Sans doute manquait-il le nez rouge...

par Komiro

Sans doute manquait-il le nez rouge...

Il avait raison, j'étais vraiment amoché. A mon réveil, les douleurs étaient plus vive que jamais. Mon corps était comme fouetté de tous côté. J'avais déjà connu ça. Je pris une grande inspiration et tentais de me lever. Malheureusement, misérablement, je tombais au sol suivi de la couverture. Un rire méchant éclata, je n'osais plus bougé, tentant de supporter la violente douleur qui me frappait. J'avais l'impression qu'un couteau s'enfonçait dans mes reins. La voix que je détéstais tant, empruns de cet affreux accent chinois s'éleva, ravie:

- Et bien, Sehun! Tu ne m'aurais jamais tant fait rire. Regardes-toi, le guerrier perdant qui n'a même pas la fierté de savouer battu... Regardes ma générosité envers ta sale petite personne: Je t'ai sauvé d'un viol, je t'ai porté jusqu'ici et je t'ai même soigné.

Je faillis vomir en apprenant que ses sales mains de meurtrier m'avaient touché. Je ris presque de sa tirade de petite philosophie:

- Qui es-tu pour te montrer si arrogant? Je ne me prétend pas avoir perdu, puisque dans la course, tu me semble bien loin derrière moi. J'ai les mains propres alors que tu as laissé les tiennes traînaient dans les endroits les plus impurs. Tu me dégoutes, pauvre idiot. Tu parles de fierté et te permets de me faire la leçon, mais sais-tu seulement ce qu'est la fierté? Probablement pas, sinon, tu m'aurais laissé me faire souillé. Pourquoi défendre son ennemi? Ton esprit m'est incompréhensible.

Luhan éclata de nouveau d'un rire qui sonnait mauvais. Il ne m'avait pas écouter du tout, ou il était trop bête comprendre. Il me cracha d'un ton affreux:

- Sehun, Sehun, reste poli et ne perd donc pas ta salive qui te semble si précieuse. Allons, tu sais bien que rien de ce qui sort de ta bouche ne m'atteindra jamais...Aller, ravales-la donc ta stupide fierté et remonte sur ton lit avant que je vienne t'y mettre.

Je le détéstais, et je détéstais qu'il me donne des ordres. Si je n'avais pas si mal, nous serions déjà en train de se battre. Je tentais misérablement de me relevais. Je ne voyais toujours pas ce satané chinois, qui pourtant semblait se ravir du spectacle. Je serais les dents et enfin, je réussis à me relevais et à grimpais sur le lit malgré la douleur de mes côtes. Une fois assis, je le vis. Il n'avait rien de la prostituée que j'avais connu. Il ne portait pas de maquillage, il n'était pas coiffé et n'avait rien de soigné. Il portait simplement un long sweat orange, un t-shit blanc et noir et un joggins. Ainsi, il me semblait moins ridicule, moins petit, plus adulte. Il était assis face au lit, sur le dossier du canapé. Il me souria, moqueur et déclara ironiquement:

- Tu verras ta gueule, Sehun, tu la fermerai.

Je ne répondis rien. La question était: Pourquoi? Pourquoi se donner tant de mal pour un mec qu'on a massacré des centaines de fois, qu'on détéste parce qu'il vous a humilié et battu? Décidément, j'ai beau chercher à comprendre les gens et à chercher quelque part une logique, tout m'échappais.
J'observais un peu l'endroit dans lequel je me trouvais, tout en sirotant, tant bien que mal le verre d'eau posé sur ma table de chevet, me demandant si j'étais dans un hôtel ou un appartement. Luhan m'éclaira aussitôt sur ce point:

- Je parie que tu n'es jamais venu. C'est un motel gay.

Je crachais le contenue de ma bouche sur les draps, stupéfait:

- Quoi!? Tu m'as enmené dans un motel gay!?

Il éclata de rire, cette fois, vraiment amusé, se leva et me cria depuis la salle où il se trouvait:

- Je plaisantais! Tu es chez moi!

Je fus tenter de hurler que c'était encore pire, mais, tout compte fait, c'était tout de même dix fois mieux. Je regardais mieux. L'appartement était étrangement luxieux. Le lit dans lequel je me trouvais, était sur une estrade, surplombant le salon, agréable où trônait télévision à écran plat, table basse, fauteuils et canapé. Les murs étaient gris métal et la décoration misait sur un camaïeu de couleurs grises, noires et blanches. La grande fenêtre, qu'on aurait pu presque qualifier de baies vitrées, éclairait la salle. Les seuls points de couleur étaient les tableaux, les coussins et les draps du lit. Et les vêtements qui traînaient un peu partout...Je souris intérieurement. Le lit avait une place tellement théâtrale que s'en était ridicule...
Il rentra de nouveau dans la salle, indifférent à mon regard admiratif, que je me pressais de camoufler. Je ne dis rien, mais, secrétement, je me demandais ce qui pouvait bien lui rapporter autant de fric. La prostitution? Non, pas s'il était exploiter par quequ'un. La drogue? Peut-être...Il se racla la gorge et me tendis une soupe d'algues réchauffée. Si je n'avais pas eu si faim, je l'aurais envoyé valser dans sur sa superbe moquette. Je mangeais avec difficulté, malgré mon bon appétit, me rappellant les baisers humides et saliveux de l'homme sur ma bouche. Je frissonais malgré la chaleur de l'été. Luhan ne s'interressait visiblement pas à moi et passait des coups de files en mandarin, très en colère. Je ne comprenais pas un mot, mais je ne pouvais m'empêcher d'écouter. Décidémment, cette langue n'avait aucun charme. Le coréen était beaucoup plus mélodieux. Il raccrocha et jetta sur son canapé son téléphone portable. Il se laissa tomber sur un fauteuil, la tête dans les mains. Il semblait préoccupé. Je continuais de manger ma soupe en l'observant du coin de l'oeil. Son visage aussi avait veillis depuis le temps que je le connaissais, ses traits, à l'image des adultes, étaient tendus et fatigués. Je n'avais pas hâte de voir ces signes sur mon visage. La soupe était bonne et me réchauffa. J'aurais pû l'apprécier si je n'avais pas su que c'était cet être impur qui l'avait cuisiné.
Luhan sembla enfin, après un quart de silence, se souvenir de ma présence. Il tourna brusquement la tête vers moi, et claqua des doigts, triomphant:

- Mais biensûr!

Il se leva:

- Tu vas m'aider, Sehun. Pour la première fois de ta vie, tu vas être utile, tu te rend compte?, se moqua t-il.

Je faillis m'étranglé, fou de rage. Je tonnais, la voix tremblante de colère:

- Jamais! Jamais je t'aiderai! Je ne te dois rien!

Un sourire apparut sur son visage de fou. Il demanda:

- Tu ne me dois rien? Soit, imaginons que se soit le cas... J'ai besoin d'argent et tu vas m'aider à l'avoir. Tu auras ta part.
J'éclatais de rire et lui crachais à la figure:

- J'en veux pas de ton fric dégueulasse. J'ai déjà un taff.

Ce fut son tour de rire. Il s'approchait doucement, comme un chat devant sa proie:

- Sehun, que t'es con...T'es pas en état de discuter, tu vois. A tout moment, je peux appeller des mecs pour te la souillé, ta fierté de chien! T'arrives à peine à tenir debout. Ou peut-être préféres-tu que j'aille chercher ton célèbre et veillant leader à la sortie de son bar, lorsqu'il n'arrivera même plus à marcher tant il aura bu? Quoi? Tu me trouves répugnant et tu ne veux pas travailler avec un mec qui offre son corps? Tu ne veux pas te salir les mains? Pourquoi? Parce que tu penses que tu auras un avenir meilleur de toute façon? Sehun, me fais pas rire, que tu te conduises comme un saint ne changera rien. Tu fais trop pitié pour devenir quelqu'un de bien. Non mais regardes-toi, tu es si facile à deviner. Essayes au moins de ne pas faire si pitié, tu remonteras peut-être un peu dans l'estime des gens.

Il pointa son doigt vers la rue:

- Tu vois, ce quartier, là, juste en bas de l'immeuble, c'est la jungle, c'est la merde. Combien de fois je me suis fais agresser, il y a des années...Alors, il y a deux choix, ou te deviens l'agresseur, ou tu restes la victime.

Il marqua une pose, saisit mon visage d'une main, m'écrasant les joues entre ses doigts et me souria:

- C'est pas ce que tu m'as appris, quand je suis arrivé au Séoul, avec ta bande de bâtards?

Il me gifla, ravi. J'étais fou. Devais-je m'allier avec le diable pour éviter ses démons? J'étais vaincu cette fois-ci. Je jettais le bol contre un mur, voulant tout détruire. Il se fracassa en mille morceaux sur le sol. Mes membres tremblaient. Il était plus intelligent que je ne l'aurais cru. Je l'entendis se marer, loin de moi. Je me bouchais les oreilles pour ne plus entendre son rire vêtu de folie. Il me faisait peur. Je serais le poings à m'en faire mal et murmurais:

- Un jour, tu me le payeras, sale fils de pute!

Je repensais à D.O qui disait qu'ils n'oseraient pas me faire de mal. Visiblement, il avait eu faux...
Si Luhan voulait de l'aide, c'était évidemment pour une arnaque. Visiblement, il avait souvent pratiqué. Il se déguisait en gigolo, il entraînait des mecs plus très fraîs, les faisaient chanter puis boire un somnifère. Ils tombaient comme des mouches et on prenait tous ce qu'il avait: argent, bracelets, bagues, montres...
Il me maquilla et m'habilla pour séduire. J'étais dégouté et j'avais des nausées devant mon reflet. Il s'appliquait, laissant un bout de sa langue traînait sur la comissure de ses lèvres. Il m'étala une dose de fond de teint trop généreuse à mon goût. Je le lui dis. Il se moqua:

- C'est parce que t'es vraiment moche. Non, mais sérieux, t'as vu ta gueule, elle est mal en point. Faut que je camoufle un peu tes blessures, sinon tu vas les faire fuir.

Il s'occupa ensuite de mes yeux. Ce fut une tâche compliqué pour lui, car, je n'avais jamais mis de crayon de ma vie, et je lui soutenais qu'il allait me percer l'oeil. En colère, il me gifla de nouveau. Je le laissais faire, pas très rassuré. Fasciné tout de même par son habilité à manier les pinceaux, je lui demandais:

- T'as appris ça où?

Il releva les yeux, surpris et lachâ avant de replonger sur mes yeux:

- Tout seul, j'imagine.

Une autre question me tordais la bouche. Je la posais, presque sans gêne:

- T'aimes vraiment les hommes ou c'est juste...

Le regard qu'il me lança me fis taire aussitôt. Il semblait me dire que j'étais plus qu'indiscret.Je me mordis la lèvre, gêné, puis j'eus envie de rire. J'explosais en disant:

- Tu aurais vu ta tête! Tu peux bien me dire depuis le temps qu'on se connaît!

Il était énervé à présent et déclara:

- En tout cas, je peux t'éclairer sur un point qui semble flou dans ton petit poid: je suis pas ton pote donc, j'ai rien à te confier. Tu la ferme , Sehun.

C'était clair, au moins: Luhan était gay. Je trouvais ça très drôle parce que je connaissais son point faible. Il semblait avoir compris d'ailleurs que je l'avais compris, car il semblait plus nerveux.
Subitement, il posa son pinceau et souleva mon t-shirt. Il me le retira de force sans ménagement. Je tentais de partir en courant, mais je m'étalais sur le sol. Je lui jettais un regard apeuré. Que faisait-il? Pendant un instant, il me regarda, interrogateur, puis, il explosa de rire:

- Tu crois sérieusement que je veux me jetter sur toi!? Arrêtes de rêver! Je t'aidais juste à te déshabiller vite parce qu'avec ton bras, t'es une vraie limace. Aller, viens là.

Je ne bougeais pas d'un poil. Je n'avais aucune envie qu'il me déshabille et m'habille comme un bébé. Il soupira, m'attrapa par les chevilles et me tira vers lui comme un vulgaire sac. Il me retira d'un coup sec mon pantalon pendant que je me tenais au pied du lit en criant, mort de honte. Il soupira:

- Arrêtes de pleurnicher! Tu me fais horreur comme ça!

Il me releva sans ménagement et m'enfila sans douceur un slim noir huilé et un débardeur blanc sous une chemise à carreaux, noire et rouge, ouverte. Je le laissais faire, gêné d'être changé comme un bébé, m'appuyant sur son dos pour ne pas tomber. La situation était cocasse mais, je n'avais aucunement envie de rire. Lorsqu'il eût terminé, je m'enfuis dans le salon le temps qu'il se change et se maquille, dégouté. J'avais l'impression d'être ridicule, vêtu et maquillé comme un clown. Sauf que ce n'était pas drôle. Sans doute manquait-il le nez rouge... Voyant mon air de dépressif et ma grimace de futur dégobillant, il soupira:

- Tu comptes faire bouillir qui si t'as cette tête?

- Personne. Je ne veux faire bouillir personne, m'écriais-je, énervé.

Il croisa ses mains et, prenant appuie sur le mur, il me confessa:

- T'es pas si dégueu quand tu boudes après tout...

Je relevais les yeux, exaspéré. Je l'aurais étranglé. Je lui demandais méchamment:

- T'es toujours aussi heureux de jouer la salope!? T'aimes ça, faire les trottoirs, comme ça!? Je ne vois pas ce qui t'amuses.

Il baissa les yeux, blessé. Il remonta aussitôt dans mon estime, bien que toujours bien bas. Pour une fois, il restait fier, me ridiculisant. Pour une fois, il ne me donnait pas raison à mes insultes à son égard.