Chapitre 5 : Haine

par agashi

La serveuse était souvent à ses côtés quand je le voyais. Ma meilleure amie était de plus en plus silencieuse. J’étais seule, à nouveau. Je commandai une pizza et m’engouffrai de malbouffe. Je m’arrêtai, entourée de sachet vide. Et je fondis en larme, les larmes ruisselaient le long de mon visage. Je ne savais pas pourquoi j’en étais arrivée là. Je me déshabillai et courus jusqu’à la glace. J’avais grossi, j’étais grosse. Vraiment grosse. Je m’effondrai à terre en m’insultant, ma voix se mêlant à celles des filles et tournoyait autour de moi. J’étouffai. Je devins folle, incroyablement folle. Je serai les poings avant de les abattre dans le verre, les morceaux pénètrent ma peau. J’écarquillai les yeux, sentant une douleur lancinante m’envahir. Une goutte de sang s’écrasa sur mon genou, je relevai les yeux, mes phalanges étaient rouges, mon image brisée.



Mon amie française s’avança vers moi, les yeux rougis. Je la regardai faire, absente. Elle prit ma main dans la sienne et caressa ma blessure. Elle n’avait pas le droit d’être triste, j’étais celle qui souffrait.



:- Tu... tu.., il faut qu’on parle, je t’en supplie. Je-je ne sais pas par où commencer. Mais arrête s’il te plait. Arrête de te détester comme ça. Tu n’es pas grosse. Tu es magnifique. Ne t’éloigne pas de moi. Tu es à la hauteur, tu es à la hauteur et tu l’as toujours été.



Et je sentis ses bras m’entouraient. Je me laissai faire. Je ne réagissais pas.



Le soir. La chambre était oppressante et la glace fissurée. Taehyung m’avait évité aujourd’hui. Il avait pris la main de cette fille en souriant. Comme avant. J’avais froid mais ne bougeai pas pour allumer le chauffage. Je repoussai même les couvertures. Il sortait avec elle, je crois. J’allumai mon téléphone et laissai les photos défilaient. Un souvenir me revint.



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« :- Boude pas !



Je lui lançai un regard en croisant mes bras contre mon ventre.



:- Tu m’as fait mal idiot.

- Mais on ne faisait que jouer roooooh. Fragile.

- Tu m’as soulé, c’est l’heure pour toi de partir de chez moi.

- Tu n’es pas marrante.



J’esquissai un sourire.



:- Eh oui, c’est dur. Quand je reviens, je ne veux plus que tu sois ici !



Quelques minutes après avoir rangé le bazar qu’il avait causé. J’entendis la porte claquer. Il était vraiment parti finalement. Puis je remarquais que mon téléphone était en plein milieu de l’entrée, ouvert sur mes photos. Je le ramassai avant de sourire en voyant une photo de lui, une moue boudeuse sur son visage.



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La seule photo de lui que je possédais. Et je serrais désespérément mon portable contre moi, m’endormant de fatigue. Je n’allais pas au lycée le lendemain matin, ni la fois d’après. Je ne répondais pas au message. Je restai dans mon lit à rien faire. Juste allongée, dormant le plus longtemps possible, fermant les yeux sur la réalité et sur moi-même. J’étais égoïste. Je souffrais tellement que seule ma souffrance comptait. J’attendais toujours qu’on me vienne en aide sans voir que la seule qui pouvait faire quelque chose c’était moi. Et cette souffrance était devenue une douce amie, une drogue.



Je me réveillai en sursaut, étalée sur le sol. De la sueur dégoulinait le long de mon dos tandis que j’essayai de reprendre mes esprits. J’étais avec une enfant insouciante et souriante. Je l’avais frappé violemment, je l’avais insulté, je l’avais à moitié tué sous mes coups. Je criais que je la détestais cette pauvre enfant. Je criais et lui crachais dessus. Je tapais si fort que mon sang se mélangeait à ces blessures. Alors elle se tournait vers moi et me touchait faiblement le front en murmurant.



:- C’n’est pas grave. Je te pardonne.



Et là je reconnu ce visage. Je la pris dans mes bras en pleurant d’incompréhension. Cette enfant, c’était moi. C’était moi que j’essayai de tuer. C’était moi.