To Suga. Chapitre unique.

par Maken

« Dans ce monde, il y a des gens qui vivent pour découvrir, aider, ou partager. Il y en a aussi quelques-uns pour qui la vie s'est montrée trop dure, et qui sont là pour crier, détester, ou tuer. Mais il y a un cas un peu plus particulier. Ils sont nés comme ça, sans avoir besoin d’une quelconque influence. Ils te laissent un vieux goût amer dans la bouche, avec une très forte envie de leur vomir dessus. Mais ça fascine, parce que tu ne peux pas t’empêcher de te demander comment font-ils pour vivre comme ça.
Être une sale race. Tout simplement. Voilà la seule et unique raison de leur présence ici. Leur première pensée dès le matin, ce n’est pas « Quel temps va-t-il faire ? » mais « Et si je faisais des travaux aujourd’hui, histoire de faire chier mes quatre voisins en même temps ? ». Alors tu te demandes. Est-ce qu’ils ont une vie ? Un travail ? Une famille ? Est-ce que quelqu’un sur cette terre arrive à les aimer ? Et pourquoi tu ne nous répondrais pas, hein ? Oui c’est de toi dont on parle, et tu le sais très bien. Tu veux que je couche sur papier tout ce que l’on pense de toi ? Non ? Tant mieux. J’adore aller à l’encontre de tes envies.

T’es détestable, exécrable, insupportable. Tu fais chier, tu désespères. Tu n'es tenable nulle part, faut toujours que t’ouvre ta grande gueule. Soit tu fous la honte à tout le monde, soit tu niques l’ambiance, ça dépend de ton humeur. Mais faut pas rêver, elle est toujours à chier.
Chez toi, le manque d’amabilité se décline sur tous les plans. Tu trouves ça plus facile. C’est vrai quoi, pourquoi se forcer à sourire quand on peut faire la gueule toute la journée ? C’est même pas que tu es avare en sourires, c’est juste que tu ne connais pas le principe. La vérité, c’est qu’il n’y a pas un seul nerf présent sur toute la surface de ta face. On dirait que la gravité exerce une pression tellement forte sur ton visage que tu es condamné à faire la gueule pour le restant de ton existence.
T’es flasque, plat, fade. Tu ressembles à un chewing-gum qu’on a craché sur le bord de la route. Tout le monde te fuit, personne ne veux te marcher dessus. Normal, tu es trop sale pour nous. T’es une feuille de papier sur laquelle on a envie de faire un concours de crachat.
T’es Judas dans la genèse, Pierre Laval pendant la seconde guerre mondiale, Végéta dans Dragon Ball, Richard III dans Shakespeare. T’es un traitre, un vendu, une grosse salope qui la joue sale et qui baise tout le monde par surprise. Tu prends chaque claque et insulte qui t’arrivent dans la gueule comme un trophée, une victoire dans ta vie de connard.
Tu cumules les défauts et on dirait que ça t’amuses. Tu prends plaisir à voir se dessiner des expressions de dégoûts sur le visage de ton interlocuteur. Tu n'hésites jamais à appuyer là où ça fait bien mal. Une fois que tu as trouvé un point sensible, tu l’exploites de toutes les manières possibles et imaginables. On en vient même à se demander si tu n'es pas un génie. Mais en fait non. T’es toujours le gros enculé d’il y a 30 secondes.
T’es borné et tu ne nous écoutes pas. Tu ne nous écoutes jamais. Tu n'écoutes jamais personne d’ailleurs. Ça doit déjà être assez dur pour toi de t’entendre avec toi-même, alors on va pas en rajouter.
Tu ne veux pas faire d’efforts pour rendre ton entourage un peu plus heureux. Alors tu le descends. Tu lui tires une balle dans chaque genou pour t’assurer que ça fait bien mal comme il faut. Tu es un connard au comportement ignoble. On ne peux pas faire autre chose que de te détester. Mais le pire dans tout ça, c’est que tu es sincère. D’une absence inouïe de la moindre trace de compassion, de la moindre petite miette d’empathie, mais sincère. Tu as une sorte de franchise brutale, désarmante et dévastatrice. Comme tout ce qui sort de chez-toi d’ailleurs. Tu es un typhon de magnitude huit, tu détruis tout sur ton passage, et tu en es fière.
Tu renverses violemment le quotidien des autres. Tu rentres dans nos vies comme dans tes toilettes et tu y fous le bordel. Tu balances, tu casses, tu brises, tu griffes, tu éclate, mais surtout toi, tu t’éclates. Ça t’amuse de nous voir a terre, trainant dans la boue, pendant que toi, tu nous marche dessus pour ne pas salir tes converse neuves. Tu te marres en nous voyants galérer, en train de rattraper tes erreurs, ou même en te rattrapant toi. Parce que tu t’engouffres dans un puits où tu ne verras jamais le fond. Car tu ne seras jamais satisfait. Tu en voudras toujours plus.



Pourtant ce n’est pas la palme du plus gros enculé qu’on va te décerner aujourd’hui. Mais celui du meilleur acteur.
Parce qu’on le sait bien tous les deux. On sait que c’est de la connerie tout ça. C’est juste ta manière à toi de montrer à ce monde que tu es présent. Tu craches sur les autres pour les rendre plus forts. Tu portes un masque à longueur de journée pour pas qu’on t’atteigne. Parce qu’en vérité, tu as peur. Tu as peur de te faire trahir, lâcher, détruire. Alors tu agis avant que l’on agisse. Tu massacres avant de te faire massacrer. La loi du plus fort hein? Je te pensais quand même plus évolué qu’un vulgaire animal.

Et le pire dans tout ça, c’est que je t’ai aimé. J’ai aimé la sale chienne que tu es, parce que tu me fascines. Tu m’attires comme un insecte l’est avec un lampadaire dans la nuit. Tu ne fais jamais rien comme les autres. Tu es unique. Tu as foutu le bordel dans ma vie, comme dans ma tête, comme dans mon cœur. Et j’ai adoré ça. Tu te foutais des règles comme de ta première chemise. Tu faisais tout à l’instant où tu y pensais. On en a fait de la merde ensemble, pas vrai Suga ? À commencer par notre relation. C’était quoi déjà ? Plan cul ? Sex-friends ? Même moi qui suis le principale concerné, je ne sais pas. Mais je m’en foutais. Parce que je t’avais. J’avais ce que personne d’autre n’aurais.

Mais il est temps, Suga, il est temps de commencer à vivre. Ça va te faire quoi, 23 ans cette année ? Faut que tu commences à vivre sérieusement. Trouve-toi un job et fonde une famille. Je sais que tu n'es pas fait pour une petite vie tranquille, pausée, avec une petite femme et des mignons petits gamins, mais tu as encore trop de choses à vivre pour finir comme ca. Prouve lui, à ce monde qui ne t’as pas accepté, prouve-lui que tu n’es pas qu’une sale race. En tout cas, moi j’ai tout fait pour. Je te laisse l’appart et tout le mobilier. Prends tout ce dont tu as besoin, mais réussi.

Joyeux anniversaire Yoongi. Je t’offre ta liberté. »





Assis sur le rebord de ma fenêtre, j’observe une dernière fois les courbes fines de son écriture avant de sortir une cigarette et un briquet. Je coince le cylindre entre mes lèvres et fait naitre la flamme sous la feuille de papier. Je l’observe brûler avant de venir allumer ma clope avec. J’inspire et fait entrer la fumée dans mes poumons, à présent vidés de leur oxygène.

« -T’avais raison Nam. J’aurais dû faire comme avec les autres et te briser dès le départ. »

Je laisse son dernier souvenir se consumer dans ma main, mais je ne sens pas la chaleur de sa flamme. Pas plus que celle du brasier qui prend possession de mon appartement.

Je suis Min Yoongi, alias Suga. Né en faisant pleurer ma mère, mort en faisant chier un lotissement tout entier. J’ai été un enculé, et je n‘ai rien d’autre à ajouter.