Chapitre 4

par Kaorie

-Semaine5-


Mon premier mois en tant que patient à la clinique privée venait de se terminer et, je commençais alors le second : ou du moins, c'est ce qu'il me semblait. Je n'ai pas encore réussi à déterminer si je perdais la notion du temps, ou si je me perdais moi-même. Les journées sont des copier-collers les unes des autres, avent, je n'avais pas de but dans la vie, maintenant, j'aurais tendance à dire que je n'ai tout simplement pas de vie, les aliments n'ont plus de goût et je ne porte plus aucun intérêt à rien, mon seul contact humain se limite au corps médical, mes sentiments ont quittés mon âme à tel point que je n'arrive plus à pleurer, à être en colère, je ne veux plus parler : je ne serais même pas quoi dire.


La dernière personne à qui j'ai parlé, c'est cet homme au téléphone. Je ne sais même pas son nom alors que je me suis livré à lui. C'était une période bien agréable, ou la solitude avait été mise de côté, peu de temps certes, mais j'avais pu faire une pause avent la suite des événements. Des gens comme moi, il devait en avoir des dizaines au téléphone, tous avec des problèmes différents, mais un point commun : chacun de nous recherchais une oreille attentive, de l'aide et sans l'ombre d'un doute, une solution à notre problème.

Combien d'entre nous la trouvais ? Ou bien même combien de gens vivaient cette situation ?

La réponse me semblait, bien sûre, évidente, nous étions beaucoup. Une personne dans un état de santé normal, sans soucis particulier aurait répondu que nous étions beaucoup trop à vivre ce genre de chose : soyons réaliste 5 minutes – et être resté réaliste était bien la seule qualité que j'avais réussie à me trouver -, il est impossible que tous les individus soit heureux de façon simultané. En voilà un bien triste constat. Me laisser me perdre dans mes pensées, selon mon état mental, il se peut que cela soit une assez bonne idée, mais là plus part du temps, je réussis à trouver une conclusion totalement morbide à ces dernières.

Machinalement, mes yeux se dirigent vers le pendule de ma chambre : l'horloge y affiche 15:45. À cette heure de la journée, je peux parfaitement décrire ce qu'il se passe juste en écoutant les bruits extérieurs : les infirmières s'activent pour préparer le goûter et nous le distribuer rapidement à 16h00 sinon, l'homme dans la chambre à côté de moi pique crise – une bonne partie de gens ici sont atteint mentalement, ou fou, un patient en fauteuil roulant passe devant ma porte, il revient d'un rendez-vous. Et pour finir, je sais ce qu'il va m'arriver à moi aussi dans un peu moins d'un quart d'heure.

Il y a certaines choses, certaines actions qui jamais ne pourront devenir une habitude parce que jamais nous ne pourrons ou nous ne voulons pas nous y habituer. Voilà que je suis en traitement depuis un peu plus d'un mois, et je ne suis pas capable d’aborder le traitement comme une chose d'habituelle : qui accepterai une séance de torture quotidienne ? De ma chambre, je pourrais presque entendre les pas des aides-soignantes qui viennent me chercher.

- Semaine 6 –


Des jours entiers, je l'ai appelé en pleurant, pour qu’ils viennent me chercher, j'ai crié à chaque fois qu'il a refusée et je retiens encore chacun de ses soupirs. Impuissant face à ma situation, il ne pouvait que me conseiller, m'avait-il dit. Ces belles paroles, n’avait suffi qu’à calmer mon être le temps de quelques jours, jusqu’à ce qu’il soit abîmé de nouveau.


Mais je refusais de le croire, il ment j'en suis sûr, tout le monde ne dit que des conneries de toute façon, je déteste tous ces gens qui ont voulu me faire avaler leur pseudo-gentillesse, qui accepteraient d'aider un gars comme moi ? Je suis certain que jamais mes parents ne reviendront me chercher, si je m’inquiétais pour eux, j’aurais pu penser qu’ils étaient morts à l’heure qu’il est : aucune de leurs nouvelle ne m’a été donné depuis mon arrivé. À quand remonte la dernière fois que mon père a été respectueux envers moi ? Ou que ma mère n'a pas fait semblant de m'aimer ? Il y a bien longtemps. À l’heure d’aujourd’hui, mon absente est semblable à des vacances pour eux, je suis même persuadé qu’ils en ont profité pour partir en voyage.

Coupé en plein milieu de mes réflexions par l'arrivée des infirmières : je balance le premier objet à ma portée dans leurs directions, et je recommence jusqu'à en toucher une au visage. La seconde est déjà partie chercher du renfort, je prends la décision de sortir de ma chambre, par la fenêtre, en courant. Tout, c’est très vite succédé, comme si j’étais le spectateur face à une scène d’action, en me demandant la suite des évènements alors que j’en suis le personnage principal, mon corps à agis sans mon accord.

Mon corps était enfin arrivé à ces limites, et je dois bien dire qu'il avait tenu plus longtemps que je ne l'aurais pensé, la dernière fois où j’ai couru ainsi remonte à mes dernières journées au lycée. La séance de cette après-midi aurait été celle de trop, et étrangement, je n'aurais pas eu le courage de mourir aujourd’hui. Puis rien ne me retenait, je n'étais pour ces médecins qu'un patient qui pouvait leur rapporter du fric, pour mes parents, je n'étais qu'un déchet, un raté et enfin pour tous les gens qui m'avaient connue, j’étais un monstre. Même cet homme au téléphone, je le suspecte de me trouver un peu bizarre, sinon il m'aurait aidé en me faisant sortir de là, aux dernières nouvelles secourir les gens était son boulot. En parlant de lui, je prends mon téléphone pour lui dire au revoir, mais c'est sa messagerie qui me répond.

« - Bonjour, c'est Yoongi qui vous parle. Vous devez sans doute être occupé avec un autre, après tout il n'y a pas que moi qui ai besoin de gens comme vous pour leur venir en aide, j'espère que vous y arriverez. Quant à moi, je pars. Je quitte l'hôpital, je dis adieu à ma souffrance journalière, aux médicaments et aux journées qui se ressemble, et en même temps à mes parents. Je suis ici à cause d'eux, cela ne les aidera pas de savoir qu'en plus, leurs fils fuguent pour échapper à ses problèmes, mais je pense que cela est plus facile à supporter que d'avoir un malade à la maison. Merci encore d'avoir usé de votre temps pour moi. Peut-être nous verrons nous un jour. »

Je raccroche et range le téléphone dans la poche de mon jean. C'est agréable de portée autre chose que les vêtements de l’hôpital, j'ai moins le sentiment d'être malade.

En aucun cas, je n'avais planifié un seul geste de ce plan d'évasion, et se serai sûrement le motif de mon éventuel échec, et d’un retour dans cette prison dans quelque temps. Peut-être bien que le destin existe, rien de tout cela n’a été planifié, et pourtant, chaque geste inhabituel, était en accord avec la suite des évènements : ne pas prendre ces médicaments qui m’endorment, changé de vêtements ou m'a monté de courage.


Pour le reste de la journée, je me contentais de marcher, sans bagages, tous rester dans mon ancienne chambre, au moins j’étais débarrassé des affaires qui me rattachaient à mon ancienne vie. Dans le fond de ma poche, je ne trouvais que le vide et quelques wons qui me permettraient de prendre un café demain matin, et un morceau de gâteau si je faisais assez pitié, mon estomac devrait attendre

Actuellement, je n’avais même pas atteint la ville. La clinique était à l’écart de Séoul, car je suis certain que ces pratiques n’étaient pas l’égale.

Le soleil se couchait peu à peu, le ciel affichait fièrement de nouvelles couleurs, tout nuancées que beaucoup de gens aimait admirer, ou prendre en photo. Je fis la même chose en m’installant sur le bord de la route, les larmes coulaient sans possibilité pour moi de les contrôler.



Seul et perdue en Séoul et l’enfer, mes émotions se battaient pour prendre le dessus, ne sachant pas si je pleurais de joie en jouissant d’une nouvelle liberté ou si je regrettais mon choix d’être partie sans rien, je préférais me convaincre que je, j’avais juste besoin d’extérioriser tout ce que j’avais ressenti.