Chapitre 2

par Kaorie

À l'instant même ou l'homme prononça ces premiers mots, mon cœur se mit à battre bien plus fort. Si fort qu'il aurait pu faire exploser ma poitrine. La voix grave, calme et posé de mon interlocuteur contrastait parfaitement avec mon état général. Stressées, les mains moitent, mes mots refusaient catégoriquement de sortir, m'a gorgé était nouée. Soudainement, la configuration de ma chambre devenue bien plus intéressante qu'à l'accoutumer, tout était devenue un bon prétexte pour ne pas me concentrer sur l'appel téléphonique.

L'ironie de l'histoire, c'est que j'ai moi-même prit l'initiative d'appeler ce numéro pour obtenir de l'aide, et maintenant, je suis incapable d'affronter la réalité. À l'autre bout du fil, j’entends l'homme respirer calmement, il attend. Pourquoi ne raccroche-t-il pas, je lui fais perdre son temps. Il se racle la gorge, il hésite un instant, puis se tait à nouveau. Mon stress augmente une fois de plus. Il prend la parole.

« -Je sais que quiconque compose ce numéro à une bonne raison de le faire. Quelque chose vous pousse à bout, ou quelqu'un. Et je pense qu'aucun Etre-humain ne devrait vouloir mettre fin à ses jours. Vous me direz qu'affronter tout ce qu'il vous arrive est plus facile à dire qu'à faire ? Vous n'êtes pas le premier et encore moins le dernier à me le dire. Alors s'il vous plaît accepter l'aide que je vous propose.. »

Je ravale un sanglot. Cet homme n'avait pas tort sur tout, mais j'ai bien peur que la révélation de ma pathologie ne change son point de vue et son discours. Peut-être était-il malgré tout honnête dans son désir de me venir en aide, mais je n'étais moi-même pas convaincue par ma démarche, et incapable de faire la différence entre des paroles sincère et un mensonge.


« - Vous savez Monsieur, je doute moi-même de mon potentiel de guérison, alors comment vous faire comprendre que je suis sûrement l'un de ces cas désespérés et que vous perdez votre temps en gérant mon cas ?

- Tu as pris le temps d’appeler, il me semble, que ce seul geste prouve que toi aussi, tu as encore envie d'y croire : sinon tu aurais raccroché bien avent, ou tu n'aurais peut-être même pas appelé. Que penses-tu de ça ? Tu me permets de te tutoyer ?

- Je vous en pris, appelez-moi comme bon vous semble. Et donc, je peux... Vous parlez de n'importe quoi ?

-Bien sûr. Je suis là pour t'écouter, t'aider à trouver des solutions, à faire face à tes problèmes : ce genre de chose.

-Et par quoi pourrais-je bien commencer ?

- Par le motif de ton appel ?

- J'aurais un milliard de raisons de vous appeler, la vie n'a pas été très cool avec moi et je mène une existence lassante, répétitive : je ne fais rien de mes journées parce que j'ai peur de sortir. J'ai apporté à ma famille quelque chose de bien pire que le déshonneur et la honte, alors si aujourd'hui, je vous ai contacté ce n'est pas pour un motif particulier, mais bien pour la répétition de toutes ces journées. C'est une accumulation qui m'use au quotidien, mes problèmes me bouffent de l’intérieur. Vous avez quelque chose à répondre cette fois où vous avez enfin compris ?






La voiture démarre, je m'attache. Être à l'extérieur m'angoisse, et l'expression de ma mère n'arrange rien, je vois bien l'inquiétude sur son visage et ces traits tirés. Il est dix-neuf heures passées, ils ont donc fini leur journée de boulot et j'ai dormi plutôt longtemps, les portes arrière de la voiture ont la sécurité enfant activée de manière à ce qu'elle ne s'ouvre que de l'extérieur, ainsi, je ne peux pas sortir, et donc m'enfuir.

J'ai déjà vécu à plusieurs reprises ce scénario :ils s'arrangent pour finir leurs journée de boulot rapidement le soir, une fois mes parents rentrer c'est mon père qui s'occupe de moi, ma mère n'en aurais pas le courage.Toujours avec de la violence, il me fait faire ma valise et me « charge » dans la voiture ou ma mère est déjà installée.  Elle sourit pour essayer d'être rassurante, je le vois toujours dans le reflet de la vitre puisqu'elle évite au maximum mon regard dans ce genre de moment et nous roulons en faisant très peu de pause. Mes parents me balancent dans un établissement différent à chaque fois et j'y reste environs un mois.

Je ne leur parle jamais de ce que j'y subis. J'essaye moi-même de ne pas m'en rappeler.

« Mon chéri, tu sais que nous faisons ça pour ton bien. Tu en as conscience ? »

Ma mère de sa douce voix, et son air faussement rassurant tentais à chaque fois de me faire croire que c'était dans mon intérêt.

« -J'ai surtout pris conscience que tout cela me fatigue, et ne sert à rien mis à part vous faire perdre votre argent et votre temps, ni vous ni moi n'avons demandé ça. Et je ne pense pas que vous êtes les plus à plaindre dans l'histoire, vous en subissez certaines conséquences, mais c'est moi que cette maladie ronge, pas vous. Arrêter un instant de me détester, et laissé moi crevé dans l'intérêt de tous. »

Pour couvrir mes paroles, trop vraies et dures à entendre, mon père augmenta le son.