Chapitre 4 - Le conseil d'Elrond

par Bereth

Tandis que les hommes, les elfes et les nains s’installaient sur les sièges de l’Esplanade des Eldars, ils entendirent la cloche signalant l’intrusion d’un étranger dans la cité d’Imladris. Elrond fronça les sourcils, mais il n’avait pas le temps de s’occuper de cela, ses gardes s’en chargeraient, le conseil lui n’attendait pas. Toutes les races présentes s’étaient tues, et attendaient patiemment que le seigneur elfe commence à parler. Mais ils entendirent au loin l’éclat sur le sol des sabots d’un cheval lancé au grand galop qui semblait se rapprocher, et les membres de l’assemblée se retournèrent pour voir arriver un magnifique étalon à la superbe robe cendrée, monté par une cavalière dont le visage était couvert par un capuchon. Elle était habillée de riches vêtures, ce qui ne trompait pas les membres du conseil, tous nobles, quant au rang de la mystérieuse intruse. Elrond se leva alors, et dit d’une voix forte avec autorité :

« Qui êtes-vous pour oser ainsi interrompre mon conseil par votre arrivée ? »

Deux gardes arrivèrent alors, essoufflés, s’inclinèrent bas devant leur seigneur, et l’un d’eux dit :

« Veuillez nous excuser mon seigneur, nous n’avons pu la retenir. »

Elrond ne leur accorda qu’un regard, et se retourna vite vers cette étrange personne qui s’introduisait ainsi dans sa cité, interrompant son assemblée.

« Veuillez excuser mon arrivée tardive, seigneur Elrond, commença Susan, mais votre vallée n’est pas aisément accessible. »

Elle se décapuchonna, d’un geste impérial et gracieux, laissant apparaître à tous son beau visage, et sa couronne posée sur ses longs cheveux bruns qui tombaient en cascade sur ses épaules, signe de son appartenance à une famille royale. Tous la regardèrent avec des yeux ébahis, mais aucun n’osa prendre la parole, seul Elrond en avait le pouvoir, et celui-ci, désormais intrigué demanda :

« Quel est votre nom ? »

Susan sourit devant l’impatience de sa question, mais remarqua le changement de ton, celui-ci s’étant fait doux et avenant.

« Je me nomme Susan. Et je suis envoyée ici par un vieil, un très vieil ami à vous monseigneur. Quelqu’un que vous n’avez pu oublier.

-Qui ? S’enquit tout de suite Elrond. »

Susan prit alors délicatement le mouchoir qu’Aslan lui avait donné, et le présenta à l’elfe, qui l’accueillit avec un étonnement que personne ne comprit. Et il dit simplement :

« -Comment est-ce possible ?

-Il a ouï dire que votre terre était en péril, et m’a demandé de venir aider un ami à lui, pour qui il a conservé, je vous l’assure, la plus grande estime. »

 Elle leva alors la tête, et avec toute la prestance dont elle était capable, elle annonça :

« Je suis Susan la Douce, reine de Narnia, et je viens à vous pour apporter mon aide aux peuples libres de la Terre du Milieu.

-Vous êtes plus que bienvenue, Susan la Douce, envoyée d’Aslan et reine de Narnia. Prenez place je vous prie. »

Il demanda aux deux gardes toujours courbés devant lui d’apporter un siège supplémentaire, et la jeune femme prit enfin place au conseil. Les autres membres de l’assemblée avaient regardé l’échange avec surprise, et à présent, tous dévisageaient la mystérieuse femme plus ou moins discrètement, ce qu’elle ne manqua pas de remarquer et qui la mit mal à l’aise. Seulement, habituée à cela, elle fit bonne figure, comme d’habitude, tenant à la perfection son rôle de reine. Alors Elrond prit la parole :

« -Etrangers venus de terre lointaines, amis de toujours, vous vous êtes rassemblés ici afin de répondre à la menace du Mordor. La Terre du Milieu est au bord de la destruction, nul ne peut y échapper. Vous vous unirez où vous serez vaincus. Chaque race est liée à ce destin, a ce sort commun. Montrez-leurs l’anneau, Frodon.

Une petite personne de la taille d’un enfant s’avança alors. Il ne devait pas mesurer plus d’un mètre dix et portait ses cheveux noir frisés plutôt courts. Il ne portait pas de chausses, seul la pilosité de ses grands pieds les protégeaient. Et dans sa main, Il était là. L’Unique, l’Anneau de Pouvoir. Et il le déposa délicatement sur le rocher taillé qui se trouvait au centre de tous, comme s’il avait peur de le briser. Puis il repartit s’asseoir, la souffrance visible dans ses grands yeux bleus. Un des hommes, richement vêtu murmura doucement, pendant que tous observaient l’anneau avec curiosité :

-Oh... Alors c’est vrai .., commença-t-il, avant d’enchaîner, plus fort cette fois, lors d’un rêve, J’ai vu à l’Est le ciel s’assombrir, mais à l’Ouest une pâle lumière persistait, et une voix s’écriait : « votre fin est proche, le fléau d’Isildur a été retrouvé. »

L’homme alors se leva, s’approcha de l’anneau, et tendit la main vers ce dernier, ce qui provoqua un frisson dans l’assemblée. Un vieil homme vêtu de gris et d’un chapeau pointu dans le même ton se leva alors, et prononça des mots dans une langue inconnue qui donna à Susan un mal de tête tel qu’elle n’en avait rarement ressenti. Sous l’effet de la douleur, elle ferma les yeux et porta sa main droite à son front, jusqu’à ce que l’homme se taise, et qu’Elrond reprenne la parole, la colère habitant ses fins traits:

-Jamais de mots dans cette langue n’ont été prononcés ici, à Imladris.

- Je n’implore pas votre pardon, maître Elrond, répondit le vieil homme, car le parler noir du Mordor peut déjà être entendu dans toutes les régions Ouest. L’anneau est totalement maléfique.

Alors, l’homme qui avait tenté de s’emparé de l’anneau s’exclama alors :

-Cet anneau est un don ! Un don fait aux ennemis du Mordor ! Pourquoi ne pas s’en servir ? Depuis longtemps mon père, l’intendant du Gondor, a tenu à distance les forces du Mordor, c’est grâce au sang de notre peuple que vos terres sont encore en sécurité ! Donnez au Gondor l’arme de notre ennemi, et laissez-nous l’utiliser contre lui !

Alors un autre homme à la longue chevelure brune, au port de tête noble et à l’allure royale dit avec véhémence :

-On ne peut le contrôler ! Aucun d’entre nous ne le peut. L’Anneau Unique ne répond qu’à Sauron. Il n’a pas d’autre maître.

-Et qu’est-ce qu’un rôdeur connaît à ces choses-là ? Répondit-il avec mépris.

Un des elfes à la longue et blonde chevelure se leva alors, la fureur se lisait sur son visage et il répliqua froidement :

-Ce n’est pas un simple rôdeur ! C’est Aragorn, fils d’Arathorn, vous lui devez serment d’allégeance.

Susan tourna tout de suite la tête vers l’homme que l’elfe avait désigné. Alors c’était lui. L’homme qu’elle devait asseoir sur le trône du Gondor. Le roi déchu. Et si elle comprenait bien, l’autre homme qui avait parlé n’était autre que le fils de l’actuel intendant. Et bien cela allait être joyeux ! D’ailleurs celui-ci dit :

- Aragorn ? Le descendant d’Isildur.

-Et l’héritier du trône du Gondor. Dit Susan, plus pour elle-même que pour prendre part à la conversation.

Mais le fils de l’intendant le prit pour lui, et lança sèchement :

-Le Gondor n’a pas de roi, puis il se tourna vers Aragorn et ajouta, il n’en a pas besoin.

Personne ne put répondre à cette affirmation, et un ange passa, provoquant le malaise de tous. C’est l’homme au manteau gris qui dissipa ce blanc en disant :

-Aragorn a raison, nous ne pouvons l’utiliser.

-Vous n’avez pas le choix, dit alors Elrond, l’Anneau doit être détruit.

-Qu’attendons-nous pour le faire ? S’exclama un nain à la longue barbe rousse.

Il brandit alors sa hache, et l’écrasa avec force sur l’anneau d’or. Son arme se brisa sur l’Unique et éclata en morceaux, tandis que le nain tombait à la renverse. Ses compagnons se précipitèrent pour l’aider à se relever. Elrond dit alors :

-L’Anneau ne peut être détruit, Gimli, fils de Gloïn, par aucun moyen en notre possession, puis à tous il expliqua, l’Anneau a été forgé dans les flammes de la Montagne du Destin, il n’y a que là qu’il puisse y être détruit. Il faut l’emporter dans les profondeurs du Mordor, et le jeter dans l’abîme flamboyant d’où il est apparu autrefois. L’un de vous, doit le faire.

- On n’entre pas si facilement en Mordor, dit alors l’héritier de l’intendant du Gondor, ses portes noires ne sont pas gardées que par des Orcs. En ces lieux il y a un mal qui ne dort jamais. Et le grand œil est toujours attentif. C’est une terre dévastée et stérile ! Recouverte de braises, de cendres et de poussière ! L’air que l’on y respire, n’est que vapeur empoisonnée. Même dix mille hommes n’en viendraient pas à bout. C’est une folie …

-N’avez-vous pas entendu ce que le seigneur Elrond a dit ? S’exclama l’elfe blond qui parlait depuis le début avec courroux au fils de l’intendant, l’Anneau doit être détruit.

-Et je suppose que vous pensez être celui qui doit le faire ? Répondit d'un ton acide le dénommé Gimli.

-Si nous échouons qu’arrivera-t-il ? Dit le gondorien, que se passera-t-il quand Sauron récupèrera son anneau ?

-J’aimerais mieux mourir plutôt que de voir cet anneau dans les mains d’un elfe ! Clama le nain

Alors tous se levèrent et commencèrent à se quereller, notamment les nains et les elfes qui sont des ennemis de longue date. Le grand elfe blond dut même empêcher ses compagnons d’en venir aux mains en plaçant ses mains de façon à leur bloquer le passage. Alors, le petit homme qui avait emmené l’Anneau dit :

- Je vais le faire. Mais personne ne l’écoutait, alors il reprit plus fort cette fois, JE VAIS LE FAIRE ! Il capta l’attention de tous. Je vais porter l’Anneau en Mordor. Bien que, je ne connaisse pas le moyen.

- Je vais vous aidez à porter ce fardeau, Frodon Sacquet, dit le vieil homme gris, aussi longtemps que vous aurez à le porter.

-Si par ma vie ou ma mort je peux vous protéger, je le ferai, dit à son tour Aragorn, et s’agenouillant devant le prénommé Frodon il ajouta, mon épée est vôtre.

-Et mon arc est vôtre, dit l’elfe blond en s’avançant à son tour.

-Et ma hache ! Ajouta le nain, se plaçant devant l’elfe avec un air de dégoût profond sur le visage.

-Vous avez notre destin à tous entre vos mains, petit homme, dit le fils de l’intendant, et si telle est la volonté du conseil, le Gondor se joindra à vous.

Susan savait qu’elle devait suivre le descendant d’Isildur, alors elle s’avança et annonça d’une voix douce, mais assurée :

-Bien que n’étant pas sur ma terre et ne défendant pas mon peuple, je ne puis me résoudre à ne point vous accompagner. Votre quête est mienne.

C’est à ce moment précis, qu’un autre petit homme aux amusantes boucles rousses sortit de derrière un bosquet bien garni et courut vers le groupe qui s’était formé autour du porteur de l’anneau, criant :

-Attendez ! Monsieur Frodon n’ira nulle part sans moi.

-Non en effet il n’est guère possible de vous séparer, ajouta Elrond, et cela même lorsqu’il est convoqué à un conseil secret et vous non.

Ce commentaire fit sourire Susan, et elle observa les deux petits gens qui se trouvaient devant elle, lorsque deux autres apparurent de derrière des colonnes, tous deux si semblables, qu’on n’aurait pu nier un lien de parenté entre eux. L’un d’eux s’exclama :

-Nous venons aussi ! Faudrait nous renvoyer chez nous attachés dans un sac pour nous en empêcher.

-Et quoi qu’il en soit, continua l’autre, vous avez besoin de gens intelligents pour ce genre de mission, quête, chose ?

-Bon là ça te met hors course Pippin ! lui dit son homologue les sourcils froncés.

Pendant ce temps, Elrond observait l’une après l’autre toutes les personnes qui s’étaient rassemblées un peu à l’écart, et annonça :

- Dix compagnons... Qu’il en soit ainsi. Vous formerez « la Communauté de l’Anneau ».

-Chouette ! Ajouta l’un des derniers arrivants, où est-ce qu’on va ?

Ce commentaire arracha un rire à Susan, comme à beaucoup d’autre, et tous le regardèrent, attendris. Il n’avait certainement pas la carrure d’un adulte, encore moins d’un guerrier. Alors tous s’inclinèrent devant le seigneur de Fondcombe, et partirent rejoindre leurs semblables, un peu plus loin sur l’esplanade. Elrond prit le bras de la reine de Narnia, et lui demanda doucement :

-Que savez-vous de la situation ? Je veux dire, savez-vous de quel mal nous souffrons ?

-Ne vous inquiétez pas, seigneur Elrond, répondit Susan, vos livres m’ont été très utiles, et j’en sais autant, si ce n’est plus que la plupart des membres de ce conseil.

Elle le gratifia d’un charmant sourire, sous l’air ébahi du semi-elfe, et s’en alla d’un pas léger, avant d’être de nouveau arrêtée par le fils de l’intendant qui lui prit la main et la baisa. Puis il ajouta d’un ton mielleux :

-Bienvenue en Terre du Milieu douce reine, je me nomme Boromir du Gondor, et je suis votre dévoué serviteur.

-Merci à vous Boromir, répondit Susan, mal à l’aise.

Sur ce, il lui lança un regard qu’il voulait sûrement charmant, avant de s’en aller, plus loin dans la cité. La reine alors, prit la liberté de se promener sereinement dans les jardins, avant d’entendre au loin le hennissement d’Hirador qui résonnait contre les murs de pierre du palais. Elle l’avait totalement oublié ! Elle s’approcha de la source du bruit, et sourit devant la scène qui s’offrait à elle. Deux elfes courageux essayaient de desseller son cheval, mais celui-ci se débattait avec force, ne laissant aucun l’approcher. L’un d’eux la remarqua alors, et s’avança vers elle, essoufflé :

-Ah, gente dame, excuser notre incompétence face à la situation, mais votre cheval est impossible ! Il ne nous laisse pas l’approcher !

-Ne vous inquiétez pas, je m’en occupe, répondit-elle avec un sourire au coin des lèvres.

-Attention ! Vous risquez de vous blesser !

Mais il se tut lorsque le cheval se calma sous la main de sa maîtresse, qui entreprit de lui enlever ses harnachements. Elle récupéra ses effets, et les fit porter dans sa chambre par l’elfe qui lui avait proposé son aide. L’autre s’avança, et dit avec respect :

-Souhaitez-vous que l’on le mène à l’écurie ?

-Oh non, répliqua Susan, laissez-le donc dans les jardins, il ne s’enfuira pas.

L’elfe, bien que surpris, acquiesça, et s’en alla après avoir exécuté une révérence parfaite, tandis que Susan et Hirador s’en allaient se balader dans les jardins de la belle cité. Une journée passa ainsi, où ils purent se reposer de leur long voyage, avant d’en entreprendre un autre vers les noires contrées du Mordor. La reine croisa de nombreux membres du Conseil, qui la saluèrent avec respect. Vers la fin de l’après-midi, elle croisa l’elfe blond de la Communauté, celui qui semblait tant colérique face à Boromir du Gondor. Elle lui sourit, et s’approcha doucement du banc sur lequel il était assis.

-Bonjour, nous n’avons pas été présentés il me semble, dit-elle doucement.

-Non, en effet. Je me nomme Legolas Vertefeuille, fils de Thranduil, roi de la Forêt Noire, répondit-il avec le calme dont son peuple est doté.

-Je suis enchantée de vous rencontrer Legolas Vertefeuille, fils de Thranduil, je me nomme Susan.

-Je le sais, votre venue a été des plus remarquée, ajouta-t-il avec une touche d’humour.

La jeune reine rougit, mais sourit tout de même, après tout, il avait raison. Elle n’avait pas vraiment fait son entrée dans les règles de l’art.

-Ce n’était nullement intentionnel, tenta-t-elle de se justifier, je devais gagner Fondcombe il y a deux lunes, mais mon sens de l’orientation m’a trahi, et j’ai peiné longtemps avant de retrouver mon chemin. Vous savez Legolas Vertefeuille, l’art des elfes à cacher leurs cités est remarquable !

-Je vous en prie, appelez-moi Legolas, reine Susan, lui assura l’elfe.

-Alors appelez-moi Susan, Legolas, demanda-t-elle avec douceur, après tout, nous allons voyager longtemps ensemble.

Ils se sourirent, et Legolas invita la jeune femme à s’asseoir auprès de lui, ce qu’elle fit. Ils discutèrent beaucoup du peuple elfe, qui intriguait beaucoup Susan. Jusqu’à ce que le prince de la Forêt Noire remarque le magnifique étalon qui se trouvait non loin d’eux, et qui les regardait.

-Il est à vous ? La questionna-t-il

-Oh oui, il se nomme Hirador, répondit-elle dans un sourire, tant elle aimait son cheval.

-Il est vraiment magnifique, ajouta-t-il, on dirait un Mearas.

-Qu’est-ce ?

- Les Mearas sont une race de chevaux notables pour leur vitesse, leur intelligence et leur longévité exceptionnelles. Prétendument issus de Nahar, la monture du Vala Oromë, leur plus vieil ancêtre connu est Felaróf, le cheval d'Eorl le Jeune, le premier roi du Rohan. Ses descendants ne se laissent monter que par les successeurs d'Eorl, l’informa-t-il.

-Et bien ce n’est pas un Mearas, mais il possède toutes ces capacités, Assura-t-elle avant de se rendre compte de son erreur, mais c’est un cheval, ajouta-t-elle trop vite au goût du prince, qui trouva cela suspect.

Susan, tendue comme un arc, fit silence, ce qui intrigua encore plus l’elfe, qui commençait sérieusement à se poser des questions. Mais la reine ne pouvait malheureusement rien lui dire, de son secret dépendait sûrement sa survie et celle de son fidèle ami, et elle ne le connaissait pas assez pour lui offrir sa confiance. Alors elle s’excusa et prit congé du fils de Thranduil qui, surpris cette fois, la laissa partir. Après tout, il aurait largement le temps durant leur voyage de la questionner, bien qu’il comprenne que la tâche ne serait pas aisée.


Lorsqu’elle pénétra dans la chambre qu’elle occuperait durant la semaine qui précèderait leur départ, Susan eut le souffle coupé par tant de beauté. Non pas que sa chambre soit moins luxueuse, au contraire, mais pour une chambre d’invité, elle trouvait que la pièce avait une prestance presque royale. Elle n’osait imaginer la suite qu’habitait le seigneur Elrond ! Devant elle, se dressait fièrement un immense lit à baldaquin aux barreaux sculptés dans un bois précieux, recouvert de soieries blanches resplendissantes dans la douce lumière de fin d’après-midi qui donnait à la pièce un air chaleureux et accueillant. Une grande armoire occupait le mur à sa gauche, et lorsqu’elle l’ouvrit, elle découvrit des robes elfiques qui rivalisaient de beauté. Les tissus précieux de milles couleurs firent briller les yeux de la reine, qui adorait les beaux habits. Une attira son attention en particulier. Elle était faite de soie, et était d’un bleu céruléen absolument magnifique. Elle n’osait cependant pas la passer. Elle ne savait si ces splendides atours lui étaient destinés. Une petite porte sur un mur donnait accès à une ravissante salle d’eau, où un baquet fumant l’attendait. Elle s’y glissa avec délice, et y passe une bonne heure. Les toilettes sommaires auxquelles elle se livrait durant son périple étaient faites dans des lacs ou des étangs, et la saison les rendait glacials. Elle sortit lorsque l’eau parfumée eut perdu sa chaleur, et s’enveloppa dans une serviette. Elle passa la chemise de nuit brodée qui avait été préalablement posée sur son lit et, épuisée par son long voyage, elle se restaura, puis se glissa avec plaisir dans les draps délicatement parfumés à la lavande, et s’endormit presque aussitôt, avec une dernière pensée pour sa famille et son pays, qui lui manquaient tant …