chapitre 3

par nat1426

Mes yeux s'ouvrent lentement. La première chose que je remarque est le visage détendu de l'homme endormi à mes côtés. Les souvenirs me reviennent doucement à cette vue. Il a pris ma défense tout à l'heure. Alors même que je m'étais montré agressif envers lui dans la forêt et que j'aurais bien pu le blesser gravement si son équipier n'était pas intervenu, il a empêché les villageois de m'abattre sans pitié. Il ne savait même pas qui j'étais, pensant que je n'étais qu'un simple loup comme un autre, et pourtant, il m'avait sauvé la vie, mettant ainsi la sienne en danger. Ceux qu'il devait surement considérer comme des amis depuis bien longtemps, des personnes de confiance, avaient été prêts à le tuer sans hésitation car il s'opposait fermement à mon exécution. Faiblement, j'extraie l'un de mes bras de la couverture qui m'entoure et je caresse délicatement la joue de l'homme du bout des doigts, sentant ses traits se graver peu à peu dans ma mémoire. Mes yeux restent encore un instant fixés sur son visage endormi, ne voulant en aucun cas risquer de l'oublier un jour, avant de se poser sur ce qui m'entoure. Je remarque alors que nous ne sommes plus couchés sur le sol, mais sur un lit, bien plus confortable que le béton du sol maintenant que j'ai repris ma forme humaine. Décidant finalement de découvrir les lieux, je tente de me lever, sortant d'abord mon second bras de la couverture.
 
Mais avant que je puisse me défaire de ma couverture, j'entends la porte de la pièce s'ouvrir. Aux aguets, je m'arrête dans mes mouvements et mon regard se pose sur les deux nouveaux arrivants que je reconnais bien vite, pour les avoir vus avant de me faire endormir. Cette vision me fait penser à mon frère, abandonné seul dans la forêt, à la merci de n'importe quel danger. Lui aussi ne va pas tarder à devoir reprendre forme humaine et il risque de se faire attaquer par d'autres prédateurs, étant plus faible sous cette forme. Il faut que je sorte au plus vite de là pour le retrouver et le protéger. Mais je doute que ces hommes me laissent partir ainsi. Il va falloir que je ruse.
 
Je suis sorti de mes pensées par mon instinct qui m'informe que l'un d'eux s'approche dangereusement de moi. Je me relève alors d'un bond pour m'éloigner un maximum, mais je m'encouble dans la couverture qui me couvre toujours et tombe sur le sol. Mon instinct de sauvegarde me pousse à me retransformer sur le champ, mais je n'en ai pas la force, étant affamé. La panique m'envahit doucement mais surement à cette constatation, jusqu'à ce que je sente des bras rassurants m'entourer de leur étreinte protectrice. Une odeur que je reconnais bien vite m'envahit et je me laisse bercer par cette senteur boisée. Je ne réagis même pas lorsque l'homme qui s'était approché de moi s'accroupit à mes côtés et passe une main dans mes cheveux tout en fixant mon sauveur.
« -Qu'est-ce qu'il s'est passé, demande cet homme à celui qui me tient dans ses bras.
-Le maire est passé avec un groupe de villageois. Ils savaient qu'on gardait un loup ici et ils voulaient l'abattre. Quand j'ai voulu les en  empêcher, ils ont essayé de me tirer dessus pour m'empêcher d'intervenir. Sauf que lorsqu'ils sont arrivés, j'étais sur le point d'entrer dans la cage et la porte est restée déverrouillée. Le loup m'a légèrement bousculé pour s'attaquer au maire et après, je ne sais pas. Je suis tombé et je me suis cogné la tête contre un meuble.
-Et comment ça se fait qu'on ait perdu un loup et gagné un humain, demande l'homme accroupi.
-Je n'en suis pas sûr, répond l'homme dans mon dos quand il voit que je reste muet malgré que la question me soit clairement adressée. Mais je crois que les loups-garous existent.
-Un loup-garou, s'étonne l'homme qui était resté en retrait. »
 
Mais la discussion s'arrête là, coupée par le bruit de grognement que fait mon estomac. L'homme qui me tient dans ses bras m'attrape alors sous les genoux pour me porter, empruntant les escaliers pour m'emmener jusqu'au premier étage. Il ouvre une porte et me dépose sur un lit avant d'ouvrir une penderie et d'en sortir des habits qu'il dépose à côté de moi.
« -Je te laisse t'habiller. Quand tu auras fini, descends au rez-de-chaussée, me dit-il en passant sa mains dans mes cheveux. »
 
J'attends que la porte se soit refermée avant de m'exécuter. Autant coopérer le temps que je trouve un moyen de filer d'ici. Même si je ressens cette attirance irrésistible pour l'homme qui habite ici, je ne peux pas laisser ChangMin seul. La sécurité de mon frère passe avant tout. Rapidement, je suis prêt et je redescends les escaliers, tombant sur l'homme au visage enfantin qui n'a presque pas parlé depuis que j'ai repris connaissance. J'ai un léger mouvement de recul, mais voyant qu'il se contente de tendre sa main dans ma direction, je finis par m'approcher prudemment. Son sourire me rassure un peu et je le laisse prendre ma main dans la sienne pour m'emmener jusqu'à une cuisine, équipée d'une table à manger où sont déjà installés les deux autres habitants des lieux.
 
Je lâche alors la main de l'homme qui m'a mené jusqu'ici et m'installe rapidement à côté de celui qui a pris ma défense précédemment. Ce dernier me tend une assiette que je vide rapidement. Je commençais à être vraiment affamé.
« -Je pense qu'il est temps qu'on fasse les présentations, m'interrompt finalement mon sauveur. Je m'appelle YunHo. Je suis lieutenant de police. Et voilà Yoochun et JunSu, deux chasseurs engagés par le maire.
-Mais apparemment, nos méthodes ne lui plaisent pas, ajoute celui qui se nomme Yoochun.
-Et toi, comment tu t'appelles, demande JunSu.
-JaeJoong, dis-je dans un murmure.
-Tu es un loup-garou, pas vrai, demande YunHo.
-Oui, avouai-je.
-L'autre loup qui était avec toi en est aussi un, m'interroge Yoochun. »
 
Je me ferme automatiquement à ces mots. Pourquoi me parlent-ils de mon frère ? Ils veulent aussi l'enfermer, comme moi ?
« -On ne lui veut aucun mal, me rassure YunHo. Mais il n'est pas en sécurité dans la forêt. Le maire a décidé de partir en chasse.
-Vous me promettez que vous ne lui ferez rien ?
-Promis, me répond Yoochun.
-Alors, je vous mènerai jusqu'à lui. »
 
Et je profiterai de ma connaissance de la forêt pour les semer. Je ne laisserai personne faire du mal à mon petit frère. Même s'ils m'ont garanti qu'ils ne lui feraient rien, je ne peux pas leur faire confiance. Les humains ne sont pas fiables. Ils mentent naturellement. Tant qu'ils peuvent obtenir un intérêt, ils sont prêts à tout. Même si mon cœur me crie de leur faire confiance, je ne peux pas. Les humains m'ont trop blessé pour que je puisse à nouveau leur offrir ma confiance. Surtout qu'il ne s'agit pas seulement de ma sécurité, mais aussi de celle de ChangMin. Je ne peux pas le mêler aux humains. Lui était trop jeune pour se souvenir de tout, donc je me dois de le préserver. Et je le ferai, peu importe les conséquences de mes actes.