférant cacher cette partie sensible de lui. Baekhyun avait besoin de soutien, à cet instant. Kyungsu répondit finalement, après y avoir réfléchi un instant.

« Je suppose que ça dépend à quel point tu y crois. Je veux dire, s’empressa-t-il
d’ajouter sous l’air perplexe de son aîné, que prier sans y croire est inutile. Tu vois, c’est comme pour le pouvoir des trèfles à quatre feuilles. Ils portent chance juste parce qu’on y croit. Si on arrêtait d’y croire, ils perdraient leur magie. C’est la même chose quand tu veux qu’une prière se réalise. Quand tu fais cette prière, ton cœur et ton corps doivent y croire autant que ton esprit si tu veux que quelqu’un l’entende. Prier pour dire de prier, c’est inutile.
– Oh, je comprends, murmura Baekhyun. J’y crois réellement. J’espère de toutes mes forces que ma prière puisse être entendue.
– Elle le sera. Tout ton être crie à quel point tu le souhaites et c’est pour une autre personne. La force de ton espérance et de ton amour brille autour de toi. Elle sera forcément entendue. Tu veux que je prie aussi pour cette personne qui en a besoin ?
– Je ne peux pas te dire pour qui ni pourquoi je prie, alors je ne suis pas sûr que tu puisses.
– Ça n’a pas d’importance, ne t’inquiète pas. »

Kyungsu attrapa la main de Baekhyun avec sérieux et ferma les yeux.

« Je joins juste tous mes espoirs aux tiens. Prie de toute ton âme et je mêlerai ma force à la tienne. »

L’aîné ne répondit rien, serrant juste ses doigts sur ceux de son petit-frère. Le silence plana dans la chambre pendant de longues minutes. À cet instant, il n’y avait plus de lien de sang, de différends, de distance. Ils étaient juste deux frères d’esprit, unis dans une prière pleine d’espoir pour une personne qui en avait besoin. Et ce fut un sanglot qui brisa cette quiétude. Kyungsu rouvrit les yeux. Son cœur se brisa de voir le visage de son frère ravagé par l’inquiétude et les larmes. Prendre les gens dans ses bras, même sa famille, il ne savait pas le faire. Alors il se contenta de serrer la main de Baekhyun entre les siennes, sans rien dire, tentant de lui faire passer son soutien.


Quand Kyungsu se coucha, ce soir-là, il fixa son plafond noir d’ombres un long moment. Un
silence peu commun emplissait la chambre. Il se concentra sur la sensation de la main de Baekhyun entre les siennes. Ils avaient été frères comme ils ne l’avaient plus été depuis longtemps. Pourquoi son grand-frère avait-il paru si angoissé ? Quel malheur avait pu l’envelopper au point de le faire sangloter d’inquiétude ? Le jeune homme s’en voulut de ne pas avoir séché les larmes qui avaient tracé des sillons humides sur les joues de son aîné. Il se sentit honteux de ne pas avoir réussi à le prendre dans ses bras pour le réconforter. Quel genre de personne était-il à ne pas savoir comment consoler ? Quel genre de frère était-il à abandonner son frère à sa peine effrayée ? Kyungsu ferma les yeux. Les ombres de son cœur brisé étaient plus sombres que celles de son plafond. Son monde chatoyant se fissurait doucement. Baekhyun méritait mieux qu’un frère comme lui.


~


« 
Merci de m’avoir porté bonheur, petit trèfle. Je n’ai eu que des bonnes nouvelles grâce à toi. Peut-être es-tu plus magique que je ne le pensais. »

Kyungsu eut un petit sourire. Le premier qu’il se permettait depuis le matin. Les pleurs de Baekhyun de la veille au soir lui tournaient encore autour du cœur. Ils ressemblaient à un fantôme vengeur. Il le méritait, quand bien même c’était douloureux. Il relut ce petit message de la Rose et le soulagement tournoya dans son esprit. Elle allait bien. Et elle croyait à la magie des trèfles à quatre feuilles. Le jeune homme hésita un instant, écrivit, effaça et retapa. Il fronça les sourcils, se mordilla la lèvre, ferma les yeux et cliqua. Il ne pouvait pas sans cesse reculer.

« 
Je n’ai rien fait de spécial. Je ne suis qu’un trèfle. Tout part de la croyance que tu mets derrière la magie de mes quatre feuilles. »

Il se força à attendre dix minutes. Il prit ce temps pour partir à la conquête de nouvelles mélodies, de nouveaux artistes. Il n’en
trouva aucun qui lui donna des frissons. Ses doigts tremblaient d’impatience. Son cœur frémissait de peur. La peur de décevoir l’auteur de ce site par son manque de poésie. La peur de ne pas être à la hauteur de la Rose et de ses mots. Il se rongea les ongles sans même le réaliser. Il trouva ces dix minutes incroyablement longues. Dix minutes qui se transformèrent en vingt, aucune alerte ne venant enjouer sa boîte mail. Il arrêta de se manger les doigts et chanta. Chanter avait toujours réussi à l’apaiser. Ce jour-là, ce ne fut pas aussi concluant que d’ordinaire. Il devait y avoir quelque chose dans l’air. L’appréhension d’une amitié, peut-être. Et ces longues minutes d’attente furent récompensées par une réponse qui lui coupa le souffle. La surprise fut si grande qu’il mit un petit moment avant de réaliser. Il étouffa son trop large sourire derrière ses mains. Il se sentait heureux et soulagé.

« 
Ne sois pas si humble, petit trèfle. Ta magie est une douceur inespérée pour mes épines. Cela étant, cher magicien à quatre feuilles, pourrions-nous discuter ailleurs, à l’abri des regards parfois indiscrets ? Si tu es d’accord, tu peux m’envoyer un message privé avec ton adresse mail, ainsi, comme par magie, nos échanges se feront invisibles aux yeux impurs. »

Kyungsu s’empressa d’accéder à cette demande, le cœur battant la chamade et les joues rouges. Il ne redescendit de son nuage qu’au moment du dîner. Après un délicieux échange de mails, la réalité le happa de nouveau. Son frère allait-il mieux ? Il n’eut pas à attendre bien longtemps pour le savoir. À peine fut-il sorti de sa chambre qu’un éclat de rire l’accueillit dans le couloir. Baekhyun sembla tourbillonner, léger, malicieux, lui-même. Plus aucun nuage noir de pluie accroché à ses cils. Rien que du soleil éblouissant peint sur ses lèvres étirées. Un sourire aveuglant lui fut offert quand il s’arrêta face à lui.

« Merci, Kyungsu. Je ne sais pas comment tu as fait ça mais tes espoirs dans ma prière ont fonctionné. Je crois que ton cœur est magique. »

Un petit rire léger comme l’air vint frôler les oreilles du cadet. Le soulagement se propagea entre eux, en eux. C’était juste une bonne journée pour les miracles. Kyungsu y croyait plus qu’à des pouvoirs magiques qui logeraient dans son cœur.


~


Kyungsu regarda sa mère, assis dans la cuisine. Il grignotait un biscuit du bout des lèvres. Les deux dernières semaines lui paraissaient irréelles. Avec douceur, les mots échangés avec sa Rose les rapprochaient. Avec douleur, sa relation avec son frère se fendillait. Il avait pensé, à tort, que leur instant de prières leur permettrait de repartir sur de meilleures bases. Seulement la base ne tenait pas le coup de la distance froide qui s’épaississait entre eux. Et le cadet savait bien qu’il était responsable. Vivre dans le mensonge lui rongeait le ventre et l’esprit. Il jouait au funambule au-dessus du gouffre de la vérité. Et Kyungsu n’avait jamais eu beaucoup d’équilibre. Alors il se fermait à son frère qu’il aimait trop pour être honnête. Il avait besoin de voir son sourire rayonner.
Et la réalité de leur lien inexistant le briserait.

« Kyungsu ? »

Celui-ci releva la tête vers sa mère. Il se rendit compte qu’il s’était figé, le biscuit au bord des lèvres, pendu au bout de ses doigts. Il soupira. L’interrogation qui brillait dans les yeux de sa mère était clairement visible. C’était la même qui se répétait comme un refrain entêtant.

« Tu ne vas pas lui dire ?
– Non. Pourquoi lui dire quelque chose qui le blesserait ? Si je peux le préserver, quand bien même ça nous éloigne, je préfère ça à le voir souffrir inutilement.
– Kyungsu, ce n’est pas sain pour toi d’agir ainsi.
– Et ce n’est pas sain pour lui de savoir la vérité. »

Sa mère vint passer une main dans ses cheveux et posa un baiser sur son front.

« Baekhyun ne sait pas la chance qu’il a de t’avoir. Je suis réellement fière de toi. »

Kyungsu haussa les épaules, peu convaincu. Plus le temps passait, plus son monde de couleurs prenait une teinte grise. Bientôt, les gens auraient raison et son monde serait entièrement sombre. Il releva les yeux vers sa mère. Et si elle avait raison ? Si la situation n
était pas saine pour lui au point de létouffer ? Devait-il être honnête et tout avouer à Baekhyun pour reprendre vie ? Au fond, que signifiait être frères ? Ça ne pouvait pas être juste question de sang. Cétait avant tout les sentiments et lattachement qui jouaient. Il y avait bien des frères de cœur ou desprit. Le plus jeune sentit sa respiration saccélérer alors que sa décision de ne rien dire sébranlait. Subitement, il sentit qu’il devait le dire à son grand-frère avant que tout ne tourne au drame.

« Les liens du sang ne comptent pas, n’est-ce pas ? souffla-t-il
avec inquiétude et précipitation. Ce n’est que du pipeau, de la poudre aux yeux ? L’important, ce sont les sentiments ?
– Bien sûr. Peu importe que tu ne sois pas mon fils biologique, je t’aime avec la même force que Baekhyun. Tu es mon fils et c’est tout. »

Kyungsu eut un vague sourire soulagé. Si les sentiments comptaient plus que les liens du sang alors il avait une chance que son frère ne soit pas blessé. Il le détesterait peut-être, le rejetterait sans doute, mais il ne serait pas blessé. Et c’était rassurant. Son sourire fut de courte durée. La porte claqua et la voix de Baekhyun éclata, aussi froide et tranchante que des éclats de verre.

« Et vous comptiez me dire quand que Kyungsu n’est pas mon frère ? »

Le plus jeune baissa la tête, le cœur compressé par le poids de la désillusion, déchiré par ces mots si vifs. Il se
doutait que son aîné réagirait ainsi mais s’en rendre compte faisait mal. Il avait tellement espéré se tromper. Il avait tellement, tellement espéré avoir tort que sentir son espoir mourir au fond de son ventre fut incroyablement douloureux. Sans même le voir, il sut que Baekhyun avançait vers lui. La déception engloutit sa peine. La peine engloutit sa déception. Une triste boucle tourbillonnait à l’intérieur de son cœur. Il avait du mal à se dire que tout était fini, juste comme ça, parce qu’ils n’avaient pas le même sang. Kyungsu releva la tête pour le regarder, le cœur au supplice et le visage neutre. Ne rien montrer pour ne pas paraître encore plus pathétique. Il souffrait de voir que, pour Baekhyun, il ne comptait plus. Avait-il déjà compté ?

« Pourquoi tu ne dis rien ? Tes yeux hurlent et tu te contentes de garder ce visage de porcelaine ! Où sont tes émotions, Kyungsu
 ? »

Baekhyun criait presque. Le cadet se sentit moins que rien face à tant de violence.

« Tu n’es pas mon frère. Jamais tu ne l’as été. Tu n’es qu’un pantin sans âme, froid comme de l’acier. Tu n’es pas mon frère. »

Cette phrase fut pire qu’un coup de poing, qu’un tir de fusil à bout portant. Le visage de Kyungsu
se crispa à peine alors qu’il s’effondrait à l’intérieur. À quoi servait-il de montrer sa douleur ? Ça ne changerait rien. Quil pleure ou crie, ils ne seraient pas frères pour autant. Quil se défende ou se taise, les choses seraient les mêmes, la vérité serait aussi blessante. Pourquoi Baekhyun ne comprenait pas sa douleur ? Pourquoi se montrait-il si cruel ? Ne pouvait-il pas juste le laisser tranquille ? Lui avait compris qu’il n’avait pas d’existence dans les yeux de son aîné.

« Baekhyun
 ! s’exclama leur mère. »

Biologique pour l’un, adoptive pour l’autre. Est-ce que ça changeait tant de choses ? Pour Kyungsu, ce n’était pas si différent. Leur mère était leur mère. Et
elle ne pouvait rien faire pour arrêter les mots. Comme elle ne pourrait rien faire pour stopper les maux.

« Pourquoi tu ne dis rien, bon sang ?! Est-ce que je dois le répéter encore ? Tu n’es pas mon frère, tu n’es pas mon frère, tu n’es pas mon frère, tu n’es pas mon frère, tu n’es pas...
– Tais-toi ! »

Kyungsu
avait finalement hurlé, se levant brutalement, les joues ruisselantes de larmes, le visage criblé de douleur. La barrière derrière laquelle il se cachait venait de se rompre. La force des mots de Baekhyun l’avait réduite en poussière.

« Tais-toi... Ne dis plus ça. Je sais que je ne suis pas ton frère, je sais que je ne suis qu’une coquille vide aux yeux de tous. Pourtant, j’ai un cœur aussi. Ne pas le montrer pour le préserver fait de moi un monstre ? Tu es toujours parfait, et alors ? Je ne le suis pas, ça m’empêche de faire partie de ta famille ? Je souffre comme trois cents hommes depuis que j’ai découvert que le sang ne nous liait pas. Je t’ai préservé de cette nouvelle comme j’ai pu pour ne pas te blesser, te briser, alors ne répète pas ces mots ! Que tu le veuilles ou non, tu seras toujours mon grand-frère ! »

Baekhyun
eut un sourire soudain. Son petit rire plein de joie éclata dans la cuisine comme une bulle d’air. Enfin. Enfin Kyungsu avait sorti ses émotions et exprimé ses sentiments. Il passa ses bras autour de sa taille et se serra contre lui. Le plus jeune se figea. Il respira à peine, les bras ballants. Il ne comprenait pas ce qu’il se passait. Pourquoi cette bonne humeur et cette étreinte soudaines ? Le souffle chaud de Baekhyun chatouillait son cou, parasitant ses pensées.

« Tu seras toujours mon petit-frère, Su. Peu importe notre sang. Je voulais juste que tu me le dises aussi, je voulais que tu réagisses à ça. »

Baekhyun
frotta son nez contre l’épaule de Kyungsu, comme un gamin en manque d’affection. Le cadet cligna des yeux et posa finalement ses mains dans le dos de son aîné. Il n’avait plus expérimenté ce genre de rapprochement depuis un moment. Sa mère ne le prenait plus dans ses bras depuis qu’il avait huit ans, Kyungsu refusant ce genre de câlinerie qu’il ne comprenait pas. C’était trop bizarre. Et il était trop distant pour que ça ait une réelle utilité.

« Mon Kyungsu, je suis si content d’être dans tes bras. J’ai l’impression que tu m’acceptes dans ta bulle pour la première fois. Je me sens réellement comme ton frère. »

Kyungsu
mit un petit moment avant de répondre. Cette situation le perturbait et il avait du mal à réfléchir posément.

« Baekhyun... Tu penses vraiment à moi comme à un pantin sans âme ?
– Bien sûr que non ! Je sais bien que tu es le plus émotif et sentimental de nous deux. Seulement je sais aussi que tu ne te laisses aller qu’une fois certain d’être seul. Et je me sens mis à l’écart de ta vie. »

L’aîné se serra encore plus contre son frère, respirant calmement son odeur, le nez contre son cou.

« Tu veux bien me laisser une place dans ta bulle ? J’aimerais bien veiller sur toi, t’aider quand tu en as besoin. Même pour tes devoirs, tu me rejettes. »

Kyungsu
laissa Baekhyun l’enlacer avec force, se mordillant la lèvre. Il mentirait s’il disait qu’il n’aimait pas cette sensation de chaleur. Les bras de son frère étaient doux et forts, réconfortants. Il était mal à l’aise d’être étreint de cette façon tout en se disant que c’était agréable. Il avait l’impression d’être important, de compter réellement pour son aîné.

« Je suis désolé. Ce n’est pas du rejet. J’ai juste... un problème avec tout ça. Je ne sais pas comment me comporter. Me lier aux autres m’effraie. »

Baekhyun rendit sa liberté à son cadet et le fixa un moment avec surprise. Ses yeux étaient loin dêtre aussi ronds que ceux de Kyungsu en temps normal, c’était amusant de les voir ainsi écarquillés.

« Réellement ? Pourtant, tu es toujours là quand j
ai besoin d’aide. Même si tu es parfois froid, tu me protèges et prends soin de moi. Tu as toujours les bons mots et les bons gestes, même si parfois j’aimerais juste que tu me prennes dans tes bras.
– C’est parce que tu es mon frère. Et veiller sur toi est plus simple que de te laisser veiller sur moi. Je ne veux pas embêter et je me sens mal de laisser quelqu’un m’aider, ayant l’impression de gêner. Avec les autres, c’est plus difficile encore. Je ne les connais pas et trouver comment agir est plus compliqué. Quant à prendre quelqu’un dans mes bras... C’est embarrassant et j’ai toujours peur de mal faire.
– Tu devrais prendre confiance en toi. Réellement, tu sais toujours comment réconforter quelqu’un et tu es toujours à l’écoute. Tu es une bonne personne, Kyungsu, et tu agis toujours avec gentillesse et respect. Seulement il ne faut pas te négliger pour autant. Tes sentiments et tes problèmes sont aussi importants que ceux des autres. Et ne dis pas de bêtises, tu n’es pas une gêne, jamais ! Accepter de demander de l’aide, c’est faire preuve de maturité. C’est important de savoir laisser venir les autres. Et si tu veux t’entraîner pour les câlins, je suis volontaire pour être ton cobaye ! »

Après cette dernière phrase pleine d’enthousiasme, Kyungsu eut un petit rire qui fit pétiller les yeux de Baekhyun. Il lui attrapa doucement la main et le regarda avec tendresse. Il était tellement soulagé que son aîné ne le rejette pas. Finalement, il l’avait mal jugé. Son grand-frère le surprenait à nouveau. Il y avait encore entre eux des tas d’ombres qu’il leur faudrait dissiper petit à petit. Ça viendrait.
Grandir les avait séparés. La vérité les avait secoués pour mieux les rapprocher. Le temps s’occuperait de le leur prouver.


~


Kyungsu bâilla longuement et s’étira paresseusement. Cette journée avait été longue et ses devoirs l’avaient cassé. Il se frotta les yeux alors que le ronron de son ordinateur venait le réconforter. Deux nouvelles semaines s’étaient écoulées sans perdre de temps. Baekhyun lui semblait chaque jour plus proche et ça le rendait heureux. Aussi heureux que son échange de mails avec la Rose le plongeait dans un état d’allégresse libératrice. Souriant, les yeux rouges et fatigués, il vérifia sa boîte mail. C’était devenu un automatisme. Vide. Son sourire diminua d’intensité. C’était rare que ses mails restent sans réponse. Il soupira et attendit que le site qu’il aimait tant finisse de charger. Son cœur se figea. Sa respiration se coupa. Sa vision se troubla. Était-ce la réalité ? Il crut suffoquer sous la surprise de ce nouveau post. Il ne s’y était pas attendu. Et il ne savait pas comment il devait réagir.

« 
Il y a un mois, un petit trèfle est apparu dans ma vie. Ses mots humbles et parfois tristes sont venus se loger près de mon cœur. Cest doux et réconfortant.
Mon petit trèfle a quatre feuilles : une pour la douceur, une pour la gentillesse, une pour la solitude et une pour la voix. Et je sais qui se cache derrière ces quatre feuilles. Sans doute l
ai-je toujours su sans oser lui avouer.
Je suis heureux d
être une rose grâce à lui.
À lui, maintenant, de trouver l
identité de la rose et ses épines. »

Kyungsu trembla. Il avait peur. Sa Rose l
avait percé à jour. Comment ? Cette question percuta son esprit apeuré. Il n’avait pas eu l’impression de se dévoiler autant. Il avait été plus libre dans ses mots, il était vrai. Il n’avait pourtant jamais rien révélé de son identité. Alors comment ? Se connaissaient-ils ? Sa Rose... vivait-elle près de lui sans qu’il ne s’en doute ? Se mordant la lèvre inférieure, il s’éloigna de l’ordinateur et s’assit sur son lit. Il se passa une main dans les cheveux, les yeux légèrement écarquillés. Pourquoi avait-il si peur de cette nouvelle ? Il serra les bras contre son torse. Il avait du mal à retrouver son souffle, à apaiser les battements de son cœur. Il s’était caché derrière son identité de Trèfle à quatre feuilles. Il s’y était lové confortablement pour se protéger. Tant que l’auteur du site ignorait qui il était, il pouvait se livrer sans crainte. Et subitement, tout se chamboulait. Sa Rose savait tout de lui, de ses peurs à ses doutes, de son nom à son visage. Elle savait qui il était, dans son intégralité.

Kyungsu se leva subitement et sortit de sa chambre. Il traversa le couloir à pas pressés
et se figea devant la porte, les mains tremblantes. Il savait que la situation serait incompréhensible et que les mots ne seraient pas entièrement compris. Seulement, il avait besoin de parler. De tout dire à quelqu’un, même si cette personne ne savait rien de cette histoire. Alors il cogna deux coups. Baekhyun lui permit d’entrer et le regarda avec surprise quand il pénétra dans la chambre. Son visage se plissa d’inquiétude. Le plus jeune devait avoir une mauvaise mine.

« Kyungsu ? Ça ne va pas ?
– Il sait qui je suis et il va finir par réaliser que je ne suis pas si bien qu’il le pense. Il sait qui je suis tout au fond de mon cœur et il m’a reconnu. Si je ne suis plus capable de me cacher derrière mon identité virtuelle, il se rendra compte que je ne marche pas droit et que je suis effrayé. Il réalisera que mes couleurs se ternissent parfois et deviennent aussi sombres que les ombres du plafond.
 »

Le cadet releva les yeux vers l’aîné. Son regard se noyait sous les doutes. Des inquiétudes liquides, douloureuses, qui s’accrochèrent à ses cils.

« Baekhyun, je crois que je l’aime. Je ne veux pas qu’il sache qui je suis. »

Voilà le plus gros problème. Toute sa peur se cachait derrière ces mots. Il était tombé amoureux de sa Rose et
de ses mots, ses chansons, ses musiques. Il ignorait comment il avait pu en arriver là. Il ignorait comment une simple relation virtuelle pouvait s’être transformée à ce point. Il l’ignorait et ça l’angoissait. Il aurait aimé revenir en arrière, retourner à ces instants où l’amour n’était encore que de l’admiration muette. La réalité était trop effrayante pour lui, il nétait pas prêt à vivre, quand bien même son frère le faisait sortir de sa coquille de plus en plus. Les doigts de Baekhyun vinrent d’ailleurs attraper les siens avec douceur, le ramenant au moment présent.

« Pourquoi tu ne veux pas qu’il sache qui tu es ?
– Il pense que je suis magique mais je ne le suis pas. Il sera déçu quand il se rendra compte que mes pouvoirs ne sont pas réels. Il sera blessé et je ne veux pas qu’il soit blessé.
– Mais, Kyungsu, tu es vraiment magique. Le mois dernier, tu as permis à un miracle de se produire.
– Un miracle ? Je n’ai fait que te prêter un peu de mes espoirs. »

L’aîné eut un petit sourire tendre et caressa la joue de Kyungsu. Celui-ci lui lança un regard perdu. Il paraissait si jeune avec ce petit air-là. Baekhyun lui sourit plus largement, heureux de pouvoir l’aider un peu. Il sentait bien que la situation perturbait son petit-frère, quand bien même il ne saisissait pas l
entièreté de la portée des mots prononcés. Il se rendit compte que le plus jeune avait encore beaucoup de secrets. Le temps laiderait à se rapprocher de ce cœur tourmenté. Et il pourrait mieux prendre soin de lui. En attendant, il tenta de le réconforter de son mieux, lui répétant à quel point il était magique. Il fallait juste qu’il ait plus confiance en lui. Au bout de quelques minutes, cependant, il réalisa qu’il n’avait pas posé la question la plus importante.

« Et toi, sais-tu qui il est ? »

Le plus jeune se figea avant de dénier de la tête. Il avait beau y réfléchir, il n’avait pas la moindre idée de l’identité de sa Rose. Il était forcément proche de lui, à un moment donné de son emploi du temps. Comment aurait-il pu le reconnaître autrement ?
Était-ce quelqu’un du lycée ? Cétait possible. Fronçant légèrement les sourcils, il tenta d’analyser le comportement de ses camarades. Il se rendit compte qu’il ne parvenait même pas à se souvenir de leur visage. Baekhyun lui demanda s’il voulait de l’aide. Kyungsu dénia de la tête. C’était trop personnel. Il le remercia d’un rapide petit câlin avant de retourner dans sa chambre en vitesse, les joues rouges d’embarras. Il ignora son ordinateur et s’installa en tailleurs sur son lit. Il fallait qu’il fasse le tour de toutes les personnes qu’il pouvait côtoyer pour retrouver sa Rose. Et peu importait le temps que ça prendrait.


~


Une semaine. Cela faisait une semaine que l’esprit de Kyungsu tournait en rond. Son cœur se serrait chaque fois qu’il regardait l’ordinateur. Il avait fini par l’éteindre et ne l’avait pas rallumé. Tout son courage avait disparu. Ses rares sourires également. Son monde anciennement teinté d’une multitude de couleurs chatoyantes se retrouvait couvert comme une nuit d’orage. Il se détestait de ne même pas avoir eu le courage de répondre à sa Rose. Il se détestait de l’abandonner ainsi alors qu’elle avait peut-être besoin de lui. Il ignorait toujours qui elle était. Ça n’empêchait pas son âme de pleurer de chagrin en imaginant la peine qu’il créait. Et les feuilles de son trèfle se racornissaient. Bientôt il ne serait plus qu’une vague tige séchée. Sa tête continuait sans cesse d’analyser et il avait la sensation de devenir fou. Fou de tristesse. Fou d’angoisse. Fou d’un amour étouffé. À la recherche d’un peu d’air, son regard accrocha sa fenêtre.

Kyungsu se leva brusquement de son lit. Il ne pouvait pas lutter contre les signes de la vie. Les nuages en forme de rose ne mentaient pas. Il devait bouger. Il devait réagir. Il devait attraper
sa peur, la chiffonner et la jeter dans la corbeille de son esprit. Il fallait qu’il le fasse. Sa Rose ne méritait pas qu’il la traite ainsi. Et il était trop jeune pour dépérir. Il alluma son ordinateur et, le cœur tremblant, attendit de pouvoir vérifier sa boîte mail et le site qu’il aimait tant. Rien. Il n’y avait rien. Pas de nouveau message. Pas de nouveau post. Comme si tout s’était arrêté ce jour où il avait fermé les yeux sur la réalité. Comme si, en ignorant qui était sa Rose, il avait tout brisé. Son cœur craqua et la douleur se répandit jusqu’au bout de ses doigts crispés. Son poing sur le bureau était si serré qu’il en était presque blanc. Il se releva brutalement, manquant de renverser sa chaise. Et il sortit de sa chambre pour se rendre dans la salle de bain. Il avait besoin de se rafraîchir les idées.

Une fois là, il fixa son reflet intercepté du coin de l’œil.
Son visage si enfantin, ses yeux si ronds, son air si angoissé. Il lui faisait prendre conscience de son manque de courage. Peureux, oseras-tu enfin lui avouer que tu ne sais pas qui il est, maintenant que tu as tout fichu par terre ? chantonnait son reflet. Peureux, tu aurais dû lui dire que tu l’aimais depuis longtemps. Kyungsu se passa de l’eau sur le visage un peu trop vivement et arrosa ce reflet qui le narguait. Soupirant profondément, il attrapa son courage à deux mains avant qu’il ne coure trop loin de lui. Il le força à s’asseoir près de son cœur et sortit de la pièce pour retourner à sa chambre. Il ne voulait pas être ce peureux ridicule toute sa vie. Il ne voulait pas être nargué par son reflet tous les jours. Il devait agir, quand bien même il ne savait pas encore comment. Le couloir lui parut plus long que d’ordinaire.

« Bon, cest qui ce Trèfle à la fin ? »

Kyungsu se figea dans son mouvement et rentra la tête dans ses épaules. La voix de Jongdae venait de l’arrêter net, se faufilant par l’entrebâillement de la porte mal fermée de la chambre de Baekhyun. Il se donna l’impression d’avoir des tas de choses à se reprocher, d’être un coupable en fuite. Il se mordit la lèvre inférieure. Ce n’était qu’une interrogation lancée sans le viser. Alors pourquoi son cœur s’emballait de cette façon
 ? Ça n’avait pas forcément rapport avec lui. Des trèfles, il devait y en avoir des tas. Il suffisait de regarder dans le jardin. Il devait juste se détourner et laisser son frère et Jongdae discuter tranquillement. Il devait juste ne pas écouter.

« Aucune idée, il a refusé de me le dire, avoua la voix de Baekhyun. J’ai beau chercher, je ne vois pas du tout.
– Il est fou de nous demander de prendre soin de quelqu’un dont on ignore tout.
– Pourtant, Chanyeol est persuadé qu’on le connaît aussi. Il a assuré qu’il était plus proche de nous qu’on le pensait.
– Proche de nous, il est comique... Sérieusement, tout le monde est proche de nous ! »

Kyungsu déglutit difficilement. Il tenta de bouger pendant le silence de réflexion
qui s’installait derrière cette porte entrebâillée. Cette maudite porte qui était en train de tout bousculer. Rien à faire, ses pieds semblaient avoir décidé de rester collés au sol. Pourtant, malgré son envie de savoir, il ne voulait pas rester là. Il détestait l’idée d’écouter aux portes. Et tout ça ne le regardait pas. Après tout, il n’avait jamais été vraiment proche des amis de Baekhyun. Même si Chanyeol l’avait toujours intrigué, avec ses larges sourires et sa bonne humeur teintée d’un peu de tristesse. Il l’avait moins souvent côtoyé que Jongdae, le plus grand ayant été régulièrement absent, mais il avait chaque fois eu une forte impression. Sans doute sa gentillesse à son égard. Sans doute sa fragilité cachée derrière sa force. Sans doute ses regards tendres et doux pour lui. Quoi qu’il en soit, non, ça ne le regardait pas de savoir que Chanyeol avait un trèfle dans sa vie et qu’il voulait que Jongdae et Baekhyun veillent sur lui. Il aurait aimé le croire et s’en convaincre, pourtant son souffle se fit plus court sous le doute qui s’insinua dans son ventre.

« Attends... »

La voix de Baekhyun s’éleva plus timidement que d’ordinaire. Elle était teintée de doutes et d’appréhension. Comme si lui
avait fait le lien qui refusait de se faire dans l’esprit de son cadet. Le bruit des touches d’un clavier écrasées avec précipitation lui parvint. Et le silence à nouveau. À l’intérieur de la chambre, un secret était en train d’être percé. Kyungsu devrait s’éloigner pour ne pas entendre. Il savait que quelque chose allait exploser bientôt. Quelque chose qui lui avait échappé pendant trop de temps. Alors pourquoi restait-il figé ainsi ? Il avait peur. Peur de tout découvrir. Peur de tout comprendre. C’était trop tard. La porte avait été ouverte. Ses yeux plongèrent dans ceux ahuris de Baekhyun. Sa salive resta coincée dans sa gorge quand il tenta de l’avaler. Son cœur sembla se stopper. D’un coup, il arrêta de lutter contre la réalité. Et il réalisa que tout était trop emmêlé pour n’être qu’une coïncidence.

Le jour de sa première discussion sur le site avec sa Rose, Chanyeol n’était pas dans le salon avec Baekhyun et Jongdae. Il n’était pas présent chez eux et avait très bien pu discuter avec lui. Le lendemain, la Rose n’avait pas donné signe de vie, vivant vingt-quatre heures désagréables. Et Baekhyun avait été angoissé au point d’en pleurer en priant avec lui. Il ne s’était calmé que le surlendemain, alors que la Rose remerciait le Trèfle de lui avoir porté chance. Les événements glissèrent le long de sa mémoire comme des chauves-souris dans la nuit. Au cours du mois écoulé, des tas de petits indices s’étaient glissés sur son chemin. Il les avait tous ignorés sans même s’en rendre compte. Les notes de guitare égrainées ci ou là. Les mots entendus au détour d’un couloir. Les chansons sifflotées à chaque apparition.
Chanyeol avait laissé traîner dans l’air des pétales mélodieux qu’il n’avait jamais entendus. Le Trèfle avait ignoré la Rose qui était pourtant si proche de lui.

« Su... murmura Baekhyun. »

Le cadet regarda son frère, les yeux exorbités, la vue troublée de son ignorance révolue. Jongdae était là, juste derrière, perdu dans les devinettes irrésolues. Que se passait-il, au juste
 ?

« Il est la Rose ? souffla Kyungsu. »

Sa jolie voix s’enroua, emplie de la peur de faire fausse route. De l’angoisse d’être sur la bonne voie. Baekhyun hocha la tête.

« Il est la Rose, répéta Kyungsu. Et le Trèfle ne l’a pas reconnu. »

Il trembla. Ses jambes lui semblèrent faites de coton. Son frère le soutint avec force. Sa Rose avait toujours été là, près de lui, et il n’y avait jamais fait attention. Perdu dans une beauté et une poésie virtuelles, il avait ignoré la réalité. Il avait oublié de faire attention à ce qui l’entourait.
Que devait penser Chanyeol ? Que devait penser la Rose de ce stupide Trèfle aveugle et sourd ? Le plus jeune se rendit compte que fuir la réalité des choses ne l’avait mené nulle part. Il s’accrocha à Baekhyun.

« Où est-il ? murmura-t-il en le regardant avec désespoir. Où est la Rose ?
– A l’hôpital. Il doit se faire opérer demain, à cause de son cœur. Il voulait qu’on veille sur son Trèfle pendant ce temps. Je ne savais pas que tu étais son Trèfle.
– C’est parce que je l’ai ignoré. Hypnotisé par un monde dans lequel je n’avais pas besoin d’être proche des autres, j’ai oublié que la vie était plus importante que la peur. J’ai oublié que je pouvais chiffonner mes peurs avec la force des autres. Perdu dans mes illusions, je l’ai blessé. Il a besoin de moi. Il a besoin de croire au Trèfle à quatre feuilles et à la magie qu’il retient. Même si c’est du pipeau, la magie continue de fonctionner tant qu’on y croit. Il a besoin de ma chance.
 »

Baekhyun lui caressa les cheveux, souriant avec fierté,
et l’aida à se remettre droit. Et il lui souffla de filer rejoindre la réalité. Chanyeol, dans la chambre 143, avait besoin d’un peu d’illusions. Il avait besoin de la magie du cœur de son précieux Trèfle à quatre feuilles. Kyungsu acquiesça d’un signe et ne perdit pas plus de temps. Il courut à travers la ville. Il courut à en perdre haleine, à en donner l’impression de voler. Il courut comme il n’avait jamais couru jusque là. Et peu lui importait de passer pour un fou quand il pouvait être un Trèfle aux yeux d’une Rose. Il prit à peine le temps de reprendre son souffle et fila dans les couloirs de l’hôpital. Jusque cette porte. 143. I love you. Ce devait être un signe de la vie, à nouveau...

Prenant une profonde inspiration, il donna deux petits coups pour s’annoncer. Quand la voix si grave et si douce de Chanyeol lui indiqua d’entrer, il s’entortilla les doigts quelques secondes, posa une main sur son cœur qui battait la chamade et ouvrit. Il referma dans son dos, fit quelques pas dans la pièce et entrouvrit les lèvres. Aucun son ne les franchit. Comment une personne malade pouvait rayonner autant ? Comment Chanyeol pouvait-il sourire ainsi après ce que Kyungsu avait fait ?

« Hey, bonjour. Tu es venu tout seul ? »

Le plus jeune avança jusqu’au lit et il attrapa une des
grandes mains de Chanyeol entre les siennes. Sa Rose. Il avait du mal à réaliser. Malgré sa présence à l’hôpital, il paraissait plein de vie. Son visage fin reflétait sa bonne humeur et son plaisir de voir Kyungsu. Ses grands yeux ronds étaient comme deux billes pétillantes de bonheur. Il n’était pas pâle et ne semblait pas malade. À le voir ainsi, il était difficile de croire qu’il avait un quelconque problème sérieux. Et pourtant... Le cœur, ce n’était jamais anodin.

« Je n’ai besoin de personne pour rendre visite à une Rose. Je n’ai pas besoin d’être accompagné pour être un Trèfle. »

Chanyeol ouvrit de grands yeux surpris, le regard fixé sur la sincérité des traits de Kyungsu. Puis son visage s’éclaira d’un sourire si éclatant qu’il faisait plus mal aux yeux que le soleil. Ses joues rosirent délicatement et il referma ses doigts sur ceux du plus petit.

« Tu m’as trouvé, alors. Je suis content. J’avais peur que tu ne me reconnaisses jamais.
– Comment as-tu su que c’était moi ? Je ne t’ai jamais donné aucun indice sur moi.
– Tu m’as livré ton âme et ton cœur, petit Trèfle, il a suffi que je lise dans tes yeux même juste une seconde pour te reconnaître. Et puis, sans le savoir, Baekhyun m’a aidé à confirmer mes soupçons. Il m’a parlé de toi, du fait que tu étais un frère de cœur à défaut d’une frère de sang. Avec ton histoire, il était facile de comprendre.
– Oh. »

Kyungsu se souvenait parfaitement de cet instant où il lui avait raconté son histoire. Il lui en avait parlé un soir, une semaine après le début de leur correspondance. Ça le chagrinait tant qu’il s’était livré à cœur ouvert à sa Rose. Il n’avait pas eu à réfléchir, il avait senti qu’il pouvait avoir confiance. Et son cœur en avait eu besoin, à ce moment-là. Besoin de libérer un peu de cette tristesse et de cette peur de ne plus être qu’un grain de poussière gênant sur la route de son frère.
Il battit des cils, caressant doucement la main de Chanyeol.

« Quand j’ai su que tu m’avais découvert, j’ai pris peur. Tu sais tout de moi et... tu crois à la magie du trèfle à quatre feuilles. J’avais peur que tu sois déçu, que tu te rendes compte que ce monde coloré que je t’ai dépeint prend parfois des teintes plus sombres. J’avais peur que tu réalises que mes pouvoirs ne sont pas réels.
– Ah, petit Trèfle, je sais bien que tes pouvoirs ne sont pas réels. Tu me l’as toujours dit. Tout vient de la croyance qu’on met en toi. Et j’aime bien croire en ta magie. Baekhyun aussi. Peut-être qu’à tes yeux, elle n’est qu’illusion. Aux nôtres, elle brille. Parce que tu as un cœur doux et pur, parce que tu as une grande sensibilité, tu peux réaliser des miracles. »

Kyungsu baissa la tête, embarrassé de tous ces compliments. Il déglutit difficilement, ému et touché. Puis il prit une légère inspiration et plongea dans le regard de sa Rose. Ses
mains s’accrochèrent à celle du plus grand.

« Chanyeol, le Trèfle est tombé amoureux de la Rose. Tu es ma rose. Je suis amoureux de toi. J’aimerais pouvoir guérir ton cœur avec mes pouvoirs. Est-ce que c’est possible ? Si je prie, est-ce que ça te soignera 
– Kyungsu, mon petit Trèfle, tes pouvoirs m’ont déjà sauvé. Grâce à tes prières, les médecins ont enfin découvert ce que j’avais. Grâce à ta magie et à tes espoirs, mon cœur sera soigné et je serai guéri. Alors prie juste encore un peu pour l’opération de demain et tu m’auras entièrement soigné. »

Le cœur au bord des yeux, l’amour au bout des lèvres, le plus jeune eut un large sourire. Un sourire comme il n’en avait sans doute jamais offert. Il était heureux, du plus profond de son âme. Il était soulagé de pouvoir aider la personne qu’il aimait. Il était soulagé de savoir qu’elle s’en sortirait grâce à ses prières. Chanyeol l’attira à lui, le serrant contre son torse. Le cœur fragile de le Rose cogna contre celui du Trèfle pour y trouver un peu de force et de magie. C’était une étreinte si chaude et tendre que Kyungsu ne se sentit pas mal à l’aise d’être dans les bras d’une autre personne. Il eut la sensation d’être à sa place, là où il devait être. Il ferma les yeux et huma le parfum de Chanyeol juste dans le creux de son cou. Il se sentait bien. Et des mots plus doux que la chance se glissèrent dans les airs.

« Moi aussi je t’aime, mon petit Trèfle. »




FIN