CHAPITRE 13 // THE END //

par Gaïa-sama

La fin… C’était la fin.



Je plantais mon regard dans le sien, essayant de déceler de l’humour, une plaisanterie… Tout, n’importe quoi, tant que ça pouvait me montrer qu’il mentait. Qu’il ne voulait pas ça, qu’il refusait cette chose autant que moi… Mais non.

Il avança un peu plus le couteau et une petite goutte de sang glissa le long de celui-ci. Je sentais que ma respiration s’accélérait, mes yeux me piquaient… Je ne voulais pas faire ça, je ne pouvais pas !



Je sentais mes mains trembler. Il était sérieux, définitivement sérieux… Comment j’étais censé faire face à ça ? Bien que ça ne fasse pas spécialement le temps qu’on se connaissait, je m’étais attaché à sa personnalité bizarre. Il m’avait aidé, énormément. La première fois que j’avais blessé, puis la première fois que j’avais tué… Il m’avait aidé à me calmer pour Tao, pour sa maladie, pour tout. Sans lui, je me serais surement égaré plus que ça, voir même totalement perdu. Et je le remerciais comment ? En le tuant, égoïstement, pour pouvoir rester avec Sehun ?

Je ne savais pas quoi dire. J’étais partagé entre la tristesse, la tristesse de savoir que lui n’avait pas pu partager une plus longue partie de sa vie avec la personne qu’il aimait et de savoir qu’il ne pourrait jamais la retrouver… Et la peur. La peur de le tuer, la peur de ce qu’il y aura après, la peur de ne plus le revoir ici, la peur qu’il m’en veuille quand même, la peur de ne pas me relever de ça…

Il lâcha ma main et la passa rapidement dans mes cheveux pour les ébouriffer. Il souriait, mais son regard paraissait tellement triste, tellement… Epuisé. C’est ça. On aurait dit qu’il était épuisé de vivre cette vie.

Je restais figé. Je rêvais ou il était en train de me faire ses adieux là ?

Il s’avança en soupirant et en ouvrant ses bras, qu’il referma dans mon dos. Il les serra un peu plus et posa sa tête sur mon épaule droite. Il se retira doucement en me faisant un sourire encourageant et leva la tête pour me laisser l’accès à son cou. Je continuais de le regarder complètement immobile. Mes mains étaient moites, mon cœur tapait extrêmement fort. Mon cerveau semblait totalement déconnecté et mes yeux fixaient toujours ceux de N, cherchant encore à trouver l’ombre d’une plaisanterie.

Je sursautais et redescendais lentement sur terre…

J’obéissais. De toute façon, je sentais que je n’allais pas pouvoir partir d’ici sans que N soit mort. Si je ne le faisais pas, il allait le faire. La détermination qui se trouvait dans son regard me le prouvait. Alors je lui fis un faible sourire, un baiser sur la joue et fermais les yeux. Je serrais mon couteau de ma main tremblante, calmais ma respiration et oubliais tout. La tête vide. C’était ça le secret pour tuer sans regrets. Vous oubliez votre vie, vos principes… Tout. Vous oubliez le mal, le bien, le sens de ces deux mots… Et vous faites ce que vous voulez.

Ça s’appelle le contrôle de soi.

J’ouvre les yeux. Je suis prêt. J’avance le couteau rapidement et le place sous le menton de N. Si on le place correctement, un seul coup et c’est la mort assurée. N se mit à rire, sincèrement. Je ne l’avais jamais entendu rire de cette manière, j’attendais donc quelques secondes. M’abreuvant de ce rire une première et dernière fois…

Il me fit un clin d’œil et un petit coup de tête pour me dire d’y aller.

Je m’écroulais dans mon entrée. La respiration coupée, les membres tremblants et les yeux humides. Comme promis, je n’étais pas resté. Je n’avais pas regardé. Mais j’avais entendu… Je n’avais pas pu m’empêcher d’entendre… J’avais lâché mon couteau et j’avais couru à ma voiture, manquer de percuter je ne sais combien de fois les barrières de sécurité de la route et enfin, j’étais arrivé chez moi… Et ça n’était pas terminé… Non.

Un Sehun aux yeux rouges et à l’attitude provoquante était sur les escaliers et me regardait avec un rictus amusé.

C’était horrible. J’avais l’impression que c’était Sehun qui me disait toutes ces choses. Seul ses yeux m’indiquaient que ça n’était pas le cas. Sa voix, ses attitudes, ses mimiques, son apparence… Tout était pareil. Et chaque parole qu’il prononçait me blessait un peu plus… Même si ça n’était pas lui.

J’avançais doucement. J’avais l’impression de faire l’acte le plus important de ma vie… Et en même temps, j’avais l’impression d’être dans un espèce de mauvais rêve bizarre. Mais non. Ce mauvais rêve bizarre était ma vie maintenant. Je m’arrêtais à quelques centimètres de Sehun qui se mit à sourire de manière plutôt flippante.

Il s’approcha lentement, penchant la tête sur la droite et en levant les deux mains. Il les posa sur mon torse en même temps qu’il posa ses lèvres sur les miennes. Et… C’était bizarre, très bizarre. Et aussi extrêmement douloureux.

Les deux mains qu’il avait posé sur moi envoyaient comme des déchargent électriques, me faisant gigoter dans tous les sens et sa bouche semblait ne plus jamais pouvoir se décrocher de la mienne. Quelque chose me faisait énormément mal dans la cage thoracique et je n’arrivais plus à respirer correctement. Mes yeux convulsaient, ma tête allait surement imploser dans la minute et un incessant grincement se faisait entendre dans ma tête. Jamais, au grand jamais, je n’avais eu aussi mal de ma vie.

Et puis là, la partie la plus douloureuse vint. Ca n’était pas douloureux physiquement, de toute manière étant donné la puissance de ma douleur une de plus n’aurait pas changé grand-chose… Mais là, c’était purement psychique. Comme un film, ma vie défilait en vitesse rapide devant mes yeux, ralentissant sur chaque moment fort. Je revivais tout, comme un simple spectateur. Je ne pouvais pas agir sur mon passé, je ne pouvais plus rien faire à part regarder.

La mort de mes parents, ma solitude, la rencontre de Tao, la fondation de notre école… Quelques copines, Tao m’apprenant quelques trucs de Wushu, moi qui lui montre des mouvements simples au sabre… Les premiers cours, les premières paies, les premières félicitations… Et puis le succès, les différentes classes qu’on avait ouvertes. Je me rendais compte que Tao était ma vie, entière. Depuis ma rencontre avec lui, il avait habité chacune de mes journées, comblé ma solitude, fait retrouver mes sourires et redonner une nouvelle flamme à ma passion. Et puis vint Sehun… Ma première rencontre avec lui, les premiers moments à passer ensemble, et puis la découverte du livre… Le petit film ralentissait à la première conversation sur le livre avec N, et puis repartait de plus belle, et continuait de me montrer chaque image. Tao malade, qui essayait de me le cacher… C’était tellement flagrant maintenant que je le savais. J’avais été tellement bête, tellement aveugle…

Et rapidement, on arrivait à mes différents meurtres. Je me redécouvrais, vu de haut. Je me revoyais changer totalement de personnalité, tuer ces personnes innocentes, je me voyais péter des câbles sur les gens de la boite de nuit, je me voyais m’amuser avec chacune de mes victimes. Je voyais Tao encore plus malade, Tao à l’hôpital…

La mort de Tao.

Ma respiration déjà difficile se fit presque inexistante. Je cherchais l’air avec force, pressant ma main autour de celles de Sehun pour le forcer à les enlever de mon torse, à arrêter cette torture émotionnelle… Mais non. Il semblait totalement collé à moi.

Et puis la dernière nuit avec Sehun, son regard triste, apeuré que je n’avais pas pu voir avant. Et puis la librairie passa au ralenti, me montrant faible face à N et ses tendances suicidaire, continuant de dire non, mais me laissant convaincre… Je revis une seconde fois ce que je voulais à tout prix oublier… Et tombais à genoux. Sehun m’avait accompagné dans ma chute, n’enlevant toujours pas ses mains de mon torse et sa bouche de la mienne… Pourtant, ça devait être fini non ?

« Libera te tutemet ex inferis »


C’était fort, trop fort. Cette phrase résonnait dans ma tête, amplifiant le mal de tête impossible que j’avais déjà. Et puis tout s’arrêta, les mains de Sehun et sa bouche se décollèrent de moi d’un coup. Le grincement stoppa, la phrase stoppa… Mais je me sentais toujours aussi mal, ma tête semblait peser dix tonnes, je n’arrivais pas à respirer correctement et cette douleur dans la poitrine était tellement vive que j’avais l’impression d’avoir une plaie ouverte.

Je me laissais tomber au sol, couinant et laissant le torrent de larme qui s’était déjà formé continuer à affluer. Sehun n’avait pas disparu, il était là, devant moi. Il se passait la langue sur les lèvres en souriant.

Et puis, peu à peu, la couleur rouge de ses yeux s’estompa et les yeux foncés de Sehun revinrent. Mais la douleur devint encore plus lancinante, me brulant de toute part. Je couinais et me tortillais par terre, priant pour que ça cesse, et vite. Et Sehun me regardait sans comprendre, il me regardait tristement, apeuré.

Il se laissa tomber à genou à côté de moi sans oser me toucher, j’essayais de garder les yeux ouverts, de me dire que c’était le vrai Sehun maintenant… Mais je sentais une intense colère monter en moi, et cette colère ne me disait rien de bon…

Je convulsais violemment, me cambrant sous chaque accès de douleur et puis tout se stoppa. La colère que je ressentais avait atteint le maximum, et je regardais Sehun avec tout le mépris du monde dans mes yeux.

Q-Quoi ? Je ne voulais pas dire ça ! Je ne l’ai jamais pensé une seule fois, pourquoi est-ce que je ne contrôlais même plus ce que je disais ? Est-ce que je rêvais ? Est-ce que je m’étais évanoui suite à la douleur ou… Non… Est-ce que c’était ça, donner son âme ?

Non. Ça n’allait pas, vraiment pas. Je voyais ces larmes dévaler les joues de Sehun, doucement. Je ne voulais pas dire tout ça, je ne voulais pas le blesser, je voulais le serrer contre moi. Oublier tout ce que j’avais fait dans son odeur de bébé, sentir ses caresses et ses bras autour de moi quand je me réveillais de mes cauchemars incessants… Je ne voulais pas le voir triste… Je voulais juste son sourire.

Ma main alla lever mon tee-shirt sans que je n’aie eu à contrôler quoique ce soit, et je vis la mine de Sehun se dégrader petit à petit. Il mit ses deux mains sur sa bouche et ses yeux se remplirent encore plus qu’avant, laissant d’épaisses larmes dévaler le sillon humide qui s’était formé sur ses joues.

Sehun me sauta dessus, prenant mes mains entre les siennes et paniquant complètement. Il plantait ses yeux dans les miens à chaque fois qu’il parlait, mais je ne pouvais pas lui répondre, je ne pouvais pas l’enlacer pour le calmer, non. A la place, je le poussais brusquement et il alla s’étaler un peu plus loin dans l’entrée.

Il reprit mes mains, les serrant un peu plus fort et tentant de me coincé entre le mur et lui pour m’éviter de bouger, mais ses forces semblaient être moindres par rapport à ce … « faux » moi. Les positions s’inversèrent, Sehun se faisait soulever et ne touchait plus par terre. Je le secouais, le faisant taper contre le mur violemment à chaque fois. Et puis, le jetais une nouvelle fois à travers la pièce. Il se cogna la tête contre la table basse et du sang coula doucement sur le sol, mais ça ne sembla pas l’arrêter pour tant puisqu’il me sauta dessus une nouvelle fois.

Cette fois il avait réussi à me mettre au sol, et s’était positionné au-dessus de moi pour me bloquer les membres. Je levais la tête et lui mettais de puissants coup de tête, mais il ne bougea pas non plus. Il s’approcha pour m’embrasser et je mordais le plus fort possible sa lèvre inférieure. Il recula en couinant, mais ne lâchais toujours pas sa prise. Il saignait maintenant à l’arcade droite, à la lèvre, et l’arrière de sa tête devait être dans un sale état aussi. Ses phalanges saignaient abondamment à force que je bouge les bras pour me dégager et son regard semblait de plus en plus inquiet.

Mais, encore une fois, je ne pouvais rien faire. Je ne contrôlais rien, je ne savais même pas comment tout ça était possible. Je voyais tout ce qui se déroulait sans avoir l’impression que c’était moi… Et pire, je savais qu’il fallait que je lutte pour pouvoir reprendre le contrôle sur mon corps, mais je n’avais aucune idée de la manière dont il fallait que je le fasse.

Sehun sembla reprendre un peu de confiance et mit plus de force dans ses mains. Il plongea ses yeux dans les miens une nouvelle fois et me fis un petit sourire narquois.

J’avais envie d’acquiescer, mais je lui mis un énorme coup de poing dans la figure. Je me concentrais pour penser que la mort de Sehun n’était pas importante, mais c’était beaucoup trop difficile ! Sehun était toute ma vie maintenant…

Ok… Sehun est un connard. Un connard méchant, moche et violent. Je m’en fiche s’il meurt. Je jure que je m’en fiche s’il meurt, ma vie sera plus tranquille. Je m’en fiche s’il meurt. Je m’en fiche s’il meurt. Je m’en fiche s’il meurt. Je m’en fiche s’il meurt. Je m’en fiche s’il meurt…

Je sentais toute force me quitter, je tombais une nouvelle fois sur les genoux mais retrouvais enfin le contrôle de mon corps. Malheureusement, mon répit fut de courte durée, étant donné que la douleur à la poitrine et l’incapacité à respirer reprenait de plus belle. Sehun accouru vers moi et me pris contre lui. Il me caressait les cheveux doucement, me chuchotant que ça allait passer, que tout irait bien…

Et je m’étais endormi.



Je me réveillais enveloppé d’un corps froid, mais réveillé. Sehun me regardait, inquiet, pendant que sa main continuait de jouer avec mes cheveux. Je m’étirais doucement, il semblait faire nuit, la douleur que j’avais ressenti plus tôt avait disparu mais laissait tout de même un petit pincement sur le torse et des douleurs musculaires. Je m’asseyais et regardais autour de moi. Sehun avait de petites ecchymoses sur le visage et la lèvre enflée. Un petit bandage faisait le tour de sa tête et deux autres sur chaque main. Qu’est-ce qu’il lui était arrivé ?

Et je me souvenais de tout, d’un coup. De tous les souvenirs qui m’étaient repassés devant la figure, de ce que j’avais fait à Sehun sans le vouloir… Mais surtout, d’une chose. N… J’avais tué N… N était mort, disparu…

Je me remémorais la scène, j’entendais de nouveau les dernières phrases de N, le son... Le son que je n’avais pas voulu entendre, mais que j’avais entendu quand même. Je me remettais à trembler, à pleurer. J’avais peur, je m’en voulais, je me détestais. Je sentis deux bras passer autour de moi et me tirer en arrière.

Il me força à mettre ma tête dans le creux de son cou et me caressait doucement le dos. Je tentais de me calmer, de chasser ces images, ces sons, ces paroles… Mais je ne pouvais pas. Je n’y arrivais pas. J’étais totalement conscient de ce que j’avais fait, et devant la réalité, les choses devenaient tellement plus dures, plus cruelles… Plus tristes.

~

J’avais réussi à me calmer, les caresses de Sehun s’étaient arrêtées et je passais lentement mon doigt sur les plaies de son visage.

Il grimaça à cause de sa blessure à la lèvre, lèvres sur lesquelles je déposais doucement les miennes. Appréciant juste ce doux contact, bien que froid.

Il baissait la tête et l’arrêta sur une partie de mon tee-shirt. Il le leva lentement et se pinça les lèvres.

Et il y avait de quoi. Un grand cercle remplis de plusieurs traits formant deux grosses étoiles imbriquées était marqué dans ma peau, juste entre mes pectoraux. La plaie était rouge, pas encore cicatrisée, mais je pouvais savoir que ça allait faire une grosse cicatrice et que cette « chose » ne disparaitrait jamais.

Il fit un faible sourire et me pris dans ses bras. Il me serra fort, vraiment très fort et plaça sa tête dans mon cou en soupirant.

Je souriais. Moi aussi j’étais bien, et j’allais avoir besoin de lui… Vraiment. Besoin de lui pour me faire oublier les meurtres que j’avais commis, surtout celui de mon dernier ami… Pour me faire oublier la mort de Tao, pour me faire oublier cette chose qui restera sur mon corps… Mais aussi, pour m’aider à contrôler cette colère, pour m’éviter de faire n’importe quoi.

Mais peu importe, puisque je savais qu’il serait toujours là. Tarir mes larmes, apaiser ma tristesse, contenir mes colères. Il l’avait toujours fait. La seule différence était que maintenant, il me serrait fermement dans ses bras… Sans limite.