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par Kara137

Assis sur un banc, je dessinais ce qui me passait par la tête sans vraiment faire attention à mon entourage. J'avais toujours aimé dessiner même si aujourd'hui, je ne pouvais plus pratiquer ma passion autant que je l’aurai voulu. Mes parents avaient refusé que je fasse des études d'art. Le dessin n'était pas un métier d'après eux, seulement un hobby. J'avais tenté de les faire changer d'avis mais j'avais fini par laisser tomber quand je compris que ma lutte était vaine.

Voilà pourquoi, j'étais assis là, à 5h30 du matin, dans ce parc désert. J'avais pris cette habitude quelques mois plus tôt, quand j'avais commencé mes études d'économies qui m'ennuyaient plus qu'autre chose. Mais je me devais de faire de mon mieux malgré tout car, même si je n'avais pas choisi mes études, mes parents y avaient investies beaucoup d'argent.

Le temps était clément ce matin, heureusement pour moi, et je pouvais dessiner à mon aise sans avoir à m'inquiéter pour mes feuilles qui pourraient voler au gré des bourrasques de vent. Mon crayon parcourait la feuille, traçant des lignes et des courbes qui donnaient forme petit à petit au paysage que j'avais sous les yeux lorsque j'entendis quelqu'un arriver en courant. Je levais la tête instinctivement, et quand il passa devant je souris, amusé. Cet homme avait pris l'habitude de me saluer lorsqu'il passait devant moi en courant, soit tous les matins depuis maintenant près de trois mois. Au début, je n'y faisais pas attention, je ne le connaissais pas et, pour être honnête, cela ne m'avais pas rassuré qu'un inconnu me salue comme si nous étions des amis de longue date. Je crois qu'il avait compris mes réticences car il n'était jamais venu me parler, il se contentait de me saluer et parfois de me lancer un joyeux "Bonjour" lorsqu'il passait devant moi.

Au fil du temps, je me suis rendu compte que j'avais commencé à m'attacher à cet homme dont je ne connaissais même pas le nom, la preuve en était que je l'avais dessiné plusieurs fois. Avec son jogging gris, son sweat à la capuche remontée sur sa tête et son masque, il était facilement reconnaissable. Pourtant si au début, il m'effrayait un peu, aujourd'hui, je trouvais plutôt rassurant de le voir tous les matins. Il était devenu, au fil des mois, un élément indispensable de mes journées.


Cela faisait près d'une semaine que je n'avais pas pu venir au parc et cela m'avait manqué plus que je ne l'aurais cru. Je n'avais pas eu une minute à moi depuis la dernière fois. Les examens de fin de semestre approchant, mes parents ne m'avaient plus lâché jusqu'à ce que j'explose, exigeant un peu d'intimité et d'espace personnel. Voilà comment j'avais réussi à me défaire de leur emprise.

J'étais heureux de pouvoir à nouveau m'adonner à mon rituel du matin, c'est-à-dire aller au parc à 5h et y passer deux heures loin de tout et de ma vie. Mais je me sentais étrange, pour la première fois, j'avais l'impression de faire quelque chose de mal. Ce qui n'était pas normal puisque je le faisais depuis quelques mois déjà et c'était la première fois que je me sentais coupable de la sorte.

Je lâchais un soupir, retournant à ma feuille, me rendant compte qu'elle était toujours vierge. Je soupirais à nouveau, fronçant les sourcils. J'avais du mal à trouver l'inspiration aujourd'hui, ce qui était une chose rare, il fallait bien l'avouer.

Relevant la tête, je sursautais, ne m'attendant pas à voir quelqu'un face à moi. C'était lui. Il me regardait d'un œil inquiet, les sourcils froncés. Il finit par s'asseoir à mes côtés sous mon regard surpris. Je ne comprenais pas pourquoi il était là. Il aurait dû continuer son chemin comme tous les matins, pas s'asseoir à côté de moi.


-Tu vas bien? Finit-il par demander.

-Euh... Oui. Pourquoi ça n'irait pas?


Il tourna sa tête vers moi et m'observa un instant avant de répondre.


-Tu n'étais pas là dernièrement alors je me demandais s'il s'était passé quelque chose puisque ce n'est pas habituel que tu sois absent. Et aujourd'hui, tu ne dessinais pas quand je suis passé, tu ne m'as même pas entendu... Et tu avais l'air préoccupé, tout à l'heure. Tu es sûr que ça va?


Je détournais les yeux, observant le parc devant moi. Je ne pensais pas qu'il s'inquièterait pour moi. C'était totalement irréel. Un homme que je ne connaissais pas se préoccupait de mon état tandis que mes parents n'en avaient rien à faire...


-Oui, ne vous inquiétez pas pour moi, répondis-je après un soupir.

-Au fait, je m'appelle JongIn, sourit-il après avoir baissé son masque en me tendant son autre main. Et je pense que tu peux me tutoyer, on doit avoir à peu près le même âge.

-KyungSoo, dis-je doucement en serrant sa main.


Sa peau était douce contre mes doigts, ce qui me surprit, m'attendant à une main beaucoup plus masculine, ce qui aurait mieux collé avec son physique. Pourtant, ce contraste ne me déplut pas, au contraire, il m'intrigua. Son sourire était plein d'assurance tandis que ses yeux se voulaient rassurants, me disant de lui faire confiance. Je me surpris même à penser qu'il avait dû séduire bon nombre de femmes (et peut-être d'hommes) avec ce regard-là.

Pourtant, à peine avais-je formulé cette pensée qu'il tourna la tête et ferma les paupières, relevant son visage vers le ciel.


-Je peux voir tes dessins? Me questionna-t-il, d'un coup.

-B-bien sûr...


Je lui tendis ensuite mon carnet de dessins qu'il feuilleta rapidement. Je voyais ses yeux s'agrandir au fur et à mesure qu'il tournait les pages ce qui me faisait sourire, amusé. A ce moment-là, il avait l'air d'un enfant devant un rayon de confiseries.

Il finit par s'arrêter devant l'un des dessins. Je tentais de me pencher légèrement vers lui pour voir du quel il s'agissait mais il le tourna vivement vers moi. C'était un dessin de lui, le premier que j'avais fait, environ un mois après notre "rencontre".


-Tu m'as dessiné! s'écria-t-il.

-Hum... Oui? Répondis-je, incertain. A force de te voir tous les matins, c'était à prévoir... Non?

-Sans doute...


Il souriait. C'était la première fois que je le voyais sourire de cette façon. D'habitude, il avait toujours son masque sur le visage mais pas aujourd'hui, il l'avait baissé, dévoilant ses lèvres.

Quand il releva les yeux vers moi, je détournai les miens, gêné d'avoir été surpris à le contempler comme s'il s'agissait d'une œuvre d'art. Je fixais mes mains qui s'agitaient lorsqu'il reprit la parole.


-Dis-moi, avec le talent que tu as, tu es dans une école d'art n'est-ce pas?

-Je... Non, répondis-je en secouant la tête.

-Non? s'étonna-t-il. Pourquoi? Tu es fait pour ça!

-Je...

J'hésitais à lui dire la vérité. Après tout, je ne le connaissais pas. Ce n'était pas parce que je le voyais tous les matins que nous étions amis ou quelque chose du genre. Et puis, qui me disait qu'il comprendrait? Quel étudiant laisserait ses parents diriger sa vie XXIe siècle? A part moi, évidemment. Il ne comprendrait sûrement pas. Personne ne pouvait comprendre pourquoi je jouais le jeu. Même moi, je ne comprenais pas pourquoi je le faisais, alors qu'un étranger le fasse était inconcevable. Mais j'avais envie de tenter l'expérience. La chance ne m'avait jamais vraiment sourit mais j'avais envie d'y croire. De croire que cet inconnu, que JongIn, me comprendrait et ne me jugerait pas comme le faisaient les autres.


-Je n'ai pas eu le choix de mes études, finis-je par dire. Mes parents pensent que le dessin est une perte de temps et que cela ne débouchera jamais sur un "vrai" métier. Raison pour laquelle je suis ici tous les matins. C'est le seul moment de la journée où je peux dessiner tranquillement. Je sais que j'ai l'air d'un lâche qui n'a pas osé affronter ses parents pour faire ce qui lui plait vraiment mais... C'est un peu plus compliqué que ça. Du moins, de mon point de vue.


J'attendis une quelconque réaction mais elle ne vint pas. Je finis par me demander ce qu'il faisait et levai les yeux vers lui. Il me fixait, me dévisageait. Il passait d'un œil à l'autre, cherchant sans doute une réponse à ses questions. Je ne saurais dire combien de temps c'était écoulé pendant que nous nous fixions. Cinq minutes? Dix? Peut-être vingt? Je ne savais pas.

Il finit par lever la main, la dirigeant vers mon visage. Je me figeais, me demandant ce qu'il allait faire ensuite. Il la posa dans ma nuque, pressant doucement, comme pour me témoigner son soutien.


-Je ne pense pas que tu sois lâche, KyungSoo, dit-il doucement. Je pense plutôt que tu es courageux. Parce que tu as renoncé. Renoncé à ce que tu voulais faire, à ton rêve. Et je pense que c'est beaucoup plus dur de renoncer à son rêve que de se battre pour le réaliser. Parce que, dans le premier cas, on est le seul à souffrir.


Je n'avais pas bougé d'un millimètre depuis qu'il avait commencé à parler. Il avait raison. C'était dur. Incroyablement dur. Mais je ne m'étais jamais arrêté pour réfléchir à mes sentiments, à comment je me sentais vis-à-vis de cette décision, de mon renoncement.

Sans que je ne m'en rende compte, les larmes s'étaient mises à couler, pour la première fois depuis longtemps. Et ce qui avait été quelques filets humides sur mes joues, se transforma en torrents quand je me rendis réellement compte de tout ce à quoi j'avais tourné le dos. Que ma vie ne serait qu'un chemin de croix où je porterais tout le poids de ma décision.

J'enfouis mon visage dans mes mains, essayant de contrôler un tant soit peu mes sanglots. Mais plus les minutes passaient, plus ils étaient violents. Je pleurais comme un enfant de six ans mais je ne pouvais pas m'arrêter. Je n'y arrivais pas.

La main qui, jusqu'à présent était dans ma nuque, se déplaça et finit sa course sur mon bras. JongIn m'attira à lui et son autre main se posa sur ma joue. J'enfouis mon visage dans son épaule, m'accrochant à son sweat comme si ma vie en dépendait, ce qui était peut-être le cas.


Je finis par me calmer mais la prise de JongIn ne se desserra pas. Il me tenait toujours aussi fermement contre lui. Cela aurait dû me déranger mais c'était plutôt réconfortant. Son corps dégageait une douce chaleur et les battements réguliers de son cœur étaient apaisants. Je me calais un peu mieux contre lui et soupirais d’aise en fermant les yeux. Son pouce caressait toujours ma joue dans un geste se voulant rassurant. J'étais bien, je me sentais bien.

Je ne sais pas combien de temps nous sommes restés ainsi mais notre bulle de quiétude fut brisée par la sonnerie de son téléphone. Je l'entendis grogner, ce qui me fit sourire, et je m'écartais un peu pour qu'il puisse récupérer son portable. Il décrocha rapidement après avoir regardé de qui il s'agissait. La conversation fut courte mais je compris vite qu'il était en retard pour un quelconque rendez-vous.

L'appel fini, il se tourna vers moi, m'interrogeant du regard. Je souris doucement, hochant la tête. Le même sourire se forma sur ses lèvres et il passa sa main libre dans mes cheveux.


-Je vais devoir y aller.

-Hum. Moi aussi.

-On se voit demain?

-Bien sûr.


Le lendemain, et le suivant, et tous les jours qui suivirent, nous nous étions rencontrés sur ce banc. Au fil des jours, c'était devenu une habitude. Il faisait deux fois le tour du parc et venait ensuite s'asseoir à mes côtés. Nous discutions tandis que je dessinais.

J'appris beaucoup de chose sur lui. JongIn était étudiant dans une école d'art en première année. Il faisait partie d'un groupe de musique avec quelques amis. Les Dark Angels. J'avais beaucoup ri quand il m'avait dit le nom du groupe. Il n'avait d'ailleurs pas voulu me dire pourquoi ils avaient choisi ce nom. "Pas maintenant" m'avait-il dit avec un sourire espiègle. J'étais curieux évidemment, mais j'avais respecté son choix. C'était une sorte de promesse, promesse qu'il me le dirait un jour et que tant que ce jour n'était pas arrivé, il ne partirait pas. Alors je ne posais pas plus de question sur les Dark Angels, le nom du moins. Mais j'étais curieux sur le reste et je ne me privais pas de demander. Sa famille, ses amis, ses études, tout y passait. Je voulais tout connaitre de lui. Et je crois que cela était réciproque, bien que je ne voyais pas vraiment ce qu'il y avait de palpitant dans ma vie. Mais lui la trouvait intéressante et c'était tout ce qui importait puisque c'était à lui que je racontais mon histoire.


Pour la première fois depuis longtemps, j'avais l'impression d'être moi-même, d'être à ma place. Rester chez moi était devenu une torture, tout comme les cours d'économie que je suivais à l'université. J'avais souvent l'impression d'étouffer, de suffoquer. Dans ces moments-là, j'allais au seul endroit où je me sentais bien : ce banc dans le parc. Notre banc. Même si JongIn n'était pas là, j'avais l'impression de ressentir sa présence lorsque j'étais assis là. Et c'était tout ce donc j'avais besoin. Juste savoir que je n'étais pas seul dans cet enfer qu'était devenu mon quotidien.

Ces moments que nous partagions le matin étaient devenu ma bouffée d'oxygène. Je me surprenais souvent le soir, tandis que j'attendais le sommeil à penser impatiemment au lendemain. Mais ce qui me rendais impatient n'était pas le fait de pouvoir dessiner librement comme c'était le cas avant ; non ce dont j'avais hâte était de voir JongIn. De voir son sourire en coin qui en disait toujours plus long que ses mots sur ce qu'il pensait, de voir ses yeux qui donnaient l'impression de pétiller quand ils se posaient sur moi. De sentir sa main chaude ébouriffer mes cheveux ou presser ma nuque. Je voulais le voir, être avec lui. Et plus le temps passait, plus ce désir grandissait.

Un jour, il fallut que je me rende à l'évidence. J'avais tenté de le nier pendant je ne sais combien de temps mais je ne pouvais plus. Tant pis pour ma fierté, mon orgueil et tout le reste. J'étais tombé amoureux, incommensurablement amoureux de JongIn, de son sourire, de son regard, de la façon dont il me parlait, se comportait, de lui tout simplement. Je l'aimais, je ne pouvais plus le nier, le réfuter par des "C'est juste que cela fait longtemps que tu n'as pas été aussi proche de quelqu'un. Tu confonds." Non, je ne confondais pas. Je ne pouvais pas confondre. Mon cœur me disait que c'était lui et je le croyais. Je le croyais comme je croyais que la Terre était ronde et qu'elle tournait autour du Soleil. Chaque cellule de mon corps le croyait et me le hurlait. Il fallait juste que je l'accepte. Ce que j'avais fait.

Maintenant, il ne restait plus qu'à savoir ce que j'allais faire de mes sentiments.


Je n'arrivais pas à dessiner. Mes yeux étaient fixés sur la page blanche de mon calepin tandis que la pointe de mon crayon tapotait mollement la feuille. Je n'avais aucune idée, aucune inspiration. Mon esprit était aussi vierge que la page devant moi. Je n'avais même pas l'excuse d'être dans mes pensées ou de réfléchir à une chose quelconque. Je fixais un point vide sans autre mouvement que ceux de ma mine HB.

Peut-être serais-je resté comme cela encore longtemps si JongIn n'était venu me réveillé. Il posa une main sur mon épaule me demandant si tout allait bien. Je ne réussis pas à lui répondre, les mots étaient bloqués dans ma gorge. Mon cœur battait la chamade et je n'arrivais plus à soutenir son regard. Je le vit froncer les sourcils, inquiet de mon comportement. Je me mordis la lèvre. C'était une chose d'être avec un ami, mais maintenant il représentait bien plus que cela à mes yeux. Il était devenu mon tout. Et je ne savais plus comment me comporter face à lui. Mon esprit était en totale panique.


-KyungSoo? demanda-t-il d'un ton inquiet.

-Je... réussis-je à dire. Je vais bien.


Les mots m'écorchaient la bouche tellement j'avais du mal à les formuler. Moi? Aller bien? Qui étais-je en train d'essayer de berner? Cela devait se voir à des kilomètres que j'avais un problème. Le visage fermé de JongIn me le confirmait. Mais il ne dit rien, du moins, pour le moment. Il se contentait de me fixer, scrutant chaque centimètre carré de mon visage, espérant trouver la réponse à sa question.


-Un problème avec tes parents? m'interrogea-t-il finalement.

-Pas vraiment. Pas dans le sens où tu l'entends.

-Alors qu'est-ce qui ne va pas, KyungSoo?


J'avais toujours aimé la façon dont il prononçait mon nom. Il avait une manière de le dire, comme s'il s'agissait d'une chose précieuse et fragile. Et j'aimais ça. Je pourrais l'écouter toute la journée si je pouvais.

Mais là n'était pas la question. Je devais répondre. Oui, mais quoi? Je ne pouvais pas lui dire la vérité, c'était exclu. Mais je pouvais toujours lui en dire une partie non? Sans préciser, forcément qu'il en était la cause. Trouvant que c'était la meilleure des solutions vu les choix qui s'offraient à moi, je finis par avouer.


-Je n'en peux plus. Les cours me fatiguent, mes parents sont insupportables et j'ai l'impression d'avancer dans le brouillard le plus complet. Je n'ai même plus d'inspiration pour dessiner!


Je lui avais montré d'un geste vague la feuille que j'avais sous les yeux depuis mon arrivée au parc. Toujours aussi blanche, pas même un trait de crayon. Il fit l'aller-retour plusieurs fois entre mon visage mi-énervé, mi-fatigué et la feuille de dessin. Il finit par tendre le bras et me prendre le calepin ainsi que le crayon des mains. Il me lança un dernier regard à la frontière entre l'hésitation et la détermination avant de se pencher sur la page et d'écrire quelque chose. Je voulu m'avancer pour voir ce qu'il faisait mais il plaqua la feuille contre son torse et me fit signe de m'éloigner d'un mouvement de tête impérieux. Faisant la moue, je m'écartais, non sans lui lancer un regard en coin. La seule chose que j'avais eu le temps de voir était qu'il n'écrivait pas comme je l'avais tout d'abord pensé mais qu'il dessinait. Quoi, était la question.

Quelques minutes plus tard, après que je m'étais lassé d'essayer de deviner ce qu'il pouvait bien gribouiller, JongIn finit par m'annoncer qu'il avait fini. Je retins de justesse le "Enfin!" qui me brûlait les lèvres, bien que je sois persuadé qu'il le vit dans mon regard quand nos yeux s'étaient croisés. Il me dit de fermer les yeux. Je lui lançais un regard exaspéré mais obtempérais néanmoins. J'avais appris, à mes dépends, qu'il pouvait être pire qu'un enfant de cinq ans quand il voulait. Il était donc plus simple de suivre ses directives plutôt que de le voir me faire un caprice.


-Tu peux regarder, chuchota-t-il à mon oreille, après avoir placé le calepin dans mes mains.


J'ouvris sagement les yeux et regardais la feuille située devant moi. Je souris, amusé, avant d'éclater de rire.


-Quoi? Mais quoi? S'exclama JongIn. Pourquoi tu ris? Qu'est-ce qu'il y a de drôle?

-Tu es trop mignon! ris-je aux éclats.


Je le vis à peine rougir sous mon commentaire qu'il détourna le regard en marmonnant dans sa barbe inexistante. Ce qui raviva encore plus mon fou rire. JongIn avait dessiné, je cite "La Famille Lapin" au complet. Il y avait en toute une petite douzaine de lapins sur la feuille, chacun occupé à une tâche différente. La grand-mère tricotait tandis que le grand-père fumait sa pipe ; la mère s'occupait des deux bébés pendant que le père mettait la table ; la tante préparait à manger et l'oncle était au téléphone... Je riais mais ils étaient vraiment bien faits. Ils avaient quelque chose d'enfantin mais de très réaliste en même temps. Et je savais déjà que je garderais précieusement ce cadeau qu'il venait de me faire.


-Merci, JongIn, finis-je par articuler, ma crise de fou rire passée.

-Hum...

-Tu fais la tête? m'étonnais-je. Parce que j'ai ris?


N'obtenant aucune réponse, je m'approchais de lui, voulant voir son visage. Il me tourna le dos. Un enfant, je vous disais. Je soupirais et reculais légèrement, faisant mine d'abandonner. Il tourna lentement la tête vers moi, se demandant sûrement si je laissais réellement tomber. J'en profitais et, vif comme l'éclair, je lui plantais un bisou sur la joue, le remerciant à nouveau.

Il resta figé pendant tellement longtemps que j'eu peur qu'il eut mal pris mon baiser. Je savais que ce n'était pas commun comme remerciement mais il n'était pas si étrange que cela si? Je commençais sérieusement à m'inquiéter quand il se tourna finalement et s'assit normalement, de profil à moi. Je l'observais attentivement. Il n'avait pas l'air en colère, pas même contrarié, à peine gêné, oserais-je même dire. Il avait l'air plutôt serein, comme quelqu'un qui sait qu'il a fait ce qui était juste.


-Ça fait du bien, déclara-t-il au bout d'un moment.

-De? lui demandais-je, sans comprendre.

-De te voir rire et sourire. Même si c'est pour te moquer de mon magnifique dessin... ajouta-t-il avec son fameux sourire en coin.


Mon sourire s'agrandit tandis que je sentais mes joues s'empourprer. J'étais rassuré. Il ne m'en voulait pas et venait même de me dire qu'il aimait mon sourire et mon rire, à sa manière certes mais c'était ce que sous-entendait sa phrase. Du moins, je voulais y croire. Parce que cela me faisait battre mon cœur et me donnait des papillons dans le ventre. Peut-être que mon espoir était vain mais, l'espoir fait vivre n'est-ce pas? Et je ne voulais pas le laisser filer, ce maigre espoir que, peut-être, au fin fond de sa conscience, JongIn m'aimait un tant soit peu. Peut-être pas de la même façon que, moi, je l'aimais mais c'était toujours cela de pris.

Le silence entre nous était réconfortant, comme si nous n'avions pas besoin de mots pour nous comprendre, nous entendre. C'était apaisant et rassurant. Il était apaisant et rassurant. Souvent, je comparais JongIn à une aspirine. Comme si j'avais une migraine atroce et qu'il était mon seul remède efficace. Bien que l'image de l'aspirine ne soit pas très bien choisie puisque, je savais d'expérience, que l'aspirine n'avait aucun effet lors d'une migraine. Peut-être de la morphine dans ce cas? L'image était plus réaliste. Il était ma drogue. Et j'y étais devenu complètement accro et ce, depuis le début.


-KyungSoo ? M’appela JongIn, me sortant doucement de mes pensées.

-Oui ? Répondis-je en me tournant vers lui.

-Je peux te demander une faveur ?


Je hochais la tête, me demandant de quoi il pouvait bien s'agir. Il ne m'avait jamais rien demandé jusqu'à présent. J'étais donc curieux.


-Tu te souviens que je fais partie d'un groupe?

-Oui, les Dark Angels, déclarais-je avec un sourire amusé.

-Mouais, bon, dit-il en s'agitant légèrement, ce qui me fit sourire d'autant plus. Le fait est qu’on n’a pas encore de logo pour le groupe et, je me demandais si... Enfin, si... Si tu serais d'accord pour le faire.

-Moi? Pourquoi? Ce ne serait pas mieux que ce soit l'un de tes amis qui le fasse? M’étonnais-je.

-Parce qu'aucun de mes amis ne t'arrive à la cheville et que j'aimerais que ce soit toi qui le fasses.


Je ne répondis pas tout de suite, pesant le pour et le contre. Je ne mis cependant pas longtemps à prendre ma décision. Après tout, JongIn voulait que ce soit moi, je ne pouvais pas lui refuser cela. Je ne pouvais pas et de toute manière, je ne voulais pas. La seule chose qui m'inquiétait vraiment était le résultat final. Serait-il déçu ? Rien ne garantissait qu'il aimerait ce que j'allais faire. Et quand bien même le logo que je ferais lui plairait, ses amis pouvaient ne pas aimer... Mais je prenais tout de même le risque. Je voulais lui faire plaisir. Et si je devais dessiner le logo de son groupe au nom de Visual Kei alors je le ferais.


-D'accord, je le ferais.

-C'est vrai? S’exclama-t-il, un immense sourire aux lèvres.


Rien que pour ce sourire, cela valait la peine de prendre le risque. Je hochais la tête, lui rendant son sourire et il se jeta presque sur moi pour me serrer contre lui. Surpris, je restais figé quelques secondes, avant de passer doucement mes bras dans son dos et d'enfouir mon visage dans son épaule. Il me remercia, raffermissant sa prise autour de moi comme s'il avait peur que je parte. Mais je ne comptais pas partir. Pas tant qu'il voudrait bien de moi à ses côtés. Je resterais là où, selon moi, était ma place. Avec lui.


Nous restâmes ainsi plusieurs minutes puis je dégageais mon visage de son épaule pour pouvoir discuter. Mon front posé sur son cou, je réfléchis encore quelques instants avant de prendre la parole.


-Les autres sont au courant que je fais le logo ou pas?

-Non, je leur ai dit que c'était moi qui le faisais. Mais quand ils le verront et qu'ils seront d'accord pour le prendre, je leur dirais la vérité.

-D'accord... Tu as déjà une idée de ce que tu veux? L’interrogeais-je, à nouveau.

-Pas vraiment. Je me suis dit que tu trouverais.


Je soupirais. J'avais bien une idée mais je n'étais pas sûr que cela corresponde au groupe. Je ne savais même pas quel genre de musique ils faisaient, ni même combien ils étaient. A ce moment-là, je me rendis compte que je ne savais vraiment pas grand-chose sur les amis de JongIn, ni même sur sa vie à l'université. Avait-il une petite amie? Je ne lui avais jamais posé la question et lui ne m'en avait jamais parlé. Mais cela ne voulait pas dire qu'elle n'existait pas. Après tout, JongIn était très beau, compréhensif et sociable. Il devait avoir beaucoup de filles qui lui couraient après. Cette pensée me fit grimacer. Je ne voulais pas y penser. Pas maintenant. Pas quand j'étais dans ses bras. Jamais, en fait. Je préférais ne pas savoir s'il avait quelqu'un plutôt que d'apprendre qu'il sortait avec une fille quelconque.

Je m'écartais de lui et repris une position assise normale. Il m'appela doucement, ne comprenant sûrement pas pourquoi je m'étais éloigné aussi abruptement mais je l'ignorais et me penchais en avant pour récupérer mon calepin qui était sur le sol. Prenant mon crayon, j'écrivis "Dark Angels" en capitale, en haut de la page et me tournais vers mon voisin.


-Vous faîtes quel genre de musique?

-Euh... hésita-t-il un instant. Un peu de tout, je dirais. Principalement, du pop-dance mais on fait aussi du rock ou de l'électro.

-Ok, dis-je en reportant ce qu'il m'avait dit sur la feuille. Vous êtes combien dans le groupe?

-Cinq en me comptant. Mais pourquoi tu me poses toutes ces questions?

-Parce que ce sera plus simple de faire un logo si je sais qui vous êtes, répondis-je simplement en écrivant. Quand tu dis que vous êtes un groupe, tu veux dire qu'il y a un batteur, un guitariste etc. ou vous chantez tous les cinq?

-Certains sont aussi instrumentistes mais on chante principalement...

-Ok, j'ai tout! M’exclamais-je en terminant de gratter la feuille. Tu me chanteras quelque chose un jour? Dis-je après un moment d'hésitation.

-Si tu veux. Mais je ne suis pas super doué. Celui qui chante super bien dans le groupe c'est BaekHyun...

-Oh... Alors c'est quoi ton point fort à toi?

-La danse! On peut dire que SeHun et moi sommes les danseurs du groupe, en quelque sorte.


Ses yeux brillaient lorsqu'il parlait de sa passion et un sourire heureux illuminait son visage. Il était beau, vraiment beau. J'en venais à être jaloux de ce SeHun qui partageait sa passion ou bien encore de ce BaekHyun qui pouvait passer ses journées avec l'homme que j'aimais. J'aurais aimé être avec eux, dans cette école. Je m'étais renseigné sur les écoles d'art qui avaient une section arts plastiques, et celle où était JongIn et ses amis était celle où je serais allé si je n'avais pas renoncé.