Sainte Anne

par MusicandCo4ever

Chapitre 3 : Sainte Anne

 

 

Trois, quatre heures ?

Il n’avait aucune idée du temps qui venait de passer.

Il avait des nausées suite au transport, par une sorte de fourgon blindé. Il se rappelait d’un agent de police, qui semblait avoir beaucoup d’autorité là où ils étaient, et d’une femme, qui n’était pas habillée de la même manière. On les avait déplacés de la prison. Mais c’était qui, On ? Ils étaient où, là ?

Il vit que Tae Yang était à moitié éveillé, à même le sol, les yeux fixés sur le plafond, apaisé.

Le sol tremblait.

Où étaient les autres ?

La gorge sèche.

Les couleurs qui l’extasiaient, il y a encore quelques minutes, devenaient sombres. Fondaient sur lui. L’engloutissait. Elles crissaient, raisonnaient, riaient.

L’apesanteur tirait le moindre de ses os, et pourtant, son dos ne sentait pas le mur sur lequel il était appuyé. Il s’agenouilla doucement, jusqu’à avoir ses pieds dans son champ de vision. Il savait qu’il était assis, mais n’arrivait pas à le ressentir. Il était en train de se passer quelque chose. Battements ? Cognements. Il voyait de la fumée sortir de sa bouche. Ses yeux coulaient. Une bouffée d’angoisse lui serra le cœur. Il ferma les yeux quelques secondes, dans l’espoir de s’apaiser, en vain. Lorsqu’il les rouvrit, une énorme tête de serpent s’approchait de lui. Les écailles blanches et grises, tressées, les yeux marron, étirés, lui rappelaient vaguement quelqu’un. Il essaya de regarder droit devant lui et de ne pas se concentrer sur l’animal, mais celui-ci sifflait des mots, se mouvait, semblait vouloir le toucher. Il se sentait impuissant, n’arrivait plus à bouger ses membres. Etait-il un serpent, lui aussi ? Il crut entendre prononcer son nom.

Il ouvrit la bouche.

Il ferma la bouche.

Aucun son ne semblait sortir. Il siffla.

Le serpent s’arrêta net, avant de lui sourire. Il se mit à prier dans sa tête.

« Non non non non… »

 

 

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« - Un sifflement, c’est toujours mieux que rien, tu me rassure, t’as vraiment pas l’air bien ! » 

Tae Yang s’était rapproché lentement de son ami, ventre à terre, ne voulant pas l’effrayer. Celui-ci était assis depuis de longues minutes, parfaitement droit, le regard se dirigeant dans tous les sens, des fines larmes coulant sur ses joues. Il ne l’avait jamais vu dans cet état, et faisait son possible pour ne pas le brusquer. Il se redressa légèrement sur ses genoux, posant délicatement sa main son épaule.

            « - Me touche pas, me touche pas, m’approche pas ! » Hurla-t-il.

Tae Yang recula immédiatement. Quelque chose clochait.

            «  - Dae Sung, tu me reconnais ? »

Son ami aux cheveux blonds le dévisageait, terrifié, les lèvres tremblantes, comme si il voyait quelqu’un d’autre, ou…

            « - Merde, tu fais une hallu’ je crois… »

Il commença à sérieusement s’inquiéter. Il n’avait pas pris une seconde pour réfléchir à l’endroit où ils pouvaient être, ou bien où était passé le reste de la bande. Il jeta un coup d’œil dans la pièce, sobre mais peu lumineuse. Une simple porte et la propreté des lieux lui indiquaient qu’ils n’étaient pas en prison. Sans perdre plus de temps, il se dirigea vers la sortie, voulant trouver de l’aide. Il tomba nez à nez avec un grand Coréen aux cheveux noirs très courts, portant un uniforme de police, qui le stoppa net.

« -     Madame, un patient de la chambre 203 viens de tenter de s’échapper, Grogna-t-il dans une sorte de talkie-walkie.

-          Bouger la poignée d’une porte ouverte à clé n’est pas synonyme de s’échapper, Monsieur, fit remarquer Tae Yang avec dédain.

-          Ne joue pas au plus malin avec moi…

-          Pas besoin de jouer, même en dormant, je le suis plus que vous.

-          Ça suffit, quel manque de savoir-vivre ! » Siffla une jeune femme.

Les deux hommes la saluèrent respectueusement, avant de s’éloigner l’un de l’autre. Il reprit ses esprits.

«  -     Je ne sais pas qui vous êtes, mais si nous sommes en détention, je sais juste que mon ami a besoin de voir un médecin, et qu’il en a le droit ! 

Elle entra immédiatement dans la pièce, constata l’état du second jeune homme, avant de faire un signe de tête au policier. Il reprit immédiatement sa radio et appela un médecin en urgence.

               -     Je vous remercie …

     -    Ne le faites pas, ce n’est que le cadet de vos problèmes. Acceptes-vous de me suivre jusque dans mon bureau, ou dois-je demander à notre ami commun de vous escorter ? »

Il tiqua. Cette femme devait sûrement avoir un certain grade, elle savait imposer le respect. Il n’était pas rassuré à l’idée de laisser son ami entre les mains de parfais inconnus. Mais le fameux policier, froid et prêt à lui passer les menottes, lui fit sentir qu’il n’avait pas vraiment le choix. Résigné et peu confiant, il accepta de la suivre, après un dernier regard à Dae Sung.

Ils traversèrent plusieurs longs couloirs, le sol carrelé très propre, mais les murs fissurés et légèrement abîmés montraient un bâtiment certes bien entretenu, mais usé par le temps. Quelques sobres décorations, aucune indication, des fenêtres qui laissaient passer la lumière mais étant troubles, ne permettant pas d’avoir la moindre idée de l’extérieur. Tae Yang essayait de se repérer, le policier le suivant de très près, mais il sentait que la jeune femme tournait volontairement en rond. Il s’inquiétait énormément pour son ami, mais son costume, son autorité et sa manière de parler le rassurait. Elle s’arrêta finalement devant une porte grise, nommée « Bureau ». Il ricana sans le faire exprès. Elle lui lança un regard calme, avant d’ouvrir la porte pour le faire entrer. Il se stoppa net, un énorme sourire sur les lèvres, empêchant la femme d’affaires d’entrer. Le policier intervint immédiatement, le poussant à l’intérieur avant de s’arrêter à son tour. Celle-ci contourna les deux hommes, avant de lancer un regard ébahi en direction de la fenêtre, face à eux.

            « -     Salut, Tae Yang !

-          Salut Ji Yong, tu t’en sors ?

-          Comme tu peux le voir, c’est légèrement laborieux… »

Son ami aux cheveux orange avait une jambe qui traversait la fenêtre, à peine ouverte, touchant des barreaux visiblement épais. Il se tenait en équilibre sur la chaise de bureau, presque contorsionné, ses mains liées par des menottes, tremblantes, tenaient la fenêtre de toutes ses forces. Il rentra à l’intérieur comme si de rien n’était, referma la fenêtre et avant de pouvoir faire le moindre geste, le policier l’avait agrippé par le bras, un regard noir et légèrement agacé se tournant vers sa supérieure. Celle-ci avait esquissé un sourire, mais ferma immédiatement son visage. Elle passa à côté d’eux et s’assis sur sa chaise de bureau.

« -   Merci, Kwaï. Laissez-le s’assoir, ainsi que son ami, il est grand temps de discuter. Restez avec nous si vous le voulez bien. 

Il soupira mais acquiesça. Il ferma la porte du bureau après un coup d’œil à l’extérieur, et se planta devant, au garde-à-vous.

   -    Je m’appelle Lee Chae Rin. L’agent de police derrière vous a fait l’armée, n’essayez pas de tenter quoi que ce soit, il saura vous arrêter avant même que vous n’ayez l’idée de faire une bêtise.

-          Pourquoi t’as pas de menottes ? Demanda Ji Yong, se tournant vers son meilleur ami comme s’ils étaient seuls.

-          Contrairement à toi, je suis sage.

-          Ça, je ne peux pas le croire !

-          Monsieur Yang, vous n’avez pas encore eu accès aux documents que je suis dans l’obligation légale de vous faire lire, continua-t-elle également, contrairement à Monsieur Kwon, qui ne les as certainement pas ouverts.

-          Détrompez-vous, simplement ce texte interminable ne signale pas pourquoi exactement nous sommes enfermés ici pour les trois prochains jours ! Rétorqua Ji Yong. »

Elle donna le document à Tae Yang, avant de refermer la fenêtre à clé et de tirer le store. Elle les regarda, légèrement suspicieuse.

« - Nous nous sommes rencontrés, quelques heures auparavant. Vous n’en avez pas le     souvenir ?

-          Je me rappelle de la prison… Les seules personnes qui peuvent avoir un souvenir de vous sont Dae Sung, Seung Ri et TOP.

Ji Yong lui fit ‘non’ de la tête, avant de mimer une bouteille qu’il buvait au goulot, puis fit tomber sa tête en avant. Tae Yang grimaça. Leur aîné avait promis de réduire sa consommation d’alcool, mais s’il était réellement soûl la veille, il devait simplement vivre une terrible gueule de bois, sans le moindre souvenir.

-          Vous êtes sous la juridiction de l’Agence Nationale de la Police de Séoul. Nous vous maintiendrons en détention le temps de rassembler vos esprits et de pouvoir vous questionner. Vous effectuerez des travaux d’intérêts pour, en quelque sorte, payer votre internement.

Tae Yang plissa les yeux. Il comprit qu’ils n’étaient ni en prison, ni en centre de désintoxication, mais plutôt un savant mélange des deux, pour pouvoir les garder plus longtemps, et bien plus enfermés. Il n’aimait pas ça du tout. Son meilleur ami restait pourtant impassible, examinant de manière approfondie la qualité de chacun de ses ongles.

-          Comme vous devez le savoir, Ji Yong ici présent a un sacré pactole de côté. Et ce n’est pas de l’argent sale, je peux vous l’assurer. Nous vous dédommagerons pour les quelconques dégâts que nous avons dû commettre hier, et pour notre nuit passée ici. Mais vous n’avez pas…

-          Si, justement, le coupa-t-elle. La liste de vos méfaits passés de ne m’intéresse guère, ni le fait que votre ami a réellement un incroyable compte en banque sans avoir d’adresse fixe. Vous faites, tous les cinq, partie d’une enquête policière des plus grave. Vous allez être interrogés séparément, comme prévu dans le formulaire, et nous nous engageons à vous prodiguer les soins nécessaires pour vous faire sortir le plus rapidement possible.

Ji Yong leva la tête. Il n’avait pas l’air intéressé, mais plutôt étonné. Ils n’avaient jamais été dans une galère pareille, et la paperasse qu’il avait sous les yeux ne l’aidait pas. Son ami avait toujours réussi à les sortir de prison, mais ce lieu, cette personne, étaient différentes.

-          Je crois avoir entendu le mot « meutre », hier soir… Se remémora Tae Yang.

Le policier derrière eux fit signe à la jeune femme. Elle lui répondit d’un signe de tête. Tae Yang s’agaça. Il savait qu’on leur cachait forcément des choses, et que ça n’allait pas s’arranger.

 

-          Je vous prie de signer ce formulaire, reprit Mlle Lee. Vous verrez le chef de l’enquête en début d’après-midi, il est bourru mais juste. Si vous n’avez vraiment rien à voir avec ce qui s’est passé hier, vous repartirez dans vos soirées autodestructrices comme si de rien n’était.

Ji Yong prit calmement un stylo et signa le papier de son ami. Lui faisant confiance, Tae Yang fit de même.

-          Vos travaux d’intérêts commenceront après votre premier interrogatoire, soupira Mlle Lee, satisfaite de les avoir convaincus. Vous resterez dans des pièces séparées pour les prochaines 48 heures, mais vous pourrez vous croiser à l’infirmerie ou à votre permission de sortie. Après tout, nous ne sommes pas vraiment en prison ! »

Son sourire apaisa les deux jeunes hommes.

 

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Il était de retour dans sa chambre, seul. Le policier était resté quelques minutes derrière la porte, avant de partir discrètement faire sa ronde. Il passait devant la porte, ouverte à clé, environ toutes les six minutes. Toutes leurs chambres étaient donc soit côte à côte, soit certains de ses amis étaient par groupe de deux. Il ne semblait pas y avoir d’étage, et il était certain d’avoir aperçu de la verdure par les fenêtres du couloir.

Ji Yong s’allongea sur son lit, totalement immobile, mais son esprit tordant dans tous les sens. Ne surtout pas réfléchir à un moyen d’évasion, ou à un moyen de se procurer de la drogue, ou à un moyen de communiquer avec les autres, ou…

Il ne pouvait s’en empêcher. Il se leva, parcouru son grand placard des doigts, cherchant à légèrement le déplacer. Pas d’aération, et il n’avait pas encore eu de réponses à ses tentatives de morse à travers les murs. Il devait se contenter d’être heureux de ne pas être enchaîné, et d’attendre que les heures défilent. Il détestait la solitude lorsqu’il était sobre. Beaucoup de pensées commençaient à revenir dans sa tête. Le policier l’ayant déjà d’un mauvais œil, il se voyait mal lui demander de rejoindre son meilleur ami. L’avait-on isolé de manière calculée ? Que savait cette femme d’eux ?

Grande, les yeux étirés comme un chat, de longs cheveux d’un blond éclatant. Elle l’agaçait. Elle lui rappelait beaucoup trop l’ex fiancée à Seung Hyun. Son ami d’enfance, celui qu’il avait vu sombrer dans l’alcool ces derniers mois, celui qui avait réussi à les faire sortir d’un piteux centre de désintoxication à cinq, au lieu d’être seulement deux dans leurs malheurs et leurs dérives, celui grâce à qui il avait à présent quelqu’un qui s’appelait Ta Yang et qu’il pouvait qualifier de meilleur ami. Il était le plus âgé, le plus avisé, le plus complexé, et actuellement, le plus faible d’entre eux. Il se demanda comment il allait bien pouvoir réagir en rencontrant cette fameuse Chae Rin.