Jeu de patience - 10 - 11

par ipu-m


10





Vingt-cinq e-mails de mon cousin, envoyés entre la fin août et le 14 octobre.


C’était absolument ridicule.


J’avais attendu la fin des examens de milieu de semestre pour me soumettre à l’état d’ahurissement inutile qui ne manquerait pas de succéder à l’ouverture de ces messages. Une partie de moi naspirait même qu’à les supprimer. Quel intérêt de les lire tous ? Toujours les mêmes conneries, jour après jour.


Je minstallai néanmoins dans mon fauteuil de bureau en soufflant lourdement dun air odieux.


Je m’étais dit que je les lirais le lundi. Je ne lavais pas fait. Le mardi, alors. Non, pas mieux. Nous étions désormais mercredi, il était à peine 6 heures du matin, et je contemplais ma boîte de réception depuis déjà une demi-heure.


Junmyeon avait l’âge de Jongdae, à savoir trois ans de plus que moi. À l’époque où tout était parti en vrille, il en avait donc dix-sept. C’était le meilleur ami de Jongdae, mais il n’était pas venu à la fête. Après les événements – après que la vérité avait éclaté, après que les parents avaient conclu laccord qui allait entraîner tous ces mensonges et la tempête de merde qui allait sabattre sur mon existence –, Junmyeon avait su pour larrangement, mais il avait choisi de croire la même chose que tout le monde.


Que javais changé d’avis a posteriori.


Malgré tout, il avait cessé de fréquenter Jongdae, car, dans lesprit de mon cousin, que jaie menti ou non importait peu. Pour lui, tout cela était trop malsain. Et il navait pas éprouvé la moindre once de compassion à mon égard durant ces cinq dernières années.


Je fis défiler l’écran jusquau premier message reçu, datant de la fin août. Je cliquai dessus en secouant la tête. Même chose que le précédent : je devais les appeler, lui ou mes parents. Immédiatement. Je levai les yeux au ciel. Ça ne devait pas être si important, sans quoi lun dentre eux aurait bien fini par décrocher son téléphone pour tenter de me joindre.


C’était typique de ma famille. Ils estimaient, tous autant quils étaient, quil ne leur appartenait pas de passer un coup de fil. Ils étaient trop occupés pour cela, trop importants. Même mon cousin, qui semblait pourtant avoir un sacré paquet de temps à consacrer à ses e-mails.


Je supprimai celui-ci.


Place au suivant.


Message similaire, rallongé de deux phrases. Un truc en lien avec une fille du lycée. Molly Simmons. Elle avait un an de moins que moi et, bien sûr, nous navions jamais été amis. Je ne me souvenais même pas de son visage. Junmyeon avait besoin de me parler delle. Quoi, est-ce quil la fréquentait, ou lavait demandée en mariage ? Dans ce cas, je serais surpris quil m’en informe.


Et je ne risquais pas de me rendre aux noces.


J’envoyai cet e-mail à la corbeille et mapprêtais à passer au suivant quand mon téléphone se mit à gazouiller. Je reposai les pieds par terre et le ramassai. Un texto de Kyungsoo, qui me demandait si je voulais le rejoindre pour un café avant mon cours dastronomie. Je lui répondis par laffirmative.


Je refermai mon ordinateur et mempressai de me préparer, jugeant quun café avec Soo valait un million de fois mieux que mon interminable pile de courrier électronique en retard.


Durant le déjeuner, Luhan était excité comme une puce à la perspective du week-end de quatre jours qui démarrait le lendemain. Soo et lui avaient hâte de rentrer chez eux. J’étais heureux pour eux, mais également un peu déçu. N’importe quel étudiant se faisait une fête de ces petites vacances, mais pour moi, cela signifiait quatre journées à tourner en rond ou à m’avancer dans mes devoirs.


Toutefois, leur humeur était contagieuse, et je me surpris à rire quand Luhan tenta de convaincre un gars à une table voisine que, si un zombie mordait un vampire, celui-ci se transformerait en vampire zombie, tandis que lautre soutenait mordicus quil deviendrait un zombie vampire.


Soo semblait souhaiter quun zombie débarque dans la cafète pour les dévorer tous.


Alors, tu vas faire quoi pendant les congés ? me demanda-t-il.

Rester ici, répondis-je avant de lui servir mon excuse toute prête : Jhabite un peu loin pour rentrer seulement quatre jours.

Je peux comprendre.


Il roula en boule une serviette en papier quil balança dans le dos de Luhan, bien trop impliqué dans son débat zombie/vampire pour sen rendre compte.


Je pars ce soir, après les cours, mannonça-t-il. (Il posa la tête sur mon épaule.) Tu vas me manquer.

Toi aussi.

Tu vas dépérir, sans moi.

Carrément.

Tu sais, tu pourrais maccompagner

Oh, Soo


J’hésitais entre le prendre dans mes bras ou me mettre à pleurer. Sa proposition signifiait beaucoup pour moi.


Merci, mais je ne voudrais pas te priver de ton temps en famille.

Comme tu veux, mais réfléchis-y. Si tu changes davis avant 15 heures, envoie-moi un texto et je te kidnappe. (Il avala une gorgée de soda.) Et Chanyeol, quest-ce quil fait ? Il rentre aussi ?


Bonne question. Avant même que je puisse répondre, Luhan pivota brusquement, comme si quelquun avait hurlé son nom.


Vous parlez de mon mari idéal ?

Je demandais à Baekhyun s’il rentrait chez lui pour le week-end.

Alors ? s’intéressa Luhan.

Je nen sais rien. Luhan fronça les sourcils.

Comment ça, tu n’en sais rien ?

Euh, je n’en sais rien, cest tout. On nen a pas discuté.


Ils échangèrent un regard entendu.

Je suis un peu surpris quil ne ten ait pas encore parlé, commenta Soo.

J’étais troublé.

En quoi ça te surprend ?

Vous êtes toujours collés l’un à l’autre.

Pas du tout.

Tu veux que je fasse la liste du nombre de fois où vous vous voyez ? insista Luhan. Ce nest pas complètement absurde dimaginer que tu sois au courant de ses projets pour le week-end et de la taille de son pénis.

Oh, mon Dieu.


J’enfouis mon visage entre mes mains.


Soo gloussa.

Tu le fais rougir.


En effet.

Luhan ricana.

À mon avis, vous couchez ensemble en secret.

Quoi ? (Je redressai la tête pour le fusiller du regard.) Pas du tout. Crois-moi, il ma proposé… (Je m’interrompis.) Il ne se passe rien.

Waouh. Waouh. Waouh. (Il faillit en tomber de sa chaise.) Il ta proposé quoi ?

Rien du tout. (Je me rencognai contre mon dossier, croisant les bras.) Il ne ma rien proposé.


Luhan se tourna vers Kyungsoo.

C’est moi, ou il n’est pas très doué pour mentir ?

Pas très doué, trancha-t-il en se tournant vers moi. Alors, quest-ce quil ta proposé ?

Mais rien !

Sornettes ! (Il me donna un coup de poing dans l’épaule.) Tu mens !

Aïe ! Je

Nous sommes tes amis. La loi de lamitié impose que tu nous dises ce que tu ne veux pas nous dire.


J’en restai bouche bée.

Quoi ? Ça n’a aucun sens.

C’est la loi, opina Kyungsoo d’un air grave.

Quest-ce quil ta proposé ? persista Luhan. De remanger de ses cookies ? D’être la mère de ses enfants ? De l’épouser ? Ou juste de venir réchauffer son lit matin, midi et soir ? À moins que

Oh, mon Dieu !


Je ne men tirerais pas comme ça. Je connaissais Luhan. Il en rajouterait jusqu’à ce que toute la cafétéria pense que j’étais casé et fiancé.

OK, je te raconte si tu me promets de ne pas en faire toute une histoire et de ne pas te mettre à hurler.


Luhan fit la grimace.

Euh, pas sûr.

Il promet ! affirma Soo en lui décochant un regard menaçant. S’il tient à sa vie.

Il acquiesça.

Je promets.

Bon, cest trois fois rien, daccord ? Compris ? Bien. Alors, Chanyeol m’a plus ou moins proposé de sortir av

Quoi ?


Le cri strident de Jacob fit se tourner plusieurs têtes dans notre direction.

Mes épaules saffaissèrent.


Tu avais promis.

Désolé. (Il se mit la main sur le cœur.) C’est juste que… pfiou. J’en suis tout retourné.

Sans blague ? répondis-je avec ironie.

Est-ce quil te la demandé, genre, plusieurs fois ? Jopinai.

Oui, mais jai systématiquement décliné.

Tu as décliné ? s’écria Luhan.


Je me levai alors pour lui donner une tape sur le bras. Il madressa un large sourire.

Pardon. Pardon. Pas taper. Les fous me foutent la trouille quand ils sont en pétard.


Je me rassis en le fusillant du regard.

Oui. J’ai décliné.

Mais pourquoi ? s’étonna-t-il.

Et il continue à te le proposer ? demanda Soo en même temps.

Oui, mais cest plutôt devenuune sorte de blague entre nous. Il nest pas sérieux.


Soo se tortilla les cheveux comme si je l’agaçais ou quelque chose dans le genre.

Comment tu le sais ?

Quand même ! (Je levai les mains.) Il nest pas sérieux.

Pourquoi ? (Apparemment, Luhan n’en revenait pas.) Tu es un gars intelligent et drôle. Tu n’aimes pas faire la fête, mais tu es canon, ça compense.

Ça alors, merci.

Je veux dire, quest-ce qui te fait croire quil nest pas sérieux ?

Il ne lest pas, cest tout.

Revenons au plus important, intervint Soo. Pourquoi as-tu dit non ?

Pourquoi aurais-je dit oui ?


Euh, Dieu, tu pourrais créer un trou et my faire disparaître ? Sil te plaît ?

On se connaît à peine, renchéris-je.

Oh, arrête tes conneries. Vous êtes comme des âmes sœurs. Et à ton avis, cest quoi le but dun rencard ? (Luhan roula des yeux.) Cest dapprendre à connaître quelquun. En plus, tu le connais bien, maintenant, ton excuse ne tient pas la route.


En effet, elle était faiblarde, mais je nen avais pas de meilleure.

On nest jamais certain de bien connaître les gens, rétorquai-je.


Soo se gifla les deux joues et secoua la tête.

Oh, ce nest quand même pas un tueur en série.

À ce propos, justement, il paraît que Ted Bundy était un homme charmant et très beau. Regarde le résultat : un vrai psychopathe.


Luhan me considéra longuement, la bouche légèrement entrouverte.

On ne parle pas de Ted Bundy.

Je ne comprends pas, chuchota Soo. C’est comme de dire que la Terre est plate. Chanyeol est sans doute le plus beau célibataire du campus, voire de la région ou de l’État !


Je restai muet.

Je nen reviens pas. (Il secoua lentement le chef.) Jen reviens vraiment pas. Que quelquun immortalise cet instant.

Ha. (Le sourire de Luhan décupla mon anxiété.) Voilà Chanyeol. Quelle coïncidence. Je me cognai le front sur la table en gémissant tandis que Soo se mettait à glousser.


Luhan me balança un discret coup de pied et, deux secondes plus tard, je sentis la présence de Chanyeol avant quil ait prononcé un mot. Je perçus également son odeur. Était-ce étrange que je reconnaisse son odeur ? Ça semblait l’être. Ça l’était.


Euh, quest-ce que tu fais, Baekhyun ?


Je récitai silencieusement tous les jurons que je connaissais, sachant pertinemment quil ny avait pas une chance pas une seule que Luhan la ferme.

Une sieste.

Une sieste ?

Ouais.

Pourquoi est-ce que jai limpression que ce nest pas le cas ?

Je lui répondis dun haussement d’épaules mal assuré.


Il sinstalla à côté de moi, la main posée sur le bas de mon dos. La couche de vêtements devait y être moins épaisse, car je sentis réellement la présence de sa paume.

Tu es malade ?

Oh, il se fait du souci pour toi ! sexclama Luhan. Baekhyun, tu es vraiment une pétasse.

Chanyeol se raidit, et il y eut dans sa voix une intonation que je ny avais encore jamais entendue.

Pardon ?


Je relevai la tête, dardant un regard noir sur Luhan.

Je ne suis pas malade.

D’accord. (Chan tourna la tête, et Soo recommença à glousser comme une gamine.) Quest-ce qui se passe ?


Je ne leur laissai pas le temps de répondre.

Tu n’es pas censé être en cours ?


Il fronça les sourcils.

On a fini en avance. Mais nessaie pas de changer de sujet.


J’ouvris la bouche pour répliquer, mais ce salopard de Luhan me coupa lherbe sous le pied.

Baekhyun vient de nous informer que tu lui avais proposé de sortir avec toi et quil n’arrêtait pas de décliner, et on essayait de lui expliquer quil était fou.

Ah, daccord. (Son expression grave seffaça, et jeus envie de disparaître sous terre.) Jaime bien cette conversation, alors.


Argh.


Alors, cest vrai ? reprit Luhan en posant ses coudes sur la table. Tu las invité à sortir ?

Chanyeol me lança un regard en coin.

Oui. Presque tous les jours depuis la fin du mois d’août.

À côté de moi, Soo piaula comme un jouet pour chien.

Depuis le mois d’août ?

Il confirma.


Soo se tourna vers moi, les yeux ronds comme des soucoupes.

Et tu ne nous en as pas parlé avant ?

Je suis un peu vexé, commenta Chanyeol.


Je lui balançai un coup de coude dans les côtes.

Menteur. Et puis ça ne vous regarde pas.

Mais nous sommes tes amis.

Luhan semblait si malheureux que je me sentis un peu honteux.


Il se tourna vers Chanyeol.

Nous sommes cent pour cent daccord pour que tu sortes avec lui. D’accord. Au temps pour ma culpabilité.

J’aime bien tes copains, Baekhyun.

Oui, on pense quil devrait accepter, renchérit Luhan. Genre, tout de suite.

On lui a aussi dit que tu n’étais pas un tueur en série, précisa Soo.

Ça, c’est de largument ! « Au moins, ce nest pas un tueur en série. » Je vais mettre ça sur mon profil Facebook.

Je me fendis dun petit sourire en coin.


Luhan rayonnait littéralement.

Et il t’a comparé à Ted Bundy.

Je te hais, grognai-je en repoussant les cheveux qui me tombaient devant les yeux avant de me tourner vers Chanyeol. Je ne tai pas comparé à Ted Bundy, jai juste dit quon ne pouvait jamais être sûr de bien connaître quelquun. Tout le monde le prenait pour un mec sympa.


Il me dévisagea dun air amusé.

Waouh. De mieux en mieux.

Pardon ? demandai-je en réprimant un nouveau sourire.

Il n’arrête pas de me rejeter. Ça brise mon petit cœur.


Je soufflai.

Il plaisante.

Il a pourtant lair sérieux, répliqua Soo avec une mine éplorée.


Merde, il s’était laissé embrigader.

Chanyeol poussa le gémissement le plus misérable que jaie jamais entendu, et je levai les yeux au ciel.

Et maintenant, il me prend pour le nouveau Ted Bundy.

Je ne te prends pas pour le nouveau Ted Bundy.

En plus, il n’a pas la bonne couleur de cheveux, précisa Kyungsoo. (Nous nous tournâmes tous vers lui.) Quoi ? Il aimait les châtains avec la raie au milieu. Baekhyun est presque brun.

Il ny a que moi qui trouve flippant que tu saches ça ? s’interrogea Luhan.

Je suis spécialisé en psycho, c’est le genre de truc que je suis censé savoir.

Oui oui, murmurai-je.

Bref, il nest pas question de moi ni de ma vaste connaissance des tueurs en série. Je vous épaterai plus tard à ce propos. Il est question de toi, Baekhyun. (Mon regard glacial fit naître un sourire sur son visage.) Ce charmant jeune homme, qui nest pas un tueur en série, te propose de sortir avec lui. Tu es célibataire. Tu es jeune. Tu devrais dire oui.

C’est pas vrai. (Je me frottai le visage des deux mains.) Vous ne devez pas partir bientôt, tous autant que vous êtes ?


Le rire grave de Chanyeol me retourna les sens.

Sors avec moi, Baekhyun.


Ébahie, je pivotai vers lui. Je narrivais pas à croire quil me le propose encore devant eux après tout ce quils avaient raconté.

Non.

Vous voyez ? (Chanyeol les prit à témoin en souriant.) Il n’arrête pas de me rejeter.


Luhan secoua la tête.

Tu es un imbécile, Baekhyun.

N’importe quoi, grommelai-je en récupérant mes affaires. Je vais en cours.

On taime, me dit Luhan en souriant.

C’est ça.

Sérieux. Cest juste ton jugement quon met en doute.

Je me levai en secouant la tête.

Soyez prudents sur la route.

Toujours, maffirma Kyungsoo en se mettant debout pour m’étreindre rapidement. Et réfléchis à ma proposition de passer le week-end avec moi. Envoie-moi un texto avant 15 heures.

D’accord.


Je lui rendis son accolade et saluai Luhan de la main. Bien sûr, Chanyeol était déjà sur ses pieds, prêt à m’accompagner. Je lui lançai un regard mauvais.

Tu me suis ?

Comme tout tueur en série qui se respecte, répliqua-t-il. Je grimaçai en sortant de la cafétéria.

Tu sais quon plaisantait, pas vrai ? Je suis désolé de leur en avoir parlé. Ils ont commencé à me harceler à ton sujet, et de fil en aiguille

Ce nest pas grave, minterrompit-il en me passant le bras autour des épaules.


Nous nous arrêmes près du bouquet darbres entre les deux bâtiments.

Je men fiche.

Je lobservai avec suspicion.

Tu t’en fiches ?


Sa confirmation me dérouta. Qui peut bien se ficher que tout le monde apprenne quon est éconduit régulièrement par la même personne depuis près de deux mois ? Pas moi, en tout cas. Et pourquoi persistait-il à me poser la question ? Ce n’était pas comme sil manquait de prétendantes. Avec ses cheveux bruns indisciplinés, ses yeux bleus lumineux, son visage parfait et son corps de rêve, Chanyeol était tout simplement splendide. Je doutais quune seule célibataire sur le campus pense différemment. Mais il navait pas non plus que son physique avantageux : il était en outre charmant, gentil, doux et drôle. Le genre de garçon que lon voudrait ramener à la maison pour crâner – le genre de garçon qui ne restait jamais seul longtemps et dont on pouvait aisément tomber fou amoureux.


Chanyeol disposait dinnombrables ouvertures, pourquoi ne pas les explorer ? Peut-être quil le faisait. Contrairement à ce que pouvaient penser Luhan et Soo, nous n’étions pas ensemble vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Il traînait beaucoup avec cette Stephanie, et il se baladait toujours sur le campus en compagnie dautres filles. Il n’était probablement pas sérieux quand il me demandait de sortir avec lui.


Plus maintenant, pas après deux mois.


Un nœud désagréable se forma dans mon ventre. Et sil fréquentait dautres personnes, filles ou garçons ? Sil couchait avec ? Dun autre côté, c’était son droit le plus absolu, je men fichais. Éperdument.

Oh, oh, dit-il.

Quoi ?


Il retira son bras et en profita pour repousser la mèche de cheveux qui me battait le visage.

Tu réfléchis.


J’essayai de me concentrer sur autre chose que le picotement dans ma joue quand ses doigts leffleurèrent. Je commençais à avoir quelques troubles nerveux.

En effet.

À quoi ? s’intéressa-t-il.

Rien dimportant.

Je souris et tâchai de chasser les images de lui avec dautres filles qui me hantaient.


Je ne maventurerais pas sur ce terrain-là.

Tu rentres chez toi, ce week-end ?

Oui.

Il se rapprocha de moi, me cachant le soleil. Tout en parlant, il tendit la main et mattrapa les cheveux pour en faire deux petites nattes de part et dautre de mon visage.

Je pars demain matin, au point du jour. Et je ne rentre que dimanche soir. Pas d’œufs pour toi cette semaine.

Snif.

Même si je faisais mine de le prendre à la légère, j’étais sincèrement déçu. Les œufs du dimanche étaient devenus lune des constantes dun week-end réussi.


Ne pleure pas trop. (Il sourit en se servant de la pointe de mes cheveux pour me chatouiller les joues.) Tu vas dire oui à Kyungsoo et partir avec lui ?

Je secouai la tête.

Non, je vais traîner dans le coin et mavancer dans mes lectures.

Pauvre petit garçon.

Pauvre type.


Son sourire s’étendit quand il laissa mes cheveux retomber sur mon crâne.

Tu sais quoi ?

Quoi ?

Comme je ne serai pas là du week-end, tu devrais sortir avec moi ce soir. J’éclatai de rire.

Je ne veux pas sortir avec toi.

Alors, traîne avec moi.

En quoi est-ce différent de sortir avec toi ?

En quoi est-ce différent de traîner avec moi ce soir plutôt que dimanche ?


Ah, un point pour lui. Mon cœur semballa légèrement tandis que je le considérais.

Quest-ce que tu voudrais faire ? Il haussa les épaules.

Acheter à manger et regarder un film.

Ça ressemble beaucoup à un rencard.

Ce nest pas un rencard, mon ange. (Il rit.) Sans quoi, je te sortirais. En public. Cest juste deux amis qui mangent ensemble devant la télé.


Je pinçai les lèvres et détournai la tête. Quelque part, je me doutais quil ne sagissait pas que de ça, mais dun autre côté, quest-ce que jy connaissais et à ce genre d’amitié ? Je ne me posais pas de questions quand Soo et Luhan venaient à la maison. Pourquoi en irait-il autrement avec Chanyeol ?


Parce quil était très différent deux.


Peu mimportait, finalement, car javais vraiment envie de traîner avec lui. Chanyeol était marrant. Je soupirai donc et répondis :

Ouais, daccord. Passe à la maison.

Waouh. Quel enthousiasme.

Mais si, ça me fait plaisir, lui assurai-je en lui décochant une bourrade. Tu viens à quelle heure ?

Dix-neuf heures ?


Une volée de papillons décolla dans mon ventre.

Ça marche. À tout à l’heure.

Je repris mon chemin avant quil puisse men empêcher.

Baekhyun ?

Je me retournai.

Ouais ?

Il se fendit dun sourire en coin.

À ce soir.


Mon pouls saccéléra.

L’après-midi promettait d’être interminable

11





Joscillais entre envies de vomir et besoin de courir dans mon appartement comme un dingue.

Je réagissais de façon totalement démesurée.


Selon Chanyeol, il ne sagissait pas dun rencard. Juste de deux amis traînant ensemble. Rien dimportant, rien qui mérite den faire des tonnes. Ce n’était pas comme si c’était la première fois que nous traînions ensemble. C’était simplement la première fois quil demandait lautorisation de le faire.


Je pris une douche la deuxième de la journée.


Je fis le ménage, puis changeai trois fois de tenue, ce qui était vraiment débile, car je finis par jeter mon dévolu sur un pantalon banal et un tee-shirt à manches longues. Puis je passai un temps impossible à brosser mes cheveux tentant en vain de leur donner un peu de consistance. Je me mis un peu de maquillage, nettoyai le tout, puis en repassai une couche.


Lorsquil frappa enfin à ma porte, javais envie de me taper la tête contre les murs.


Chanyeol entra chez moi, fidèle à lui-même – c’est-à-dire absolument, injustement divin. Il avait enfilé un jean usé et un tee-shirt à l’effigie dun groupe depuis longtemps oublié ; sa casquette de baseball était rabattue sur ses yeux. Il tenait dans une main une pile de DVD, dans lautre un sac de nourriture chinoise, à l’odeur.


Mon ventre se mit à gargouiller.

Oh ! Quest-ce quil y a de bon, là-dedans ?

Ce dont on rêve tous.

Des crevettes sautées ?

Ouais.

Il me tendit le sac, et je me précipitai à la cuisine tel un gamin affamé.


J’ai aussi apporté quelques films. Je ne savais pas du tout ce que tu serais dhumeur à voir.

Je jetai un coup d’œil par-dessus mon épaule tout en sortant les assiettes du placard. Chanyeol retira sa casquette et passa la main dans ses cheveux sombres et délicieusement indisciplinés. Il me surprit à le reluquer et se fendit dun demi-sourire.


Je détournai la tête en rougissant.

Alors, euh, tu as pris quoi ?

Voyons voirHum, très bonne sélection. Dans le genre horreur, nous avons les deux derniers Resident Evil.

Deux films ?

Tu ne vas pas te débarrasser de moi si facilement.

Merde. Quoi dautre ?

Dans le rayon des comédies, nous avons les derniers Vince Vaughn et Will Ferrell. En action, un James Bond et un autre bourré d’explosions. Et jai aussi pris Noublie jamais.


Je fis volte-face, manquant laisser échapper les couverts.

N’oublie jamais ? Tu as Noublie jamais dans ta DVDthèque ?

Quest-ce quil y a de mal à ça ?

Oh, rien du tout. Cest justeun truc de filles.

Je suis suffisamment sûr de ma virilité et de ma sexualité pour affirmer que Ryan Gosling est tout simplement irrésistible dans ce film.

J’en restai sur le cul.


Son expression neutre disparut quand il éclata de rire.

Je plaisante. Je nai pas Noublie jamais. Je ne lai jamais vu. Et je nai pas apporté de comédie romantique.


Je levai les yeux au ciel.

Pauvre crétin.

Je ne lai jamais vu non plus, admis-je. Je ne suis pas très fan de ce genre de films, déclarai-je en déballant les énormes boîtes de nourriture.

Vraiment ? Je pensais que toutes les filles le connaissaient et pouvaient réciter les dialogues par cœur.

Sauf que je ne suis pas une fille.

Intéressant.

Pas vraiment. (Jattrapai une cuillère.) Je t’en mets comment ?

Prends ce que tu veux, je me débrouillerai avec la fin.


Il vint se poster derrière moi et je me raidis. Les petits cheveux de mon cou se hérissèrent. Je pivotai afin de me positionner de côté. Il inclina la tête.

Tu es bien nerveux.

Pas du tout.

Alors, tu veux voir quoi ? me demanda-t-il.

Va pour les Resident Evil.

Un gars comme je les aime.


Il sortit de sa pile les deux DVD concernés et retourna dans le salon. Je le suivis du regard.

Rien ne vaut les zombies.


Je secouai la tête en soupirant. Je vidai presque le carton de crevettes dans son assiette, puis apportai le tout jusqu’à la table basse. Chanyeol était devant la télé, à se débattre avec le lecteur DVD. Jallumai la lampe pour l’aider.

Quest-ce que tu veux boire ?

Tu as du lait ?

Du lait avec du chinois ?

Il acquiesça.

J’ai besoin de ma dose de calcium.

Même si cela me soulevait le cœur, je lui servis un verre de lait et me pris une canette de Pepsi.

C’est un peu dégueu, tu sais, dis-je en masseyant sur le canapé, les jambes repliées sous moi. Cest un mélange bizarre.


Il vint s’installer à mon côté, la télécommande à la main.

Tu as déjà essayé ?

Non.

Alors comment sais-tu que cest dégueu ?

Je men tiens à ma première opinion.

Il me lança un coup d’œil en coin.

Avant la fin de l’année, je t’aurai fait boire du lait avec du chinois.


Sans me donner la peine de répliquer, je madossai et plongeai mes baguettes dans mon riz. Il mit le film en route et sinstalla confortablement, la cuisse contre mon genou. Au bout denviron dix minutes, il prit la parole.

Question ?

Réponse.

Bon, on est en pleine apocalypse, daccord ? Les zombies sont partout et envahissent les rues. Tu as déjà failli mourir trois fois, et tu as déjà subi deux mutations à cause du virus T, ce qui semble être particulièrement douloureux. Est-ce que tu prends vraiment le temps, au milieu de tes journées de merde, de te coiffer et de te maquiller ?


J’éclatai de rire face à l’absurdité de son interrogation.

Non, carrément pas. À mon avis, je ne me mettrais même pas un coup de brosse. Par contre, tu as remarqué quils ont tous un sourire éclatant ? La société s’est écroulée il y a quoi ? six ans ? Plus personne ne va chez le dentiste. Ils devraient tous avoir les dents jaunes.


Chanyeol termina son assiette.

En plus, elle change de couleur de cheveux dun film à l’autre.

Oui, parce que dans un monde de zombies, tu as tout le temps quil faut pour aller chez le coiffeur.

Il pouffa.

J’adore ces films.

Moi aussi, admis-je. Cest toujours pareil, mais il y a un côté addictif à mater Alice buter du zombie. Et j’espère que quand les morts vivants envahiront vraiment notre monde, je serai à moitié aussi doué quelle quand elle leur balance un coup de pied circulaire en pleine gueule.


Il éclata de rire et rapporta nos assiettes vides à la cuisine. Il revint avec un verre de lait plein et une autre canette de soda pour moi.

Merci, dis-je.


Le canapé s’affaissa légèrement quand il sassit, et je glissai vers lui.

J’aime être à ta botte.

Je souris.


Durant lessentiel du premier film, nous continuâmes à soulever toutes les incohérences, ricanant de nos commentaires stupides et trop critiques. Alors quAlice sapprêtait à balancer une vacherie à Rain, mon téléphone se mit à sonner. Pensant que Kyungsoo ou Luhan s’ennuyaient déjà chez eux, je me penchai pour voir l’écran. Un malaise certain menvahit quand je découvris que lappel était masqué. Je mempressai de le basculer vers la boîte vocale.


Tu ne réponds pas ? s’étonna Chanyeol.

Je secouai la tête et éteignis discrètement mon téléphone avant de le reposer à l’envers sur la table.

Ce nest pas très poli de décrocher quand on a un invité.

Ça ne me dérange pas.


Je me rassis et me rongeai longle du pouce en me concentrant sur la télé. Je ne suivis pourtant rien à l’histoire et ne me rendis compte que le film était fini que lorsque Chanyeol se leva pour mettre le deuxième. Je me serinais de ne pas penser à ce coup de fil ni au message qui mattendait sûrement. Depuis que javais reçu le premier, je les supprimais sans même me donner la peine de les écouter. Jenvisageai une fois encore de changer de numéro, mais cela revenait à le laisser gagner. Je navais toujours pas la moindre idée de qui il pouvait sagir. Probablement pas Jongdae, mais après tout, quest-ce que jen savais ? Qui que ce fût, j’étais résolu à le traiter comme nimporte quel troll sur Internet : en lignorant.


Soudain, je sentis les doigts de Chanyeol autour de mon poignet et redressai brusquement la tête. Il mobservait au lieu de regarder la télé.

Quoi ? demandai-je en baissant les yeux sur sa main. Elle faisait tout le tour de mon poignet.

Ça fait dix minutes que tu te mordilles le pouce.

Tant que ça ? En effet, c’était un peu crado.


Il abaissa mon bras jusqu’à ma cuisse sans pour autant me lâcher.

Quest-ce qui se passe ?

Rien, répliquai-je. Je regarde le film.

Tu regardes mais tu ne vois rien. (Nos yeux se verrouillèrent et mon cœur saccéléra.) Quest-ce qui se passe ?

Je secouai le bras et il me lâcha.

Rien du tout. Je regarde, je te dis.

C’est ça, murmura-t-il.

Il laissa cependant tomber.


Les commentaires se firent dès lors plus rares. Mes paupières tombaient. Chaque fois que je clignais les yeux, javais de plus en plus de mal à les rouvrir. Chanyeol bougea à côté de moi, et je menfonçai davantage dans le canapé, encore plus près de lui. Nous étions désormais lun contre lautre, et je savais que je devais m’éloigner, mais il était si chaud, et j’étais si bienEn outre, cela ne semblait pas le déranger. Sinon, il aurait probablement changé de place ou maurait repoussé.


Je dus massoupir à un moment donné, car, quand je rouvris les yeux, jeus limpression que la télé avait changé de position. Je mis un certain temps à me rendre compte queOh, doux Jésus, comment avais-je atterri ici ?


Roulé en boule sur le côté, j’étais blotti sous le plaid du canapé, la tête sur les genoux de Chanyeol. Sur sa cuisse, pour être précis.


Mon souffle se bloqua, mon cœur tressauta et mes yeux s’écarquillèrent. Je sentais un léger poids sur ma hanche, sans doute une main, à en juger par la forme. La main de Chanyeol. Est-ce quil dormait ? Oh, mon Dieu, je ne savais pas du tout comment cela avait pu se produire. M’étais-je installé comme ça dans mon sommeil, empêchant le pauvre Chanyeol de bouger sous peine de me réveiller ?


D’accord. De deux choses lune : je pouvais soit rouler hors du canapé et courir comme une furie me réfugier dans ma chambre, soit essayer de me comporter en adulte et voir sil était éveillé.


Étonnamment, joptai pour la seconde possibilité et me mis lentement sur le dos. Un mouvement horriblement mal calculé, car la main posée sur ma hanche bougea en même temps que moi et se retrouva à plat sur mon bas-ventre.


Oh, grand Dieu


Sa paume se trouvait sous mon nombril, orientée vers le sud, et ses doigts reposaient sur l’élastique de mon pantalon. La main était proche, très proche, de la terra incognita. Une boule de glace se forma dans ma poitrine, mais plus bas, bien plus bas, une réaction radicalement différente se produisait. Des picotements aigus partaient de mon ventre et se diffusaient en de chaudes ondes de frissons. Comment était-il possible davoir à la fois si froid et si chaud ?


Son pouce remua, et je me mordillai la lèvre inférieure. C’était forcément un accident, ou un mouvement involontaire dans son sommeil. Puis il bougea encore, traçant cette fois-ci un cercle lent et régulier juste sous mon ombilic. Oh merde. Mon pouls saccéléra et ma température grimpa. Son pouce continua sa rotation pendant une bonne demi-minute, jusqu’à ce que je nen puisse plus. Certaines parties de mon corps me faisaient souffrir dune façon aussi injuste quinhabituelle, et cela naurait pas dû se produire.


Et pourtant


Je pris une profonde inspiration, sans parvenir à me détendre ni à apaiser la tension qui mhabitait. À chacune de mes inspirations, la pression contre ma cage thoracique se faisait plus forte. Je regrettai plus que jamais de ne pas savoir gérer ce genre de situation, de ne pas être le genre de garçon que Chanyeol désirait sans doute et auquel il était habitué.

Malheureusement, je n’étais pas comme ça.

J’inclinai la tête pour l’observer.

Il regardait de lautre côté, larrière du crâne appuyé contre le coussin. Vu den dessous, une ligne sombre se dessinait sous sa mâchoire forte. Il arborait un léger sourire.


L’enfoiré.

Chanyeol.

Un œil entrouvert.

Baekhyun ?

Tu ne dors pas.

Tu dormais. (Il redressa la tête et la tourna dun côté à l’autre pour lutter contre les crampes.) Et moi aussi.

Sa main incroyablement lourde reposait toujours sur mon ventre. Une partie de moi voulait lui dire d’ôter sa sale patte, ce ne fut pourtant pas ce qui sortit de ma bouche.

Désolé de m’être endormi sur toi.

Pas moi.


Je mhumectai les lèvres avec nervosité, sans savoir que dire ensuite.

Je me contentai donc dun :

Quelle heure est-il ?


Son regard se posa sur mes lèvres, et mon corps tout entier se crispa dune façon pas du tout désagréable.

Minuit passé, répondit-il. Mon cœur battait la chamade.

Tu n’as même pas regardé l’horloge.

C’est le genre de chose que je sens.

Vraiment ?

Oui.

C’est un don remarquable. (Je serrai le poing sur ma cuisse.) À quelle heure tu pars demain matin ?

Je vais te manquer ?

Ce nest pas pour ça que je pose la question. J’étais curieux, c’est tout.

J’ai dit à mes parents que je serais chez eux pour déjeuner. (De sa main libre, il balaya les cheveux qui me tombaient sur le visage et sattarda sur mon crâne.) Il faudrait donc que je prenne la route entre 8 et 9 heures.

Ça fait tôt.

Oui. (Il me caressa le front et je fermai les yeux, me détendant malgré moi.) Mais la route est facile.

Et tu ne rentres que dimanche soir ?

Exact, murmura-t-il. (Je sentis sa poitrine se gonfler quand il prit une profonde inspiration.) Tu es sûr que je ne vais pas te manquer ?

Je me fendis dun léger sourire.

Ça va me faire des vacances.

Il pouffa.

C’est super méchant.

N’est-ce pas ?

Mais je sais que tu mens.

Ah bon ?

Ouaip.


Il bougea la main, et je sentis le bout de ses doigts sur ma joue. Je rouvris les paupières. Il me souriait. Pas assez fort, cependant, pour creuser sa fossette.

Je vais te manquer, mais tu refuses de ladmettre.


Je ne répondis rien, car je mefforçais de ne pas songer aux quatre jours à venir. Puis ses doigts glissèrent le long de ma pommette, et je ne pensai vraiment plus à rien. Ils atteignirent ma mâchoire, et lun deux glissa jusqu’à mon menton. Jexpirai lentement quand il effleura ma lèvre inférieure.


Il inclina la tête.

Toi, tu vas me manquer.

J’entrouvris la bouche.

Vraiment ?

Ouais.


Je refermai les paupières pour réprimer les larmes menaçant de poindre. Jignorais pourquoi ces quelques mots maffectèrent de la sorte, mais ce fut pourtant le cas, et lespace dun tout petit instant, je dus mavouer que je navais aucune envie de le voir partir. Cela ne fit quempirer le picotement dans mes yeux.


Plusieurs minutes s’écoulèrent, durant lesquelles le seul bruit ambiant fut le ronronnement léger de la télé. Il dessina le contour de ma lèvre, sans jamais la toucher réellement, mais sen approchant à chaque passage. Je me demandais sil finirait par aller au bout de l’idée, et si je le souhaitais.

Je crois que oui, dune certaine façon.


Tu parles dans ton sommeil, minforma-t-il.

Je rouvris subitement les yeux. Joubliai ses doigts sur mon visage.

Ah bon ?

Il opina.

Mon Dieu. Jen eus lestomac tout remué.

Tu te moques de moi ? Parce que je te jure que, si cest le cas, tu vas souffrir.

Je ne me moque pas de toi, mon ange.


Je massis, et ses deux mains mabandonnèrent. Je pivotai sur le canapé pour lui faire face. Mon cœur battait la chamade pour une tout autre raison.

Quest-ce que jai raconté ?

Pas grand-chose.

Sérieusement ?

Il se pencha en avant et se frotta le visage.

Tu murmurais des trucs. Je nai pas réussi à comprendre quoi que ce soit. (Il se redressa.) Mais c’était mignon.


Mon pouls ralentit légèrement et la peur se dissipa. Dieu seul savait ce que javais bien pu bredouiller. Je jetai un coup d’œil à l’horloge, et me rendis compte quil était plus de 3 heures du matin.

Punaise, il est pourri ton don pour deviner lheure.

Chanyeol haussa les épaules et se glissa jusquau rebord du canapé.

Je crois que je ferais bien de rentrer.


J’ouvris la bouche, mais la refermai. Que mapprêtais-je à dire ? Lui suggérer de rester ? Lui proposer une soirée pyjama sur mon canapé ? Quelle bonne idée… Je doutais quil soit intéressé par une soirée d’adolescentes.

Fais attention sur la route, finis-je par murmurer.

Il se leva, et je contemplai fixement la place quil avait occupée.

Compte sur moi.

Puis il se pencha si vite que je nanticipai pas du tout son action. Il me déposa un baiser sur le front.

Bonne nuit, Baekhyun.

Je fermai les yeux et serrai les poings.

Bonne nuit, Chan.


Il arrivait à la porte quand je bondis sur mes pieds et magrippai au dossier du canapé.

Chan ?

Il s’arrêta.

Oui ?

J’inspirai profondément et me forçai à déclarer :

J’ai passé une très bonne soirée.


Il me considéra un instant puis se mit à sourire. Cette fois, une fossette se creusa sur sa joue gauche, et je sentis mes propres lèvres s’étirer en retour.

Je sais.