Plus à l'hôpital...

par Komiro


[POV KYUNGSOO]


Quand on m'annonça que mes parents allaient venir à l'hôpital, j'étais avec ma fougueuse plante verte, Kai. Je demandais pas sûr d'avoir bien entendu:

- Mes parents? Mes DEUX parents? Ma mère ET mon père!? Vous aviez bu quoi avant de décrocher le téléphone? Et pourquoi pas mes grands-parents aussi!?

Je ricannais bêtement. L'infirmière insista pourtant. Elle m'énervait. Elle les connaissait bien peut-être? Moi, j'étais leur fils et, que je sache, je savais encore la date de mon anniversaire. Ce n'était pas aujourd'hui. Ni demain. Ni après-demain. Je le savais. Elle partit alors que je me lançais dans un monologue de rage digne du plus grand des opéras:

- Mes deux parents ne viennent jamais! JA-MAIS! Tu entends!?, criais-je à Kai, excédé qu'il soit mon seul public. Je compte leurs visites depuis tout petit. Ma mère vient une fois par mois, le samedi, mon père une fois pas trimestre, un quart d'heure, à l'improviste, histoire de dire qu'il est mon père mais, j'ai toujours compté le nombre de fois où ils venaient tous les deux et le nombre n'a jamais dépassé UN!! Une seule misérable visite!

Je croisais les bras, énervé et bougonnais:

- Non mais quelle garce! Elle va peut-être m'apprendre qui sont mes parents, aussi? Ah...Franchement...

Je le regardais, voulant qu'il me fasse signe qu'il était d'accord avec moi. Il haussa les épaules, comme à son habitude. Je ris, déséspéré et lui gueulais:

- Mais à quoi tu sers? Tu n'as jamais d'avis? Ce que tu es con... Dommage que les animaux sont interdits ici, on ferait des économies.

La colère me prit. Je tirais sur mes liens et lui ordonnais, fou:

- Tu vois pas que je galère? Détache-moi!

- Qu'est-ce que tu veux faire? demanda t-il, soucieux.

Je m'arrêtais de bouger. Je l'interrogeais du regard pour savoir s'il plaisantait. Il était très sérieux. Alors comme ça, lui, pouvait marcher debout sur le garde-corps d'un pont en talont aiguilles si cela le tentait, mais moi, il fallait que je fournisse une raison valable pour qu'on me détache? Je n'étais pas prisonnier, j'étais un patient! Je détéstait qu'on décide pour moi, parce que c'était parfaitement injuste. Mais ce que je détéstais encore plus, c'était qu'un gamin d'un an mon cadet décide pour moi, parce que c'était un milliardième plus injuste. Heureusement que la colère était très présente, sinon, j'aurais explosé en sanglots:

- Je dois te dire "Je vais pisser. Aide-moi à aller jusqu'au trône." pour que tu sois content? Et puis, j'ai plus qu'à rajouter "Baisse mon slip.", ça achèvera ma fierté, c'est ça? Putain... J'en ai marre... J'en ai marre, merde...Mais qu'est-ce que j'ai... Et puis, merde...

Je me tus, trop pudique pour continuer à parler avec cette voix ridiculement faible. Mon visage se déforma. Pleure pas, abruti. Si tu pleures pour ça, tu passeras ta vie à pleurer. Je me couchais et fermais les yeux. Je le remerciais de ne pas avoir demander s'il devait fermer les rideaux. J'en avais marre qu'on soit toujours derrière moi. Je soupirais pour me calmer, frissonais un peu avant de laisser échapper:

- Il y a quelqu'un qui pleure dans la chambre d'à côté... Toutes les nuits... Toutes... Ca me fait peur...

[POV KAI]


Une envie folle de lui dire des choses sucrées et qu'il y croit... Peut-être qu'il y sourisse. Comment réconforter quelqu'un de briser, d'inconnu? Quelqu'un qu'on ne comprend pas vraiment. Je voulais lui dire "Ne t'en fais pas. Il y a des gens qui sont là pour toi..." Mais ces mots non plus aucuns sens. Ils sont prononcés avec moins de réflexion qu'un bonjour. Ils n'ont jamais eu de sens d'ailleurs. Deux stupides phrases prises sur le menu de formules de politesses à connaître pour réconforter un idiot. Elles ne soignent aucunes blessures. Mais toujours cette même question: Mais que dire? Si seulement je savais parler... De ma bouche ne sortait que des âneries à la synthaxe douteuse. J'aurais peut-être pu paraître moins rustre si je savais reformuler avec élégance mes pensées simplistes.
Kyungsoo avait son language bien à lui. Il avait plusieurs nuances, toutes penchant vers une folie certaine. Ses mots étaient sincères, blessants, griffant, agressifs, mais, ils avaient le mérite d'exister pleinement.
Je regardais son visage, tourné vers les dalles de plafond, grispés. Je ne dis rien. Lui non plus, il ne dit plus rien. Le silence reprit, toujours aussi bavard. Aucun de nous ne l'écouta cependant...


Je reçu un appel en rentrant chez moi. C'était la voix d'un homme, claire et sèche:

- Est-ce bien Kim Jongin?

- Oui, M'sieur. répondis-je en traversant la rue.

- Je suis le père de Do Kyungsoo...

Ca sonnait faux, comme s'il venait de m'annoncer une mauvaise nouvelle. Je le méprisais déjà, bêtement, sans chercher à comprendre ce qu'il pouvait ressentir:

- Je sais, mentis-je d'un ton froid.

Il ne parut pas étonné par ma froideur. Avait-il l'habitude qu'on le haïsse? Je ne voulais pas le savoir. Je refermais la porte de mon studio et attendis qu'il parle:

- Kyungsoo va quitter l'hôpital la semaine prochaine. Je te propose un changement dans notre contrat. Qu'en dis-tu?

- Je ne sais pas. Dites-moi ce qu'il en est, marmonnais-je un peu assomé par la nouvelle, mais trop curieux pour ne pas demander la suite.

L'homme se rembrunit légèrement et déclara, la voix légèrement choquée:

- Tu viendra travailler à domicile. Tu as de quoi noter l'adresse?

Je trouvais le seul stylo que je devais posséder depuis que j'avais lancer à l'eau toutes mes fournitures scolaires. Ne trouvant rien d'autre, j'écrivais ce qu'il me dictait sur la manche de mon sweat. J'avais des milliers de questions à lui poser mais, je ne pouvais me résoudre à lui parler plus longtemps. Pourquoi d'ailleurs ne me disait-il rien? Je m'occupais de Kyungsoo aussi. J'avais bien le droit de savoir pourquoi il quittait l'hôpital subitement, s'il allait reprendre l'école. Je ne comprenais pas. Ne m'avait-on pas dit qu'il n'allait pas survivre dehors? Mlle.Lee avait-elle perdu la tête? Comment pouvait-on engadrer sa vie? Faisais-je parti du plan? Non, je ne connaissais rien en médecine... Je songeais à refaire le trajet inverse en courant et exigeais des explications à qui pourrait m'en donner. Une question entre toutes les autres repassait en boucle: Et toi, Kyungsoo, qu'en penses-tu de tout ça? T'a t-on demander ton avis?
Je quittais mes vêtements, enfilé un joggins, un vieux t-shirt d'un horrible vert et un sweat premier prix.
J'ouvris la vieille porte du minuscule gymnase, un véritable repére pour les gamins du quartier qui se disent des combattants. Elle coulissa difficilement et frotta contre la marche de béton. J'allumais les lumières. Personnes. Ils ne vont pas tarder. Les gamins viennent toujours. Ils ne sont jamais absents. Ils pensent qu'ici ils apprennent la vie, la vraie, la dure. C'est sûrement dans cet esprit que je suis rentré pour la première fois dans un club de boxe, un peu mafieux, tout comme celui-ci. La vie dure... Comme si elle se cachait dans la boxe... Je souris, ironiquement. On peut être cloué à un lit et connaître la vie dure.
Le Boss arriva. Il vient là le soir, quelque fois seul, quelque fois avec des "amis". Ils regardent mes élèves, cherchant celui qui sera leur futur champion, celui qui aura la violence d'aller combattre ce qu'ils appellent le ring et que j'appellerai l'arène. Et lorsqu'ils le trouveront, ils s'arrangeront pour faire briller les yeux du gamin à tel point qu'il ne pourra même pas envisager de ne pas accepter, lui promettant argent, filles et triomphe. Je le sais, c'est ainsi que j'ai commencé ma vie "active".
Il est toujours vêtu d'un pantalon noir, d'une grosse ceinture de cuir et d'un t-shirt noir qui recouvre ses bras et qu'il retrousse. Seule fantaisie, des lunettes de soleil même quand il pleut. Au premier regard, on sait qu'il était boxeur lui aussi. Il ressemble à ses anciens combattants, le crâne chauve, des membres minces mais toujours musclé, juste le ventre arrondi par les années, les bras croisés et le visage ferme même lorsqu'il sourit. Il me sourit. Il se fout pas mal qu'il m'ait fait défoncer par ses hommes quelques jours plus tôt. C'est la routine. Il n'a rien à me dire, pourtant, il parle quand même:

- Ca va, bonhomme?

Cette façon si chaleureuse de me nommer. N'a t-il plus vu que je n'ai plus douze ans? Pour lui, je resterai toujours un gamin. Est-ce qu'il m'aime? Non, il n'aime personne. Moi, il m'apprécit. Je marmonne par politesse:

- Ouais.

- Un peu fatigué, non?

- Hum...

Il ne se laisse pas décourager. Les gamins qui sont pas causants, il connaît:

- Tu as l'air fatigué. C'est ton boulot?

J'hausse les épaules. Il rit et me tape dans le dos:

- Et bah ouais, bonhomme! C'est fatiguant la vie!

Je ne répond pas mais qu'est-ce qu'il s'en fout. Il continue:

- Un ami va venir ce soir. Sois poli.

Je hoche la tête. Le silence s'installe un instant. Je pris pour qu'il n'ajoute rien. Pourtant, il le fait et dit ce que je ne voulais pas entendre:

- En te voyant combattre l'autre jour j'ai compris que tu n'avais vraiment plus le niveau de faire ça. Depuis combien de temps tu n'avais plus été sur le ring?

J'engloutis ma salive. Il m'humilie, il joue avec mes nerfs. Il se fait détéstable. Il le fait avec tant de courtoisie, pourtant, qu'il est impossible de lui manquer de respect:

- Deux ans.

Il soupire, faussement attristé et compatissant. Il m'en veut de lui avoir fait perdre de l'argent. Je m'en fout maintenant. Autrefois, je m'en serais voulu et j'aurais eu honte. Maintenant, je m'en fout. Il reprend:

- Quel dommage... Tu étais un si bon boxeur.

Je voudrais lui dire que je n'étais pas un bon boxeur, que j'étais un adolescent fougueux et ignorant qui battait jusqu'à faire craquer des os à ses adversaires, pensant défouler une rage qui le retenait à son enfance et à ce qu'il prenait pour son passé.
Les gamins débarquent. Ils ont l'âge que j'avais lorsque j'ai commencé ses soirées infernales dans l'arène. Ils ont les yeux éteints lorsqu'ils entrent, le visage bien trop souvent balafré, la tête baissée. Pourtant, lorsque leurs yeux se posent sur le ring, ils s'illuminent comme s'ils y voyaient une promesse. Je les salue et les observe pendant que j'attend l'heure de débuter le cours. Leurs jambes et leurs bras ne sont que des branchettes, faibles. Pourtant, ils frappent déjà forts. Ils feront de bonnes bêtes d'arène. Je ne suis pas heureux de dire ça.