Black Coffee

par Steiya

Je regarde cette boisson chaude et l’admire un instant. Elle est si sombre et ne montre aucun reflet mais pourtant elle a le dont de vous réchauffer. Comment une chose aussi noire peut nous apporter cette chaleur et cette énergie ? Je prends une gorgée et profite de cette douce chaleur qui envahit ma bouche pour glisser le long de ma gorge et terminer sa course dans mon estomac. Cette drogue douce a remplacé la nicotine qui autrefois m’aider à respirer. Le stresse permanent je connais, la peur de décevoir ou de rater constamment c’est mon quotidien et cette petite barre de nicotine et de tabac m’aidait dans mon quotidien. J’ai décidé d’arrêter pour lui faire plaisir mais leur chewing-gum de substitution ne servent strictement à rien alors pour éviter de devenir fou je suis tombé dans la caféine. Ce n’était pas la meilleure des solutions mais au moins ça m’aide à tenir. Sans cette boisson chaude je panique, je pense un peu trop à ce que je ne devrais pas et je m’épuise. Le café m’aide à me tenir éveiller et à me faire penser à autre chose, la caféine est devenue ma nouvelle drogue.
Je prends une dernière gorgée avant de mettre ma veste et de partir lui rendre visite. Elle a retrouvé le sourire depuis que je ne sens plus le tabac. Pour elle c’est une victoire mais pour moi c’est la pire de toute les défaites, j’enchaine les prises de tête inutiles, les problèmes, les échecs et surtout j’accumule le stresse et la pression sans pouvoir la relâcher. Lorsque je fumais tous mes soucis disparaissaient lorsque j’expirais l’air de mes poumons, tout ce qui me tracassait s’envolait en même temps que ce brouillard épais. Je n’avais pas peur de me lever le matin, je ne priais pas chaque jour pour ne pas retomber dedans, je ne prenais pas autant de caféine pour me réveiller et surtout je n’étais pas aussi tendu. J’avais le sourire mais je l’ai perdu pour lui rendre.
J’arrive rapidement avec ma voiture devant ce bâtiment gris et sans vie. Elle ne pouvait plus vivre seule alors je l’ai confié à des gens qui pourrait l’aider un peu plus que je ne le peux faire. Avec mon travail je négligeais clairement sa santé et je ne l’ai pas vu devenir ce qu’elle est maintenant. Elle a de plus en plus de mal à se souvenir de nos moments passés ensemble, elle a oublié où elle vivait avant mais ce qui m’inquiète le plus c’est qu’elle est oublié le nom de son mari. Elle le chérissait tant et le voilà parti en fumer en quelques instants. Elle l’a aimé jusqu’au bout et voilà qu’aujourd’hui elle ne se souvient même pas pour qui elle se battait chaque jour, pour qui elle se levait chaque matin et pour qui elle cuisinait chaque soir. De temps en temps il lui arrive de répéter la même chose pendant toute une journée oubliant qu’elle me l’avait raconté quelques minutes plus tôt. J’ai peur qu’un jour en arrivant elle ne se souvienne plus de mon image, qu’elle ne se souvienne plus que je suis son fils.
J’entre rapidement et passe l’entrée en saluant la secrétaire qui me connait désormais. Je me rends directement dans sa chambre même si je sais pertinemment qu’elle est dans le salon avec tous les autres. Elle est si fière de moi et fait mes éloges à toutes ses amies à chaque fois que je viens ici. Comment peut-on être fier d’un fils comme moi ? J’ai fait passer mon travail avant la santé de ma mère, je n’ai pas pris soin d’elle. J’étais absent le jour de l’enterrement de mon père à cause de ma dépendance à la drogue mais malgré ça elle me considère toujours comme son fils et me chérit tant. Je ne mérite pas une mère comme elle, je ne mérite pas la vie que j’ai aujourd’hui… Après la mort de mon père j’ai arrêté la drogue et l’alcool mais je me suis tourné vers le tabac pour décompresser de temps en temps. Seulement voilà, aujourd’hui je ne touche plus à tout ça pour lui faire plaisir mais je sombre petit à petit dans la folie. Je ne tiendrais pas aussi longtemps que je ne le pensais, le monde presse constamment sur mes épaules pour me faire tomber et flancher à tout moment. Ils attendent tous ce jour avec impatience pour m’enterrer en même temps que ma pauvre mère.

-Bonjour maman.
-Oh mon fils ! Tu as tant grandi !
-Je suis toujours le même maman, j’ai juste pris une année.
-Monsieur Min ?

L’infirmière en charge de ma mère est venue me chercher dans le grand salon pour discuter de l’état de santé de ma mère. Je n’avais pas pu lui rendre visite pendant presque un mois, en si peu de jours elle avait déjà oublié qui elle était… Elle ne se souvenait plus de son âge, ne se rappelait plus de son nom et surtout avait oublié qui j’étais. Tous les jours en se levant elle regardait la photo posée sur sa table de chevet et chaque jour elle demandait de qui il s’agissait. J’avais 12 ans sur cette photo aujourd’hui j’en ai 32. Comment ai-je pu la négliger autant ? Pourquoi je ne m’en suis pas rendu compte avant ?! 
J’hurle contre cette pauvre infirmière qui ne m’avait rien fait mais m’excuse rapidement par la suite. J’en ai besoin.
Je retourne auprès de ma mère qui me confie qu’elle attend l’arrivée de son fils de 12 ans.
J’en ai besoin.
J’embrasse tendrement son front et elle me regarde comme un étranger.
J’en ai besoin…

-Dites-moi jeune homme ? Vous êtes venu voir quelqu’un en particulier aujourd’hui ?
-Oui ma mère…
-Parlez-moi un peu d’elle.

Son sourire était si sincère, si innocent. Le mien était triste et sans espoir. Elle écoute chaleureusement tout ce que je raconte sur elle. Elle ne se souvient plus de rien, tout ce que je lui dis est nouveau pour elle, je lui parle d’une autre personne. Que dirait papa s’il te voyait comme ça ? Que me dirait-il s’il savait que c’était en partie ma faute ce qu’il t’arrive ? Je me serais pris une énorme claque ça c’est sur !

-Je vous ai déjà parlé de mon fils ?
-Non mais allez-y.
-C’est un garçon formidable ! On m’a dit qu’il venait me voir tous les jours pour prendre de mes nouvelles mais qu’à cause de son travail il n’a pas pu venir ce mois-ci. Vous savez il n’a que 12 ans mais il travaille beaucoup pour me rendre heureuse. On m’a aussi raconté qu’il a un sourire chaleureux et une voix grave mais si douce. Il ressemble beaucoup à mon mari aussi mais je ne m’en souviens pas.
-Et il s’appelle comment ?
-Suga.

Suga… C’est ce qui est inscrit sur mon pull. Enfin celui sur la photo. Quoi qu’ils puissent penser elle a encore de la mémoire mais il faut qu’elle creuse un peu pour ce souvenir de tout ça. Je sais qu’au fond d’elle, elle se souvient de moi, de nous. Je sais qu’elle ne nous a pas oubliés et qu’elle pense fort à nous. Je suis tellement désolé maman, j’aurai du faire plus attention à toi…

-Je vous ai déjà parlé de mon fils ? Il est adorable !
-Je… Non je vous écoute…

J’en ai terriblement besoin…
Je suis parti de cet endroit laissant ma mère raconter encore et encore la même histoire aux autres résidents. J’aurais voulu rester plus longtemps avec elle mais j’ai du travail et mon patron n’a pas la patience de ma mère.

En arrivant devant mon bureau j’hésitai un long moment avant d’ouvrir la porte. Une fois passée je ne pourrais plus faire machine arrière, je serais obligé de rester assis derrière ce bureau à consulter les mails, taper sur un clavier et répondre au téléphone. Je serais obligé d’écouter les plaintes des employés et de trouver des solutions à tous les problèmes. Je vais devoir assister à des réunions plus qu’ennuyeuses pendant que mon patron se la coulera douce à Bora-Bora ou alors dans son bureau avec sa secrétaire. Si j’ouvre cette porte je ne pourrais pas revoir ma mère avant des jours voire des mois. Mais si je ne l’ouvre pas je ne pourrais pas lui payer le luxe de cette maison de soin, je ne pourrais plus subvenir à ses besoins et ni aux miens. Si je ne pousse pas cette porte je trahis mon meilleur ami qui compte réellement sur mon aide. Chaque matin c’est la même histoire, chaque matin j’hésite à pousser cette porte, chaque matin je pense à la vie que j’aurais si j’arrêtais de travailler. Et puis chaque matin je cède finalement et retourne dans mon monde de stress et de pression constante. Je me plie aux règles de la société.
Je passe finalement la porte comme tous les matins et je me m’assois calmement à mon bureau pour commencer mon travail. Aujourd’hui j’ai des entretiens d’embauche à faire passer.

-Monsieur Min ! Dans mon bureau et tout de suite !

J’adore les coups de fil de mon patron, ils sont tellement rassurants et plein d’amour. Cela va vous paraitre étrange mais lui et moi on s’entend super bien. Je suis son bras droit dans l’entreprise et son associé, sans moi il n’est rien et sans lui je n’aurais pas de travail aujourd’hui. Il a repris l’entreprise de son père mais sans mes compétences dans le milieu sa boite aurait déjà coulée. Je fais le travail pour deux et c’est mieux ainsi, je ne veux pas que l’entreprise soit uniquement gérer par un type aussi immature que lui ! Bon d’accord il m’aide quand même beaucoup mais la paperasse c’est moi qui m’en charge et les réunions bien chiantes aussi, lui il fait surtout son travail de PDG c'est-à-dire vérifier que tout soit fait en ordre et dans les règles. Il travaille beaucoup plus que tout le monde parce qu’il est obligé de repasser à chaque fois derrière le travail de nos employés et surtout il doit donner son accord pour chaque décision à prendre. Finalement je ne m’en sors pas si mal !

-YoonGi, assied toi.
-Je le suis déjà.
-Ah bon ? En même tu es tellement petit que je te croyais encore debout !
-Très drôle Nam ! Bon tu veux quoi ? Une nouvelle secrétaire ? Des billets d’avion pour ton voyage d’affaire ?
-Non je veux que tu prennes des vacances !
-Putain Nam on en a déjà parlé tous les deux et je refuse de te laisser seul !
-Mais regarde ton visage ! Déjà que tu es pâle mais là tu fais carrément flipper, tu ne dors plus ou quoi ? Arrête de te droguer au café ce n’est pas bon pour le cœur tout ce surmenage !
-Tu sais pourquoi je me suis tourné vers le café et tu me connais mieux que quiconque pour comprendre mon état de santé.
-Oui je le sais et c’est pour ça que je fais passer des entretiens d’embauche aujourd’hui !
-Non c’est moi qui les fais passer pas toi, on s’était mis d’accord sur ce point là.
-Je suis le patron et je fais ce qu’il me chante ! Prend donc ta journée et va voir ta mère, d’accord ?
-Elle ne me reconnait plus Nam…
-Prend ta journée quand même et va te reposer. Tu en as tellement besoin YoonGi, ton état de santé m’inquiète beaucoup tu sais ?

Il a toujours été comme ça avec moi et tous nos amis. Il ne peut pas s’empêcher de nous venir en aide quoi qu’il arrive. C’est un peu comme un grand frère pour moi et je sais qu’il sera toujours là pour moi. Il m’a beaucoup aidé à la mort de mon père et quand ma mère est… Quand elle a commencé à boire par ma faute… C’est le seul d’ailleurs qui est au courant de toute mon histoire et il ne m’a jamais jugé, au contraire il m’a aidé et m’a offert la chance de travailler avec lui.
J’avais suivi son conseil au final et j’étais rentré chez moi pour prendre un café. Il était 12h et c’était l’heure de ma pause café comme chaque jour à la même heure. Je regardais ce liquide noir couler de la machine pour venir s’écouler au fond de ma tasse blanche. Pourquoi mes soucis ne s’échappent pas aussi facilement que ce café ? Pourquoi restent-ils bloqués dans la cafetière ?

-Tu disjoncte complet YoonGi, tu compares tes problèmes à du café. Pathétique…

Je pris ma tasse et bu une gorgée de ce liquide brûlant. Cette sensation d’amertume contre mon palet me rappelait légèrement à l’ordre, il me rappelait que même le plus insignifiant des mélanges à son lot de défaut tout comme ma vie. Même si cette substance noire était là pour me réchauffer un peu et me donner la force d’avancer, son goût agressif en bouche me ramenait à la raison. Aussi doux qu’il puisse paraitre son goût amer m’aidait à avancer et à oublier, tout en me rappelant ce que j’étais. J’étais comme lui… Doux et sombre aux premiers abords mais amer et plein d’agressivité lorsqu’on apprend à me connaitre. Mais tout comme lui on apprend à m’apprécier et finalement on trouve le bon côté. Tout comme le café à besoin de sucre pour l’adoucir j’ai également besoin d’une autre personne pour me calmer. Seul je suis amer et sombre mais en compagnie de bonnes personnes je sais devenir doux. Seulement voilà, tout comme le café peut de personne m’apprécie à ma juste valeur et personne n’aime me côtoyer à l’état brut. J’ai seulement manqué d’affection durant mon enfance et aujourd’hui où j’en ai le plus besoin plus personne ne peut m’en donner donc je me renferme et claque la porte aux personnes voyant mon infinie détresse.
Une fois mon café fini je pris comme à mon habitude ce chewing-gum sans réel goût et le mastiquai frénétiquement pour me passer cette envie de fumer. Ça fait effet un certain moment mais pas assez à mon goût surtout que lorsque je sors je les vois tous fumer et rire ensemble, qu’à la pause déjeuner j’en vois certains par la fenêtre qui s’en grille une avant de retourner vaquer à leurs occupations. Surtout quand je vois ce paquet posé au fond d’un de mes tiroirs qui me rappelle sans cesse qu’il peut m’aider si je n’avais pas aussi peur de le toucher. Je ne sais pas si je manque de courage pour m’en griller une alors si j’ai beaucoup trop de courage pour ne pas le faire. Qu’est-ce qu’il m’empêche de succomber une dernière fois à la tentation ? Ah oui sa photo, enfin notre photo plutôt. Je l’avais mise à côté du paquet pour me rappeler que je le faisais pour elle, pour lui redonner le sourire. Ça me dissuadait de toucher ne serait-ce qu’à une d’entre elles. J’ai besoin d’un autre café.
Après avoir bu un quatrième café et avoir fini de faire le tour au moins une dizaine de fois dans mon appartement je pris mon manteau et mis mes chaussures. Il fallait que j’y retourne, je ne peux pas rester une seconde de plus dans cette maison de la tentation. Même si je me tue au travail au moins ça m’empêche de penser à la cigarette et tous ses bienfaits sur moi. Je me sens un peu moins vide.
Arrivé dans les locaux de l’entreprise je fus surpris de voir un grand nombre de jeunes stresser à mort dans le grand hall. Aucuns d’eux n’avaient plus de 30 ans j’en suis certain et il y avait beaucoup plus de garçons que de filles. Ils devaient surement tous postuler pour le poste. Mais quel poste ? Je suis celui qui met les annonces en ligne et tout le tralala mais je ne me souviens pas en avoir posté une dernièrement. Mais par contre je me souviens clairement avoir reçu un grand nombre de CV et de lettre de motivation. Il n’aurait pas cherché de nouveaux employés sans même me consulter quand même ? Si ? J’étais passé devant tous les candidats pour me rendre dans la salle d’entretient qui se trouvait au rez-de-chaussée. Je n’avais même pas pris la peine de toquer ou autre que j’étais entré en furie dans cette salle. Il a crée un nouveau poste j’en suis certain ! Je n’ai licencié personne dernièrement et nous ne manquons pas d’effectif non plus ! Il était en plein entrevue avec un jeune garçon souriant aux cheveux châtains, qu’est-ce qui le rend aussi heureux ce gosse ? Ils s’étaient tous les deux retournés dans ma direction et je pense que le plus choqué des trois c’était bien moi. Pourquoi le recruteur se retrouve sur la chaise du recruté ? Mais il s’est passé quoi dans cette pièce ?

-Nam ! Tu fous quoi au juste ?!
-Je juge ce jeune garçon. Je regarde si il est apte à faire passer un entretient d’embauche.
-C’est ton boulot pas le sien je te signal ! Bon le gamin prends tes affaires et dégage d’ici, l’entretient est fini. NamJoon nous devons parler.

Le jeune garçon semblait un peu perplexe mais il s’exécuta en nous saluant. J’avais refermé brusquement la porte et je m’étais planté devant mon patron qui semblait tout aussi perdu que ce pauvre gamin que j’ai renvoyé chez lui.

-On peut savoir ce qu’il te prend ? Tu crées des postes sans même me consulter ?
-Encore cette odeur de café insupportable ?
-Tu préfères celle du tabac ?!
-Non mais j’ai horreur du café et tu le sais ! Tu pourrais en boire moi ou alors prend du thé à la place.
-J’ai une tête à boire du thé ? Mais là n’est pas la question !
-Il nous manquait cet élément crucial et puis je suis le boss donc je fais bien ce qu’il me chante. Maintenant laisse moi finir mes entretiens !
-Le salaire ? Combien ?
-Trois fois rien…
-Montre la fiche.
-Deux mille cinq.
-Deux mille cinq ?!
-Oh ça va ! Tu as vu ton salaire toi ? Bon je t’avais donné ta journée qu’est-ce que tu fais encore là ? Va donc rendre visite à HoSeok ou JiMin je ne sais pas moi.

Je n’arrive pas à croire qu’il jette aussi facilement de l’argent par les fenêtres pour un poste dont je ne connais même pas le nom. Pourquoi il a crée un nouveau poste ? Ne me dites pas que c’est pour devenir sa deuxième secrétaire ou un truc dans le genre sinon je tape une crise !
Au final je m’étais fait pousser dehors et lui il avait repris ses entretiens. Bon eh bien il ne me reste plus qu’à rendre visite à JiMin…