08 - Tranche de vie

par cathy863

8 – Tranche de vie

PdV Nicolas :

Après les derniers anniversaires d’Eden, Amélie m’a fait promettre de discuter avec elle avant de dépenser ce qu’elle appelle des fortunes. Pour cette année, ses neufs ans, nous avons donc décidé de lui demander ce qu’elle voulait. Nous sommes donc tout les trois dans le salon, qui est notre pièce favorite.

« Ma chérie, tu vas avoir neuf ans dans deux semaines. Papa et moi voulons donc savoir si tu veux quelques choses de spéciale »

Ma fille me regarde, malicieuse. Elle a parfaitement conscience que ma proportion à la gâter agace sa mère. Puis se mordillant la lèvre, signe chez elle qu’elle hésite à nous faire part de ses souhaits, en nous regardant tour à tour. Elle finit par murmurer d’une voix inaudible. Si moi je l’entends parfaitement, ce n’est pas le cas d’Amélie

« Je voudrais un petit frère »

Je reste bloqué, la bouche entrouverte alors qu’Amélie lui demande de parler plus fort.

« Je voudrais un petit frère » S’exécute Eden en haussant le ton

Amélie me regarde, puis sa fille, puis moi à nouveau, ne sachant pas visiblement pas plus que moi quoi répondre à Eden. Elle est la première à se reprendre tandis que je reste incapable de parler, elle s’assoit dans un fauteuil et prend sa fille sur ses genoux. Elle toussote pour s’éclaircir la voix

« Ma puce… Tu… Enfin, tu sais que papa Nicolas et moi… Nous ne sommes pas… un couple… Il faut que les gens soient amoureux pour faire des enfants. Et… »

« Mais tu aimes papa Nicolas » la coupe Eden « Et lui, il t’aime aussi »

Amélie me regarde, réclamant de l’aide de ma part. Malheureusement pour elle, ma voix ne semble toujours pas vouloir revenir. Elle soupire

« Bien sur, nous nous aimons beaucoup. Mais pas comme ça. Nous sommes amis »

La fillette semble réfléchir, se tortillant les doigts

« Mais tu le regarde toujours en souriant quand il ne te regarde pas »

Je tourne la tête vers sa mère d’un coup sec. Amélie rougit mais n’ose pas me regarder alors que je la fixe. Elle tente de balbutier quelques mots pendant que sa fille continue

« Et papa, il tourne toujours en rond en marmonnant quand tu rentres tard »

Là, c’est moi qui n’ose plus la regarder, mais je la sens rougir encore plus. Je l’entends expliquer à une Eden plus que dubitative que nous ne sommes que des amis et que nous ne lui ferons pas de petit frère. La fillette finit par nous regarder d’un air entendu, lâchant un « ouais » pas convaincu par le discours de sa mère et par choisir un cadeau plus classique.

PdV Rosalie :

Ça y ait, enfin. Nicolas et Carlisle estime qu’Eden est enfin prête à rencontrer d’autres membres de la famille. Je ne me rappelle pas avoir été aussi excité, Emmet me charrie pendant que je choisis quoi mettre. J’entends Alice, dans le même état que moi, passer sa garde robe en revue.

On a décidé qu’il valait mieux la rencontrer chez elle, ou elle se sentirait en sécurité, au cas où sa réaction serait la même qu’avec Carlisle. Je finis par prendre un jean et un chemisier blanc, je veux avoir l’air le plus normal possible. J’envie tellement Nicolas d’avoir une famille, jusqu’à maintenant, je n’ai pu partager ça que par procuration. Mais si tout ce passe bien, je pourrais l’emmener faire les magasins, l’aider dans ses devoirs. Je sais que cette petite a déjà une mère qu’elle adore, mais je pourrais être sa tante. Oui, tata Rosalie, c’est mieux que rien.

Je descends, rejoignant Carlisle qui nous attend près de la porte. Alice n’est pas encore là. Je l’appelle en hurlant

« Alice, dépêche-toi. On n’attend plus que toi »

« J’arrive, j’arrive »

Ah, elle est là enfin. Je ne lui laisse pas le temps d’embrasser Jasper et je la traine dehors. Carlisle nous suit en levant les yeux. Très rapidement, nous arrivons à destination. Je piétine devant la porte, écoutant les bruits de pas qui s’approche de nous. La porte s’ouvre sur sa mère, puis un peu en arrière, Nicolas et la fillette. Je la regarde, souriante alors qu’elle se cache à moitié derrière son père. Son regard passe sur mon père, puis sur Alice pour se poser enfin sur moi.

« Wouaw, qu’est ce que tu es belle !»

Je m’accroupis pour être à sa hauteur, elle est minuscule, j’ai du mal à croire qu’elle ait plus de neuf ans.

« Je trouve que tu es beaucoup plus jolie que moi » lui dis-je doucement

Elle sort des jambes de Nicolas et fait un pas hésitant vers moi. Nous retenons tous les trois notre souffle de peur de l’effrayer. Elle fait un autre pas en avant, se retournant régulièrement vers Nicolas, comme pour vérifier sa présence. Arrivée devant moi, elle tend la main. Je me fige, restant aussi immobile qu’une statue. Sa petite main vient effleurer mon visage avant de se retirer très vite.

« Comment tu t’appelles ? » Me demande-t-elle

« Rosalie » et sentant l’impatience de ma sœur, je la présente « Et là, c’est ma sœur Alice »

Elle tourne son petit visage vers notre lutin et réprime un mouvement de recul. Je me dis que ça ne se passe pas si mal quand on connait la terreur qu’on lui inspire. Sa mère nous propose de passer dans le salon, je ne m’étais même pas rendu compte qu’on était resté dans le couloir. Nous la suivons donc, je vois Nicolas qui prend la main d’Eden, lui murmurant à l’oreille

« Tu es très courageuse, ma princesse. Tu vois, ils sont gentils »

La petite fille se retourne pour me regarder puis hoche la tête à l’intention de son père. Habitué à la présence de Carlisle, elle se détend assez rapidement avec nous, nous permettant même de jouer avec elle. Ce n’est que quand Carlisle nous dit qu’il est temps de partir qu’Alice et moi nous apercevons que nous avons passés plus de quatre heures à jouer à la Barbie.

PdV Eden :

Papa a tenu à me présenter tout les Cullen et bien que mon instinct me crie encore parfois de m’éloigner d’eux le plus possible, ils sont tous tellement gentil avec moi que je ne l’écoute pas. Depuis que je suis rentrée au collège, il y en a toujours au moins un qui vient me voir le soir pour m’aider à faire mes devoirs. Maman râlait un peu au début d’avoir toujours du monde à la maison, mais quand elle a vu mon bulletin de note, elle les a chaleureusement remercier.

Grâce à eux, je parle déjà anglais couramment et Alice a entreprit de m’apprendre l’italien même si je n’en fais pas encore à l’école. Jasper est beaucoup plus intéressant que mon professeur d’histoire, avec lui, ça parait beaucoup plus simple. Bella, elle m’aide en littérature, elle m’a fait connaître tout un tas de livres géniaux. Mais ceux que je préfère, c’est Rosalie et Emmet. Avec Emmet, j’ai souvent des crampes tellement il me fait rire, et c’est lui qui me libère quand les autres sont trop sérieux, à croire qu’ils veulent faire de moi une vraie encyclopédie. Et Rosalie est ma confidente, c’est à elle que je raconte tous mes petits secrets, c’est elle qui me conseille pour les garçons, jamais elle ne se moque de moi ou me dit que je suis trop jeune. Elle m’écoute toujours, c’est une vraie amie, ma meilleure amie.

C’est à elle que j’ai confié que papa et maman refusait de s’avouer que leurs sentiments étaient plus fort. Je ne les comprends pas, ils font toujours comme s’il n’était qu’amis mais je vois bien la façon dont ils se regardent. Je soupire. Je sais que papa est différent, mais je suis sur aussi que ça ne gênerait pas maman. Moi je m’en moque et je pense qu’elle aussi.

Enfin, ce soir, je vais à ma première boum. J’ai hâte d’y être. Au début, papa ne voulait pas que j’y aille, il disait que j’étais trop jeune. Mais il a du baisser les bras devant les assauts conjugués de maman, Alice et Rosalie lui disant qu’à douze ans, je n’étais plus un bébé. Au final, il a juste insisté pour m’y emmener et revenir me chercher à onze heures. Hier, Alice et Rosalie m’ont amené faire les boutiques pour trouver une jolie robe et elles ne devraient pas tarder à arriver pour m’aider à me préparer. Ah elles sont là, j’entends leurs voix, je cours les chercher et les emmène dans ma chambre.

« Alors, prête à éblouir tout les garçons ? » me demande Alice

Je ris en faisant un clin d’œil à Rosalie, elle sait qu’il y en a un, Mathieu, tout particulièrement que j’aimerais bien impressionner. Je laisse donc Alice jouer à la poupée avec moi et après m’être regardée dans le miroir, je m’exclame

« Wouaw, je suis jolie »

« Tu es toujours jolie » me dit Rosalie en m’embrassant la joue.

Mouais, si elle le dit, mais au moins pour une fois, je fais bien mes douze printemps. Je suis toute petite pour mon âge et les gens croient souvent que je n’ai que neuf-dix ans. Parfois, c’est agaçant. L’heure de partir arrive, papa ronchonne mais trois regards noir le font taire. Mon père finit par me laisser devant la porte de chez mes amis en me donnant tout un tas de consignes à respecter, j’opine de la tête pour le rassurer.

La soirée est géniale, tout le monde danse et quand vient le moment des slows Mathieu m’invite timidement. Je suis aux anges. L’heure de rentrer arrive trop vite, galant, Mathieu propose de me raccompagner au portail. J’accepte avec empressement, espérant que papa sera en retard et que Mathieu m’embrasse pour me dire en revoir. Mon vœu est exaucé, pas de trace de papa et mon béguin se penche vers moi. Ses lèvres se pose avec douceur sur le miennes.

« Lâche ma fille immédiatement » Hurle mon père

Je lui lance un regard noir, jamais je n’ai eu aussi honte de ma vie. Mathieu ne sait plus où se mettre.

« Papa, on ne faisait rien de mal »

« Tu es beaucoup, beaucoup trop jeune pour ça » continue t’il, toujours en hurlant

Furieuse, je me mets à hurler aussi

« J’ai douze ans, je ne suis plus un bébé »

« Va dans la voiture, maintenant »

Dans un mélange de colère, de peine et de honte, je me mets à pleurer et sans ajouter un mot, je monte dans la voiture en claquant la portière. Papa fixe encore un instant mon futur ex-petit ami méchamment puis me rejoint. Je garde un silence boudeur jusqu’à la maison ou m’attendent trois femmes voulant savoir comment la soirée s’est passé. En voyant mon visage striée de larmes, elles s’inquiètent. Maman me prend dans ses bras.

« Ma puce, qu’est ce qui se passe ? »

« Demande lui, il a tout gâché » dis-je rageuse en désignant mon père « Je te déteste » Je vois son visage se décomposer.

Puis me dégageant des bras de ma mère, je m’enfuis dans ma chambre où Rosalie ne tarde pas à me rejoindre. J’entends des éclats de voix venant du rez de chaussé, papa et maman se disputent. Au bout d’un moment, la dispute se termine et mes larmes cessent de couler. Quand mon père apparait dans l’encadrement de la porte, Rosalie arrête de me caresser les cheveux et me laisse seule avec lui. Je sens mon matelas s’affaissait quand il s’assoit à coté de moi.

« Ma princesse, je suis désolé… Je… »

« Pourquoi tu as fais ça ? »

« Tu es encore si jeune, ma puce, tu as tout le temps pour ça »

« Mais j’ai douze ans papa, pas cinq » m’indignais-je

« Je sais, ma chérie, je sais… Disons, que moi je ne suis pas prêt pour ça. Tu es ma petite fille, je ne voudrais pas que tu grandisses trop vite. Je t’aime, mon cœur. Je ne suis pas prêt à te perdre »

« Tu ne me perdras jamais, même quand je serais très vieille, tu seras toujours mon papa »

Je me blottis contre lui. C’est la première fois que je me fâche avec lui et je n’aime pas ça. Il reste avec moi jusqu’à ce que je m’endorme et me borde comme il le fait tout les soirs depuis que j’ai cinq ans.

PdV Nicolas :

J’ai doucement fini par m’habituer à ce que mon petit ange grandisse. Ça ne me plait pas, mais je n’ai pas vraiment le choix et quand il m’arrive de déraper, j’ai trois, voir parfois quatre ou cinq si Bella et Esmée s’y mettent, furies sur le dos. Et je ne compte pas sur la solidarité des mâles du clan Cullen qui ont tendance à approuver leur moitié en tout.

Il a donc fallu que je me retienne d’étriper ce garçon quand il est venu chercher mon bébé pour l’amener au cinéma. D’abords, il a fallu que je m’habitue à voir ma petite fille et son amoureux, ça m’a quand même pris plus de six mois et voilà maintenant que sa mère m’annonce qu’elle a un rendez vous avec un type de son travail. Vivre avec ses deux femmes n’est plus mon paradis personnel, c’est devenu mon purgatoire. J’exagère, mais j’enrage à l’idée que cet homme puisse la toucher.

Il est vingt deux heures passés et elle n’est toujours pas rentrée, je tourne en rond dans le salon sous le regard amusé d’Eden. Elle est assisse dans un fauteuil, un livre à la main, les pieds posés sur la petite table, elle lève de temps en temps les yeux vers moi en poussant des soupirs exagérés.

« Ne t’inquiète pas tant que ça, papa. Elle ne courre aucun danger » me taquine t’elle.

Eden est beaucoup trop perspicace, elle sait parfaitement que je ne m’inquiète pas vraiment mais que je suis purement et simplement jaloux. Mais je n’ai pas le droit de l’être, Amélie et moi ne pourront jamais être ensemble. Je ne me rappelle pas exactement du moment où je suis tombé amoureux d’elle. Ce n’est pas arrivé d’un coup, mais tout doucement, insidieusement, à force de vivre à ses cotés. Elle est douce, aimante, compréhensive… Mais même si on met de coté le fait qu’elle vieillit et pas moi, le fait que je pourrais la briser rien qu’en la serrant un peu trop fort, nous ne pourrions jamais avoir de rapport intime, pas avec elle. Chez moi, la soif se réveille au moment de l’acte intime, même si cela ne la tuerait pas, je ne peux me résoudre à ce qu’elle voit le coté monstrueux qui m’habite, je ne veux pas boire son sang, pas elle. Ma fille soupire une nouvelle fois. Pour elle, je m’assois dans le fauteuil en face d’elle. Mais je ne tiens pas en place, je vais voir à la fenêtre si elle arrive. Geste inutile, j’aurais entendu la voiture. Je me remets à tourner en rond. Nouveau soupire d’Eden.

Enfin, elle rentre. Je l’entends dire bonne nuit à son ami. Mon soulagement est immense quand je me rends compte qu’elle ne l’a pas embrassée. Immédiatement, je me reproche mon égoïsme, si quelqu’un mérite bien d’être heureuse, c’est elle.

« Bonsoir » me sourit-elle

« Salut m’man, c’était bien ta soirée ? »

« Bof, pas très intéressante »

De nouveau, je suis au paradis. Elle me regarde, souriante. Sa petite robe noire la moule à ravir, elle est magnifique. Je me fais violence pour ne pas aller la serrer contre moi. Elle s’installe dans le canapé et discute avec Eden. Je suis la conversation d’une oreille discrète, trop occupé à l’admirer. Quand Eden part se coucher, elle se tourne vers moi. Et moi, balbutiant quelques mots indistincts, je fuis.