Sans regret

par kyusha

Épilogue 2


Sans regret





P.d.v. Huang Zi Tao



Il y avait cette détestable personne appelée « Kris », et il y avait Wu Yi Fan, celui que j’ai connu…


Pour ma rentrée au collège, je fus séparé de tous mes amis. Mon père avait obtenue une promotion, mais celle-ci nécessitait que nous allions vivre en Corée, alors contraint et forcé, nous avions quitté la Chine. Je n’avais que onze ans, et je ne parlais pas un mot de coréen. Pour moi, c’était un enfer. Je n’arrivais pas à me faire d’amis, mais au contraire, j’avais réussi à me faire un ennemi. C’était un autre garçon qui aimait m’ennuyer, il se moquait souvent de moi, et je ne répondais même pas. Pas que cela ne me dérangeait pas, juste que je ne savais pas comment lui dire dans sa langue. Alors je restait muet. Après une autre journée banale où je n’avais parlé à personne, je me réjouissais presque de pouvoir rentrer et voir ma mère et mon père. Mais le sort en décida autrement.


Un garçon m’interpelle à la sortie du collège. Je me retourne, ne comprenant que mon prénom. Le garçon parle vite et mâche ses mots, tant que je saisis pas un traître mot de ce qu’il me dit. Je suis face à lui, silencieux. Je cherche comment lui demander de répéter mais les mots se confondent. Ses amis arrivent et cela ne fais que me rendre plus anxieux. Il me demande de répondre mais je ne peux juste pas. Je suis coincé, bégayant même dans ma tête. Le garçon s’énervent, il est vexé que je ne lui réponde pas. Trop de mots se bousculent dans ma tête et ne me laissent finalement qu’un grand vide. Je baisse la tête, trop intimidé. Le garçon me pousse, et maladroit comme je suis je tombe, heurtant le sol. Tout ça est injuste. J’en aie plus qu’assez, mais je ne peux rien dire. La situation m’échappe complètement, je suis totalement impuissant. Alors comme un imbécile je reste assis sur le sol pendant que le garçon se plaint de mon silence.


« Aller, dégagez ! Où je vous en met une. »

J’entend une voix grave s’élever derrière moi. Je ne vois pas la personne qui a dit ça, mais en revanche, je vois la réaction de ceux qui jusque là m’embêtaient. Ce sont eux qui baissent les yeux. Ils gardent un minimum de fierté en décidant de partir. Comme si en réalité, ils avaient eu le choix face à leur vis à vis. Ils étaient pitoyables. Enfin, toujours moins que moi. Je cherche comment remercier celui qui m’a aidé, mais je ne sais même pas quelle forme utiliser. Le temps que je ne commence à me relever, il me contourne. Je lève la tête vers lui, il était grand. Il me tend une main pour m’aider à me relever. Je ne voyais rien d’effrayant chez lui, il avait l’air gentil, son sourire était même presque trop doux. Je me demandais pourquoi les autres avaient fuis comme ceci. Je saisis sa main, hésitant toujours sur quel « merci » à utiliser. Il me relève.

Kris, se présente-t-il.

Il se baisse et ramasse mon sac.

Zi Tao, mais je préfère Tao mieux.

Je me rend compte que ma phrase est étrange.

Tu es chinois ? me demande-t-il en me donnant mon sac que je réceptionne.

Je suis gêné qu’il s’en soit rendu compte aussi vite. Et en plus de cela, je n’ai même pas encore dit merci. Je hoche timidement de la tête pour unique réponse.

Moi aussi, me dit-il en chinois avec ce doux sourire presque imperceptible. En vrai, je m’appelle Wu Yi Fan.


Après cela, je l’ai remercié en chinois. Et voyant que nous partions dans la même direction, il resta avec moi. Il me posa bon nombre de questions, faisant la conversation. Durant tout le trajet je n’ai fait que répondre. Même en chinois, je trouvais le moyen de me tromper de mots. Mais cette fois, c’est parce que j’étais impressionné. Kris était grand et semblait être plus âgé qu’un dernier année de collège. Je n’avais que onze ans, et pour moi, il apparaissait comme un modèle, un idéal à atteindre. Il était si gentil et prévenant que jamais je ne me serais douter de la personne qu’il était en publique.


Nous arrivions presque dans ma rue, et Kris était toujours avec moi.

Tu habite dans le quartier ? me questionne-t-il.

Oui, juste là.

Je lui montre ma maison du doigt. Il me fait un grand sourire.

On est presque voisin !

Il m’indique laquelle était sa maison. Elle était un peu plus loin que la mienne et de l’autre côté de la rue. J’étais content, comme un idiot, comme un enfant. Mon premier ami habitait juste à côté de moi.

Tu veux qu’on fasse les trajets ensemble ? me propose-t-il.

J’étais simplement content d’avoir créer un lien, et d’enfin sortir de cette pesante solitude.


Il était déjà plutôt tard, je devais rentrer chez moi. Je dis au revoir à Kris et le regardai s’éloigner. Je le vis dépasser sa maison avec surprise.

Tu ne rentres pas chez toi ? ma voix s’éleva plus fort que je ne l’aurais voulu.

Il s’arrêta et se retourna lentement. Son visage était toujours doux, mais couvert de peine. Il secoua doucement la tête puis se détourna. Il leva un main en l’air pour m’adresser un signe d’au revoir. Bien sûr, j’étais trop jeune à l’époque, pour me rendre compte de tout cela, je n’en ai qu’un vague souvenir.

Au début je le voyais comme un grand frère, mais il devint vite beaucoup plus que cela…





***



J’avais beau l’appelé Kris, je ne connaissais que Yi Fan. Il n’était jamais méchant avec moi. Bien sûr, j’avais vite découvert qu’il était l’élément perturbateur du collège. Mais il était une personne totalement différente en ma présence, il était juste lui même. Je n’acceptais pas qu’il mette ce masque de monstre, je détestais le voir embêter les autres. Mais j’avais appris à le connaître et je pouvais comprendre pourquoi il le faisait, même si je ne l’admettais pas. Les parents de Kris l’avaient confier à son oncle alors qu’il n’était que très jeune. Depuis, il vivait en Corée du Sud, ayant pratiquement perdu tout contact avec ses parents, qui étaient en Chine. Son oncle a eu la soit disant ‘extrême gentillesse’ de l’accepter, seulement cet homme était le plus grand malheur de Kris. Il était de la vieille école, il aimait la discipline, l’autorité et le respect. Et pour l’appliquer, rien de mieux que les coups. Kris avait peur de lui et l’évitait le plus possible, seulement il ne lui échappait jamais bien longtemps.


J’ai découvert ce qu’il endurait à l’âge de treize ans, j’étais encore au collège mais Kris était déjà au lycée. Chaque fois qu’il avait des bleus, je pensais juste qu’il s’était bagarré au lycée, mais un jour, tout le quartier fut déranger par la voix de son oncle. Il hurlait sur Kris de toute ses forces. Quelques minutes plus tard, quelqu’un toqua à ma porte, c’était Yi Fan, les larmes aux yeux mais déjà essuyées. Il n’eut pas besoin de dire quoi que soit, je le laissai entrer et mes parents, ne pouvant s’opposer à son oncle, le laissaient juste rester chez nous, avec moi. Même les soirs de semaines. Alors non, je n’aimais pas savoir qu’il faisait du mal aux gens, mais je ne pouvais tout simplement pas l’arrêter.



***



Nous étions déjà proche avant cela, mais le temps que nous passions ensemble ne faisait qu’augmenter. J’avais fini par pouvoir parler le coréen et je m’était fait des amis, mais le lien entre nous ne s’était jamais amenuisé. Malgré la différence d’âge, il était mon meilleur ami. Il me racontait toutes ses expériences, et arrivé à un âge je commençai à le questionner concernant les filles. Parce que j’avais de quoi me poser des questions. Les filles en général ne m’intéressaient pas du tout, et je me demandais sérieusement si je n’étais pas homosexuel. Mais je ne pouvais surtout pas le dire à Kris, puisqu’il était celui qui me faisait me poser des questions. Je ne pensais pas l’aimer, j’étais juste arrivé à un âge où je découvrais mon corps et où j’en avais constamment envie.


Habituellement quand Kris venait chez moi, nous restions dans ma chambre à jouer aux jeux vidéos jusque tard le soir. Puis quand seulement quand nous étions tous les deux trop fatigués même pour jouer, nous nous couchions dans mon lit. Dans l’obscurité et le silence de la nuit, je me décidai enfin à lui demander :

Kris… comment tu sais si tu aimes quelqu’un ?

Il rit un peu.

Je sais pas, je n’ai jamais aimé personne.

Mais pourtant t’es bien sorti avec des filles ?!

— … J’étais juste attiré…physiquement, tu vois…

Je ne répond pas pendant un moment.

Tao ! Tu serais pas amoureux ? commence-t-il à me charrier.

Je lui donne un léger coup pour qu’il ne se moque pas plus de moi.

Non, mais je crois que je suis attiré par quelqu’un… que je ne devrais pas.

Cette fois, c’est Kris qui laisse un silence.

Tu peux aimer qui tu veux, Tao.

Il passe sa main dans mes cheveux et les secouent. Il me souffle en chinois :

Wan’ an, Zi Tao.

Bonne nuit, Yi Fan.


Pour lui, nous devions être deux amis, et je devais être le petit frère qu’il n’avait jamais eu. Mais pour moi, je m’endormais aux côtés de celui qui m’attirait. Un modèle, un ami, un frère ? Je n’en savais rien, j’étais juste heureux d’être avec lui. Quant aux questions, je me disais juste que j’y penserais plus tard.



***



L’hiver de mes quatorze ans, Kris était venu chez moi une après-midi. Je savais ce qu’il représentait pour moi. J’avais arrêter de me questionner ou de me faire des idées, je l’aimais, c’est tout. Aux vues du temps qu’il faisait dehors, nous avions vite décidé de rester à l’intérieur, bien au chaud. Nous étions en train d’essayer mon nouveau jeu sur ma console, en mode multi-joueur pour pouvoir faire la compétition. J’avais beau adorer les jeux vidéo et y jouer plus souvent que lui, il me battait toujours. Mais cette fois, je n’allais définitivement pas me laisser faire.


Nous étions côte à côte devant l’écran, je lui donne un coup de coude.

Ah… désolé, j’ai vraiment pas fait exprès… lui dis-je avec un immense sourire.

Je recommence.

Yah ! Arrête ça, Tao !

Je commence à rire comme un enfant et le fait bouger encore plus. D’un seul coup, il lâche sa manette et m’attrape. Je tente de me débattre, mais en une fraction de seconde je me retrouve prisonnier sous son corps. Kris s’est assis sur mon bassin, bloquant mes bras le long de mon corps, et mes jambes. Je ne peux vraiment rien faire, je continus de rire en me débattant. Il rit avec moi et reprend sa manette pour finir la partie tout seul. Je sais à son sourire qu’au final, il est content de lui. Mais ce moment de joie laissa vite place à un tout autre sentiment.


Au fur et à mesure que je continuais à me débattre pour le faire bouger, le fait de sentir son bassin contre le mien devint un supplice. Jamais cela ne m’étais arrivé en présence de quelqu’un d’autre. Et pourtant, les faits étaient là, je sentais mon corps se réveillé. Je ne voulais pas que Kris s’en aperçoive, et encore moins qu’il sache pour mes sentiments. Pourtant je ne pouvais rien faire contre ce désir qui montait. Je recommençai à me débattre, plus sérieusement cette foi-ci. Mais en fait cela ne faisait qu’aggraver les choses. Car à chaque mouvement, je sentais ce désir monté contre lui, et parce qu’à chaque pression, mes joues rougissaient.

Kris, laisse moi partir…

Je le suppliais presque. Il avait les yeux rivés sur l’écran, et agitait la manette dans tous les sens.

Arrête de gigoter… me dit-il en riant. Et… voilà ! J’ai gagné.

Il était tout fière de lui, mais moi je m’en moquais, pour la première fois, je perdais le contrôle de mon corps, et ce, avec la personne que j’aimais mais qui ne devait rien apprendre. Je continuai de me débattre, m’épuisant presque à la tache, les joues rouges, les yeux fiévreux et mes cheveux déteint blond en batailles.


Kris enregistrait ses scores quand il se stoppa d’un seul coup. Il baissa la tête jusqu’à me regarder, je devais être plus qu’écarlate. Je cache mon visage dans mes bras, réussissant enfin à les libérer, tout ça pour éviter son regard.

Laisse moi partir… s’il te plait, Yi Fan.

Je lui avais parlé en chinois, sans même savoir pourquoi, peut être juste parce que j’étais sérieux.


Kris se soulève un peu, me libérant de son poids, si bien que je ne le sens plus du tout. Durant une seconde j’avais l’impression que sa présence avait disparu, pourtant le seul fait de le savoir si proche de moi était oppressant. Je n’entendais que le bruit de ses mouvements jusqu’à sentir ses mains venir doucement entourer mes poignets. Il les empoigne et les tire pour que je découvre mon visage. Je résiste un moment, puis cède quand la pression augmente encore. Kris arrache délicatement mes bras à mon visage, mais mes yeux restent clos. Je ne veux pas voir son visage, j’ai peur de sa réaction.


Les secondes s’écoulent lentement, tant que s’en est un supplice. Puis Kris prend mes bras et les amènent au dessus de ma tête. Il se penche jusqu’à laisser son corps reposer sur le mien, son bassin contre mon entre jambes. Il s’avance et son torse vient recouvrir entièrement le mien tant Kris a une carrure imposante. Je garde les yeux fermés, forçant dessus pour les maintenir fermement dans cette position. Mais je sens quelque chose. Je n’étais apparemment plus le seul à éprouvé cette douce envie. Kris aussi, et j’en avais la confirmation de par son corps. Je ne peux qu’être étonné. Après tout, pourquoi ferais-je le moindre effet à Kris ?


Les yeux clos.


Une souffle contre mes lèvres.


Sa peau, qui effleure la mienne.


Et un baiser.


Yi Fan venait de m’embrasser. Ses lèvres étaient douces, chaudes et lentes. Il les bougeait délicatement au contact des miennes qui restaient immobiles. Je relâche la pression de mes yeux, et ceux-ci restent simplement clos. Je profite de cet instant même si un flot de question monte jusqu’à moi. Je suis maladroit, je n’ose pas beaucoup bouger. Puis Kris s’éloigne. Mes paupières s’entrouvrent et me laisse apercevoir son visage. Ce dernier était magnifique, ses joues étaient rosies, tout comme ses lèvres charnues, et ses yeux me fixaient intensément.

Tao… Ça te dirait d’essayer avec moi ? me souffla-t-il timidement en chinois.


Il était le seul que je désirais, le seul avec qui j’éprouvais ces sentiments si forts. Je l’aimais. J’avais beau être jeune, j’étais sérieux avec lui.

D’accord.

Cette après-midi d’hiver glacial, alors que la neige recouvrais lentement la ville de Séoul, je n’avais pas froid. Car pour la première fois depuis que j’aimais, je n’étais plus seul. Kris ouvrit grand ses yeux à ma réponse, comme surpris que dise oui. Puis ses yeux se voilèrent de désir en me regardant. Probablement reflétaient-ils les miens, même si je ne savais pas trop dans quoi je m’engageais. Il se rapprocha à nouveau de moi, plus lentement. Il laissa son nez caresser lentement le mien, pendant que nos respiration se rencontraient. D’un léger mouvement, je vins unir nos lèvres pour un premier vrai baiser, que nous voulions tous les deux. Nous bougions lentement, puis au fil du temps, le temps sembla nous pressé. Les baisers devenaient plus longs, plus passionnés, et même plus pressés. Nos corps toujours sous l’emprise d’une douce chaleur, Kris se décida à approfondir notre étreinte. Il mordilla ma lèvre inférieur, puis passa sa langue sur cette dernière. Je vins naturellement entrouvrir mes deux croissants de chaires, pour laisser Kris s’y immiscer.


À chaque caresse, je me laissais un peu plus prendre dans ce tourbillon de sensation. À chaque soupir, tous ces sentiments devenaient plus ardents. Mes mains se perdaient sur le dos de Kris, pendant que les siennes se promenaient de ma taille à mes hanches. Tout était une première fois mais Yi Fan avait su me mettre dans une confiance totale. Tous ces gestes étaient empreints de douceur.


J’étais très jeune, et on pourrait croire que c’était une erreur de l’avoir fait si vite. Il est vrai que ma décision ressemblait plus à un caprice d’enfant, ou à un adolescent testant ses limites. Pourtant, même des années après, je ne regrette rien…



***



« Amant » ne veux pas dire amoureux. Yi Fan était tantôt mon ami, tantôt mon amant. Je n’avais pas d’attentes en particulier. J’étais trop jeune pour vouloir une relation et ce que nous partagions me convenait. Je dirais même que nous étions encore plus amis qu’avant. Cela m’avait fait grandir, peut être seulement aux yeux de Kris, mais il n’empêche qu’il se confiait beaucoup plus. La seule différence, au final, était le nombre de nuit qu’il passait chez moi, et notre temps de sommeil. Les occidentaux appellent ça « sexfriend » mais ce mot ne convenait pas. Nous étions amis en dehors de cela, et ce n’était pas pour que le plaisir que nous partagions ces moments si particuliers. Parce que même si ce n’était qu’un instant, nous aimions. Et nous le disions souvent, seulement dans ces moments là, l’un de nous disait « je t’aime » et l’autre répondait par les mêmes mots.


Cependant, plus j’en savais sur « Kris », plus je préférais Yi Fan. Ce n’était pas que des bêtises avec sa bande de copains. Ces petits jeux du plus fort allaient de plus en plus loin. Il se confiait, il me racontait tout cela comme sans avoir le moindre sentiment. Je détestait cette part de lui.


Mais je l’aimais tant que je ne pouvais jamais vraiment le détester…




***



Pourtant lors de ma dernière année de collège, quelques mois avant la fin de l’année, je n’eus d’autre choix que de considérer cet aspect de Yi Fan.


Nous étions en début de soirée, un lundi il me semble. Je venais de prendre ma douche avant de pouvoir aller passer une soirée tranquille dans ma chambre. J’entend la sonnette retentir en bas, je ne m’en préoccupe pas puisque mes parents étaient là. Je vais dans ma chambre enfiler un jogging. Quelques instant plu tard, j’entend toquer à la porte. Je n’ai aucun doute sur le fait que ce soit Yi Fan. Je me retourne et déjà la porte s’ouvre. Kris entre lentement sans me regarder. En fait, ces yeux paraissaient vides, et son visage était blême.

Kris…

« Tao, … j’ai fait une connerie… »

Je deviens soudain très inquiet. Pour qu’il soit dans cet état, ça devait être grave. Je m’approche de lui tranquillement, comme pour ne pas le brusquer. Il relève doucement la tête vers moi. Ses yeux croisent les miens, puis il s’avance vers moi, rompant la courte distance qui nous séparait. Sa main passe derrière ma nuque, où il vient exercer une légère pression, de sorte à ce que je cède et que mon visage se rapproche du sien, collant nos lèvres ensembles. En une fraction de seconde, il fait taire mes questions et naître le besoin de sentir son corps contre le mien.


Je tombe sur le matelas, déjà défait du peu de vêtements que j’avais, Yi Fan s’étant aussi délesté des siens. Je sens même le plus léger des contact : le bout de son doigt se précipitant tout le long de mon dos ; sa main, passant de ma hanche à mon bas ventre ; l’extrémité de sa lèvre inférieure contre ma nuque ; et son souffle, se déplaçant au fil des baisers qu’il dépose. Je gémis déjà de plaisir et d’envie. De frustration aussi. Parce que je le veux lui. Mais ça, il le sait. Et très vite, il me l’accorde. Ce manque disparait quand nos deux corps ne peuvent être plus proche. De grave soupirs passent la barrière de ses lèvres. Il n’était pas brusque, tous ses mouvements se faisaient en souplesses. Lentement, profondément, mais toujours avec force. Je sens bien que ma fin est proche, je la vois arriver. Et aux sons que fait Yi Fan, je sais que lui aussi. Je me permet de céder en premier, bien vite suivit de mon amant. Nous ne séparons pas nos corps, profitant de cette présence qui comble une certaine solitude.

Wo ai ni, Zi Tao, dit-il en m’embrassant.

Je t’aime aussi, le rassurais-je en chinois.

Nous nous allongeons, restant un moment dans les bras l’un de l’autre.


Kris avait la sale habitude de fumer. J’étais encore étendu sur le matelas quand il s’était levé pour aller à la fenêtre, ce que je détestais. Il porte la cigarette et la vient délicatement la pincer avec ses lèvres. Il l’allume d’un geste presque élégant, penchant légèrement sa tête de côté, ses cheveux retombant sur son front. Une fois que de la fumée s’en échappe, il lâche le briquet et passe sa main dans sa nuque. Il fait pression et laisse sa tête aller en arrière. De la où je suis, je peux voir tout son corps, mais ce qui attire mon oeil, c’est son cou. Il était musclé mais conservait tout de même une ligne fine. Sa pomme d’Adam était presque trop saillante. Il soupire longuement, lâchant un nuage de fumé au dessus de lui.

On a frappé un mec l’autre jour, me dit-il d’un air détaché.

Kris baisse la tête. Je commençai à me lever.

Il est à l’hôpital maintenant.

Je me stoppe un moment, surpris de l’aveu certes, mais encore plus par l’attitude de Kris. Je m’avance finalement vers lui et lui prend la cigarette des doigts. Je la jette par la fenêtre. La dernière fois, mes parents s’étaient bien fait comprendre. J’ajoute d’un ton nonchalant :

Il avait fait quoi ?

Kris se met à rire, comme dépité de lui même, le regard au loin.

Il m’a bousculé… mais j’ai dit qu’il était gay…

Il ne sourit plus le moins du monde, ses épaules se courbent et son regard se vide. Je reste silencieux un instant puis me décide à demander.

Mais pourquoi vous avez fait ça…? D’habitude vous ne frappez pas les gens, tu m’as dit…

Parce que je le déteste, dit-il d’un ton froid.


C’est à mon tour de rire, mais je le fait intérieurement. Jamais nous n’avions parler de sentiments, pourtant c’était comme une évidence, même si Yi Fan ne se l’avouait pas.

Non, Kris… Tu ne le déteste pas lui. Tu te déteste parce que tu te rend compte que le « gay » c’est toi.

Je me risque à dire cela, alors que je n’ai aucune preuve qu’il ne joue pas avec moi. Mais après tout, il était celui qui avait dit « essayer » pourtant depuis ce jour, chaque fois qu’il est revenu, nous n’essayons plus, nous le faisons juste. Et je savais qu’il n’avait personne d’autre. Alors peut être que c’était me blesser, mais je pensais qu’au fond de lui, il m’aimait.


Kris baisse la tête et s’éloigne de la fenêtre pour retourner sur le lit. Il se met sous les draps, allongé sur le ventre, ses bras coincés sous sa tête. Je reste un peu à la fenêtre. Peut être que finalement j’attendais autre chose, que ce n’était plus assez… J’entend la respiration de Yi Fan se faire longue et régulière. Il devait déjà dormir. Je remet un vêtement et vais le rejoindre sur le lit mais je reste éveillé, mon ordinateur devant moi. Plus tard dans la soirée, j’entend un portable vibrer. Je sais que ce n’est pas le mien alors je vais chercher dans les poches de son pantalon. Je trouve l’objet, seulement, ce n’était pas son portable, mais un que je ne connaissait pas. Le portable affichait « Appel Maman », mais avant que je n’ai le temps de faire quoi que ce soit, l’appel disparait. Je déverrouille tout de même le portable. Une application était restée ouverte par défaut : une vidéo. J’appuie en trouvant l’image de façade vraiment étrange. J’avais presque peur en croyant distinguer une personne agenouillée face à d’autres, debout. La vidéo démarre.


Jamais Kris ne m’avait pris dans sa bande, et je n’avais pas tant voulu en faire partie, mais je m’étais toujours interrogé sur ce qu’ils faisaient. J’avais la réponse au creux de mes mains. J’avais vu ce qu’il appelait ses « amis » frapper un innocent, puis tenter de l’abuser. Je n’avais vu aucun visage mais heureusement, quelqu’un avait stopper tout ça… même s’il le frappait après. Bien sûr, Kris n’apparaissait pas sur la vidéo. Mais sa voix résonnait encore dans ma tête. Elle surplombait les coups, les cris de douleur, les supplices… Je me sentais mal de découvrir à quel point je ne le connaissais pas, et à quel point je n’avais aucune envie de le faire. Je me lève, j’allume ma lampe de chevet et je vais secouer Kris. Il se réveille et me vois avec le téléphone à la main. Il se redresse.

Aller, sors de chez moi…

Non Tao… c’est pas …

« C’est pas » quoi ? Vous avez failli violer quelqu’un, t’as pas l’air de te rendre compte…

Désolé…

Mais c’est pas à moi qu’il faut dire pardon ! C’est à ce mec… J’ai jamais rien dit sur ce que tu faisais, mais là, je peux pas. Pourquoi t’as fait ça ?

Ma voix tremble tant l’émotion est forte.

Aller vas t’en…


Yi Fan a les yeux larmoyants quand il attrape mon poignet, toujours assis sur lit.

S’il te plait… ne m’abandonne pas toi aussi…

Peut être parce que je le connaissais depuis si longtemps, de part notre amitié où l’amour que je lui portais, mais je ne pus le laisser.

J’arrêterais tout ça, souffla-t-il, voyant que je le rejetais pas. Je… je vais me reprendre et devenir sérieux, je te le promet… Mais s’il te plait…

C’est bon Yi Fan, arrête…

Je le regarde dans les yeux.

Je vais effacer la vidéo du portable, mais ça n’efface pas tout. Je veux que tu tienne ta promesse, s’il te plait…

Il hocha de la tête en serrant ma main contre son front. Il ressemblais juste à un enfant perdu. Mais une chance, une seule, c’est tout ce que je lui accorderais.


Dans la nuit, pour la première fois depuis que je le connaissais, il s’est réellement confié à moi. Il m’a raconté comment ses parents ne pouvaient se permettre d’avoir un troisième fils et pourquoi ils choisirent d’envoyer le cadet. Comment son oncle et sa femme l’avaient accueilli, et comment la femme de ce dernier était morte. Comment le gentil homme qu’était son oncle devint cette personne cruelle, n’usant que de la force. Combien il se sentait mal de m’avoir initier aux plaisir de la chaire. Combien il avait pu regretter d’y avoir gouter. À quel point j’étais devenu une obsession. Et à quel point il m’aimait…

Wo ai ni, Zi Tao, souffla-t-il de sa voix rauque.

Je t’aime Yi Fan, lui répondis-je en chinois.


Pour la première fois, ces mots n’avaient pas l’excuse du moment. Ils venaient de nos coeur.



***



Malgré le fait que Yi Fan ait tenté de se reprendre, il n’eut pas son diplôme de fin d’année. Ses notes et son appréciation générale ne lui permirent pas non plus de redoubler. Il commença à travailler dans une supérette du centre de Séoul, dormant tantôt chez moi, tantôt chez son oncle. Un jour où il était de service, il rencontra une femme dont il obtint une carte, celle-ci voulu faire de Yi Fan un mannequin. Il commença à poser juste pour l’argent, ne faisant que de petit contrat au début, mais gagnant en popularité. Yi Fan se découvrit même une passion pour la mode, chose que je partageais avec lui. Mais un an après, quand il eut la possibilité de devenir l’égérie d’une grande marque de luxe en Chine, je ne le retint pas. Peut être que je l’aimais trop pour briser son rêve. Il revenait souvent me voir, mais cette relation ne nous convenait pas au final. Et e la même manière dont j’avais pris conscience de mes sentiments en premier, je fus celui qui comprit que notre relation serait vouée à l’échec.


Nous étions dans la luxueuse chambre d’hôtel de Séoul, où Yi Fan m’avait emmené. Nous avions passé la nuit ensemble. Il était encore très tôt, l’aube se levait à peine et perçait difficilement à travers les immenses baies vitrées. Ce matin là, le ciel était teinté de bleu. Je me levais sans faire de bruit puis me rhabillais, Yi Fan dormant toujours. Je viens me mettre devant lui, m’inclinant pour le réveiller. Je caresse sa joue du bout d’un doigt, et délicatement, toujours endormis, il attrape ma main. Il ouvre les yeux et je lui souris, contemplant son visage une dernière fois. Car bien que j’ai le loisir de l’admirer dans les magazines chinois, quand il était devant moi, il n’y avait plus d’artifice. Il se montrait même mignon et câlin, et non pas agressif ou possessif comme on lui demandait… Je lui dis en chinois :

Ne reviens plus pour moi, Yi Fan.

Il se redresse, fronçant les sourcil d’incompréhension. Mon sourire s’est évanoui mais je sais que je dois le faire.

Quoi…? Pourquoi ? me demande-t-il.

On est pas heureux comme ça, Yi Fan.

Il baisse la tête. Je devine qu’il savait que ce n’était que la vérité, que j’avais la raison. Mais une fois de plus et comme toujours, il ne voulait pas voir cela, il a juste ignoré cette idée. Je détache ma main de la sienne et commence à m’éloigner.

Tu as dis que tu ne m’abandonnerais pas… chuchote-t-il avec un sanglot dans la voix.

Je me retourne vers lui, profitant de son visage une dernière fois.

Au contraire Yi Fan, je te laisse partir mais tu ne t’en rend pas encore compte…

Sur ces mots je pars, et il ne tente pas de me retenir.



La vie a fait que nos chemins se sont tout simplement séparés. Je n’ai aucun regret de ma relation avec Yi Fan. Même si elle s’est terminée trop tôt, les bonnes choses doivent avoir une fin. Et je sais qu’il est heureux. Il a finit par tourné la page. Nous sommes toujours amis et c’est le lien le plus précieux que j’ai avec quiconque. Il me demande souvent si j’ai trouvé l’âme soeur mais je répond toujours à la négative. Lui, et bien cela dépend. Après moi, il est sortit avec une actrice, et en ce moment, un autre mannequin, un français.


J’ai fini le lycée avec de très bons résultats. À la rentrée prochaine, je quitte ma famille pour aller m’installer près de mon université alors que mes parents repartent en Chine. Je suis même chanceux, j’ai déjà trouvé une collocation pas chère dans le même quartier que l’université…