One-shot

par SinaraDoku

 

Le sol défile sous mes pieds. Les racines tentent de m'arrêter. Les branches tentent de me ralentir. Mon cœur tambourine. Les pas se rapprochent.

Autrefois, on me connaissait sous le nom de Choi JunHong. Aujourd'hui, c'est seulement Zelo. Pourquoi ? J'ai changé, je suis différent maintenant. Il n'y a pas d'autres explications. Et les humains ont peur de la différence.

Un coup de feu. La douleur veut me paralyser. Je résiste. Je continue.

En quoi suis-je différent ? Eh bien, je ne suis plus humain. Que suis-je, alors ? Quelque chose. Une créature des ténèbres. Je n'ai pas eu le choix, on m'a imposé cette nouvelle vie. Retrouverais-je une vie ordinaire si c'était possible ? Non. Hors de question. Auparavant, les accidents, la maladie et la vieillesse me guettaient pour m'emporter dans la mort. Aujourd'hui, je n'ai plus rien à craindre.

La lune se recouvre un moment. L'obscurité me seconde. Je profite de cette aide pour me camoufler.

Mais ce qui renforce ma décision, c'est le mensonge... Ce n'est pas moi et mes semblables qui devrions être éradiqués, mais le mal qui habite déjà la société. Le gouvernement piège la population avec ces belles paroles. Il affirme avoir instauré une paix durable, mais il ment. Il ment sur tout ! Où est la paix ? Le sang des miens continue à être versé. Et pourtant ! Nous ne tuons pas les humains... Il nous arrive de jouer, mais nous ne prenons pas leur vie. Leur existence est nécessaire à notre survie. Le gouvernement le sait et il utilise cette carte à son avantage, car l'inverse n'est pas vrai. Ils n'ont pas besoin de nous. Nous leur sommes inutiles et malheureusement peu nombreux, mais nous sommes plus puissants. Il le sait, et c'est pourquoi il veut nous détruire.

Leur ombre passe devant moi sans me voir. Les pas s'éloignent. La lune diffuse à nouveau sa lumière apaisante. La direction opposée à la leur est ma seule option. La haine possède mon cœur.

Autrefois, je croyais à leur mensonge, mais maintenant, je connais la vérité... et leur véritable nature. L'homme est pourri jusqu'à la moelle.

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Je posais une main sur mon épaule blessée. Un fluide sombre et chaud souilla mes doigts. Je grimaçais autant de douleur que de dégoût. Ai-je dit que je n'avais plus rien à craindre ? Oui, enfin presque. Je ne peux pas mourir naturellement. Mais si ce mec avait su viser, ça en aurait été terminé de moi. Heureusement pour moi, il avait raté son coup, c'est-à-dire me loger une balle dans la tête... mais je n'étais pas à l'abri de la douleur. Pour guérir, je devrais trouver à manger. La poisse, j'étais en pleine forêt. Qu'est-ce que je pourrais bien me trouver à me mettre sous la dent ? Pour le moment, je ne pouvais que marcher. Avec de la chance, je tomberais bien sur une habitation avant d'atteindre la ville.

Ainsi, je me remis en route dans le but de trouver un casse-croûte. J'évitais les sentiers déjà tracés, c'était là que les traqueurs les plus stupides attendaient une cible potentielle... donc moi. Je n'étais pas fou au point de me jeter dans la gueule du loup ! La végétation dense, c'était parfait pour semer ces humains. Et maintenant que j'avais retrouvé mon calme, ma vision nocturne me permettait aisément d'éviter les obstacles qui menaçaient de me faire chuter, ou encore plus con, de me frapper à la tête. Néanmoins... elle ne me sauva pas de la longue et ennuyante heure qui passa à marcher sans trouver la moindre collation. Mais ! Je me retrouvais récompensé quand j'aperçus des lumières entre les arbres, non loin de moi. Bingo ! Enfin une âme vivante dans ce trou perdu.

Je m'approchais prudemment de l'habitation humaine, et finalement je constatais que c'était un chalet. La lumière ouverte sur le perron et la cheminée fumante était le seul indice qu'il y avait bien quelqu'un vivant ici, sinon, c'était le noir absolu à l'intérieur. On commence toujours par la façon la plus facile, n'est-ce pas ? Je testais en premier la porte d'entrée, mais elle était verrouillée. Zut. La porte arrière ? Résultat identique. Mais comment allais-je bien pouvoir entrer ? Loin de me désespérer, je refaisais lentement le tour de la maison afin de repérer l'objet recherché. Ah, le voilà ! Je m'approchais de la gouttière et testais sa solidité. Mouais, je me méfiais. Ça ne m'étonnerait pas si elle lâchait en cours de route... Mais qui ne tente rien n'a rien, non ? Déterminé, je commençais mon escalade le plus rapidement possible jusqu'à atteindre une fenêtre de l'étage. M'accrochant d'une main à la structure métallique, je testais la fenêtre et... oui ! Elle s'ouvrit ! Je m'empressais de me glisser dans la pièce, vainqueur... et soulagé. Mon bras blessé m'élançait. Je n'avais pas seulement craint la traitrise de la gouttière, mais aussi de ma main qui faiblissait de seconde en seconde sous l'effort. 

Je me redressais debout et jetais un coup d'œil autour de moi. Une chambre vide... pour de la visite probablement. Silencieusement, je me risquais à l'extérieur et m'avançais lentement dans le couloir. Je jetais des regards dans chaque pièce, mais elles étaient vides. Finalement, j'atteignais la porte du fond. C'était la seule fermée. Je tendis l'oreille pour entendre le souffle profond d'un dormeur. Gagné~ Je tournais doucement la poignée et ouvrit la porte. Je fronçais les sourcils. Tss. Pas un, mais deux dormeurs ! Une femme et un homme dans le même lit. Je détestais les femmes. Leurs formes rondes m'écœuraient. Je préférais de loin les muscles puissants et fermes d'un véritable homme ! Mais ce n'était pas grave, la femme ne m'empêcherait pas de faire ce que je voulais de son chéri. Je souris en coin tandis que j'entrais dans la chambre. Leurs souffles restaient paisibles, ils ne m'avaient pas remarqué. J'approchais lentement de leur lit, du côté de l'homme. Puisqu'il tournait le dos à la demoiselle, il me suffit de me pencher sur le visage endormi du beau mâle et de déposer mes lèvres sur les siennes, une main sur son front chaud.

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Un magnifique soleil d'été brillait dans le ciel bleu sans le moindre nuage. Ces rayons réchauffaient le sable doré tout comme sa peau. Les vagues s'échouaient régulièrement à ces pieds nus, tandis qu'un vent frais caressait sa nuque et sa chevelure. Je m'approchais doucement par-derrière et déposais une main sur son dos afin de ne pas l'effrayer. Avec un léger sourire, je glissais mes doigts contre sa peau de haut en bas et provoquait un frisson chez lui. Je m'approchais davantage pour appuyer mon buste contre son dos, et je glissais mes deux mains autour de lui. Patiemment, je bougeais les doigts pour caresser son torse ferme et son ventre, alors que je mordillais gentiment son épaule. Il frissonna à nouveau et tourna légèrement la tête avec l'intention de me regarder, mais je ne lui laissais pas l'occasion de voir mon visage. Pas maintenant. J'approchais vivement mon visage de son oreille et susurrais son nom, puis, vicieusement, je glissais ma langue tout autour de son oreille avant d'emprisonner son lobe d'oreille entre mes dents. Il frémit de la tête aux pieds avec un petit soupire. Je souris en coin et profitais qu'il soit occupé ailleurs pour descendre lentement une main vers son bas-ventre. Je saisissais le bouton de son short entre mes doigts avec l'intention de le détacher, mais je sursautais soudainement. Ma main était prisonnière de celle de l'homme dans une poigne de fer. Il avait agi brusquement, je n'avais rien vu venir et j'en étais choqué. Il écarta ma main de son vêtement et de son corps, et ainsi il put se retourner.

J'étais déjà stupéfait d'avoir été arrêté dans ma lancée, ce n'était jamais arrivé auparavant, donc je le laissais agir à sa guise alors que j'avais mené la danse jusqu'ici. Il plongea son regard dans le mien. Je ne me détournais pas, au contraire. Il m'avait pris par surprise, mais je comptais reprendre le contrôle du moment. Loin d'être intimidé par son regard sombre et scrutateur, je me collais plutôt contre lui. J'approchais mon visage du sien avec un sourire enjôleur, mais encore une fois, il me prit par surprise. Sa main se posait brutalement sur ma nuque et il réduisit la distance qui nous séparait en un clin d'œil. Sa bouche se plaquait sur la mienne pour dévorer mes lèvres dans un baiser dur, mais plein de désir. Seulement parce que j'étais surpris, j'eus le réflexe de reculer mon visage pour mettre fin à cet échange. Il ne sembla pas s'en offusquer, puisqu'il plongea plutôt vers mon cou pour l'embrasser, provoquant de nombreux frissons chez moi. Mais je me pétrifiais au seul mot qu'il souffla : ''JunHong...''

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Il se réveilla dans un sursaut et se redressa vivement pour s'asseoir. L'esprit en alerte, il scruta la pièce autour de lui, mais il n'y avait rien à chercher. La chambre était vide hormis la femme allongée à ces côtés. D'ailleurs, celle-ci sembla être dérangée dans son sommeil, puisqu'elle posa une main sur le bras de l'homme avant de murmurer d'une voix ensommeillée.


-Yongguk...? Qu'est-ce qu'il y a...?


L'homme regarda encore un moment autour de lui, mais il finit par s'apaiser en ne repérant rien d'anormal. Il soupira avant de regarder enfin la femme.


-Rien, juste un rêve... Rendors-toi.

La femme obéit et se rendormit sur le champ. Yongguk soupira une nouvelle fois, profondément, et il se frotta le visage. Il se rallongea par la suite avec l'intention de dormir à nouveau. Je serrais les poings après avoir observé la scène d'où j'étais. Lorsque j'avais pressenti que je perdais le contrôle du songe de l'homme, je m'étais empressé de sortir de la chambre. J'avais laissé la porte entrebâiller enfin de pouvoir espionné la réaction de l'homme. J'étais en colère, je ne comprenais pas comment j'avais pu perdre le contrôle. J'avais tout gâché, puisqu'une seconde tentative était impossible maintenant que son esprit était éveillé. Trop de risques de me faire coincer. Rah ! Je portais une main à mon épaule pour tâter ma blessure. Elle ne saignait plus et avait commencé à se refermer, mais pas tout à fait. Je n'étais pas encore guéri... il m'aurait fallu plus de temps pour mieux me nourrir. Ça avait été trop peu, je n'avais pas pu aller assez loin dans le rêve. Saloperie ! Tout ça, parce qu'il avait dit ce nom... ce nom qui était autrefois le mien... comment pouvait-il le connaître ... ? C'était impossible...

Je me détournais brusquement et m'éloignais à pas de loups. Peu importe, comprendre le pourquoi et le comment ne me sortirait pas d'affaire. Je ne pouvais pas retourner dehors, trop risqué. J'ignorais si mes poursuivants avaient rebroussé chemin pour me retrouver, j'étais toujours blessé, et puis le jour ne tarderait pas à se lever. J'étais une créature de la nuit, je vivais la nuit et dormait le jour. Lorsque j'avais pénétré dans la maison, je croyais avoir vu l'entrée menant au grenier. J'y retournais donc, et comme je le pensais, il y avait bien une trappe. En faisant le moins de bruits possible pour ne pas réveiller les occupants, j'ouvrais doucement l'entrée qui, heureusement pour moi, se déplia pour former un petit escalier. Avant de grimper là-haut, je fouillais dans la chambre et découvrais ce que je cherchais dans le placard : une couverture et un oreiller de rechange. Muni du nécessaire pour une bonne nuit, enfin une bonne journée, je montais au grenier et refermais silencieusement la trappe. Je scrutais l'obscurité, et hormis la poussière, il n'y avait aucun indice démontrant que des visiteurs indésirables avaient élu domicile ici, comme des oiseaux ou des rongeurs. Tant mieux pour moi. Je m'allongeais au sol, enroulé dans la couverture comme dans un cocon et la tête enfouie dans l'oreiller. Néanmoins, je restais éveillée un long moment, jusqu'à ce que le petit matin se lève. C'est seulement à ce moment que je réussis à trouver le sommeil.

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Une main caressait doucement mon visage. C'était agréable. On ne m'avait jamais touché de cette façon. Un instant... touché ? On me touchait ?! Je sortais brusquement de mon rêve avec un sursaut, les yeux grands ouverts. J'aperçus un visage penché au-dessus de moi, et la main qui me caressait la joue et que je croyais appartenir à mes songes était bien réelle. Le chasseur ?! Il m'avait trouvé, chiotte ! Et le sale psychopathe me tripotait, moi, sa victime ! Il fallait être complètement taré pour agir de la sorte, un véritable malade mental ! Mes yeux s'illuminèrent soudainement d'une lueur violette menaçante tandis que je repoussais vivement la main qui touchait toujours mon visage. J'assénais par la suite un bon coup de poing sur le nez de mon agresseur qui gémit en tombant sur le cul, puisqu'il était accroupi près de moi. Je tentais de me redresser afin de m'enfuir, mais la chose la plus conne qui aurait pu se produire... se produisit : je m'étais véritablement enroulé comme un saucisson dans la couverture jusqu'aux aisselles. Seuls mes bras étaient libres de ces mouvements. C'était suffisant pour signer mon arrêt de mort. Des mains saisirent brutalement mes poignets et emprisonnèrent mes poignets avec des menottes.

-Arrête JunHong, tu fais chier !

Je commençais à me débattre, mais je m'arrêtais net à mon prénom. Encore JunHong... Personne ne savait...! Personne sauf... Je levais les yeux sur mon agresseur et je prenais mieux le temps de détailler son visage, ce que je n'avais absolument pas fait à mon réveil. Je réalisais avec un choc que c'était l'homme de la veille, l'homme sur lequel j'avais tenté de me nourrir, mais qui m'avait fait perdre absolument tous mes moyens. Comment m'avait-il trouvé...? Que faisait-il là, mais surtout... comment connaissait-il mon nom ?

Il était frustré lorsqu'il m'avait ordonné d'arrêter, mais il sembla se calmer en voyant que j'avais obéis... et malgré son nez éclaté hein, parce qu'il avait une main posée sur son visage et je voyais clairement le sang qui coulait entre ses doigts. J'avais frappé fort, c'est vrai... mais je ne m'excuserais certainement pas. Non, mais, fallait qu'il soigne ces manières, on réveillait pas les gens en les câlinant comme des peluches, pas quand le mec en question avait des traqueurs au cul ! Il tendit lentement sa main, et celle propre évidemment, vers mon visage. J'eus un mouvement de recul en le fixant avec méfiance, refusant qu'il me touche à nouveau. Il sembla ennuyé par ma réaction.

-T'as fini tes conneries ?

-T'es qui ? Comment tu connais mon nom ?

-JunHong... tu m'as oublié...?

Je fronçais les sourcils en le dévisageant. L'avoir oublié ? Pourquoi, on se connaissait ? Je me mettais sérieusement à réfléchir à la question, à tenter de retrouver son visage dans mes souvenirs. Pendant ce temps, Yongguk se redressa en marmonnant des jurons et épongeant son nez avec son t-shirt. C'était une véritable fontaine. Il se détourna et sortit par la trappe qu'il referma derrière lui. Je me retrouvais soudainement plongé dans le noir, ce qui me sortit de mes pensées. Le noir...? Je ne connaissais plus l'obscurité depuis ma métamorphose... Qu'est-ce que ça voulait dire bon sang, il faisait noir comme dans un four, j'étais aveugle comme un nourrisson ! Je commençais à tirer sur les menottes, mais elle me résistait. Mais what the hell is it ?! Normalement, je les aurais brisés sans problème ! Puis, je compris rapidement pourquoi et la colère m'enflamma. Il avait osé, cette saleté d'humain ?! Il m'avait refilé des menottes en argent. Oh, ce n'était pas dangereux pour ma santé, mais c'était problématique puisque l'argent avait la propriété d'annuler tous mes pouvoirs. J'étais redevenu un mortel. Je n'étais plus rien, j'étais redevenu une petite merde ! J'avais la haine au coeur. La trappe se rouvrit et Yongguk réapparut. Il s'était nettoyé le visage et avait visiblement réussi à arrêter le saignement. À peine s'eût-il mis debout que je me jetais sur lui. Je l'agrippais par son collet pour l'attirer d'un mouvement sec près de moi.

-Enlève-moi les menottes, salaud ! Tout de suite !

Il me regarda froidement et me saisit lentement les poignets pour m'obliger à le lâcher. Malgré ma — maigre — force, il était plus fort que moi et je n'eus d'autre choix que de libérer son haut de ma prise. Je plantais mon regard furieux dans le sien, et il me le rendait bien d'un regard glacé.  Il finit par répondre lentement.

-Non. Tu es dangereux.

Ah, les humains ! Tous les mêmes à croire que les gens de mon espèce étaient des psychopathes et des assassins. Je m'en fichais bien de lui, il pouvait continuer sa petite vie. Mais franchement, s'il ne me débarrassait pas rapidement des menottes, je lui arracherais sa petite tête d'enfoiré une fois libéré. Avant que je puisse répliquer, il me tira soudainement vers la sortie du grenier. Je résistais aussitôt. Hé oh ! Il voulait m'emmener ou, hors de question de le suivre ! Néanmoins, je m'approchais petit à petit de l'escalier. Et finalement, il soupira d'exaspération et il me balança brusquement sur son épaule. Je commençais à jurer et l'insulter en hurlant. Je le frappais également dans le dos pour qu'il me lâche, mais rien à faire, il restait de marbre à mon agitation. Il descendit du grenier avec moi sur son épaule, puis il me trimballa jusqu'à la salle de bain du chalet.

Il me déposa carrément dans la baignoire et je me redressais en position assise, le fusillant furieusement du regard. Il m'ignora, tendant plutôt les mains pour saisir mon haut et tenter de l'écarter de mon épaule, mais je lâchais une plainte et le repoussais brutalement, encore plus furieux. Puisque ma plaie n'était pas guérie, le sang avait coagulé et le tissu était maintenant collé dans ma blessure. Dégueu... et douloureux. Il le regarda un bref instant avant de se redresser et saisir la pomme de douche. Attends qu'est-ce qu'il allait faire ? Il ne comptait tout de même pas... AH ! Le salaud ! Il m'avait trempé de la tête aux pieds ! Je voulus me lever sur-le-champ, mais il me l'empêcha avec une main ferme posée sur mon épaule intacte. Je le regardais, encore plus en colère et me sentant davantage misérable et faible que je ne l'étais déjà sans mes pouvoirs. Il me jeta un regard froid et autoritaire avant de s'écarter brièvement afin de saisir les ciseaux qui traînaient sur le comptoir. Puisqu'il m'avait menotté et refusait de me libérer, il n'avait pas d'autre choix que de détruire mon haut, n'est-ce pas ? Je le détestais. Je me retrouvais le torse nu, frissonnant de froid puisque j'étais trempé, et ma blessure a découvert. Oh chiotte, je ne pensais pas qu'elle serait si horrible... Puisqu'elle était toujours ouverte, l'infection avait commencé à s'installer. Les bords étaient terriblement rouges, mais le pire, c'était le fluide dégoûtant qui suintait légèrement. Enfer et damnation, comment avais-je pu en arriver là ? Enfin, je me faisais souvent tirer dessus et je prenais les balles, ça oui, mais je dois avouer que j'avais toujours réussi à trouver rapidement un repas... Là, je n'avais pas réellement été satisfait.

Yongguk grommela tout bas son mécontentement de découvrir mon état, et il saisit une bouteille. Avec de la ouate, il appliqua le contenu sur ma plaie et je m'écrasais vivement contre la paroi de la baignoire, lui jetant un regard noir. Ça brûlait, merde ! Qu'il ne me touche plus avec sa médecine de merde, je n'avais pas besoin de lui ! Malgré mes protestations, il réussit petit à petit, et contre mon gré, à désinfecter ma blessure, puis à me mettre un bandage. Ridicule, je n'avais pas besoin de tout ça. En fait, j'étais dans cet état pitoyable à cause de lui, lui et ce prénom qu'il n'arrêtait pas de prononcer ! Maintenant qu'il m'avait soigné avec sa médecine primitive, il commença à me débarrasser de mon pantalon. Je résistais, je tentais de le repousser immédiatement.

-Lâche-moi espèce de malade ! Tu vas le regretter si tu poses une fois de plus tes pattes sur moi !

La réaction fut immédiate. Yongguk plaqua sa main sur mon épaule blessée et m'écrasa contre le fond de la baignoire. Je grognais sous la douleur. Le salaud, il utilisait ma blessure à son avantage !

-Ferme là, putain ! T'es devenu pire qu'une peste, JunHong. J'essaie de t'aider !

Je serrais les dents et le fusillais du regard, mais une nouvelle fois, je m'inclinais et le laissais à présent faire. Maintenant que j'étais plus docile, il me retira mon pantalon détrempé. Heureusement, il eut la bonne conscience de ne pas toucher à mon sous-vêtement. Il me releva plutôt et m'entoura d'une serviette épaisse et sèche pour me garder au chaud. Par la suite, à ma grande confusion, il me prit dans ses bras à la manière d'une princesse et me ramena à la chambre d'ami pour me déposer sur le lit. Je ne bougeais pas, mais ne disais rien non plus. Je me contentais de le fixer, toujours méfiant malgré sa gentillesse. Il s'assit sur le bord du lit, près de moi, et il me regarda également un long moment avant de soupirer.

-Tu ne te souviens vraiment pas de moi...

-Non. Tu vas finir par me dire qui t'es ?

-Ton ex, andouille.

Je clignais des yeux, perplexe. Mon ex ? J'avais un ex petit copain, moi ? Depuis quand ? Il me regarda avec frustration un instant, puis regarda ailleurs en soupirant à nouveau, las de cette situation. Je fronçais les sourcils sans le lâcher des yeux. En fait... c'était peut-être possible... Lorsque j'ai muté, j'ai oublié beaucoup de choses, surtout les visages et les noms. Mon passé est flou. Je me suis toujours concentré sur le moment présent sans me questionner sur ce que j'étais auparavant... Je finis par lâcher simplement.

-J'ai oublié.

Yongguk me regarda à nouveau et m'observa un long moment. La déception se lisait sur son visage, de la douleur également dans son regard... Étrangement, j'en eus un pincement au cœur.  Pourtant, ce n'était pas ma faute si ma mémoire s'était effacée, et puis justement, je n'éprouvais aucun lien affectif pour ce mec. C'était un inconnu à mes yeux. D'ailleurs, qu'est-ce qui m'assurait qu'il ne mentait pas et ne se jouait pas de moi ? Non, ça ne collait pas... ça n'expliquerait pas comment il pouvait connaître mon nom...

-Qu'est-ce que tu es devenu ?

Je plissais les yeux, puis j'eus un sourire enjôleur et des yeux doux. Je sortais mes bras de la serviette pour lui tendre les menottes.

-Détache-moi et je vais te montrer.

-Tu rêves ! Tu gardes les menottes ! Pff, t'es pas croyable toi. Je ne suis pas con à ce point.

Je me rembrunis et je remontais la serviette jusqu'à mon menton pour me garder au chaud. Maintenant, je lui faisais la gueule. Il se contenta d'un petit sourire en coin en voyant mon expression, puis il se leva. Il sortit de la chambre pour aller je ne sais où et m'abandonner là. Je commençais à marmonner des jurons et des insultes à son égard. Rah, je détestais cet homme. Peu importe s'il était mon ''ex-petit-ami'', il était horrible ! Il me gardait enchaîné, simplement vêtu d'un caleçon mouillé et d'une serviette, et sans me dire ce qu'il comptait faire. Il allait me garder prisonnier, c'est ça ? En fait, c'était un psychopathe qui avait mal tourné à cause de son amour perdu, j'en étais persuadé. Alors que le temps avançait et mes insultes commençaient à se raréfier par manque d'un plus grand vocabulaire grossier, le jour commençait à s'assombrir dehors. Il m'avait vraiment abandonné là l'enfoiré !

Puis, une odeur chatouilla mes narines. Une très bonne odeur appétissante. Je me figeais lorsqu'un bruit terrible se fit entendre près de moi. Qu'est-ce que c'était ? Je regardais autour de moi, mais j'étais seul. Mais qu'est-ce que c'était bon sang ? J'écarquillais les yeux lorsque le bruit se répéta. Cette fois, je savais d'où cela provenait... je baissais les yeux pour fixer mon estomac avec des yeux ronds comme des soucoupes. J'étais choqué, c'était mon ventre qui grondait de faim ! Il y avait bien longtemps que je n'avais pas ressenti cette faim-là... foutues menottes ! Il y eut un rire. Je levais les yeux pour apercevoir Yongguk dans le couloir, riant de la tête que je faisais. Je lui aurais bien montré les dents et craché au visage comme un félin ! Je le fusillais plutôt du regard. Il calma son hilarité, mais conserva un sourire amusé qui me faisait bien chier. Il approcha ensuite pour s'asseoir à mes côtés, et je remarquais enfin ce qu'il transportait dans ces mains. Une assiette bien garnie de nourriture, c'était ça qui dégageait cette bonne odeur. Il prit un morceau dans ses baguettes et le portait à mes lèvres. Soudainement, je tournais la tête, serrant les dents.

-Dégage ça de mon visage ! Tu l'as empoisonné !

-Mais t'es débile, merde ! Pourquoi je t'empoisonnerais après t'avoir soigné, hein ? Arrête tes conneries et mange.

Je tournais néanmoins la tête de tout côté, refusant d'accepter sa nourriture. Il finit par gronder tout bas et il attrapa fermement mon menton dans sa main. Il serra si fort que je n'eus d'autre choix que de desserrer les dents, puis d'ouvrir la bouche. Il me faisait mal, le salopard ! Il me mit son morceau dans la bouche, puis plaqua sa main sur mes lèvres pour m'empêcher de cracher. Je le regardais furieusement sans avaler. Les secondes s'écoulèrent alors qu'on s'affrontait du regard. Le goût de la viande et de la sauce s'imprégna lentement partout dans ma bouche, et je le détestai davantage... car ça goûtait extraordinairement bon. Je finis par avaler à contrecœur et je regardais immédiatement ailleurs, vaincu. Ma honte fut plus grande lorsque mon estomac cria sa joie. Yongguk s'adoucit et sourit même, tandis qu'il retirait enfin sa main de mon visage. Il me présenta encore à manger. Je rechignais un petit moment, mais je finis par céder et je mangeais. Ainsi, Yongguk réussit à me faire mangé jusqu'à la dernière miette du repas qu'il avait préparé.

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La suite, j'avoue qu'elle est étrange. Lorsque la nuit fut tombée, il m'installa avec lui dans son lit pour dormir, mais jamais il ne me toucha. Il ne cherchait pas de contact, apparemment, dormir près de moi lui suffisait. Et les jours se succédèrent. Il me prêta ces vêtements, me prépara à manger matin, midi et soir, changea régulièrement mon bandage et dormit avec moi. La seule chose que je pouvais faire, c'était me laver seul. Néanmoins, il ne me retira pas mes menottes. Jamais. C'était frustrant, mais... plus les jours avançaient, plus je m'adoucissais... Je ne lui résistais plus et je lui en voulais de moins en moins. Cependant... où était la demoiselle de la première nuit ? Je lui demandai, et il me répondit qu'elle fût partie en ville pour quelque temps, histoire de revoir sa famille. Je ne cherchais pas plus loin. En fait, je n'en avais rien à foutre de cette femme. J'en vins à éprouver un plaisir malsain à occuper la place de la femme dans son propre lit et auprès de son homme à elle 24 h/24. Mais ce séjour imprévu devait malheureusement prendre fin...

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Cette femme, celle qui pensait être l'être le plus important dans la vie de Yongguk, eh bien, elle rentra chez elle. J'étais dans la chambre d'ami en compagnie de Yongguk lorsqu'elle passa le pas de la porte. Dès qu'elle commença à appeler l'homme, il sortit précipitamment de la chambre, non sans verrouiller à clé la porte derrière lui. Je me rembrunis devant la chose et je croisais les bras. Il m'enfermait, me laissait seul... et tout ça, pour cette saleté de harpie ! N'étais-je pas préférable à cette petite idiote ? Je me levais lentement du lit et m'approchais de la porte où j'y déposais mon oreille pour écouter ce qui se passait. Yongguk et elle étaient en train de discuter. Je fronçais les sourcils et me collais un peu plus contre le bois, comme si cela m'aidait à mieux déchiffrer les propos qu'ils s'échangeaient.

-Jin Hee, écoute... je l'ai trouvé durant ton absence, blessé dans les bois. Je ne pouvais tout de même pas l'abandonner à son sort.

-Et si c'était un psychopathe, hein ? Dans les films, c'est toujours comme ça !

-Rah, arrête tes conneries. Il reste ici temporairement, le temps de guérir. Il va déjà beaucoup mieux.

-Tant mieux, il peut partir alors.

-Non. Il reste jusqu'à être complètement remis. Après je l'accompagnerais en ville.

-Pourquoi tu t'accroches comme ça à lui ? Il s'est passé quelque chose entre vous deux ?!

-Mais pourquoi tu t'énerves comme ça, il ne s'est rien passé ! C'est juste que...

-Que quoi ?! Vas-y, crache le morceau !

-C'est JunHong...

-Quoi ?! Ton ex ? OK, fous-le dehors. Je ne veux pas qu'il passe une minute de plus sous NOTRE toit !

-Non ! Il est blessé et il restera, c'est clair ? Je ne l'abandonnerais pas seulement, car tu piques une crise de jalousie.

-Mais...

-J'AI DIT NON ! Il se rétablit, et ensuite il part.

-Yongguk ! Où est-ce que tu vas ? Ce n’est pas fini !

Je me précipitais soudainement jusqu'au lit et me glissais sous les couvertures. Yongguk montait l'escalier, il revenait. Il ne devait pas savoir que j'avais espionner leur petite conversation dès plus... explosive, je dois l'admettre. Il y eut un cliquetis, puis la porte s'ouvrit à nouveau sur un Yongguk plus ou moins... sombre. Il m'approcha et saisit mon poignet. Je fronçais les sourcils et tirais de mon côté, n'ayant absolument aucune idée de ce qu'il voulait.

-Hey, lâche-moi !

Il m'ignora. Il prit plutôt la clé accrochée à son cou et... détacha mes menottes. Je restais figé, complètement interdit. Il... il me libérait...? Vraiment ? Sans les menottes, je retrouvais donc mes pouvoirs ! Enfin ! Cependant, il approcha son visage du mien, son regard dur plongé dans le mien.

-Je te détache seulement pour qu'elle ne se doute de rien, pigé ?

Un brin de rébellion monta en moi, mais je serais les dents et je me contentais d'hocher légèrement la tête. Où était passé le petit démon effarouché ? Disparu apparemment. Je me pliais sans me plaindre à Yongguk. Ah bon sang, redevenir humain m'avait ramolli. Hors de question que je reste aussi faible une minute de plus...! Des pas s'arrêtèrent près de la porte de la chambre. Je tournais la tête pour voir cette vermine en train de nous observer tous les deux, l'air furieuse. C'est avec plaisir que je lui envoyais un charmant sourire plein d'arrogance. Son regard me lança des éclairs, mais ça m'amusa plus qu'autre chose. Comme si j'avais peur d'elle ! Elle se détourna sèchement et s'éloigna à grands pas. Satisfait, je regardais à nouveau Yongguk, mais je fus surpris de découvrir qu'il me fixait d'un oeil noir.

-À quoi tu joues, hein ? Tu crois que c'est marrant comme situation pour moi ?

Je clignais des yeux, complètement stupéfait. Amusant pour lui ? Je... enfin, j'imaginais que non... Il avait une copine complètement enragée, c'est sûr que ce n’était pas de la tarte à supporter tous les jours ! Mais pour moi, c'était amusant. Il se détourna et sortit sans rien ajouter de plus. Je le suivais des yeux avec un petit froncement de sourcils. Mais quelle mouche l'avait piqué ? Il était bien plus marrant avant que cette pauvre fille ne débarque...

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Depuis que sa ''petite amie'' était revenue, la vie était devenue... un enfer ? Ouais, un enfer. Maintenant, je devais dormir dans le lit d'invité. Je devais supporter cette vieille sorcière qui était des plus désagréable. Je devais manger par moi-même, je n'étais plus servi comme un petit prince, et en plus, je devais simuler la faim puisque j'avais retrouvé ma véritable nature. D'ailleurs, en parlant de faim... puisque la nourriture humaine ne peut plus me nourrir, je devais retourner à la bonne vieille méthode : les rêves. Je m'amusais follement à pénétrer dans les songes de Yongguk. Je tentais de le faire céder, je voulais qu'il succombe au vice et se livre à moi. Malheureusement, il me résistait... il était plus fort que prévu. Néanmoins... plus les jours avançaient, et plus je sentais que ces barrières faiblissaient. Il serait bientôt à moi. Mais pour le moment, puisque je n'arrivais pas à me nourrir convenablement, ma blessure guérissait à la vitesse d'une tortue comme chez les humains.

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Une semaine était passée. À part des prises de bec entre Yongguk et cette fille à mon sujet, il ne se passait pas grand-chose. Ah oui, une guerre s'était établie entre cette harpie et moi : nous nous disputions littéralement Yongguk. Chacun le voulait seulement que pour lui. Il en était conscient, et ça le frustrait un peu plus tous les jours. Actuellement, nous étions en train de déjeuner tous ensemble dans un silence de mort, puis Jin Hee marqua un but dans cette guerre...

-Yongguk, et si nous allions en ville aujourd'hui ? On pourrait dîner au restaurant, puis aller voir un film au cinéma. Ça fait si longtemps qu'on a pas fait ce genre d'activité tous les deux !

Celui-ci soupira profondément, ne semblant pas très enthousiasme à cette idée. Il me jeta un regard de biais, puis il hocha lentement la tête.

-Si tu veux.

Wouah, quel joie spectaculaire, il sautait sur place ! Malgré le peu d'entrain de Yongguk, Jin Hee me lança un sourire victorieux et je lui répondais par un regard noir. Et voilà, j'allais me retrouver seul pour la journée ! La sorcière, elle trouvait certainement plein d'excuses pour s'éterniser en ville et passer plus de temps seul à seule en compagnie de l'homme. Après le déjeuner, je m'installais au salon et je boudais très clairement, je ne cachais pas mon contentement. Ça fit très plaisir à Jin Hee, mais embêta Yongguk. Celui-ci vint me voir alors qu'il était en train de se préparer et me tapota gentiment la tête.

-Allons, ne tire pas cette tête... On sera de retour en fin d'après-midi, tu verras.

Je me contentais de grogner et continuais à bouder. Son intervention n'avait jamais absolument rien. Néanmoins, j'étais conscient que lorsqu'il partit, c'était à contrecœur puisqu'il me lança un dernier regard avant de fermer la porte derrière lui. Bon et maintenant qu'elle avait réussi à l'entraîner dans son plan diabolique... que pourrais-je bien faire ?

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Puisque la ville n'était pas la porte d'à côté, cela prit facilement deux heures pour se rendre en ville, et ce, malgré la voiture. Ça tombait bien, car le soleil était maintenant à son zénith, c'était l'heure de dîner. Néanmoins, du temps fut encore nécessaire pour trouver une bonne place de stationnement en plein centre-ville. Lorsque Yongguk descendit du véhicule et rejoignit Jin Hee sur le trottoir, celle-ci prit sa main pour enlacer leurs doigts. Elle lui sourit mielleusement.

On cogna à la porte. J'étais en train de manger. Je me demandai qui cela pouvait bien être. Le chalet se trouvait tout de même au beau milieu des bois ! Je m'essuyais le coin de la bouche, puis je me levais et me dirigeais vers la porte.

Yongguk ne soupçonnait rien derrière ce sourire, il la suivit plutôt docilement dans les rues, à la recherche d'un bon petit restaurant. Pourtant, il aurait dû se méfier.

J'ouvris la porte, un peu méfiant. Je me figeais sur place devant le visage qui se trouvait de l'autre côté et me sourit victorieusement :''Je te tiens.''

Yongguk et Jin Hee débusquèrent enfin un endroit potable et ils entrèrent. Un serveur les prit immédiatement en charge et les installa sur la terrasse.

Je voulus claquer la porte au nez à l'invité-surprise, mais il positionna son pied dans l'ouverture et m'empêcha ainsi de fermer la porte. Merde.

Ils commencèrent à examiner le menu pour déterminer ce qu'ils commanderaient, mais Yongguk ferma déjà son menu. Il se cala dans son siège et regarda ailleurs, l'air bien ennuyé. Il n'avait pas envie d'être là. Il pensait à JunHong. Qu'est-ce qu'il pouvait bien faire ?

Déterminé à mettre tout de suite les choses au clair, je rouvrais sèchement la porte et balançais mon poing dans la gueule de l'homme. Celui-ci recula de plusieurs pas en se tenant le visage, le nez éclaté. Yeah, une deuxième victime de mon poing ! Il grogna de rage et de douleur avant de me lancer un regard des plus noir.

Jin Hee choisit finalement son repas, et à peine son menu fut-il fermer, que le serveur revint. Visiblement, il surveillait de près ces clients. Il prit leur commande à tous les deux avant de s'éclipser.

Puisque je ne voulais pas que la maison de Yongguk subisse des dégâts, je sortais dehors et lui balançais mon pied dans l'estomac. Malheureusement, il avait prévu le coup et l'homme saisit mon pied en plein vol. Me tenant des deux mains, il fit volte-face et me propulsa en bas du perron sur le sentier rocailleux. Ouch. Malgré mes mains et mes genoux écorchés, je me redressais sur-le-champ pour faire face à mon agresseur. Celui-ci était moche de chez moche, le sang avait coulé sur tout le bas de son visage, il en avait plein le menton. Ça ne l'empêcha pas de me faire un des sourires les plus laids que j'avais pu voir de toute mon existence, puisque ces dents étaient couvertes de son propre sang. Tandis qu'il m'offrait son masque de l'horreur, il sortit son arme à feu :''Cette fois, je ne te raterais pas.'' Mon visage se durcit à la vue de l'arme. Mon épaule était un peu douloureuse à cause de la chute. C'était lui qui m'avait blessé, c'était lui qui m'avait tiré dessus... C'était lui qui me chassait. Il me pointa soudainement et tira. J'évitais de peu la première balle, mais la seconde me toucha à la cuisse. Je grondais d'une façon peu humaine surtout de rage. Malgré la douleur, ça ne m'empêcha pas de lui foncer dessus à la manière d'un taureau. Je lui rentrais l'épaule la première dans l'estomac, et j'utilisais mon élan pour le jeter au sol avec moi. Il eut une plainte, le souffle coupé par mon épaule bien placée et ensuite son dos qui heurta durement le sol.

Leur repas fut déposé devant chacun, puis le serveur disparut. Jin Hee s'exclamai de bonheur devant le goût succulent de son plat, mais quant à Yongguk, il se mit à manger sans grand entrain et sans grand appétit. Toutes ses pensées étaient tournées vers JunHong, il se demandait ce qu'il pouvait bien faire... et il commençait à se dire qu'il aurait eu bien plus de plaisir en sa compagnie qu'avec Jin Hee. Voyant le peu d'enthousiasme de Yongguk, la jeune femme tenta d'engager une conversation joyeuse. Peine perdue. Yongguk l'écoutait d'une oreille distraite.

Je me redressais à califourchon sur l'homme et je profitais de son état temporaire pour saisir sa main armée. Réalisant soudainement sa situation, son bras se mit à s'agiter comme un vil serpent. Je grondais de rage et mon regard s'illumina d'une leur violette. Je tenais fermement son poignet, puis j'envoyais férocement mon poing sur son avant-bras. Il y eut un bruit horrible d'os brisé et il hurla. L'arme lui échappa, puisque sa main était à présent mise hors jeu. Cependant, ce fut à mon tour de hurler lorsqu'une vile lame pénétra dans mon flan et me déchira profondément de l'intérieur. Je posais immédiatement ma main sur la sienne et tentais de le retirer, mais mes yeux perdirent de leur éclat. Alors que ça aurait pu être si facile, je bataillais avec lui pour retirer ce putain de couteau. Puisque je n'avais pas pu manger comme il se doit, il me restait peu de force. J'étais en état de faiblesse. Comprenant ma situation, le chasseur rit victorieusement et poussa plus fort sur sa lame. Ma main trembla alors que je résistais, mais je serrais les dents. La lame gagnait petit à petit en millimètre. Soudainement, il me prit par surprise lorsqu'il échangea nos positions. Il me renversa sur le côté, et se mit au-dessus de moi pour me dominer et prendre l'avantage. Il retira brusquement la lame et je hurlais sous l'éclair de douleur.

Yongguk finit par abandonner son repas et il leva des yeux froids sur Jin Hee. Celle-ci le remarqua et se fit hésitante dans ses propos, mais elle poursuivit néanmoins. Yongguk l'interrompit soudainement. Il en avait marre de cette mascarade :''C'est fini.'' Jin Hee se tut soudainement et le dévisagea, interloquée :''Quoi ?!'' Yongguk renifla de dédain et se leva, répétant froidement :''C'est fini entre nous. J'en ai marre de toi. Tu peux venir récupérer tes affaires chez moi, et après je ne veux plus te voir.''  Jin Hee restai un moment interdite stupéfaite par la tournure de la situation. Elle finit par se lever d'un bond et le pointa d'un air accusateur, le visage déformé par la rage :''C'est à cause de JunHong, c'est ça ?! C'est lui ?!'' Yongguk se détourna lentement et répondit tout bas :''Oui... je l'aime. Désolé Jin Hee.''

Ma bouche s'ouvrit à nouveau, mais cette fois sur un cri silencieux. Je regardais fixement le chasseur qui me souriait avec arrogance et victoire. Il appuya plus fort sur la lame qu'il venait de m'enfoncer en plein cœur. Un soubresaut me secoua.

Les lèvres de Jin Hee s'étirèrent en un sourire cruel. Elle lâcha même un rire mauvais :''Dommage que tu ne le retrouveras pas. Je me suis arrangé pour me débarrasser de lui.'' Yongguk s'arrêta net alors qu'il s'éloignait, puis il se retourna lentement pour la fixer d'un œil mauvais :''Qu'est-ce que tu as fait...?'' Jin Hee rassembla ses affaires et le regarda avec provocation :''Je me suis informé sur lui, et il était recherché. J'ai fait mon devoir en fournissant sa position aux autorités. Ils ont dit qu'ils s'en occuperaient ce midi, alors je me suis débrouillé pour nous éloigner tous les deux. Tu ne le reverras plus !'' Ce fut comme un coup de massue qui frappa en plein cœur Yongguk. Il ne se préoccupa plus de Jin Hee. Il quitta plutôt les lieux à la course pour retrouver sa voiture, puis il se mit en route à toute allure.

Il y eut un coup de feu. Le sourire du chasseur se dissipa, tandis que ma main retombait lourdement au sol, tenant l'arme à feu. L'homme baissa lentement les yeux et vit la tache sombre qui grandissait sur son torse. Je l'avais touché en plein coeur... Si je devais mourir, il me suivrait. Son regard s'éteignit, puis son corps tomba lentement sur le côté. Je fixais le ciel et portais une main tremblante sur le manche qui dépassait de mon torse. Avec une faible plainte, je la retirais. Mon bras retomba le long de mon corps et je fermais les yeux. C'était la fin...?

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Malgré lui, Yongguk arriva sur les lieux une heure plus tard, et ce, malgré qu'il est dépassé de loin toutes les limites de vitesse. En arrivant sur le terrain, il aperçut avec horreur deux corps allongés sur le sentier, juste devant sa maison. Il n'avait même pas éteint le moteur qu'il se jetait hors du véhicule et accourait vers les deux cadavres. Il s'arrêta devant l'un deux, sous le choc. Il tomba lentement à genoux et toucha ma joue froide du bout des doigts, puis il me tira dans ses bras. Il commença à me secouer, les larmes brillantes dans son regard.

-JunHong ! Réveille-toi crétin ! Tu ne peux pas crever, t'es pas humain ! T'as pas le droit de me faire ça une deuxième fois !

Il écrasa mon corps contre son torse et les sanglots commencèrent à secouer ces épaules. Une plainte presque inaudible s'échappa de mes lèvres.

-Tu... me fais mal...

Il m'écarta soudainement de lui pour m'examiner. C'est avec difficulté que j'ouvris les yeux pour le regarder. En fait, le chasseur avait raté son coup... encore... Il avait raté de très peu mon cœur. Mais la blessure restait grave, et puisqu'une balle d'argent était toujours logée dans ma cuisse, ma nature n'avait pas pu prendre la relève et utiliser mes dernières forces pour arrêter mon hémorragie. La main chaude de Yongguk se reposa sur ma joue pour me caresser. Comme c'était agréable... Je toussais un peu avant de murmurer tout bas.

-Je m'excuse... pour mes vacheries.... j'aurais pas dû te faire chier comme ça...

-Non, dit pas ça... C'est pas grave. Mais ne dit pas ce genre de choses... Tu vas t'en sortir...

-Yongguk... tu veux bien m'embrasser ? Je me souviens pas de l'avoir fait... pour vrai...

Je fermais les yeux, n'ayant même plus la force de les garder ouverts. J'attendis, j'écoutais sa respiration qu'il tentait de maîtriser. Puis, ces lèvres chaudes se posèrent délicatement sur les miennes. Mon cœur mourant battit un peu plus vigoureusement sous l'émotion. Mes yeux piquèrent sous mes paupières. C'était tellement bien... j'aurais dû le faire bien avant... le faire avec Yongguk... je n'aurais pas dû jouer comme ça avec lui. Tant de regrets... et si peu de consolation avec ce baiser. J'aurais voulu faire beaucoup plus avec lui, mais il était trop tard. Il finit par écarter son visage du mien, mais son souffle resta assez près pour caresser ma joue et la réchauffer. Je cherchais péniblement mon souffle pour parler une dernière fois.

-Ça aurait été bien... être ton copain... une seconde fois... Yongguk... je... je crois que... je t'aime...

Un sanglot secoua à nouveau Yongguk. Lui qui était si fort...! Ça me fendait le cœur de l'entendre pleurer. J'aurais aimé le quitter autrement.

-Je t'aime aussi JunHong...

Malgré la douleur, le froid, les regrets qui étreignaient mon pauvre coeur, ces derniers mots eurent l'effet d'un baume. Un faible sourire se dessina sur mes lèvres. Yongguk observa mon visage encore un moment, mais voyant que mon visage restait immobile avec ce sourire, il recommença à me secouer. Cette fois, j'étais bel et bien parti. Le pauvre homme se mit à pleurer et hurler sa souffrance.