Chapitre 7 : Sur Terre je n’ai pas vu de paradis

par Primary

Chapitre 7 : Sur Terre je n’ai pas vu de paradis







****** PDV Yoongi :

La porte avait claqué si fort qu’elle l’avait sorti du noir dans lequel il était plongé. À la manière d’un plongeur qui refait surface après une minute d’apnée, il avait avalé de grandes goulées d’air mais il n’avait pas encore émergé. Il se noyait, sa tête débordait de toutes les pensées qui étaient restées en suspens et se déversaient à travers ses neurones alors il se débattait pour rester à flot. Ses doigts se crispaient puis se détendaient sur le sol froid comme s’il cherchait à s’agripper à quelque chose.

Il savait. Mais il ne s’était rien passé. Il ne pouvait pas s’être passé ça.

Le fantôme des mains parcourant son corps lui hérissa les poils. Il fallait qu’il sorte. Maintenant. Ses poumons manquaient d’air et ses pensées ne filaient plus droit. Il n’arrivait pas à se concentrer sur autre chose. Penser qu’il ne fallait pas penser, se vider la tête pour qu’elle soit aussi creuse que son cœur. Il était en train de se faire happer par cet immense trou noir qui se créait dans sa poitrine et qui grossissait en dévastant tout sur son passage.

Il ne s’était rien passé.

Ses battements de cœur manquaient de lui défoncer la poitrine.

Ne pas penser à ce qui était arrivé. Oublier. Oublier.

Son pantalon. Où était son pantalon ?

Ses mains cherchèrent à tâtons, un liquide gluant vint s’accrocher à ses doigts mais il l’ignora. C’est bon, il l’avait trouvé, le tissus était un peu froissé mais en parfait état. Il faudra qu’il aille le laver demain. D’ailleurs, il avait une énorme pile de linge qui l’attendait chez lui, son chat devait dormir dessus à l’heure qu’il était. Cette pensée lui arracha un rire.

C’était un sanglot.

Non un rire.

Ses mains tremblaient mais c’était bien la seule chose qui lui montrait qu’il était encore vivant à cet instant.

Il devait penser à autre chose, se calmer.

Bordel, pourquoi est-ce qu’il se souvenait de tout ?!

Chaque seconde de ce qui c’était passé était gravée dans sa peau, dans sa chair. Il se revoyait boire, il se revoyait se frotter contre cette ordure. Il était excité. Putain. Ça il s’en souvenait. Mais le visage de l’autre ne lui revenait pas. Il n’avait rien oublié sauf ça. C’était bizarre hein ? Tout allait bien pourtant. Tout allait bien ?

Il n’avait pas crié, il ne s’était pas débattu, il avait même ressenti du plaisir. C’était lui qui l’avait cherché alors. C’est ça, il devait l’avoir voulu. Il ne se souvenait plus très bien de comment ça avait commencé mais de toute façon son cerveau lui jouait des tours. Il devait avoir ses raisons, l’alcool l’avait un peu poussé mais rien de grave, pas au point qu’il ne puisse plus rien contrôler. Ça arrive des fois en soirée de ne pas trop savoir ce qu’on fait et de faire des choses qu’on regrette après. Oui c’est ça. Il regrettait mais c’était du passé, il allait simplement tourner la page. Et ses putains de larmes coulaient. Elles ne voulaient pas s’arrêter. La vanne était ouverte, ses glandes lacrymales fonctionnaient à plein régime et ne voulait pas arrêter de libérer ces gouttes au gout salé le long de ses joues. Il était un faible. Un sale putain de faible dégoutant.

Ses doigts tremblèrent lorsqu’il fit tourner de son pouce la petite molette de son briquet pour allumer une cigarette. Il s’était extirpé du couloir à pas lents, le froid du matin le happant et l’entourant de ses bras glacés pendant qu’il s’adossait au mur en brique à l’arrière de la discothèque. Tous les sons étaient atténués par la musique qui vibrait de l’autre côté du battant en métal. Tout était calme comme s’il ne s’était rien passé. Exactement ce qu’il cherchait. Il se lova dans ce silence observant le léger filet de fumée qui s’échappait d’entre ses lèvres entre deux sanglots. Il était minuscule dans la pénombre.

-Hey ça va ?

Une voix masculine tentait de le faire sortir du cocon qu’il s’était forgé. Il était encore fragile donc les sons passaient à travers ses mailles et ses oreilles de pouvaient pas ignorer ces appels.

-Ça va ? Tu m’entends ?

Il n’avait pas envie de parler. C’était bien la dernière chose qu’il avait envie de faire, encore pire que de retourner dans la discothèque chercher son agresseur. Il avait besoin de le repousser pour être de nouveau seul mais il n’arrivait pas à lui dire de partir. Le contact de cette main qui s’était posée sur son épaule l’avait fait émerger de ce tourbillon noir dans lequel il était plongé pour le frapper encore plus fort lorsqu’il avait atteint la surface. C’était comme s’il avait heurté un mur en béton. Le mur ‘’Réalité’’. Et tout son esprit était tendu dans le seul but de l’en éloigner. Car il n’avait pas besoin d’aide. Car il n’avait pas besoin de sa pitié puisque tout allait bien. Tout devait aller bien.

Il refusait d’entendre, il refusait de voir. Seules des images au ralenti de ce qui se passait traversaient le rideau de ses larmes. La silhouette avait les cheveux rouges, sa main était chaude contre son épaule. Mon dieu, pourquoi est-ce qu’il s’était accroupi ? Il allait le voir et comprendre ce qui lui était arrivé !

-Calme-toi, tout va bien ... Il faut que tu respires calmement et que tu me dises ce qui se passe.

Non, non il ne devait rien dire. Il avait peur. Tout l’air qu’il inspirait l’étouffait plus qu’il ne lui apportait d’oxygène et les minutes s’égrenaient tandis que son ventre se serrait sous le silence qu’il s’imposait. La main du garçon avait glissé sur son omoplate pour y décrire de petits cercles.

-Je vais appeler les secours mais ne t’inquiète pas, je reste là.

-Non ! Il pensait avoir crié mais le mot avait pitoyablement glissé entre ses lèvres. Pas très fort. Juste assez pour que l’autre le saisisse s’il avait tendu l’oreille. Je veux rentrer chez moi.





****** PDV Hoseok 

L’air frais l’avait quelque peu calmé. Les séances de méditation sur le bord du fleuve Han avec Jimin lui servaient à quelque chose au moins. Il fallait inspirer, faire le vide dans son esprit, ne plus penser à cet espèce d’idiot de Taehyung. Expiration. Ce type était un con. Il le détestait du plus profond de son être à cet instant. S’il pouvait il serait retourné à l’intérieur pour lui arracher ses attributs et les lui faire bouffer. Il aimait ça les fellations ? Eh bah il allait lui en faire découvrir d’un tout nouveau type.

Il shoota dans une cannette qui ricocha contre le trottoir et termina sa course dans le caniveau. Elle représentait un peu son état d’esprit du moment. Il avait été abandonné, comme elle, sur le bas-côté, comme on se débarrasse de quelqu’un d’un peu trop encombrant. Pourquoi, pourquoi, pourquoi avait-il de nouveau joué son lâche et l’avait-il laissé continuer à s’exposer à la vue de tous avec cette nana ? En plus ils s’étaient insultés. C’était de sa faute mais qu’est-ce que Taehyung le méritait ! Demain, il utiliserait les grands moyens et irait lui parler. Il fallait qu’il arrange les choses parce que même s’il avait toujours agit comme si de rien n’était le comportement du brun dépassait les bornes.

-Beuuuurgh

Un type venait de se précipiter à l’extérieur et déversait le contenu de son ventre sur la pauvre canette dans laquelle Hoseok venait de shooter. Il le détailla de l’autre côté de la route, observant son dos se soulever à un rythme à peu près régulier après qu’il ait régurgité encore deux ou trois fois. Son vomi sentait de là où il était, la faute au vent qui soufflait dans la mauvaise direction. Ça sentait comme dans les toilettes de la discothèque. Le type avait l’air jeune, un ou deux ans de moins que lui à vue d’œil. C’était triste cette jeunesse qui se noyait dans l’alcool, lui-même en faisait partie mais il ne se sentait pas trop concerné pour le moment. La méditation lui avait remis les idées en place donc il se permettait de juger les gens. Il était sûr qu’il ne buvait pas au point d’être bourré à son âge en plus.

Il s’approcha du garçon plus par curiosité que parce qu’il voulait jouer au bon samaritain.

-Ça va ?

Le brun avait avalé difficilement sa salive.

-Pas … trop…

Oh, il voulait qu’il l’aide ? Parce qu’il n’avait pas trop envie là.

-Eh … on se … connait ? poursuivit la larve devant lui.

-Je ne crois pas non.

En fait le type lui disait vaguement quelque chose mais il n’arrivait pas à mettre le doigt dessus, il aurait fallu qu’il se mette sous la lumière d’un lampadaire parce qu’il faisait beaucoup trop sombre ici.

-C’est pas toi … le … type qui me suit ….depuis deux semaines ?

Ah. Maintenant qu’il le disait, le visage de Jungkook lui rappelait bien quelque chose.





***** PDV Jimin

Le garçon tremblait entre ses bras. Il n’avait pas osé le contredire quand il lui avait demandé de ne pas appeler de l’aide et Jimin savait qu’il n’aurait pas dû l’écouter, mais il savait aussi que le garçon était dans un tel état de détresse que le moindre choc l’aurait brisé comme de la porcelaine. Il avait l’air aussi fragile qu’un oiseau dont on aurait cassé les ailes et qu’on aurait abandonné dans la boue. Il était cassé, perclus de coups et brisé. Sa peau avait été maltraitée. Les marques dans son cou étaient visibles de loin et les griffures qu’il avait aperçu sur ses poignets en s’approchant l’avaient fait frissonner. Il avait été agressé sexuellement. La réponse s’était imposée à lui dans sa crudité la plus totale lorsqu’il avait vu à quel point il était débraillé. Alors il avait paniqué. Parce qu’on ne lui avait jamais dit quoi faire dans ce genre de cas et parce qu’il se sentait soudain terrifié à l’idée que c’était à lui de lui porter secours.

Il avait fait la seule chose qui lui était passé par la tête à ce moment-là. Il s’était trainé, lui et l’adolescent, jusqu’à sa petite chambre d’internat, espérant que Taehyung n’y serait pas et, heureusement, la chambre était vide. Puis il avait guidé le jeune homme aux cheveux argentés jusqu’à son lit et avait défait les couvertures avant de l’y installer. Ce dernier était comme un poids mort, Jimin devait l’aider dans le moindre de ses mouvement, détournant les yeux lorsqu’il apercevait un suçon dans le coup de l’argenté. Il avait mal pour lui, mais l’autre devait avoir plus mal encore. Il voulait vraiment l’aider mais pour le moment la seule chose qu’il pouvait lui offrir était la sécurité de son lit et sa présence jusqu’au lendemain. Après, il faudrait qu’ils discutent. Le jeune homme devait aller voir la police, il fallait qu’il dénonce la personne qui lui avait fait ça.

Jimin était dégouté et effrayé. Il avait souvent entendu ces histoires de personnes qui se faisaient violer lors de soirée mais tout cela s’était tenu loin de lui, il ne s’était jamais vraiment senti concerné. Maintenant, c’était tout autre chose. Il faisait face à la violence des faits qu’il n’avait pu qu’imaginer jusque-là. Le garçon qui pleurait dans son lit était si pathétique, si fragile. Jimin se sentait si faible de ne pas pouvoir l’aider, et si loin de lui qu’il se savait incapable de le comprendre. Il avait envie de le prendre dans ses bras, de lui dire qu’il fallait oublier et que tout allait bien mais qui était-il pour lui dire ça alors qu’il ne pouvait même pas imaginer un centième de ce que l’autre devait ressentir ? Il ne pouvait rien faire. Rien.

Mais il pouvait rester. Il allait veiller sur lui.