CHAPITRE 12 // ByeBye Tao //

par Gaïa-sama

« C’était fini Terminé. Et ça voulait dire deux choses pour moi Deux choses atroces. »





Il se mit à sourire et s’approcha un peu plus de moi.



Je comprenais maintenant. Pourquoi Sehun ne voulait pas me le dire, pourquoi il avait des doutes sur le fait que j’allais vraiment tout faire pour qu’il reste… Les deux choses qu’il me demandait étaient juste infaisables…

Je n’eus pas le temps de répondre quoique ce soit, il avait disparu. Je me le vais et tournais en rond dans la chambre. Alors pour que Sehun reste, il fallait que je tue quelqu’un de proche et que je laisse mon âme à ce psychopathe des enfers ? Je rigolais nerveusement. On se croirait dans un vieux film flippant.

Encore, abandonner mon âme… Pourquoi pas. Si j’avais des moments où je pouvais être moi et que ces moments je pouvais les passer avec Sehun… Mais, tuer quelqu’un de proche ? Tao allait mourir, certes. Mais en aucun cas je ne voudrais toucher un seul de ses cheveux. Il était déjà bien assez malheureux comme ça… Et puis, je ne pourrais même pas le faire. Et puis N… Il m’avait tellement aidé, je ne pouvais tout simplement pas. Et puis le tuer lui, qui n’avait pas pu vivre son histoire avec Ravi, pour que moi je puisse la vivre avec Sehun…

Je secouais la tête. Il fallait que j’arrête de penser à ça, il fallait que je trouve une solution pour éviter de faire ces deux choses…

Non. Il n’y avait pas d’autre solution… J’allais devoir choisir, Sehun ou mon âme. Sehun ou une amitié… Sehun ou tout ce qu’il me restait.





Je sortais des vestiaires, mes affaires en main et prêt à aller à l’hôpital avec cette troupe d’ado. Ils étaient tous là, souriant, un bouquet à la main et pressé de revoir Tao. Depuis qu’il était entré à l’hôpital, ils ne cessaient de me demander si il allait bien, et j’avais donc prévu de les emmener le voir. Après tout, ça ne pouvait pas lui faire de mal de les voir un petit coup !

On avait décidé de s’y rendre à pied, étant plus pratique, surtout qu’on était quand même sept et qu’ils ne rentraient pas tous dans ma voiture. Je posais donc mes affaires et partais en direction de l’hôpital.

Je détestais toujours venir ici, l’odeur de médicaments, les patients morts d’inquiétude dans la salle d’attente, les plaintes ou tout simplement les gens qui attendaient la mort dans toutes ces chambres… Comme Tao. Kai me mit un petit coup dans les côtes en me souriant pour me rassurer et accéléra le pas.

~

Tao était vraiment content d’avoir revu ses petits élèves, et je pense qu’il était surtout content de voir qu’ils pensaient à lui, même s’ils n’étaient jamais venus. Une fois tous les gosses partis, je restais avec Tao pour discuter un peu. Il paraissait vraiment fatigué…

Il me fit un joli sourire et s’écarta pour me laisser une place à ses côtés dans le lit. Il se laissa tomber en arrière en soupirant.

Je me relevais et me dirigeais vers mon sac à dos. J’avais pris la photo de Sehun sur la barrière la dernière fois, j’avais l’impression qu’il m’accompagnait la journée. Au moins, il était dans mon sac…

Je souriais en la sortant, rien que de voir sa bouille ici me redonnait le sourire. Tao me regarda étrangement avant de prendre la photo. Il releva doucement la tête en souriant.

J’avais envie de lui dire qu’étant donné l’âge que devait avoir Sehun, lui par contre, faisait très jeune pour son âge. Mais je me retenais, je n’osais même pas imaginer la tête de Tao si je lui disais que c’était un fantôme. Il m’enverrait à l’asile directement. Je m’allongeais à côté de Tao, écoutais ce qu’il me disait, répondais à certaines de ses questions, et surtout… Je rigolais. Pour une fois, je me sentais libre, et j’avais l’impression que ces histoires de meurtres n’étaient qu’un cauchemar.

~

Je fus réveillé par un « Bip » long et incessant. J’ouvrais lentement les yeux, mais à peine avais-je eu le temps de les ouvrir que quelqu’un me poussa violemment du lit. Les lumières s’allumèrent et je pouvais enfin voir ce qu’il se passait. Tao était immobile sur le lit, deux infirmières et un médecin essayait de stabiliser son état… C’est-à-dire ce « Bip » long. Bien trop long.

Je restais par terre, sans bouger. Je les regardais s’agiter, j’avais envie de fracasser cette machine qui faisait résonner ce bruit dans ma tête. Ce bruit qui ne se décidait pas à s’entrecouper. Non… Il restait long, il ne se coupait jamais… J’avais l’impression que tout se passait au ralenti… Et puis les médecins s’arrêtèrent, débranchèrent la machine et s’apprêtèrent à partir, quand une petite femme s’approcha de moi.

Ma vie se stoppa d’un coup. Comme si plus rien ne fonctionnait à l’intérieur de moi, comme si le temps s’était arrêté. Je secouais la tête et me jetais sur la bonne femme qui venait de parler.

La dame me poussa dehors et referma la porte doucement en se retournant vers moi.

Je me laissais glisser le long du mur. Non… Je ne voulais pas lui dire au revoir, j’voulais pas ! Il n’allait pas partir, il allait être là, assis sur son lit quand j’allais retourner dans cette chambre… N’est-ce pas ? Je soupirais. Qui pourrais-je bien appeler ? Je n’ai personne à part lui et N… N ? Est-ce que c’était vraiment correct de l’appeler ici ?

Non… Je n’en avais jamais parlé à Tao en plus… Non. J’allais me démerder tout seul, comme d’habitude. J’essayais de me calmer un peu et me relevais, je devais aller voir si Tao était là… Voir s’il n’avait vraiment pas bougé… Est-ce que c’était possible ? Il était vraiment… Parti ?

J’appuyais sur la poignée et ouvrais doucement la porte. L’intérieur de la chambre était calme, rien ne bougeait. Il faisait sombre, et je n’entendais pas la respiration de Tao, comme habituellement. La machine qui normalement mesurait son rythme cardiaque avait disparu et laissait place à un silence angoissant.

Je prenais la main de Tao et constatait qu’il était un peu plus froid. Pas de beaucoup, juste tiède, mais moins chaud que moi… Pourquoi fallait-il que les choses soient si difficiles ? Pourquoi tout me tombait dessus en même temps ? Pourquoi… Pourquoi Tao n’est pas resté pour m’aider, me soutenir ? J’avais tellement besoin de lui…

~

Enervé contre le monde entier, contre ces hospitaliers, contre ces connards de médecins, contre cet espèce de « Roi » ridicule, contre moi-même… Contre la vie. J’étais bien décidé à me défouler, je voulais m’enlever ce poids que j’avais sur le cœur… Et pour ça, j’avais une idée. Je souriais rien qu’en y pensant.

Je cachais un couteau dans ma manche droite après m’être plutôt bien habillé, et prenais ma voiture pour me diriger vers la plus grosse boite de Séoul. Le videur était un ancien élève de l’école et me laissait rentrer facilement, même dans le carré VIP… J’allais aller leur foutre la trouille à tous ces connards de riches.

J’entrais complètement euphorique dans cette foule. Personne ne me remarquait ici, et je pouvais libérer ma rage correctement… J’avançais, essayant de me frayer un chemin jusqu’à la piste de danse et je me mis à danser… J’arrêtais de réfléchir, je fermais les yeux et prenais une grande inspiration… Ce que j’allais faire, je m’en fichais maintenant. Plus rien ne comptais ce soir.

Deux filles se collèrent à moi, elles dansaient de manière bien trop vulgaire, elles me dégoutaient. Je sortais rapidement mon couteau et leur fit deux entailles. Assez importante pour qu’elle s’en aille, mais pas assez pour qu’elles meurent… Et je faisais ça, toute la soirée. Rien, pas une seule personne ne s’était rendu compte de quelque chose, bien trop occupé par leur propre vie, leurs propres problèmes… Des gens se faisaient poignarder, d’autres blessés… Et ça se passait comme ça.

Je souriais et sortais rapidement de la boite. J’étais soulagé, sans vraiment savoir pourquoi, faire ça à ces gens m’avait procuré un plaisir infini. J’avais l’impression d’être totalement invincible, je n’étais plus en colère… J’avais juste envie de rentrer voir Sehun…

Je reprenais la voiture, j’étais dans un état second. Au fond de moi, j’avais l’impression de m’être totalement perdu. Ce soir, ça n’était pas moi. Jamais, au grand jamais je n’aurais pu faire ça. Blesser et tuer gratuitement, passant ma colère sur ces gens innocents… Pourquoi ? Je n’en avais aucune idée, et je m’en fichais… Je m’en fichais ! Et c’est bien ça qui m’effrayais le plus.

J’allais arriver chez moi, quand quelque chose me revint en mémoire… Je devais tuer quelqu’un qui m’étais proche mais… Il n’y avait plus Tao. C’était fini… Terminé. Ce qui voulait dire deux choses pour moi, deux choses atroces… J’allais devoir tuer N et je ne reverrais plus jamais Tao. Je perdais les deux personnes qui comptaient… Je les avais perdues les DEUX !

J’arrivais chez moi, lâchais tout dans l’entrée et tombais à genoux par terre, épuisé. J’étais totalement perdu, et personne ne pouvais m’aider… Non, personne. Même pas moi. Je ne comprenais pas le monstre que j’étais devenu, je ne comprenais pas pourquoi je m’obstinais tant à vouloir rester avec un fantôme… Je ne comprenais pas non plus pourquoi c’était Tao qui devait mourir… Et pourquoi pas moi ? J’avais déjà tué tellement de gens, Tao n’avait rien fait… Alors pourquoi lui partait ?

Non ça n’était pas juste. Rien n’était juste.



Un petit bruit me fit sursauter, je levais lentement la tête et tombais sur Sehun, un peu plus loin. Il me regardait depuis les escaliers, un mélange entre la peur et l’inquiétude dans le regard. Il n’osait pas s’approcher, je le voyais bien…

J’ouvrais les yeux sous la surprise. Moi ? Je lui faisais peur ?

J’avais employé un ton un peu trop froid. Je vis Sehun baisser la tête tristement, restant cependant toujours à sa place sur les escaliers. Je regardais autour de moi, mes mains étaient effectivement couvertes de sang et il ne fallait pas que je les voient plus longtemps comme ça, ou j’allais me sentir mal. Je me levais d’un coup, me dirigeant vers les escaliers pour monter à la salle de bain. Sehun se décala et me suivit de loin pour s’arrêter devant la porte.

J’ouvrais le jet de la douche et me jetais dessous. Je gardais la tête baissée, regardant tout le sang qui se mélangeait lentement à l’eau pour disparaitre… Combien de personnes avais-je tué ? Combien en avais-je blessé ? J’avais fait ça tellement naturellement… J’espérais que je n’avais pas merdé comme la dernière fois avec la vidéo, je ne m’étais pas couvert le visage…

Et puis pourquoi j’avais fait ça ? Est-ce que… Est-ce que Tao m’avait vu ? Est-ce qu’il allait m’en vouloir ? Bien-sûr qu’il allait m’en vouloir… Il était persuadé que j’avais une bonne raison, et j’en avais une… Jusqu’à ce soir… Je n’étais pas obligé de tuer et blesser tous ces gens… Un seul aurai suffi.

~

J’acquiesçais et descendais les marches, toujours la tête un peu ailleurs. Sehun était devant et semblait assez pressé d’établir le lien… Mais d’ailleurs, il n’avait plus peur de moi ?

Je prenais machinalement un couteau dans ma cuisine et me taillais l’index que je portais à la bouche de Sehun. Je ne portais même pas attention à la douce chaleur qui me parcourait le corps et attendais qu’il ait terminé pour l’enlever.

Il me regarda quelques secondes avant d’enrouler ses bras autour de moi et de me tirer vers ma chambre. Il me fit m’allonger à ses côtés, me serrant contre lui. Ses bras passaient autour de moi et nos visages étaient à quelques centimètres l’un de l’autre.

Il passa sa main droite sur ma joue doucement, et je constatais que je pleurais. Je ne m’en étais même pas rendu compte mais depuis que j’étais rentré, je ne m’étais pas arrêter de pleurer, comme un idiot…

Je soupirais et enfonçais ma tête dans le cou de Sehun. Sa présence me rassurait, j’étais content qu’il soit là… C’était la seule personne qu’il me restait maintenant… Et j’avais besoin de lui ce soir.

Il me caressait doucement les cheveux, attendant que je me calme et reprit.

Je m’énervais tout seul, expliquant à Sehun à quel point c’était injuste pour Tao, à quel point les gens m’énervaient à être si égoïste aussi, de voir que j’avais pu blesser et tuer autant de gens sans que personne ne s’en soucie… Et puis de moi, parce-que moi aussi j’étais égoïste, même pire que tous ces gens. Je tuais pour le plaisir, pour un amour jamais rassasié, pour un manque physique… Et j’allais bientôt devoir choisir entre mon amour et mon âme ou l’amitié. Mais ça, je me gardais bien de le dire à Sehun.

Je le savais, si je disais un seul mot de ce que je devais faire pour rester avec lui, jamais il ne me le permettra. Et puis… Pour lui, et pour nous deux d’ailleurs, je pensais qu’il était mieux que je ne dise rien.

Sehun resserra sa prise autour de moi et me colla un peu plus contre lui. Je respirais un grand coup son odeur de bébé et lui posais la question qui me brulait les lèvres depuis quelques temps.

Il soupira et plongea sa tête dans mes cheveux.

Il soupira une nouvelle fois.

Non. Je ne voulais vraiment pas… Je ne voulais pas le savoir dans le vide, je ne voulais pas le savoir malheureux et seul. Je le voulais heureux, souriant, avec moi. Je le voulais dans mes bras, dans mon lit, dans ma maison… Je voulais qu’il soit là à mon retour le soir, manger en discutant avec lui, me coucher à ses côtés… Encore, et encore. Je ne me contenterais jamais des souvenirs… Je ne pourrais JAMAIS me contenter des souvenirs.

Et je constatais à quel point Sehun était fort… A sa place, je serais effrayé, je ne sais pas comment je réagirais, mais ce qui est sûr, c’est que je ne serais pas aussi relax que lui. Il devait avoir vécu tant de choses… Ça me fascinait en même temps que ça me faisait peur.

La mort, la folie, la tristesse, la douleur… J’avais l’impression que ces mots menaient sa vie depuis le début, et ils s’étaient aussi lentement incrustés dans la mienne. Est-ce que j’avais le droit… Non, est-ce que je voulais vraiment continuer à le laisser endurer toute cette douleur seul ? S’il restait avec moi, je pouvais le rendre heureux. Je pourrais lui rendre son sourire, stopper sa douleur et surtout… Lui éviter l’isolement à jamais. Et ça… J’en avais terriblement envie.

Le seul problème, c’était N… Je ne voulais pas tuer N. Je ne voulais plus tuer personne ! J’en avais marre de tuer des gens, je devenais vraiment quelqu’un de malsain, d’effrayant… De fou. Je ne pouvais pas, il ne fallait pas que je m’éloigne de ce que j’étais réellement. Et tuer N… C’était aller à des kilomètres de ce que j’étais réellement. En plus… N m’avait tellement aidé. Sans lui, je n’aurais jamais pu découvrir toutes ces choses à propos de Sehun et de son monde, je n’aurais pas non plus supporter mes premières blessures, mes premiers meurtres…

Il avait été mon seul pilier, et maintenant il fallait que je le casse… Que je lui fasse du mal, que je l’éradique de ma vie ? Mais comment j’étais censé faire ça ? Et je serais encore plus égoïste que je ne l’étais déjà… Est-ce que N aurait fait ça pour Ravi ?

Il avait pris un ton plus joyeux, et j’entendais à sa voix qu’il souriait. Je souriais faiblement et acquiesçais. Je ne demandais pas mieux que de rester au chaud sous la couette, dans les bras de Sehun à discuter… Puis à m’endormir et me réveiller au même endroit. Je pourrais continuer à le serrer contre moi jusqu’au midi le lendemain et après… Après, tout se jouait.



Je jetais le bâton de ma sucette dans la poubelle en soupirant. Cette librairie faisait partie intégrante de ma vie depuis un petit moment, et je m’y sentais vraiment bien maintenant. N était assis sur un fauteuil un peu plus loin et attendais ma question.



J’acquiesçais doucement. J’étais touché d’être aussi important pour lui, je ne pensais vraiment pas être sa seule raison de … rester. Comment faisait-il ? Après avoir côtoyé la mort de si près, comment faisait-il pour ne pas avoir peur ? Il savait très bien ce qui l’attendait après, il savait qu’il allait devoir errer ici…

Une idée me traversa l’esprit, mais je tentais de la chasser. N sembla s’en rendre compte et s’approcha de moi lentement.

Il se recula satisfait.

Maintenant il paraissait totalement perdu. J’avais rarement vu N comme ça, et j’avais presque envie de rire.

J’étais totalement out. Mais qu’est-ce qu’il racontait ? Il s’en foutait vraiment de mourir ? Mais moi je ne pourrais jamais le tuer ! Et puis, même si je pouvais continuer à le voir… Je n’allais quand même pas tuer mon ami ?!

N repris une mine inquiète et fronça les sourcils.

Il soupira et secoua la tête.

Il se leva et me tendit un de mes couteaux, qui devait surement être resté ici une fois où j’étais venu en panique. Je ne le pris pas, alors il le plaça de force dans ma main et planta un petit peu la pointe de celui-ci sur son cou.