Septième journée

par Nionf

L’oiseau se fraie un chemin en dehors de l’œuf. L’œuf est le monde. Celui qui naît doit d’abord détruire un monde. L’oiseau vole vers Dieu. Le nom de ce Dieu…est…Abraxas.

Je suis assis à cette table noire, le dos droit. Il y a plusieurs choses disposées sur le bois sombre du meuble, dont un chandelier, une bouteille transparente sans bouchon, remplie d’une matière rouge foncée, presque noire, et pour finir la table est mise. Oui, il y a le verre à eau, le verre à vin, le sel, le poivre, une théière, une tasse et sa soucoupe, tous les couverts nécessaires, et une assiette dans laquelle est disposée une pomme. Mais ce qui attire le plus mon attention, ce que je fixe depuis tout à l’heure, c’est ce lys blanc, juste en face de moi. La première fleur est fermée, l’autre commence à peine à s’ouvrir, et la dernière a pratiquement fini d’étendre ses pétales. J’entends ensuite un air de piano assez agréable, et décide d’enlever cette oreillette d’où proviennent quelques grésillements dérangeants. J’attrape cette belle pomme bien lisse et la porte à mes lèvres, pensif. Finalement, je la laisse tomber sur le sol bleu et sors mon polaroid, mon objet fétiche, de couleur rose pâle. Je le positionne devant mon visage et fais la mise au point, visant les fleurs blanches. Mais au moment où je prends la photo, les bougies s’éteignent. Je regarde alors à ma gauche, pendant que la porte devant moi d’où provient la lumière se ferme, lentement. Le miroir sur lequel cette phrase que je connais par cœur est écrite est plongé dans l’obscurité, lui aussi.


Tu as besoin de survivre.


Ça y est, je suis perdu au milieu de ces ténèbres, et l’air léger joué par le piano s’est arrêté.


Je n’avais pas de rêve.


La pomme roule sur la moquette bleutée, et moi je marche, la suivant. J’arrive devant cette porte que je ne connais que trop bien, je l’ouvre et la lumière apparait directement. C’est une chambre, deux piliers bas y soutiennent des statues blanches, et droit devant moi, je peux voir un lit aux draps blancs, en dessous de la fenêtre. Je me retourne en arrière, regardant d’où je viens, puis les portes se ferment d’elles-mêmes, me séparant du couloir obscur. Du couloir…

De mon côté des portes, je peux observer ces traits, durs, taillés dans le bois toujours aussi bleu. D’ailleurs, sur la porte droite, je remarquer ce mot, gravé, ancré, rempli de sens.


Lies


Des mensonges…

Etait-ce moi qui m’étais acharné sur ces bouts de bois ? Etait-ce réellement moi ? Non.


Je suis assis sur le lit, et je joue avec un briquet. J’allume la flamme, l’apporte près de mon visage puis l’éteins. J’attrape ensuite les pétales de lys et les regarde mélancoliquement, pendant qu’un air au violon m’emporte dans mes actes. Je pose les six pétales au sol, puis y porte le briquet. La flamme se répand rapidement et les brûles tous. Ils sont en feu.

Je me sens si mal dans cette pièce. Entre ce piano, cette armoire enchaînée, ces statues, ces deux tableaux, et cette porte abîmée…Tout tourbillonne, je ne vois plus rien clairement, et j’ai affreusement mal à la tête. C’est comme si tout était plongé dans un liquide. Je me tourne et me retourne, recroquevillé dans ce lit. Je vois finalement la silhouette d’une chouette passer par la fenêtre. Est-ce une illusion ? Je veux vérifier, alors je tire les rideaux, mais je ne peux rien voir. D’ailleurs, la lumière est étrange de l’autre côté. La seule chose que j’arrive à distinguer, c’est mon reflet. Alors, j’essaye de toucher cette paroi qui ne me laisse pas voir cette lumière qui vacille.

Le bruit d’une goutte d’eau, des ondes se propagent sur mon reflet, sur mon visage.

J’entends une sorte de bruit de tonnerre qui finit en bruit sourd et me retourne brusquement, me demandant ce qui l’a produit. Je ne fais plus face à mon reflet, je ne le regarde plus.


On a beaucoup pleuré et beaucoup ri, mais c’était si beau.


Je me lève du lit et marche, passant devant le piano, devant Eva, devant la peinture d’un garçon, devant l’armoire enchainée, et me dirige vers les portes taillées. Elles s’ouvrent, et me laissent ainsi passer. Je suis prêt à m’engouffrer dans le couloir plutôt sombre et où m’attend le tableau du fond, le représentant.


Ce n’est pas comme si j’y croyais

Le couloir tangue, il n’est pas droit…

Je suis juste en train de l’endurer,

J’avance, lentement, sortant de la chambre.

Parce que c’est tout ce que je peux faire.

Je passe devant la pomme rouge, posée au sol, n’ayant pas bougé. Je continue de marcher, regardant les motifs sur les murs…ces motifs…

Je veux rester.

Les murs en sont recouverts.

Je veux rêver plus.

Je regarde encore une fois en arrière, mais me retourne bien vite, étant bientôt arrivé au bout.

Mais c’est l’heure de partir.

Je continue, j’avance en le regardant, près de la lumière.

Oui c’est ma vérité.

Je suis à présent devant lui, cet oiseau.

C’est ma vérité.

Cet épervier sombre et traduisant des ténèbres, accroché au mur qui en est recouvert.

Je serai recouvert de cicatrices.

Je regarde finalement à ma droite, là où il y a de la lumière.

Mais c’est mon destin.

J’hésite…

C’est mon destin.

Finalement, je me retourne complètement de ce côté.

Encore, je veux lutter.

Je m’en vais, par-là, abandonnant le tableau.


De retour en arrière, dans cette chambre.

Peut-être que je ne pourrai jamais voler. Juste comme ces fleurs, juste comme si j’avais des ailes.

Peut-être que je ne le ferai jamais.

De retour dans cette chambre, là où ils sont.

Peut-être que je ne pourrai jamais toucher le ciel. Mais je continue de vouloir tendre ma main, je veux courir juste un peu plus…


Ce sont mes photos…ces six photos…


L’ombre, sans aile, dans ce miroir où la phrase y est inscrite. Le tableau représentant Eva, tenant son enfant dans ses bras. La pomme rouge, renversée au sol. Le piano, au bois vernis. Le tableau de l’épervier, au fond du couloir. Et enfin la porte gravée, fermée.

Ils sont tous là, ici…ils y sont présents…Mais moi, où suis-je ?


Je me réveillai difficilement, allongé dans les draps blancs de la pièce où je me trouvais.

Quel rêve…

J’étais énormément perturbé…Je commençais à comprendre, lentement, ce que nous faisions ici, ou plutôt, à cause de qui nous l’étions. Que m’était-il arrivé ? Ça ne pouvait pas être réel…Je devais sûrement avoir mal compris…Une chose était sûre : tous mes camardes faisaient partie de mon rêve, mais moi, je n’y étais que partiellement…Quelque chose clochait…il fallait que j’aille les voir, que je puisse leur parler…Je me levai donc lentement, marchai jusqu’à la porte, et hésitai quelques instants.

Bien sûr que si, ils allaient être là.

J’appuyai sur la poignée et l’abaissai avant de pousser la porte en avant.


J’étais seul, c’est ce que je craignais…


Toute les portes étaient ouvertes, mais aucun de mes amis n’étaient présent. J’étais définitivement seul. Pourquoi ? Je ne le savais pas…En sortant, je m’aperçus que des sortes de ronds étaient présents au-dessus de nos portes. Le mien ressemblait à une espèce de filet…étrange…Cependant, je n’y fis pas plus attention, et me dirigeai vers la chambre de notre cadet. S’ils n’étaient pas sortis, peut-être qu’ils y étaient encore ? Ou peut-être qu’ils avaient été enlevés ?

Ou bien ils étaient partis sans m’attendre…

Je secouai la tête, chassant ces mauvaises idées, et pris mon courage à deux mains. Je m’engouffrai ainsi dans la pénombre émanant de la pièce destinée à Jungkook. Il faisait froid, je ne voyais rien, et il n’y avait aucun bruit…Je commençais sérieusement à avoir peur…Je n’aurais peut-être pas dû entrer, j’avais été trop téméraire…Soudain, quelque chose entra en contact avec la peau de ma jambe et me fit sursauter. Rapidement, je plaçai mes mains sur ma bouche, pour éviter de faire du bruit. La chose sembla rouler un peu plus, puis tomba, laissant le silence reprendre sa place. Peu de temps après, un peu de lumière émana de je-ne-sais-où, et m’aida à identifier l’objet. Il s’agissait d’un pneu. Pourquoi y avait-il un pneu dans la chambre de Jungkook ? De toute évidence, je ne devais pas me trouver au bon endroit…


« Taehyung…

_Shh…Ne dis rien. »


Je n’avais pas rêvé ? Je venais bien d’entendre les voix de Jungkook et de Taehyung ? Mais qu’est-ce que Taehyung faisait ici ?


« Jungkook ? Taehyung ? Vous êtes là ? »


J’attendis quelques instants, et finalement, des bruits de pas rapides retentirent. Ils étaient en train de s’enfuir ! Je me mis à courir, suivant leurs bruits, se mélangeant aux miens. Néanmoins, j’arrivais à différencier leurs pas des miens, car j’étais pieds nus, contrairement à eux.


« Attendez-moi ! »


Malgré mes cris, ils continuèrent de courir. Finalement, j’entendis des bruits d’ailes fouettant le vent, alors que ceux de leurs pas disparaissaient. Qu’est-ce que ça signifiait ?

Je m’arrêtai dans ma course, complètement essoufflé. Où étaient-ils passés ?! Pourquoi ne m’avaient-ils pas attendu… ? Après quelques instants, je me remis à marcher. J’étais perdu, dans tous les sens du terme. Je ne savais pas où j’étais, et je ne savais pas ce qu’il se passait…

Mon pied buta soudainement contre quelque chose. Je baissai les yeux, surpris, et ce qui j’y découvris me terrorisa. Jungkook était là, étendu au sol, dans une flaque de sang, et recouvert de verre. Je me jetai à terre, m’égratignant le genou, et le secouai légèrement, affolé.


« Jungkook ! Réveille-toi ! Ne me dis pas que… »


Il ne bougea pas. Je me risquai à prendre son pouls, les larmes aux yeux.

Il était mort.

Jungkook venait juste de mourir, et je n’avais rien pu faire…Comment…Non…Et où était passé Taehyung ?! Ils ne s’étaient pas enfuis ensemble… ? Ça ne pouvait être qu’un cauchemar…Je me recroquevillai sur le cadavre de mon ami, pleurant de frustration et de tristesse. Je ne me rappelais plus les moments que nous avions passés ensemble, mais je savais que nous étions proches, il comptait pour moi…


« Ne pleure pas. Tu t’y attendais, pas vrai ? »


Je relevai brusquement la tête et observai Jungkook, le visage couvert de sang, me regarder avec une lueur effrayante dans le regard.


« Tu es vivant… ? Demandai-je, entre la peur et l’euphorie.

_Non. Je suis mort, regarde bien, j’ai du verre partout dans le corps. Me répondit-il platement.

_Ce n’est pas possible…

_C’est de ta faute. Déclara-t-il en me regardant méchamment.

_Quoi… ?

_Tu m’as tué.

_C’est faux…Je voulais te sauver…Me justifiai-je, ne comprenant pas de quoi il m’accusait.

_Et ben c’est raté. »


Quelque chose me tira soudainement en arrière, m’éloignant du corps censé être inanimé du brun. Celui-ci me regardait simplement, l’air vide, sans tenter quoique ce soit.


« Lâchez-moi ! »


Même après mes hurlements de détresse, personne ne vînt m’aider. La chose qui me faisait reculer me terrorisait. Etait-ce celle qui s’en était pris à Namjoon… ? Je fermai les yeux, certain de mourir, mais quand je les rouvris, je me rendis compte que j’étais debout dans le couloir. J’étais à présent devant la chambre de Jimin.

Non…Ça n’allait tout de même pas recommencer… ?

Quelque chose me poussa en avant et je fus forcé de rentrer. J’étais certain d’avoir senti deux mains dans mon dos…Je m’enfonçais donc dans l’obscurité, une fois de plus…Mais contrairement à tout à l’heure, la lumière arriva bien plus vite. J’arrivai directement dans une pièce blanche, dans laquelle il n’y avait personne. Mais…n’était-ce pas une main qui sortait de la baignoire… ?

Je tentai de reculer, sachant très bien ce qu’il allait se passer, mais la baignoire se rapprocha étonnement vite de moi, débordant et m’éclaboussant. Jimin était là, le teint livide et les yeux fermés. Il y avait un bout de photo complètement brûlé dans sa main. J’essayai de le lui prendre, afin de comprendre ce que c’était, mais il le lâcha soudainement et m’attrapa le poignet, ce qui m’arracha un cri de frayeur.


« Pourquoi t’as fait ça… ? Me demanda-t-il, l’air plutôt triste.

_Je…J’ai fait quoi… ?

_Pourquoi tu m’as tué… ? Répondit-il en resserrant son emprise sur mon poignet, le regard de plus en plus brillant.

_Mais pourquoi vous dîtes ça…Je ne comprends pas…

_Tu nous as abandonnés… »


J’allais le contredire, mais une fois de plus, je fus tiré en arrière. Cette fois, il sortit son bras de la baignoire en le tendant vers moi.


« Reviens… »


Je voulais revenir, je voulais lui parler, je regrettais les erreurs que j’avais faites même si je ne m’en souvenais pas…Mais je n’y arrivais pas, je tentais de toutes mes forces, mais c’était impossible…Qu’est-ce que j’avais fait… ?


Cette fois, je réapparus devant la porte de Taehyung. J’allais décidément toute les faire…Sans attendre, j’entrai. Je savais que j’allais encore voir quelque chose d’horrible, je le sentais…Alors je me mis à marcher, sans voir ce qu’il y avait autour de moi. Maintenant que j’y réfléchissais, je me rendis compte que la chambre de Jungkook m’étais parue très hostile, alors que celle de Jimin semblait juste un peu froide...Pourquoi Jungkook avait-il été si méchant avec moi ? Jimin n’avait pas eu la même réaction, lui…Mais par contre, la chambre de Taehyung était énormément repoussante. Je ne voyais rien, mais je sentais une odeur horrible…Je n’en avais jamais sentie d’aussi répugnante…

Un gros spot s’alluma, éclairant une personne assise juste devant moi. Taehyung était là, vivant, les yeux ouverts, mais…quelque chose n’allait pas…Il tenait une bouteille brisée et ensanglantée dans sa main droite ! Je pressai le pas afin d’arriver le plus près possible de lui, mais je trébuchai contre quelque chose et m’étalai au sol, devant lui. Il se leva et me tendis sa main, ce qui me rassura énormément. Enfin quelqu’un qui m’aidait…Il m’aida à me relever et une fois debout, il épousseta mes habits en prenant bien soin de ne laisser aucune poussière.


« Attention, tu lui as fait mal. Ricana-t-il, un grand sourire aux lèvres.

_À qui ? Demandai-je en le regardant, rempli d’incompréhension.

_Lui. »


Je suivis la direction que pointait son doigt et tombai sur une scène qui me glaça le sang. Il y avait là un cadavre, d’une personne qui m’étais inconnue, complètement déformé et défiguré, jonchant le sol parsemé de flaques de sang.


« C’est moi qui l’ai tué. Me susurra la voix grave de mon cadet, et j’y devinai un sourire.

_Pourquoi…pourquoi t’as fait ça… ? Questionnai-je, horrifié.

_J’en avais marre. Il la battait, comme ça, et puis toi tu étais parti…De toute façon on allait tous finir par crever, alors pourquoi me retenir de défoncer ce petit enfoiré ?

_Il ne faut pas tuer les gens Taehyung…Non… »


J’essayai de me défaire de son étreinte mais il serra mes bras, se rapprochant encore plus de mon visage. Il se tenait derrière moi, et honnêtement, il m’effrayait au plus haut point…


« Jin…Tu es gentil, tu l’as toujours été…Mais ce que tu es naïf…Explique-moi juste pourquoi tu nous as abandonnés comme ça…Je veux savoir, même si je t’en veux déjà…

_J-je sais pas de quoi tu parles…Tu me fais peur Taehyung…Articulai-je, les larmes dévalant mes joues sans mon accord.

_Lorsque tu sauras, viens m’en parler. Je t’attends. »


Il me poussa en avant et je tombai pile à côté du cadavre empestant l’air. J’hurlai de terreur et fus cette fois soulagé de sentir qu’on me tirait en arrière. Taehyung était le seul encore vivant, mais pourtant c’est de lui que j’avais le plus peur…


Je ré-atterris dans le couloir, devant la chambre de Yoongi. Cette fois, j’espérais le trouver vivant. Je savais que lui, lui n’était pas comme les autres. Il réfléchissait bien plus, et il me rassurait presque parfois…Oui, Yoongi était un de mes espoirs. J’entrai donc et me mis directement à courir. Je voulais le trouver, et s’il était mort, alors je voulais que tout cela se finisse rapidement…je n’en pouvais plus…J’arrivai quelques instants plus tard dans une sorte de chambre de motel. Ça sentait le cramé…


« Yoongi… ?

_Je suis là. »


Je m’empressai d’arriver près du lit, où reposait mon ami. Il semblait calme et paisible, même un peu trop…Je tendis la main vers lui, mais des flammes firent leur apparition, m’écartant de mon camarade.


« Yoongi !

_Laisse, laisse-moi, c’est pas grave.

_Mais tu brûles ! M’écriai-je, paniqué.

_Je suis complètement bourré, alors je m’en fous…Je me fous de tout…

_Tu peux pas mourir comme ça ! M’exclamai-je, à nouveau au bord des larmes.

_J’ai plus rien Jin…Jimin, puis Jungkook…J’ai plus rien…

_Si ! Tu m’as moi ! Alors reste en vie !

_Non Jin. Tu n’es plus là, tu es parti, et tu ne peux plus rien faire. »


Cette fois, je me débattis de toutes mes forces contre la chose qui me tirait. Yoongi était en train de mourir ! Je devais le sauver !


« C’est trop tard…Mais on se retrouvera, ne t’inquiète pas. »


Il me sourit, d’un sourire franc et spontané, puis les flammes envahirent toute la pièce alors que la force glaçante me tira à une vitesse folle.


« NON ! »


Mais c’était trop tard. J’étais revenu dans ce satané couloir. Je ne voulais plus…Je ne voulais plus les voir mourir…Etait-ce vraiment de ma faute… ? Les avais-je tués… ?


D’un pas las, j’avançai dans la chambre d’Hoseok. Finalement, il était mon dernier espoir, après Yoongi, mais d’un autre côté, j’avais pratiquement perdu toute envie de le voir…Après de longues minutes, j’arrivai dans une salle d’hôpital. Alors finalement, c’était le seul à avoir eu une mort plutôt normale… ? J’arrivai à proximité de lui et remarquai à quel point son corps était amaigris et pâle. Il était mort, lui aussi. Je soupirai, désespéré, mais quelque chose effleurant ma main me fit relever la tête.


« Salut…

_Salut…Répondis-je, sur le même ton.

_T’es là finalement… ? Tu nous as pas lâchés… ?

_Faut croire que si, tout le monde me dit ça…Soufflai-je, à bout.

_Je t’en veux pas Jin, après tout c’est pas complètement de ta faute…

_Vraiment… ? Demandai-je, surpris que le discours qu’on me portait change.

_Oui, moi aussi j’y suis pour quelque chose…en fait, on y est tous pour quelque chose…

_Explique-moi, je ne comprends pas…

_Désolé, mais je ne peux pas…J’aurais aimé, mais tu es parti le premier…Tu es le plus chanceux, au final.

_Pourquoi tu dis ça ?

_Tu es celui qui a le moins souffert… et tu es celui qu’on doit rejoindre…Alors ne te perd pas…»


Et à nouveau, cette fois sans que je ne me débatte, je fus tiré en arrière, encore et toujours…

Néanmoins, ce que venait de me dire Hoseok me rassurait presque, en oubliant le fait qu’il était mort, lui aussi…Qu’est-ce qui avait bien pu nous arriver ? Je n’arrivais pas à comprendre, et d’un autre côté, je ne le voulais peut-être pas, tout simplement…


Une fois devant la porte de Namjoon, j’entrai, sans attendre. Peut-être que lui, il allait pouvoir me le dire ? Je marchais, encore et encore, tout en repensant à tout ce qui venait de se passer en si peu de temps. De toute évidence, je rêvais, ou bien j’hallucinais…Ou bien on me faisait voir tout ça…Il devait sûrement y avoir un but…mais lequel ?


« Jin ? »


Je relevai la tête, surpris, et ne pus contrôler mon sourire en voyant Namjoon, debout devant moi.


« Namjoon ! Tu vas bien hein ? Tu es vivant, oui, tu es vivant ! Souris-je, heureux de le voir en vie.

_Mh…Pas pour longtemps, désolé…

_Quoi ? Non ! Tu dois rester en vie ! M’affolai-je, de peur de me retrouver seul, qu’il parte, lui aussi.

_Je ne peux plus Jin…Mais là, je le suis encore…ne t’inquiète pas…je peux te parler…

_Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Raconte-moi, je ne comprends rien !

_Tu es mort. Déclara-t-il, sans émotion spéciale dans la voix.

_...Quoi… ? Demandai-je, pensant avoir mal entendu.

_Tu es mort Jin, tu es le premier… »


Je me figeai sur place, repensant à mon rêve et à tout ce que les autres m’avaient dit. J’étais…mort… ? Il me prit soudainement dans ses bras et me serra fort contre lui.


« Tu me manques…Mais je vais bientôt vous rejoindre…Même si après ça je m’en voudrai au point de me haïr…

_P-pourquoi… ? Réussis-je à prononcer, les larmes aux yeux.

_Parce que je vais le laisser seul…

_Qui ça… ?

_Taehyung… »


Une espèce de vision désagréable me prit de la tête au pied, comme un éclair de lucidité, comme de vieux souvenirs lointains. Comment avais-je pu… ?


« C’est de ta faute. » « Tu m’as tué. » « Tu nous as abandonnés. » « Tu es parti le premier… » « C’est trop tard… » « On se retrouvera, ne t’inquiète pas. » « Je t’attends. » « Tu es mort. »


Non…Je vivais un cauchemar…ça ne pouvait pas être la réalité, je ne pouvais pas être…mort… ? Mon cerveau bouillait. J’étais dans un état de choc absolu, je n’arrivais pas à me rendre compte de la situation. Un amas de ténèbres s’abattit ainsi sur moi, m’assommant sans scrupule, mettant fin à cette horreur sans que je ne m’y attende et alors que mes pensées s’obscurcissaient. L’inconscience était finalement mon seul repos dans ce monde cruel et abominable.


Lorsque je me réveillai pour la seconde fois, je fus encore plus perturbé que la première. Avais-je rêvé ? De toute façon, que ce soit le cas ou non, je n’allais pas négliger toutes ces informations.

J’étais mort. Et ils l’étaient, eux tous…Ou en tous cas, ils pensaient que j’étais mort…Alors que j’étais avec eux…je ne pouvais plus les sauver. Les deux seuls qui étaient encore en vie étaient Namjoon et Taehyung. Cependant, Namjoon m’avait dit qu’il allait bientôt mourir, laissant ainsi Taehyung seul. Je comprenais petit à petit que cette espèce de cauchemar était en fait symbolique. Evidemment, nous n’étions pas morts, mais nous avions apparemment abandonné Taehyung, et j’avais visiblement laissé tomber tous les autres…Mais cela ne me disait pas ce qu’on faisait là, et pourquoi dans la chambre de Jungkook, j’avais entendu Taehyung.

Taehyung…Il m’avait pratiquement terrorisé, comme pouvait-on être aussi malsain ?


« Jin ! »


Je me redressai rapidement, comprenant qu’ils étaient à présent en vie et capables de me parler normalement. Je sortis de la chambre et les trouvais tous les six devant moi, l’air remplis d’incompréhension.


« Vous avez vu ces espèces de ronds, au-dessus des portes ? Demanda Hoseok, regardant en l’air.

_C’est bizarre…Vous pensez que ça veut dire quoi ? Renchérit Jungkook.

_Je sais pas…Mais, ça va Jin ? Tu as mis beaucoup de temps à sortir…Questionna Jimin, l’air un peu inquiet.

_Je…Ouais…J’ai fait un rêve étrange…et un deuxième aussi…

_Un deuxième rêve ? Comme moi ? Intervînt Namjoon.

_Oui, d’ailleurs il y avait aussi la chose bizarre…Elle me tirait en arrière à chaque fois…Mais j’avais tellement l’impression que c’était vrai…

_Peut-être parce que ça l’était. »


Je regardai Taehyung qui me souriait étrangement, ce qui eut l’effet de me procurer des centaines de frissons. Il n’était pas net.


« J’ai dit « peut-être » hein. Insista-t-il, en voyant tous les regards braqués sur lui.

_Raconte-nous Jin. »


Suite à la demande de Yoongi, qui avait au passage ignoré le châtain, je me lançai dans mon récit. Raconter tout ça me donnait l’impression de revivre la scène, c’était franchement désagréable. Ils avaient l’air de tous être attentifs, et d’un autre côté je les comprenais, ce n’était pas habituel.


« Wow…On était tous morts alors…Soupira Hoseok, perturbé.

_Sauf Taehyung et Namjoon, qui lui allait mourir bientôt…Précisai-je.

_T’as un truc à nous avouer Taehyung ? Demanda Yoongi, les bras croisés.

_Oh putain tu vas pas recommencer avec ça ! J’y peux rien s’il a fait ce rêve ! Et puis si j’étais vraiment un complice ou je sais pas quoi en rapport avec la chose qui nous retient, tu penses vraiment que cette chose ferait tout pour me faire passer pour le coupable ? S’énerva-t-il.

_Il a raison pour le coup…Les calma Jimin, en leur tapotant l’épaule.

_Mouais…Mais c’est étrange tout ça, je ne comprends pas vraiment. Dans ton rêves, à la fin, on était tous là mais sans toi, alors qu’après, tu nous voyais tous morts…enfin pratiquement tous…Résuma Yoongi.

_Je crois que j’ai fait quelque chose de mal, mais je ne sais pas quoi… »


Un silence s’installa pendant lequel tout le monde réfléchissait. La seule personne qui ne semblait pas plus perturbée que ça était Taehyung, qui tentait de dissimuler ce sourire effrayant étirant ses lèvres. L’ambiance commençait vraiment à devenir lourde et pesante.


« Bon, sinon, les ronds ! Intervînt Hoseok.

_Le mien je sais pas trop ce que c’est…Soupira Jungkook, quelques secondes plus tard.

_Une plume ? Suggéra Jimin.

_Peut-être…Et le tiens, on dirait une pomme croquée, comme dans la salle !

_Oui…

_Croquée deux fois. Rajouta Taehyung.

_Taehyung, le tiens est juste coupé en fait. Commenta Hoseok, ce qui sembla irriter le châtain.

_Oui, « juste » coupé. Répondit-il.

_Sur le mien c’est marqué Eva…

_On sait lire. Répliqua Taehyung, apparemment vexé.

_Et moi, on dirait du verre brisé…Fit Namjoon.

_Effectivement. Le mien ressemble un peu à un piano, je trouve. »


J’allais intervenir, mais quelque chose de bruyant attira notre attention. On aurait dit…un train ?


« Venez ! »


Taehyung et Yoongi se précipitèrent dans ma chambre, arrivant ainsi dans la salle aux canapés. Ils allèrent directement vers la fenêtre, regardant quelque chose au loin. On les rejoignit, mais il ne regardaient déjà plus dehors, ils se fixaient.


« Alors ?

_C’était un train, mais il ne s’est pas arrêté…Soupira Yoongi.

_Vous avez vu des gens à l’intérieur ?

_Non, on n’a pas eu le temps. » Répondit Taehyung. 


On soupira tous, désemparés, puis on alla s’installer dans les canapés. La salle avait changée depuis le premier jour…Il y avait des bouteilles vides partout, une pomme croquée deux fois et une intacte, un piano ayant vécu pas mal de choses, de la peinture partout sur les murs, des plumes étendues au sol, le miroir s’était brisé mais était revenu à la normale, les distributeurs étaient complètement défoncés, et maintenant il y avait même des tableaux accrochés aux murs.


« Celui avec le sapin était dans notre rêve, c’est ça Hoseok ? Demanda Jimin.

_Ouais…et celui avec Eva était dans le mien aussi…

_Et moi c’était celui plein de peinture. Dit Jungkook.

_Il te ressemble. Commenta Taehyung.

_À toi aussi. Répliqua Yoongi.

_Mais à toi aussi. » Renchérit Hoseok.


Finalement, ils se mirent à débattre pour savoir à qui ressemblait le plus le tableau, ce qui n’aboutit à rien.


« Les gars, maintenant que j’y pense, on a tous les sept fait des rêves…Intervînt Namjoon, pensif.

_Bien joué Sherlock. Répliqua Taehyung, ironiquement.

_Mais du coup, il va se passer quoi cette nuit ? »


Le silence régna quelques instants, le temps que tout le monde saisisse l’information.


« Mais t’as raison…Il va se passer quoi… ? Répéta Hoseok, chamboulé.

_Je sais pas, mais j’ai pas un bon pressentiment…Souffla Yoongi.

_Putain… »


On passa tout le reste de la journée à se poser les mêmes questions, encore et encore. Pourquoi étions-nous là ? Où étions-nous exactement ? Pourquoi avions-nous perdu la mémoire ? Qu’allait-il se passer cette nuit ? Mais nos théories n’étaient pas crédibles, il nous manquait trop d’éléments…Comment sortir d’ici ?!

Après en avoir eu marre de rester assis à me torturer l’esprit, j’avais décidé d’aller me regarder dans le miroir…mais il avait disparu. En entrant, je l’avais vu, pourtant ! Lorsque je l’avais signalé aux autres, ils s’étaient tous affolés, même Taehyung semblait craindre quelque chose. D’ailleurs, Taehyung, je n’avais pas pu m’empêcher de le surveiller. Peut-être qu’il savait plus de choses que nous…Peut-être qu’il pouvait m’en dire plus…Mais d’un autre côté, la façon dont il me regardait me poussait à rester bien sage et ne pas chercher les ennuis. Il avait quelque chose de malsain…

Quelque chose d’autre n’allait pas. Il faisait à présent nuit, et pourtant nous étions toujours éveillés. D’habitude, la lumière étrange venait nous endormir bien avant ! Donc il allait définitivement se passer quelque chose d’anormal cette nuit. Mais quoi… ?


« Les gars, écoutez ? »


On se tût et on exécuta les ordres de Taehyung. Nous étions nous attentifs, guettant le moindre son. Il y avait une sorte de bruit de vent provenant du couloir. Qu’est-ce que ça pouvait bien être ? Soudain, la porte s’ouvrit en fracas, nous faisant sursauter, puis elle continua de s’ouvrir et de claquer, plusieurs fois, jusqu’à ce que Yoongi se lève pour la tenir.


« C’est bon, c’est que du vent ! S’exclama-t-il, agacé.

_Y-Yoongi…derrière toi… »