L'étoile

par ShuJun

« Tu y vas encore ? » Demanda tristement Lay, la main posée sur l’épaule du blond.

Celui-ci acquiesça doucement, un sourire mélancolique aux lèvres. Il tenait dans ses mains, une lettre qu’il avait pliée en quatre, il l’avait écrite juste après les cours et il allait l’enterrer avec toutes les autres dans le parc. Là, dans le petit trou qu’il avait creusé quelques jours après sa disparition, près de l’endroit où il l’avait rencontré la première fois, où se tenait un vieux cheval à bascule, monté sur ressort.

Sur le papier, y était inscrite sa journée. Ce qu’il avait fait dès son réveil jusqu’à la fin de ses cours. A défaut de pouvoir la lui raconter, il l’avait écrite. Il irait encore, oui. Avec le cœur lourd et les larmes aux yeux. Puis, il reviendrait, reprendrait sa vie, et recommencerait le lendemain. Jusqu’à ce qu’il réapparaisse ou que ses jambes ne le portent plus.

« Luhan… »

Il s’avança et ouvrit la porte. Il frissonna. L’hiver s’était installé pour de bon. Une première larme dévala sa joue déjà rougie par le froid.

Le parc était à dix minutes de chez lui. Et pendant ces dix minutes, il allait les laisser rouler sur ses pommettes, il allait les laisser lui brouiller la vue et le faire sangloter.

Lay souffla, sa gorge se nouant tandis que le dos de son ami diminuait. Trois ans que cela durait. Qu’il attendait toujours qu’il revienne. Qu’il espérait qu’il l’attende là-bas. Mais trois ans qu’il revenait en pleurs et qu’il se jetait dans ses bras parce qu’à part des gamins qui jouaient à la balançoire, il n’y avait rien d’autre.

Il n’était pas là.



De beaux petits garçons, ils étaient passés à de beaux adolescents, pour enfin devenir de beaux jeunes hommes. Ils avaient eu leur première conversation sur les dessins animés. Puis, sur les filles, à l’âge de douze ans. De garçons ensuite, quand ils avaient dix-sept ans.

Et avant qu’il ne s’en aille, ils avaient eu leur premier baiser. Parce que ce jour-là, ils s’étaient revus, pas seulement pour parler de ce qu’ils avaient fait de la journée, de ce que les professeurs avaient décidé de leurs donner comme travail scolaire, pas de ce que tel ou tel étudiant leur avait balancé au visage, ils s'étaient revus pour parler de ce que lui ressentait pour l'autre. 

« Si.. Si je te demande de sortir avec moi, tu dirais quoi ? Non ! Ne réponds pas tout de suite. Dis-le-moi demain, d’accord ? »

Luhan est revenu. Il est monté dans la petite tour dans laquelle ils se planquaient pour discuter quand les gamins repartaient chez eux. Et il y est resté toute la soirée ainsi qu’une partie de la nuit, son téléphone en main.

Il n’est jamais réapparu.

Le jeune chinois l’avait appelé, s’était rendu chez lui, mais plus personne ne logeait dans la grande maison. Les voisins ignoraient où sa famille et son ami avaient déménagé et pourquoi. Il ne savait rien. Absolument rien sur son départ précipité.



« Mes parents veulent déménager, mais j’ai refusé. Je ne peux pas quitter cette ville. Je veux rester ici parce que j’ai toujours l’espoir de te revoir. »

Il s’était agenouillé près de l’endroit où le petit garçon qu’il avait rencontré quand il était enfant se tenait, assis sur le cheval en bois. Avec ses doigts, il gratta la terre et glissa la lettre avec les autres pour ensuite la recouvrir et la tapoter. Personne ne pouvait découvrir ce trésor, personne ne devait savoir ce qu’il écrivait, ça ne regardait qu’eux.

Ses mains sales frottèrent son visage toujours baigné par les larmes. Luhan se redressa.

« Je resterai seul dans cette grande maison, et je m’en fiche. Je le suis depuis que tu es parti de toute façon. »

Trois ans. Trois longues années qu’il répétait les mêmes gestes, qu’il enterrait ses journées avec les autres, qu’il pleurait, qu’il priait, espérait qu’il revienne. Trois longues années qu’il repartait de ce parc seul. Qu’il sentait son cœur se tordre douloureusement.



Mais ce soir, dans le ciel noir, une petite étoile était passée à toute vitesse. Lay, accoudé à la fenêtre de la chambre de son meilleur ami, l’avait vue. Il s’était redressé et au lieu de formuler un vœu pour lui-même, l’avait fait pour Luhan.

Alors, avant de quitter le parc, le regard fixé au sol, les yeux gonflés et mouillés, le blond était entré en collision avec quelque chose.

Ou plutôt, quelqu’un.

Son visage s’était relevé, lentement, prêt à se rabaisser pour s’excuser, mais son regard l’en empêcha.

Son regard, ses mains et ses lèvres.

« Sehun… »