Un soir

par Poplol

Jimin sortit du métro.


Les décorations de Noël illuminaient les rues. La neige formait un épais manteau sur les routes, dans lequel les enfants s’amusaient. Les boules de neiges allées d’un côté à l’autre de la route, de jolis bonshommes bien gros trônaient sur les trottoirs encore bondés. Les derniers achats dans les bras, les passants allaient tranquillement rejoindre leur foyer afin de partager un merveilleux repas.


Jimin mit les mains dans ses poches.


Tout était joie dans ce monde qui chantait, riait, respirait, vivait au rythme du réveillon de Noël. La nuit laissée place aux espoirs, aux familles qui se retrouvaient, à la magie de vivre un instant extraordinaire avec les gens que l’on aime. Des groupes de chanteurs frappés aux portes, ou rester à un carrefour afin de faire partager leur enthousiasme de noël.


Jimin trouva une pièce.


La Nuit ne faisait plus peur, le froid ne gelait plus. Les bons feux de cheminée, les radiateurs, toutes les sources de chaleurs permettaient aux familles de se réchauffer. Permettaient de se retrouver. Permettaient aux enfants de jouer avec la buée sur les fenêtres, dessinant des sapins, des cœurs, et attendant que leur parent les félicite pour ces œuvres éphémères.


Jimin rentra dans un bar.


Toutes les fenêtres, décorées de guirlande aux chaudes couleurs de l’hiver glaciale, étaient allumées. A l’intérieur de certaines maisons, les cadeaux étaient déjà sous le majestueux sapin, donnant envie à chaque personne d’ouvrir les plus gros cadeaux. L’espoir d’avoir exactement ce qu’ils avaient demandé. Les cadeaux, offrande de personne qu’on aime pour nous faire plaisir. Pour nous rappeler, que nous existons pour quelqu’un et qu’il tient à nous.


Jimin se fit jeter du bar.


Une grande fenêtre éclairée, qui donnait sur la rue, mettait en scène une famille nombreuse. Ils étaient installés, autour d’un magnifique sapin, décoré de magnifique boules de Noël, ainsi que de guirlandes plus somptueuses les unes que les autres. Les grand parents jouaient avec leurs petits-enfants, les hommes discutaient un verre de lait à la main, les femmes se complimentaient sur leur tenues et sur la bienséance de la maîtresse de maison qui les accueillait. La table regorgée de victuailles qui aurait fait pâlir un saint.


Jimin frissonna sur le trottoir.


Les cris de joie, et les chants de Noël emplissaient la rue. Les lumières aveuglaient les passants. Les rues grouillaient de monde, ils couraient partout à la rechercher du dernier cadeau, à la recherche du derniers mets auquel il n’aurait pas pensé, où à la dernière commande à récupérer pour le dessert. C’était comme si un pacte se faisait ce soir-là, tout le monde se devait être heureux, tout le monde se devait de vivre un instant magique loin de tous les soucis de la vie.


Jimin se releva.


Les télés allumaient passaient des programmes de Noël, des téléfilms ou tous les amants se retrouvaient, ou l’on réparait les erreurs passés, ou l’on espérait, ou l’on vivait comme dans un conte. Les émissions qui vous parlaient comme si vous faisiez partis d’une grande famille, et qui vous montrait le pire comme le meilleur de la télé. Les dessins animés pour les enfants, afin de les occuper pendant que les parents refaisait le monde la bouche pleine, et le ventre tout pareil.


Jimin marcha.


Jimin s’installa sur le perron d’une vielle bâtisse abandonnée. Le perron le protéger de la neige, le protéger du froid. Il avait installé une couverture qu’il avait trouvée dans une poubelle. Il la remit en place. Il entra dans la bâtisse et se servit dans les nombreux bouts de bois et planche en carton qui trônait par terre. Il ressortit et se fabriqua un matelas pour ne pas que sa couverture prenne l’humidité du sol.


Jimin retint une larme.


Il regardait les gens vivre. Son cœur ne lui faisait plus mal depuis longtemps. Depuis qu’il ne vivait plus, il avait arrêté d’avoir mal quand il scrutait les autres. Il n’était qu’une âme errante, qui tentait de survivre. « Survivre », même ce mot ne correspondait pas, car il ne cherchait pas vraiment à « survivre ». Il attendait.


Jimin s’allongea.


Il s’emmitoufla dans son gros manteau trois fois trop grand pour lui. Il l’avait piqué à un clochard qui était mort de froid. De toute manière il n’en avait plus besoin. Le froid de l’hiver commençait à l’enlacer tendrement. Il ne sentit presque plus les extrémités de son corps. Il prit le risque de se recroqueviller le plus possible. Il attrapa la couverture qui était sous lui et tenta de faire passer un bout sur con corps gelés.


Jimin réchauffa les mains.


Comme chaque nuit depuis maintenant trois ans, il n’avait espéré qu’une chose, que la faucheuse vienne le libérer. Il n’avait pas besoin de chercher un endroit plus chaud, un endroit plus sécurisé.


Jimin espéra.


Il ferma ses paupières le plus fort possible, afin de faire un souhait, paraissait-il que les vœux de Noël se réalisaient.


« Foutaise »


Pourtant il le fit. Il pria fort pour que la faucheuse vienne lui rendre visite cette nuit, qu’elle enlace, qu’elle l’embrasse et qu’elle l’emmène dans une étreinte passionnée loin de ce monde qui puait la joie, qui puait la vie.


Jimin s’endormit.


« Monsieur ? Hé monsieur ? »


Jimin se réveilla.


« Casses-toi gamin ! »


Il lui tourna le dos. Le froid dans son mouvement vint lui embrasser les os. Il eut un frisson, un ultime frisson, un réflexe de son corps afin de tenter de le réchauffer. Mais en vain. Cela ne servait plus à rien.


Il sentit de légères pressions sur son épaule.


« Monsieur pourquoi vous dormez là ?


Jimin souffla.


« Parce que c’est chez moi. Allez casse-toi !

- Mais vous n’avez pas de maison ?

- Putain mais on t’a jamais appris à foutre la paix aux gens toi ? Ils sont où tes parents morveux ?

- J’attends mon Appa, il arrive.


Jimin le regarda, surpris. Il l’attendait ? Mais quel âge avait cet enfant pour attendre son père dans le froid ? Tout seul ? Les gens étaient malade, ils ne faisaient pas attention aux dangers. Sous prétexte que quelques lampions s’allumaient dans les rues, ils pensaient que tout le monde était beau et gentil. Pathétique.


- Dans ce cas va l’attendre plus loin et lâche moi la grappe morveux.

- Jungkook.

- Hein ?

- Je ne m’appelle pas morveux mais Jungkook.

- Ouai ok, casses-toi morveux !


Le petit garçon ne bougea pas d’un pouce et poussa son culot jusqu’à s’assoir à côté du clochard.


- Euh ça va pour toi t’as pas l’impression de me cassez les couilles ?

- Ben quoi, c’pas à vous la rue, j’ai le droit de m’assoir. Y’a votre nom marqué dessus ? Non ! Alors je fais c’que veux. Et puis j’vous l’ai dit j’attends mon papa.


Jimin sentit son poing se crisper, il savait qu’il n’arriverait pas à contrôler sa violence. Il n’aimait pas les gens, il n’aimait pas qu’on vienne lui parler. Il ne voulait pas se sentir exister. Il s’était fait à l’idée de n’être rien. Et cet enfant était en train de lui rappeler qu’il était vivant, que l’on pouvait encore le voir, que l’on pouvait encore le considérer comme un humain. C’était des foutaises, une fois cet enfant rentré chez lui devant sa grosse dinde aux marrons préparé par sa petite maman aimante, il oubliera qu’il a vu un déchet avant de rentrer. Il ne sera plus rien même pas un souvenir. Si pour certain l’oubli fait peur, pour lui c’est l’existence et la reconnaissance. Il est plus facile de se sentir exclus cela permet de ne pas se rappeler que l’on a un jour tout eut et qu’à ce jour plus rien nous appartient. En tout cas Jimin le pensait. Il ferma son manteau jusqu’à sa gorge attrapa sa couverture, et son sac plastique qu’il laissait toujours à la même place.


Jimin partit.


Jimin s’arrêta.


- Kooki ? Tu es où ?

- Je suis là appa.

- Kookie lâche la manche du monsieur ! Je t’avais dit de m’attendre à l’intérieur de l’épicerie, pourquoi es-tu sorti ? Pardon monsieur, il n’écoute pas souvent.


L’homme se frotta la tête. Il semblait désolé. Jimin le regarda sans expression.


- Appa, est-ce que le monsieur peut venir passer Noël à la maison ? Il n’en a pas, de maison…

- Kookie, on ne peut pas et tu le sais…


Jimin ne réagit pas, il continua sa route. Pourtant il ne sut pourquoi mais son cœur se réchauffa. Cela faisait un bout de temps que personne ne s’était intéressé à lui comme un être humain. Non il secoua la tête, ce n’était pas bien, ce n’est qu’un imbécile, un avorton qui a besoin de soulager sa bonne conscience.


Jimin continua sa route. Pourquoi ses pieds ne le suivait-il plus ? Pourquoi avait-il ce besoin de se retourner ? Pourquoi devait-il sentir son cœur se chauffait ? Pourquoi espérait-il ?


Jimin se tourna vers l’enfant.


Il vit alors une petite tête lui sourire avec des étoiles dans les yeux.


Non, il était hors de question qu’il se laisse attendrir par un morveux qui ne connaissait rien de la galère, qui allait passer sa vie dans le luxe et l’argent. Qui finirait par oublier ce déchet qu’il a croisé un soir de Noël.


Jimin sentit son corps entiers se raidir face à cette image. Il sentit une envie violente et irrépréhensible le parcourir, il voulait lui enlever ses étoiles, il voulait lui exploser la tête contre le trottoir pour qu’il arrête de sourire aussi débilement. Il voulait lui arracher chacune de ses dents, pour qu’il se rende compte que la vie n’est pas aussi belle, qu’on ne peut pas aller voir un mec qui n’est plus rien et lui parler comme s’il exister vraiment.


« Jimin tu n’es qu’un con ! Dépêches-toi de te casser vite fait ! »


Mais son corps n’écoutait pas sa raison. Il continuait de regarder le petit garçon dont les yeux scintillaient de malice.


« Appa s’il te plait ! Tu m’as dit que le soir de Noël il fallait penser à ceux qui n’avaient rien. Et ce monsieur n’a pas de maison.

- Kookie, ce n’est pas si simple…

- Appa ! S’il te plaiiiiiiiiiit ??????

- Je ne sais pas… Monsieur voulais vous partager notre maigre repas de Noël ?


Jimin restait planté là, ne lâchant pas l’enfant des yeux, il n’entendait plus ce qui se passait autour, il n’était plus aveuglé par les lumières de la ville, il sentit son cœur battre plus rapidement, son corps avait de moins en moins froid. Ses yeux recommençaient à s’humidifier. Cela faisait tellement mal de se sentir vivant, mais il devait se l’avouer, il devait reconnaître que ce mal était bon. Agréable mal qui lui permettait de retrouver… l’espoir ? C’était bien de l’espoir qu’il ressentait ? Il espérait réellement exister en ce moment même ? De ne pas être qu’un corps installé quelque part qu’il fallait éviter comme la peste. Une chaleur naquit dans son ventre.


« Monsieur, est-ce que vous voudriez venir passer le réveillons chez nous ? Bon ce ne sera peut-être pas un super réveillon, mais à nous trois je suis sûre que l’on pourra passer un bon moment ? Qu’est-ce que vous en dîtes ? D’ailleurs je me présente je suis Namjoon, le père de cet affreux jojo.

- J…Ji…Jimin.


Il lui avait pris la main, il lui avait serré, cette étreinte, cette chaleur… On le touchait, pour la première fois depuis longtemps on le touchait, on le respectait comme un être humain banale…


Jimin sentit un liquide joindre ses yeux, il sentit son corps vivre. C’est comme-ci ses poumons respiraient de nouveaux pour la première fois, comme si son cœur battait plus rapidement qu’à l’ordinaire, que ses mains étaient plus chaude, que son corps se sentait respirait, bougeait, réagir, vivre…


- Je…

- Allez monsieur dîtes oui ?! Appa fais très bien à manger ».


Jimin leva la tête au ciel.


L’homme pris le sac plastique et la couverture des mains du biffin, et lui sourit. Le morveux lui pris sa main et ils le tirèrent avec eux.


Jimin ferma les yeux très forts et espéra que la faucheuse ne passerait pas cette nuit-là.