Pinocchio de bois

par sungra

Chapitre 02


Pinocchio de bois



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Il se passa une semaine où le temps défilait trop vite et trop las, emportant des bribes de souvenirs éclos et fânant les fleurs sous un givre glaciaire. Il faisait froid, trop froid pour en être heureux, et c'était un peu comme les coeurs inanimés qui deviennent givrés dans les poitrines.


Il n'avait plus neigé.

Alors, il sembla à Jongin qu'il ne devait pas retourner chez Kyungsoo et il n'en eut d'ailleurs pas la force et le courage. Il lui sembla qu'il n'aurait aucune raison valable si ce n'est sa folie désireuse de le revoir. Pourtant, Kyungsoo l'attendait toujours avec un air maussade, lui qui courrait après le temps des spectacles trop nombreux, lui qui trouvait sa vie encore trop morne. Lui qui se levait sur la pointe des pieds, adorait le grincement des lattes du parquet sous ses orteils.


" Jongin, putain, ça va ? " La voix de Yixing résonnait cruement dans la boîte craniêne du danseur qui hocha la tête. 

" Ca va... Ca va. " 


Jongin sentait que sa voix mourrait. Puis il tombait, littéralement, il s'effondra dans le fauteuil des artistes. Il était moelleux et mou, il engouffrait son corps trop flasque. Sa respiration sifflante ressemblait à la douleur d'un animal à l'agonie, et sa bouche ouverte était terriblement pateuse. La sueur perlante sur ses tempes inquiéta Yixing qui s'approcha à grand pas, posa la main sur son front ; il dû la retirer, la brûlure de sa chair semblait pouvoir provoquer des cloques ignobles sur la face de Jongin. Et le danseur grogna, il secoua la tête alors que ses bronches s'enflammaient, engraissées par sa propre morve qui provoqua une toux grasse pour le moins dégoûtante. 
Jongin se dégoûtait et la fièvre fit frémir son corps, arrachant des frissons piquants, montant dangereusement sa température. 


Il se sentait las, fatigué, et ses muscles tiraient vélocement, le clouant vouté sur le canapé d'où il crachait des glaires terribles. Pour la première fois de sa vie, Jongin cru mourir. 


Il sentit alors la main volatile de Yixing qui virevoletait dans ses cheveux hirsute et en fut quelque peu apaisé. Le chinois se mordait la lèvre pour oublier le frisson inéluctable qui engourdissait ses tissus muscluraires.


Jongin tournoya soudain dans l'air, les yeux virevoletant sur un monde devenue gribouillons de pastel. Il lui sembla que le monde s'écroulait sous ses pieds, il vint s'empaffer dans le cuir usé du fauteuil. 


" Je t'en supplie, soigne-toi. " Yixing avait la main devant sa bouche et il mordait sa peau pour y noyer son inquiétude. 


Il retenait de terribles larmes lorsque Jongin siffla, les poumons fatigués, le coeur lâché, les muscles attrophiés. Sa bronchite ne le menait que plus vite à cette terrible chute humaine où il se précipitait inéluctablement. 


Et sa main, pour la première fois, se tendait dans la vide, tremblante, sa paume cornée glissait vers le ciel vengeur. Il quémandait ses médicaments.  Il observa Yixing avec un regard terriblement triste, embrouillé par des larmes fiévreuses. Le mate innonda sa fierté qui n'avait pas de sens. 


" Donne. Donne-moi et j'irais le voir. " Parvenait-il à dire avant de tousser bruyamment, crachant un peu de lui.


Il s'enflamma et ses organes en combustion brûlaient ses os noircis.


Yixing eut envie de pleurer mais luttait péniblement ; ses muscles flanchaient contre son visage angélique. Il lui déposa ses gellules dans sa paume tremblante et il vit bien que ses muscles étaient douloureux, que les ficelles de la marionette Pinochio se cassaient en un bruit sec.


Jongin mentait, il était Pinochio, un sale trompeur qui disait que la mort était un jeu. Yixing en fronçait les sourcils ; il se sentait comme Gepetto, cet homme fabuleux qui a perdu sa poupée de bois. Sauf que le chinois n'aura pas de petit garçon après Jongin, que le temps pour emporter les pièces d'un puzzle à la peau brune et aux yeux amandes.


Jongin avala ses gellules d'une traite et n'attendit pas leur effet ; sa bronchite l'accablait mais il n'y prêta pas attention. Il leva la main et fit un drôle de geste qui brassa l'air frais et étouffé d'un hiver encombrant. Yixing comprit immédiatement ses souhaits et vint l'aider à le soutenir, une main coulant timidement à sa taille alors que le danseur maintint son bras sur ses épaules. Il se relevèrent dans un souffle coupé. 


Les jambes de Jongin tremblèrent et il flancha contre le corps maigrichon de Yixing. Le grand mate rugit, il se fit violence et il avança malgré la souffrance de tout son être. 


" C'est qu'une bronchite... Une petite bronchite. " Et sa voix grasse traduisait un ricanement faussement fier. 


Pinocchio avait le nez qui s'allongeait, et Gepetto le regardait mentir avec effronterie.


Yixing soupira et secoua la tête, il pleurait et son coeur s'effondrait dans son âme éparpillée. Le sclupteur pleurait aussi quand il avait perdu sa marionette.


Jongin était si vouté que sa colonne vertébrale déchirait sa peau suante. Il frappa alors le chinois, qu'on l'aurait dit tout émietté, supportant la charge vitale de son corps devenue enclume. Et c'était peut-être le cas. Jusque dans la torsion emmêlées de ses jambes flanchardes.  


" Il neige einh. Il neige aujourd'hui. " Jongin remarqua qu'il avait beaucoup de fièvre, car sa tête tournait lorqu'il articulait maladroitement.


" Oui, je crois qu'il neige. " 


Ils sortirent à l'extérieur du théâtre, le froid gifla Jongin et sa fièvre sembla alors plus incandescente ; il toussait en crachant, et se mit à tituber dans les vertiges maladifs. Mais il neigeait, il sentait la molesse d'un tapis floconneux et crissant sous ses semelles de chaussures abimées. Il flancha quand ses yeux s'abandonnaient au blanc immaculé, et Yixing le soutint in extremis avant sa chute.


A la sortie du théâtre, Jongdae assistait piteusement à la triste représentation où Yixing pleure et où Jongin meurt. 


Et le grand danseur regardait les larmes de Yixing, et il eut envie de pleurer aussi. Le chinois renifla bruyamment.


" S'il-te-plaît, emmène-moi chez lui. J'ai besoin de rêver. " Les sanglots de Jongin étaient égoiste autant que sa moue suppliante.


Yixing la fuya de ses yeux rouges, et il eut mal, mais accepta sans mot. 





Lorsque Kyungsoo ouvrit la porte, une pauvre âme hébétée s'effondra dans ses bras. Il entendait vaguement cette respiration haletante, ne sentit pas cette sueur sur le front, ne perçut pas la crasse des muscles et des articulations épuisés. Kyungsoo réalisa néanmoins que le monde avait cessé de tourner et que Jongin ressemblait à un pauvre cadavre treamblant contre son coeur.


Il avait une chaire transclucide et des os cadavérique qui la transperçait. Et cela l'inquiéta grandement.


" Kyungsoo... Hyung. Il neige. Les flocons... Ils sont beaux. " Sa voix vacillante sonnait comme un souffle des profondeurs et tenailla le coeur du plus petit. 


Il prit conscience que tout vacilla, et que même si " Kyungsoo " et " Hyung " s'harmoniaient parfaitement contre sa langue, ils avaient éclo une douleur extrême dans son âme. Jongin ressemblait à des lambeaux de chairs émaciés et ruinés. 


" Je suis malade. Je suis fatigué. Mais je suis là. Hyung. Hyung ! " Jongin éleva la voix et le son éclata dans la pièce. Il finit par s'inumer dans Kyungsoo qui trembla d'effroi. 


Le plus petit se sentit soudainement hapé plus profondemment dans des bras, capturé dans une chaleure glâcée, enfouie dans une étreinte enflammé qui lui fit fermer les yeux. Et cette odeur sauvage et exhalée lui fit tourner la tête dans cet onirisme palpitant. Il s'éveilla après une ou deux secondes de flottement, car Jongin tremblait de fièvre et pleurait contre son épaule, et il le serrait un peu fort, jusqu'à briser les os de Kyungsoo.


Ils éclataient dans leurs sentiments rêveurs. 


Ca leur faisait un bien immense, et apaisait leurs pauvres coeurs trop attristés de l'absence. Il semblait que l'hiver s'estompait pour faire place à la douceur printanière. 


" Je peux rester... Réponds, je veux rester cette nuit. " Sanglota Jongin, et son souffle rompu s'égara dans la nuque du petit brun. 

" Viens. Je vais te faire une tisane. " 


Jongin rigolait mollement, car on aurait dît un vieux et que c'était fatalement triste et réel. 


L'étreinte cessa et il y eut comme un vide immense sur leurs chairs perdues. Ils se regardèrent et le danseur capura la beauté fatiguée du critique, las d'attendre, les yeux rougis de cernes nuit. Et Kyungsoo saisit tendrement la main de Jongin, elle était froide, moite et frissonnante. Leurs chairs se suturaient entre elles, les aiguilles lançaient des ondes exquise sur leurs paumes.


Et le regard de Jongin était embrouillé de larmes naissantes, croulant sur ses joues où elles creusaient des fossés saignants. Le danseur avait des cernes noires comme les soirs d'hivers nuageux, un morne sourire aux lèvres blanchâtres, des joues affamées, et des cheveux roses qui avaient l'allure de réveils cauchemardesques. Il était si beau, avec sa peau basanée devenue plus pâle, avec sa nonchalance enfantine tombant la réalité crue. Ca éprenait Kyungsoo quand tout se mit à palpiter en lui.


Jongin était tout en bois luisant, libre de ses fils rompus. Pinocchio avait un sourire jusqu'aux lèvres.


" Tiens-moi la main cette nuit. " Susurra-t-il et Kyungsoo peignait un rire amusé.


Il serra plus fortement ses phalanges sur la douceur des doigts de Jongin qui pleura un peu plus alors. Kyungsoo l'entraîna dans sa chambre, Jongin tituba derrière-lui avec ce souffle époumoné et ce coeur qui se faisait un peu faible. Il était sur la pointe des pieds.






Kyungsoo avait bien préparé une tisane aux effluves agréables, mais lorsqu'il arriva dans sa chambre, il vit une petite âme dénudée qui dormait paisiblement. Une sorte de masse amorphe goûtant un sommeil lointain bifurquant dans des rêves apaisés. Le petit à lunettes souriait, sa tête se secouait d'amusement et il entreprit alors de ne pas gâcher le délicieux mets en l'avalant goûlument. Il se déposa sur son lit, et dévorait du regard le beau garçon qui s'endormait soufflement dans ses draps. 


Pinocchio était devenu petit garçon carbonique.


Kyungsoo englobait sa main entre ses doigts, y lia leurs phalanges et s'amusa à créer des trous entre les os émaciés gisant sur le dos de la main. Il s'engloutit enfin dans sa chaleur lorsqu'il eut fini la tisane. Kyungsoo passa une nuit des plus paisible, tout enfoui dans ses bras protecteurs, enfourné dans sa chaleur fiévreuse, et la main engloutie dans ses empreintes charnelles. Il songea que c'était bien ce genre de nuit qu'il désirait vivre à chaque seconde qui défilait, égalant la nostalgie des coeurs émancipés. Il y a avait bien dans l'air, cette idée que tomber amoueux était aussi plaisant que la danse de Jongin. 


Les flocons tombèrent sans cesser, s'accordant à la douceur des esprit rêveurs, déposant une mince couche croustillante sur le macadam, comme des linges bienheureux.





" Tu vas mieux ? " Kyungsoo pénétra dans la chambre où le soleil de l'aurore courrait sur les murs à travers les volets clôs. 


Jongin souriait bêtement, hocha la tête dans son oreiller encore trempé de sueurs. Sa fièvre était tombée, les frissons sur sa peau s'étaient enfouis autre part. Son sourire était devenu mielleux, et sa gorge sembla laiteuse. Kyungsoo s'assit sur le lit, il avait encore et toujours son plaid autour des épaules et ses pieds étaient sensiblement trop froids. Mais il n'avait pas marché sur la pointe des pieds ce matin, il n'en eut pas besoin. Il avait oublié.


" Tu as dû attraper un sacré rhum, tu devrais te couvrir. " Souriait-t-il en coinçant les lunettes sur son nez, car il voyait ainsi mieux les traits juvéniles de l'homme qui le retournait tout entier.


Le danseur était bien plus beau qu'hier et semblait aller mieux ; mais il songea que Jongin n'était plus vraiment Jongin et il ne sut pas vraiment d'où venait cette drole de sensation. 


" J'ai une bronchite." La voix de Jongin était grave et endormie, on auriat dit un homme fumeur et ça déclencha un sourire attendrit sur la face de Kyungsoo. 


Le jeunot se tortillait peinement dans les draps avec une face de gamin amusé ; leurs regards se fondèrent entre eux, ils lançaient des douceurs et des malices.


" Ce n'est pas très grave. " Rassura finalement le critique.

" Ca ira, tout ira bien. " 


Kyungsoo songea que Jongin déviait un peu la conversation, et il en fut surpris. Mais il ne scilla pas - hormis la montée de ses sourcils -, car il pensa que Jongin était ainsi et qu'on ne changeait pas vraiment les gens. 


" Je vais me soigner. Je vais me soigner pour revenir à chaque fois qu'il neige. " Murmurait Jongin et toujours son regard avec une lueure féérique et taquine.


Ses doigts partirent à l'exploration sous le plaid de Kyungsoo, il voulait enlacer leurs mains. 


Il la chercha sur la cuisse, escaladant les hanches, gravissant le torse, creusant une trace sineuse, caressant une peau frissonnante, déclenchant un flux sanguin saisissant, accélrant les palpitations du coeurs sifflotant. Kyungsoo commença à rougir, le regardant avec ses grands yeux et Jongin souriait sans bien réfléchir. Il gagna enfin sa main, l'entoura tendrement de ses doigts avec un grognement capricieux. Des ongles pincaient l'épiderme de Kyungsoo, ses sourcils se fronçaient de mécontement et tout était bien malicieux. Le petit brun comprit, envoya un sourire voler en l'air et s'enfouie dans les draps. Il y eu un mélange d'étoffes et de jambes, de mains et d'épidermes, de maladie et de vie. Jongin l'engouffra dans ses bras, et leurs coeurs battaient à rompre les artères, faisant éclor des merveilleux sourires déjà amoureux sur leur face. 


Ils ne s'étaient jamais sentis aussi perdu dans un monde, tout enfoui dans un cocon crépusculaire pour finir noyés dans la salve de sentiments qu'aujourd'hui. 


Ils s'aimaient et ce fut comme une évidence. Pourtant, ils ne s'embrassèrent pas ce jour-là, ils se contentèrent d'étreintes charnelles, de caresses volupteuses, de découvertes épidermées, de doigts entrelacées ; et cela leur suffit amplement.


" Il neige encore ? " demanda Jongin alors qu'il fourrait ses lèvres sur le crâne de kyungsoo. 

" Oui, il neige. " 

" Alors, je vais rester, Hyung. " 


Kyungsoo leva le regard vers le plus grand et ses lunettes l'encombraient, tombaient sur son nez dans un sens incongrus. Jongin en riait et vient les lui enlever alors que Kyungsoo demanda une requête qui lui sembla évidente : 


" Tu pourras venir même lorsqu'il ne neige pas ? " Il cligna des yeux, sa vue était trop floue et il ne voyait plus que le gribouillis croqué de deux yeux rieurs et de lèvres pleines. " Je ne te vois plus. " 


" Je reviendrais toujours, Hyung, même s'il ne neige pas. "


" Je te vois plus. " Grogna Kyungsoo en posant la main sur la joue du plus grand, découvrant ses traits flous. Il palpait cette peau, ses doigts frippés créaient des vaguelettes de sables mouvants. 


" Je reviendrais, Hyung. "


Sous ses doigts, la peau de Jongin était neigeuse et fondue, ses lèvres sur son front étaient comme un flocon nuageux. 




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Jongin revenait tout les soirs voir Kyungsoo, il n'y manquait jamais. La première fois, Yixing le vit sortir plus rapidementiqu'à l'accoutumé, et s'était empressé de demander :


" Où vas-tu ? " Jongin avait dit. " Chez Kyungsoo. " Et cela retourna Yixing car ce fut la première fois qu'il prononçait son prénom. Il ne savait toujours plus trop comment se comporter, il aimait Jongdae c'était indéniable, car il pensait souvent à lui et tendait vers les frissons volatiles de sa chair lorsqu'ils s'embrassaient. Mais Jongin était Jongin, et il y avait toujours eu quelque chose chez le chinois qui le faisait sentir un peu amoureux. 


" Il ne neige pas... " Avait-il soufflé alors qu'ils sortaient de la salle de théâtre, qu'il leva la tête vers le ciel nocturne et sans nuage. Les étoiles le narguait, elles faisaient un bruit de froissement de papier jaune.

" Je sais. " Furent les mots un peu prompt de Jongin. 


Jongdae rejoignait Yixing avec un baiser sur ses lèvres fâchées et Jongin affronta le froid glacial, se tuant la santé. 






Kyungsoo lui ouvrait toujours la porte avec l'appréhension de le voir venir en morceaux. Ils ne comprenait pas bien l'état de santé de son ami, un peu cassé et précaire, souvent essoufflé, le main sur le coeur, toujours adossé aux murs parce que ses muscles se tordaient. Ils étaient un trop faible socle pour ses os.

Jongin ne disait jamais rien dessus et Kyungsoo n'osait jamais rien dire. Il préférait le regard bailler en prétendant bêtement que sa bronchite traînait, qu'il était usé par les spectacles, les interviews et l'amour de Yixing. D'ailleurs, cela irritait Kyungsoo qu'il parle de ce chinois. Il disait toujours ; " Yixing, je crois qu'il m'aime encore. " et il faisait le gamin fier avec son air assuré et sa gueule insupportable de gamin cruel. Jongin ne faisait pas ça par fierté, ça le rendait même plutôt triste, mais il appréciait de voir Kyungsoo se mastiquer nerveusement les lèvres et remonter ses lunettes sur son nez, faisant glisser maladroitement son doigt sur sa peau rougie de honte. Ca donnait envie à Jongin de l'embrasser et il envoyait toujours un regard brûlant de désir au beau brun.


Kyungsoo le trouvait alors trop insolent et pourtant, il n'arrivait pas à se détacher de lui. 


Et puis, plus y parlait, et plus Jongin semblait Jongin, avec ses fêlures et sa maturité cachée, avec son air de grand gaillard pourtant encore si enfantin. Jongin était intriguant et trop contradictoire. 


Il perdura longtemps dans la pièce, le souffle erratique et sifflant de Jongin, le bruit du tissu sur sa peau qui effaçait la sueur, la délicatesse de sa voix toussotante et la beinséance des mots ardis. 


Jusqu'à ce que Kyungsoo s'inquièta trop du titubement vacilant de Jongin. 


" Tu es malade et tu me caches quelque chose. " Avait-il avancé, inquiet. 


Il avait la main sur son dos et soutenait sa silhouette voûtée et crispée dans la douleur. 


C'est ce moment terrible où Jongin éclata dans une colère monstre. Il bouscula Kyungsoo dans un cri, tituba seul au sol, se relevait en criant, hurlait de le lâcher, et de ne plus en parler. Qu'il allait très bien et que Kyungsoo était un " casse-couille " de plus sur cette terre. Il battait de l'air avec hargne, suffoquant dans ses poumons faibles, et sa poitrine était compressée par ce pauvre coeur qui devenait fou. Il souffrait et ses muscles se tendaient, le tiraient se distrophiaient sous leurs poids. Il regarda son ami pleins de douleurs et avec des gestes brusques, continuant de vociférer, crachant des postillons infâmes. 


Il ne maîtrisait pas sa colère ; c'est qu'il voulait se sentir un peu humain auprès de Kyungsoo et voilà qu'il gâchait tout. Il redevenait petit pinocchio de bois et menteur effronté au nez extensible.


Il lui cria sans réfléchir de ne plus lui parler, qu'il ne voulait plus de lui, et d'autres infâmités ignobles. Il avait claqué la porte de sa main et s'effondrait sur le porche. Il regrettait déjà. 


Kyungsoo hurla. Il hurla sa peine et sa colère se soir-là. Il hurla " Pauvre gamin de Jongin ! ". Et il pleura aussi, effondré dans la trsitesse d'avoir perdu son sourire enneigé de carresses nuageuses. 


Ce soir là, il ne neigea pas, il fit terriblement froid et le givre rendait les trottoirs glissant dans une nuit criarde et pleureuse.





Bien sûr, Jongin était revenu le lendemain en pleurant, secouant la tête, balbutiant des excuses malhabile. 


" J'ai une bronchite aigue, peut-être même chronique. Mais je ne veux pas en parler. Hyung, comprends-moi. Je veux juste rêver. " Il geignait faiblement et ses traits étaient des effondrements de peaux et de tristesse.

" Alors, n'en parlons plus. " Kyungsoo savait que ce n'était là qu'une partie de la vérité ; mais il ne dit rien de plus. 

" Je me soigne tu sais. Pour toi. Pour toi, Hyung. " 


Kyungsoo avait simplement sourit et Jongin eut mal derrière ses larmes glissantes. Et leurs mains s'étaient scellées, enlacées, et leur étreinte fut un peu plus forte et passionnée cette fois. Le torse de Kyungsoo se brisa contre les côtes acérées de Jongin, ils devinrent vague et écume. Ils avaient eu terriblement peur, et terriblement mal. 


La soirée fut apaisée par les rayons crépusculaires d'un pâle soleil nuageux, de sourires heureux, de baillements cachés, et de cernes pleines de caféines. 


Bien sûr, Jongin omit de dire qu'il s'était effondré sur scène, qu'il avait très mal et qu'il respirait douloureusement. 

Il se contenta de le regarder avec un trop grand sourire qui le rendait toujours aussi énigmatique. Et c'est ce qui était fatalement fascinant. 


" Hyung, je sais que tu écris sur moi. " Lâcha-t-il aux environs de minuit, les lippes taquines.

" Ah. " Kyungsoo en fut gêné et il rougissait en triturant ses lunettes. 


Jongin trouva cela drôle et se pencha sur la table pour capter le regard fuyard de son ami. 


" Et c'est beau. Je suis un peu méchant et arrogant, mais j'aime bien notre histoire. " 

" Comment tu sais ? " Cette fois, c'était à Kyungsoo de dévier la conversation.

" Je suis curieux, c'était un soir où tu dormais alors j'ai fait une pirouette et j'ai buté dedans. " Le rire de Jongin était des éclats cristallins et Kyungsoo sentit son coeur battre un peu fort. 


" J'espère que l'histoire durera longtemps. " Murmura le danseur et il avait la voix un peu cassée et douloureuse. 


Il était triste. Kyungsoo ne relevait pas quand tout se tordait en lui. Il se contentait de feindre l'inconscience et hocha la tête.


Leurs yeux eurent des coulées de saveurs désireuses quand ils se regardaient. Kyungsoo chuchotait.


" Tu es un enfant. Un pauvre gamin exaspérant que j'aime déjà trop. " 


Le lendemain, au réveil, sur le canapé et emmitouflés dans un plaid, il semblait que cette phrase sonna plus comme un songe iréel, floutée entre le rêve et la réalité. 



❄ ❄ ❄



Les petites gouttes volèrent, et elles furent suspendues brusquement dans le temps. Un terrible silence avait envahie la salle, tissait un voile étrange suspendus au dessus des têtes. Des visages étaient couverts par des mains et des grands yeux effarés observaient l'inachèvement gestuelle du danseur. Une masse amorphe était voûtée au sol, engluée par ses habits, fondue dans son eau, égoutée dans une respiration sifflante. 


Il ne pouvait plus se relever. Un hurlement déchira l'air et des ongles grattèrent le sol. 


Le danseur ne pourrait plus jamais danser, c'était la fin. 




" Est-ce que... Yixing ! " Jongin releva le regard, et il n'avait jamais autant pleuré. 


Ses yeux gonflés avaient viré aux rouges, des vaisseaux sanguins ayant éclatés et coagulé. Ses pupilles était embrouillées par cette avalanche de larmes qui le submergeait. Sa vie avait perdu un peu de sens, parce que la danse était sa putain de vie, sa putain de douleur et son putain de plaisir. Il avait perdu son art et il avait perdu son lui. Alors il cria parce que Yixing pleurait aussi en secouant la tête. Jongin s'arracha les cheveux, se balançait d'avant en arrière, sa nuque le tirait dans sa douleur, ses muscles s'écorchèrent dans sa folle rage. Il hurla qu'il voulait se lever, et il essaya avec sa colère inconsciente ; il sentit la raideur de ses muscles et cette douleur électrisa son corps, cambra son dos... Il tombait mollement dans les bras de son ami qui tituba. 


Jongin pleura et sa voix ne fut plus que désespérance et douleur au coeur. 


" Yixing. Dis-le. "

" Jongin... Tu ne peux plus... Tu ne peux plus danser. "







Jongin s'était soulé, l'alcool lui donnait le vertige et noyait sa douleur ; son cerveau disjonctait, la maladie disjonctait. Il titubait dans les rues, tapait des passants grognons et d'autre emmêchés qui riaient joyeusement. Les trottoirs glissaient, et le danseur tombait souvent et ses muscles lâchaient, distendus dans l'effort. Il était un semblant de bois et de fils, pauvre marionette qui voulait vivre.

Il se relevait quand on l'aidait gentiment et ça lui déchirait tous les membres ; il avait la sensation terrible d'être écartelé. 


Il continuait d'avancer, longtemps contre le froid mordant, recroquevillé dans son éternelle veste en jean usée. Il avait froid, mal, souffrait, pleurait, hurlait dans le coeur, soupirait dans sa haine ; il voulait voir Kyungsoo mais l'alcool avait grillé ses neurones. Il ne savait plus où il était, il tournait en rond entre deux rues adjacentes. Et les trottoirs glissaient toujours plus que la nuit s'affalait sur les lumières embrumées de Séoul. 


" Putain, Jongin ! Je pensais que t'étais chez toi ! " 


C'était Yixing qui sortait d'un café et le soutenait avant qu'il ne tombasse violemment. 


" Kyungsoo... " Gémissait l'impétueux danseur et il gesticulait bêtement, nageant dans l'air suffoquant et glacial. 

" Il faut le ramener. " Ce fut Jongdae qui arrivait à son tour, l'inquiétude dans sa voix. Il posa instinctivement sa main dans le dos osseux de son amant.

" Je l'emmène chez Kyungsoo. "

" Mais il est totalement bourré. " S'inquiéta Jongdae. 


Yixing se crispa et regardait profondément son petit ami avec cette douleur de sentiments fossilisés au sang. Jongdae vint saisir sa main, comme un instinct enfoui. Parce que Yixing ne devait plus se laisser rattraper par ses sentiments pour Jongin. 


" Si je l'emmène chez lui, il va resortir. Emmenons le chez Kyungsoo. " 


Jongdae déposa ses lèvres tristes sur la joue honteuse de Yixing. Il voyait toujours cette jalousie dans son regard et c'était douloureux. Yixing s'en sentait coupable.


" C'est pas grave, Xing. " Murmurait-il dans son oreille, alors que Jongin tressaillait dans son alcool. 


Un baiser mouillé fut déposé au creux des fossettes aqueuses.





Kyungsoo courrait à sa porte lorsqu'il entendit ce toc-toc familier. Il était salvement inquiet, Jongin refusait de répondre à ses appels incessant. Jongin était toujours là normalement. 


Lorsqu'il ouvrit la porte, une bourrasque froide déchira sa peau et gerça ses lèvres. 


" Bonjour. Do Kyungsoo ? "


Le garçon qui parlait était chataîn noisette comme un été et souriant comme un hiver rude. Il avait deux fossettes enfoncéz dans sa joue et ses mots avaient une intonnation chinoise. 


" Oui. " Kyungsoo plaqua son regard sur une forme en erruption rose dans le dos de l'inconnu. 

" Je suis Yixing. " 

" J'aurais deviné. " Grogna Kyungsoo, ce garçon était trop beau et cela le rendait encore plus gênant.


Yixing fit une moue triste devant ce ton mauvais. Sa lèvre inférieure forma comme une bulle d'eau. Derrière lui, un garçon brun à bouclette montait les marches menant à sa porte et posa sa main dans le dos de Jongin qui reniflait. Il faisait trop froid, les brumes respiratoire cachaient les faces laiteuses.


" Je suis Jongdae le petit ami de Yixing. Jongin voulait te voir. Il est totalement soûl. " Expliqua-t-il calmement. Kyungsoo lui trouva au moins un air gentil.


" Ne lui dites pas, sales cons. " 


Jongin avait la voix rouillée d'un rouage d'horloge brisé comme une machine à café viellotte. 


" Donnez-moi ce sale gosse... " Murmurait Kyungsoo et il apparut dans sa vue un grand garçon fait de chairs effondrées et de muscles etriqués. " Je vais lui tenir la main toute la nuit. "

" Hyung. " Sanglotait Jongin en venant chercher le chaud de la maison. 


Les doigts jouaient à se frôler et allumaient des frissons intenses jusqu'à se nouer par des articulations cassées. Leurs regards devinrent brillants de larmes et de flocons ; dans leurs coeurs, il neigeait doucement. 


Yixing les regardait s'aimer et il eut mal. Il masqua sa douleur dans une étreinte avec Jongdae, derrière un sourire trop heureux pour être vrai. 




La porte se fermait sur les âmes vagabondes, et Kyungsoo sermona Jongin qui reniflait de froid derrière lui. 


" Tu es malade, tu te soules et tu va prendre froid. T'es vraiment un gamin insouciant ! " 


Il le trainait dans son sillage, et Jongin chancelait. Ses tendons le tiraient ; il se mit sur la pointe des pieds, mais cela semblait creuser son talon et son mollet dans une cicatrice interne. 


" Tu as mal, je le sens dans tes doigts Jongin. " Soupira Kyungsoo et il le guidait lentement dans la chambre où il faisait un peu nostalgique. 

" Oui, j'ai mal, Hyung. " Jongin toussa et sa gorge s'effrita à s'écorcher.


Ils entraient dans la chambre et Kyungsoo osa se tourner vers Jongin. Il avait l'air pâle, fait de matière carbonique et sa peau molle jouait à mouver contre ses doigts. Il avait toujours ce regard nuit et ses lèvres charnues blanches comme un cadavre. 

Il sentait l'alcool. 


" J'ai mal, Hyung. " Jongin pleurait et les larmes creusaient d'infâmes fossés sur ses joues humides. 

" Je tiendrais ta main toute la nuit. N'ai pas peur. " 


Kyungsoo tenta un vaste sourire étiré comme une aiguille d'horloge, une note de musique audacieuse mais triste. Sa main effleura les larmes de Jongin qui se renfrognait dans sa tristesse. Il les faisait voler en l'air et l'horloge arrêta son tictac. 


Le souffle alcoolisé de Jongin venait de s'écraser sur la bouche en coeur de Kyungsoo. Il s'aggripa à sa taille comme un enfant perdu, ses ongles déchiraient les pauvres côtes du petit brun, il fut broyé dans son étreinte, entaillé dans ses lèvres sauvages. 


Kyungsoo n'eut pas envie d'un baiser puant l'alcool digéré, de mains trop brutes et de lèvres trop pressantes ; Jongin était saoul et cela ne rimait à rien. Il se crispa dans ses doigts et glapissait, ses orgnanes étaient chamboulés.


Il le repoussait en s'arrachant de sa violente étreinte. 


" Arrête. T'es bourré. "

" Ne me rejette pas, Hyung ! " Et Jongin hurla, sa voix transperça Kyungsoo qui sursautait. 


Il vit les traits tirés et tordues par la peine de son ami, son teint basané était rouge sur les tempes et il y avait des perles de sueurs brûlantes dégoulinantes de sa chevelures rose - qui paraissait rouge macabre dans le noir. Kyungsoo posa la main sur son front bouillant et Jongin pleurait un peu plus, la mâchoire cassée dans les larmes foudroyantes. Il fut bientôt trempés de sueurs et de pleurs. 


" Tu délires... Tu as de la fièvre. Allonge-toi, Jongin. " Chuchotait doucement l'aîné.


Il le poussa avec légereté et Jongin s'effondra sur le lit dans des brisements d'os douloureux. Il n'avait plus le courage de tenir debout, tout son corps et son âme s'échouèrent dans la fraîcheure mortifié des draps. Il susurra dans sa voix ruinée : 


" Tiens-moi la main. " 

" Je te tiendrais la main toute la nuit, et je t'aimerais toutes les autres nuits encore. "


Jongin sombra aussitôt dans le sommeil, trempé par ses larmes envahissantes, la main scellée aux doigts tremblants de Kyungsoo. Le danseur avait l'air souffrant jusque dans son sommeil, sa respiration sifflante et son visage mortifié. Il en eut un frisson d'effroi qui trancha son coeur affolé.


Kyungsoo eut soudain peur qu'il ne s'éveilla plus et fut pris de panique. La crise secoua son corps ébranlé jusque dans ses pupilles affolées. Fébrilement, il déposait un chaste baiser sur ses lèvres froides.


Il eut comme l'impression d'embrasser une neige fondue et encrassée par un ivrogne.